Ligne jaune (Liban)

Carte de la zone-tampon (délimitée par la ligne jaune).

La ligne jaune au Liban est une limite établie unilatéralement par Israël le 18 avril 2026 au nord de sa frontière avec le Liban, au cours de la guerre contre le Hezbollah[1], délimitant une zone d’occupation le long de sa frontière où les localités libanaises musulmanes chiites sont systématiquement rasées[2].

Contexte

Israël a mené cinq guerres contre ou au Liban depuis sa création :

Il a aussi occupé une zone de taille variable dans le sud du Liban de 1982 à 2000 (voir Occupation israélienne du Sud-Liban). Le Hezbollah est sorti renforcé, même sans obtenir de victoire en tant que tel, de chacune des interventions israéliennes[3].

Depuis 2023, la région est secouée par une crise qui commence après les attaques du Hamas du 7 octobre. Depuis, Israël a mené des guerres sur de multiples fronts.

Présentation

Invasion du Liban en mars 2026. En bleu sombre, Israël ; en rouge, la partie du Liban où agit le Hezbollah ; en parme, les zones effectivement conquises par Israël au 1er avril ; la ligne jaune en tireté ; en parme à l’est, les zones occupées en Syrie..

La création d’une ligne jaune au Liban, similaire à celle créée à Gaza à l’automne 2025, était en débat public en Israël depuis début avril, notamment parce que l’objectif initial de désarmement du Hezbollah paraissant inatteignable. Le modèle implique de détruire toutes les habitations de la zone[4] et de la vider de sa population (entièrement selon le Monde diplomatique[5], entièrement sauf les chrétiens selon Israël)[6].

En même temps qu’elle annonçait sa mise en place, l’armée israélienne a annoncé tirer sur les personnes qui s‘approchent de ses troupes[7]. Selon l’armée israélienne, il s‘agit de défendre le nord d’Israël contre les tirs du Hezbollah[6].

Selon l’agence de presse AA, elle fonctionne comme une ligne de défense avancée pour Israël[8],[9] : il s’agit d’une ligne parallèle à la ligne bleue établie en 2000. Elle part de la mer Méditerranée vers Naqoura et va jusqu’à la frontière syro-libanaise, au niveau de la « crête Cristofani » (Anti-Liban), d’où elle surplombe la route entre Beyrouth et Damas[8]. Selon la carte diffusée par Israël, elle se trouve de 4 à 10 kilomètres de la frontière à l’intérieur du Liban. Cinq divisions la défendent[8],[6]. Placée au sud du fleuve Litani, elle le franchit à l’est[9]. Le terme de crête Crisfofani est un terme inventé par Israël pour désigner le sud de l’Anti-Liban dans la zone proche du Mont Hermon. Ce remplacement du nom libanais des monts orientaux par une création israélienne est dénoncée par la commission nationale des droits humains libanaise comme une tentative d’israéliser la géographie libanaise, qui dénonce aussi son occupation quelques minutes avant l‘entrée en vigueur du cessez-le-feu comme un acte de mauvaise foi[10].

De fait, elle place 62 villes et villages libanais sous domination israélienne[11],[12]. Le journal L’Orient-Le Jour estime qu’elle fonctionne comme une annexion d’un territoire[9] qu’il estime à 602 km²[11].

L’expulsion de la zone par Israël a fait 1,2 million de personnes déplacées (soit plus de 25% des libanais)[13].

Destructions systématiques

Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a annoncé que les villages ci-après, se trouvant entre la frontière israélo-libanaise et la ligne jaune, seraient intégralement démolis, sauf les villages chrétiens[6] et occupés après la guerre, et que leurs habitants ne seraient pas autorisés à y rentrer. Des dizaines de villages ont déjà été rasés totalement[14] ou partiellement, comme à Blida, dont la mosquée remarquable a aussi été bulldozée[15]. Plusieurs zones ont été bombardées au phosphore blanc (arme illégale) en 2024 et avec du glyphosate en 2026. Les vergers et les oliveraies ont aussi été arrachés[14]. Le 4 mai, une source ministérielle estimait 17 le nombre de villages totalement détruits, et à 22 ceux en cours de destruction[16] ; le même jour, Ziad Majed, de l’université américaine de Paris, donnait le chiffre de 55 villes et villages sur lesquels on avait des informations[17].

Les localités occupées sont l’objet d’une politique de destruction totale, qui ne tient pas compte des cessez-le-feu ; durant la première phase de la guerre, l’ONG libanaise Legal Agenda a documenté 28 destructions planifiées à l’explosif jusqu‘à novembre 2024 ; et 421 de novembre 2024 à novembre 2025, soit pendant le cessez-le-feu[18]. Selon Orient XXI, « au moins 35 villages sont intégralement rasés ou ont vu leur centre démoli » au 4 mai[19]. Arthur Sarradin note également le caractère systématique de ces destructions[20]. L‘ampleur des destructions a poussé certains à les qualifier de domicide[16] ou d’urbicide[21], qui rend tout retour impossible et peut porter atteinte à l’identité libanaise en détruisant tout ce qui raconte un souvenir des habitants[21]. Ce qui en fait un crime de guerre selon Ziad Majed[17].

