Le Roman bourgeois

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Roman satirique (d) |
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Le Roman bourgeois est un roman d’Antoine Furetière publié à Paris chez Claude Barbin en .
C’est le premier roman d’analyse de la littérature française[1].
Historique
Le Roman bourgeois est, avec Francion de Charles Sorel (1623) et le Roman comique de Scarron (1651), le troisième grand roman réaliste du XVIIe siècle, l’adjectif « bourgeois » devant s’entendre, au sens péjoratif, où l’entend le Dictionnaire de l'Académie française : « une manière bourgeoise ; une conversation bourgeoise ; l’air bourgeois[2] » (1694).
Publication
Achevé d’imprimer pour la première fois, le , Furetière a permis d’imprimer, vendre et débiter cet ouvrage à l’éditeur Claude Barbin, qui a, en retour, passé un accord avec les éditeurs Thomas Jolly, Louis Billaine, Denis Thierry et Théodore Girard, pour son impression et sa distribution[3].
L’histoire
Première partie
La première partie du roman met en scène Javotte, une jeune fille très naïve, et ses soupirants Nicodème et Bedout. Elle ne tombe amoureuse d’aucun des deux, finira par fréquenter le beau monde, avant de se laisser enlever par Pancrace, un homme de qualité qu’elle a rencontré dans les salons.
On y trouve aussi Lucrèce, séduite par un marquis qui l’abandonne après l’avoir mise enceinte. Pour autant, la rusée Lucrèce ne manque pas de ressources…
Les traits de caractère dominants de cette première partie sont l’avarice, la sottise et la coquetterie.
Deuxième partie
La deuxième partie du roman met en scène Collantine, une bourgeoise chicanière en diable, Belastre, un juge sot et ignorant, et Charroselles, auteur malheureux qui ne trouve pas de libraire, un plaideur occasionnel.
Le roman conte alors les divers procès qu’ont ces personnages atteints par la fièvre de la chicane. Les dernières pages sont consacrées à l’inventaire des possessions de Mytophilacte, un auteur qui ne possédait guère qu’un gros tas de manuscrits jamais imprimés et qui vient de mourir dans la misère. C’est l’occasion de faire une satire mordante du monde de l’écriture. Libraires, éditeurs filous et auteurs sans le sou n’hésitant jamais à flatter bassement tout mécène potentiel…
Roman à clef
Furetière prévient le lecteur qu’il est inutile de chercher la clef de son livre, et qu’elle ne « servira de rien, car la serrure est mêlée ». Si le Roman bourgeois n’est donc pas un roman à clef, au sens strict du terme, ce n’est pas à dire que certains personnages n’ont pas été inspirés par des personnes bien réelles. Des hypothèses ont été émises au sujet d’un « prédicateur poli », où certains ont vu l’abbé Cotin, victime des satires de Boileau et modèle du Trissotin de Molière, ou l’abbé Cassaigne ; « une présidente qui est une heure à mettre ses manchettes », serait la présidente Tambonneau ; « un homme qui s’était mis en réputation par la bagatelle mélodieuse » ou le « grand privilégiographe de France », serait Benserade. Lorsqu’on parle d’un « mauvais poète de l’autre cour », il s’agirait de Boisrobert ; lorsque Furetière invoque l’opinion d’un « de ses amis » en faveur du sonnet, il est difficile de ne pas penser à Despréaux ? « L’Intendant des Coquilles de Neptune », fait penser à Nicolas Fouquet ; Polymathie à Madeleine de Scudéry, et cet homme disgracié de la nature, dont elle devient amoureuse, ne saurait être autre que Paul Pellisson ; Polyphile, serait Ninon de Lenclos, et le danseur qu’elle aime est Louis Pécour ; Collantine, harpie toujours criante et plaidante, serait la comtesse de Cressé ; le procureur Vollichon, serait le célèbre Charles Rollet[a] ; Mythophilacte est un composé du parasite Pierre de Montmaur et du poète Maillet ; Charroselles, raté des lettres, jaloux de toute réputation, renverrait à Charles Sorel[5].
Analyse

Véritable antiroman, le Roman bourgeois illustre, avec Francion de Charles Sorel (1623), le Roman comique de Scarron (1651), une tendance réaliste, qui se nourrit, depuis le Moyen, de la tradition gauloise[6]. Écrivant à une époque de révolution marquée par l’ascension sociale de la bourgeoisie[1], Peut-être le roman le plus novateur du XVIIe siècle français[7], Furetière peint sur le vif, avec un réalisme parfois annonciateur de Balzac, les mœurs et les ridicules[6]:292. En donnant une place centrale à la bourgeoisie[8], les scènes pittoresques des bourgeois évoqués dans leur milieu constituent un précieux document[6].
À la différence de la critique enjouée de Sorel ou de Scarron, la parodie du mode de vie de la bourgeoisie à laquelle il se livre, choisissant des figures typiques de la bourgeoisie de robe, la couche la plus représentative de l’époque, y est beaucoup plus mordante[9]. Le discours amoureux, qui est le thème exclusif du roman précieux de Madeleine de Scudéry, est également tourné en dérision[10],[11].
En même temps qu’il déconstruit les attentes du roman héroïque, le plaçant comme un précurseur du roman réaliste, le Roman bourgeois anime les objets qui acquièrent une personnalité propre, au point que ceux-ci finissent par absorber et incarner les humains au sein d’un monde mécanisé et dépersonnalisé[12]. Dans le roman de ce « parvenu de la République des Lettres[13] », où s’exerce le jeu souverain de l’esprit créateur s’évadant des contraintes logiques, tout est relatif, et le faux n’est parfois que du vrai ancien ou du vrai prématuré[14]:10.
Réception critique
Le Roman bourgeois a eu un succès plus que mitigé au moment de sa publication[7]:225-6. En l’absence de plan suivi, la structure du roman a longtemps été mal jugée[10], notamment Georges Mongrédien qui, en l’absence de lien entre les deux parties du roman, le trouve assez décousu[15]. De l’aveu même de Furetière, les histoires s’enchevêtrent, chaque fragment est interrompu par des digressions, ou par le conte allégorique de l’Amour échappé, désordre qui parait rejeter le roman bien en arrière de sa date de création[16], mais cette absence de cohérence apparente a ensuite été interprétée comme due à une volonté assumée de l’auteur de faire triompher l’iconoclastie dans l’écriture littéraire[11].
Gabriel Guéret expliquait l’insuccès du Roman Bourgeois par le fait qu’il ne pouvait plaire qu’à « quelques Bourgeois tout au plus, dont il ne recherche ni ne craint les jugemens[17] ». La seule œuvre que la postérité ait retenue dans la catégorie du roman comique et réaliste à l’époque classique est le Roman Bourgeois, qui est à classer à part, en raison de son dessein original et de la réflexion sur le genre romanesque à laquelle son auteur s’est livré[14]:273. Malgré son peu de succès, à sa parution, il a connu plusieurs rééditions, au siècle suivant, pour occuper une place d’œuvre marquante dans l’histoire du genre romanesque[14]:277. Son échec témoigne de l’impasse de la littérature narrative, mais il est instructif par la saisie fragmentaire du réel, qui contient en germe la promesse d’un renouvellement du genre[18].
Jugements
« Le roman de Furetière, peinture aussi exacte que vive des habitudes et des travers de toute une classe de la société, est un tableau ; c’est le premier roman d’analyse qu’ait produit la littérature françoise[1]. »
Éditions
- Le Roman bourgeois : ouvrage comique, Paris, Claude Barbin, , xii-700 p., in-8º (OCLC 1449236239, lire en ligne sur Gallica).
- Georges Mongrédien (éd.), Le Roman bourgeois : ouvrage comique, Paris, Le Club du Meilleur Livre, , 320 p., in-16 (OCLC 889457103, lire en ligne).
- Le Roman bourgeois, édition présentée, établie et annotée, par Jacques Prévot, Paris, Gallimard, , 306 p. (OCLC 1044062055, lire en ligne).
- Marine Roy-Garibal (éd.), Le Roman bourgeois, Paris, Garnier Flammarion, , 399 p., 18 cm (ISBN 978-2-08071-073-4, OCLC 912231953, lire en ligne).
Notes et références
Notes
- ↑ Immortalisé par Nicolas Boileau dans le vers « J’appelle un chat un chat, et Rollet un fripon[4]. »
Références
- Antoine Furetière, Le Roman bourgeois : ouvrage comique, Nouvelle édition avec des notes historiques et littéraires par M. Édouard Fournier précédée d’une notice par M. Charles Asselineau. Paris, P. Jannet, , 350 p. (lire en ligne), p. 16.
- ↑ Académie française, Le Dictionnaire de l’Académie françoise : dédié au Roy, t. 1, Paris, Vve J. B. Coignard, , 676, 671, 2 vol. ; in-fº (lire en ligne sur Gallica), p. 120.
- ↑ Antoine Furetière, « Advertissement du Libraire, au Lecteur », dans Le Roman bourgeois : Ouvrage comique, (lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Antoine Albalat, L’Art poétique de Boileau, Paris, Société française d’éditions littéraires et techniques, , 167 p., in-16 (lire en ligne sur Gallica), p. 10.
- ↑ Pierre Jannet, « Notice et notes », dans Le Roman bourgeois : ouvrage comique, Paris, Charles Hérissey, , xiv p., illus., pl. (OCLC 1356783416, lire en ligne), p. ix.
- René Jasinski, Histoire de la littérature française, t. I, Paris, Nizet, , 638 p., 2 vol. ; in-8º (OCLC 1331502, lire en ligne sur Gallica), p. 291.
- Jean Rohou, Histoire de la littérature française du XVIIe siècle, t. 2, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 382 p., 21 cm (ISBN 978-2-86847-556-5, OCLC 1051626974, lire en ligne), p. 218.
- ↑ Jean Serroy, Roman et réalité : les histoires comiques au XVIIe siècle, Paris, Minard, minard, 1981, 777 p., in-8º (ISBN 978-2-85210-009-1, OCLC 8223062, lire en ligne), p. 612.
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- Pierre Hartmann, « Formalisme juridique et codification amoureuse : une tentative d’appréhension de l’unité du Roman bourgeois », XVIIe siècle, Paris, vol. 42, no 169, , p. 421-31 (ISSN 1969-6965, lire en ligne sur Gallica).
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- ↑ Georges May, Le Dilemme du roman au XVIIIe siècle : étude sur les rapports du roman et de la critique, 1715-1761, Yale University Press, , 294 p. (OCLC 1006471777, lire en ligne), p. 8.
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Bibliographie
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- Michèle Vialet, « Triomphe de l’iconoclaste : Le Roman bourgeois et les lois de cohérence romanesque », Biblio 17, Tübingen, no 42, , p. 158 (ISSN 1434-6397).
- Barbara Woshinsky, « La Modernité du Roman bourgeois de Furetière : les mots et les choses », Œuvres et Critiques, Tübingen, vol. xli, no 2, , p. 69-82 (ISSN 2941-0851, lire en ligne).
Liens externes
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