Ces destructions systématiques ont poussé les Libanais obligés de quitter les lieux et les administrations à prendre certaines précautions : les mairies ont transféré les fichiers informatiques du cadastre, les maires ont emporté les fichiers de l’état-civil, et les habitants ont emporté leurs titres de propriété, évoquant le précédent du nettoyage ethnique de la Palestine en 1948 (ou Nakba)[16].

Influence sur la frontière maritime

Dans la carte diffusée par Israël, la ligne jaune se prolonge en mer, ce qui a soulevé des inquiétudes au Liban à propos de la délimitation des zone économiques exclusives entre les deux pays. Le différend frontalier maritime israélo-libanais avait été résolu par la négociation le 27 octobre 2002, attribuant un champ gazier offshore à chacun des deux pays[22].

Listes des localités libanaises concernées

Voir aussi Catégorie:Localité libanaise détruite par Israël

Note : selon les cartes, les localités d’Iskandarounah (en), Rchaf, Zaoutar al-Charqiyé, Arnoun (en), Slaiyeb, Darjat et Halta sont aussi incluses dans la zone de sécurité désirée par Israël.

Le 26 avril, Israël continue sa politique de nettoyage du Sud-Liban par le vide en appelant les habitants de dizaines de villages à partir avant les bombardements, et à ne pas revenir pour ceux déjà partis. Les villages concernés, outre ceux déjà inclus dans la ligne jaune, sont Meifdoun, Choukine, Arnoun, Zaoutar el-Gharbiyé, Zaoutar el-Charkiyé, Kfar Tebnit, Oum el-Tout, Qalaat Daba, Qousair[23].

Note : Il n’y a pas eu de recensement officiel au Liban depuis 1932 : les chiffres de population sont donc ceux des listes électorales, les mineurs de moins de 21 ans ne sont pas comptabilisés[11].

Liste des villes et villages situés entre la ligne bleue et la ligne jaune[11].
Localité Caza Électeurs Confession majoritaire Situation au 22 avril Niveau de destruction
Aïnata Bint-Jbeil 6323 chiisme occupé
Aïtaroun Bint-Jbeil 11 102 chiisme occupé
Aïta ach-Chab Bint-Jbeil 5838 chiisme occupé Totale[24] (>90 %)[25]
Beit Lif Bint-Jbeil 4134 chiisme occupé en cours (23 avril)[26]
Bint-Jbeil Bint-Jbeil 23 816 chiisme occupé
Hanine (en) Bint-Jbeil 1865 chiisme occupé
Maroun al-Ras Bint-Jbeil 5061 chiisme occupé Totale[18].
Al-Qaouzah (en) Bint-Jbeil 815 maronites occupé
Rchaf Bint-Jbeil 2447 chiisme occupé
Ramyah Bint-Jbeil 2173 chiisme occupé Totale[24]
At-Tiri (ou Taire) Bint-Jbeil 2947 chiisme occupé
Yaroun Bint-Jbeil 4939 chiisme occupé Totale (au 2 mai)[27]
Adaïssé Marjayoun 4595 chiisme occupé Totale[24]
Adchit el-Qoussaïr Marjayoun 862 chiisme occupé
Arab el-Louaïzé Marjayoun - - occupé
Blida Marjayoun 5809 chiisme occupé Totale[24],[18]
Deir Mimas (en) Marjayoun 2530 chr. grec orthodoxe occupé
Deir Seriane Marjayoun 1480 chiisme occupé Totale (>90 %)[25]
Houla Marjayoun 6683 chiisme occupé
Houra Marjayoun - - occupé
Kfar Kila Marjayoun 6755 chiisme occupé Totale[24]
Khiam Marjayoun 17 807 chiisme occupé Totale (>90 %)[25]
Markaba Marjayoun 6926 chiisme occupé
Meiss El Jabal Marjayoun 12 503 chiisme occupé Totale[24]
Al-Qantara Marjayoun 2436 chiisme occupé
Qsaïr Marjayoun 227 chiisme occupé
Reb Thlathine Marjayoun 2494 chiisme occupé
Sarda ou Surda wa al-Aamra Marjayoun - - occupé
Taybé Marjayoun 8906 chiisme occupé Totale (>90 %)[25]
Aalma ech Chaab Tyr 2159 maronites occupé
Boustane Tyr 1579 sunnisme occupé
Chamaa Tyr 1157 chiisme occupé Totale[18]
Chihine Tyr 1134 chiisme occupé
Dhaïra Tyr 865 sunnisme occupé Totale[24]
Bayada Tyr 853 chiisme occupé
Hanoul Tyr - - occupé
Jebbaïn (en) Tyr 1534 chiisme occupé
Jijin Tyr - - occupé
Labbouné Tyr - - occupé
Marouahine Tyr 1403 sunnisme occupé
Matmoura Tyr - - occupé
Naqoura Tyr 2685 chiisme occupé Totale (> 90 %)[18],[25]
Tayr Harfa Tyr 2079 chiisme occupé Totale[24]
Yarine Tyr 2642 sunnisme occupé Totale[24]
Zalloutiyé (en) Tyr 162 sunnisme occupé
Majdiyé Hasbaya - - occupé
Ouazzani Hasbaya 561 sunnisme occupé
Ain Ebel Bint-Jbeil 4361 maronites encerclé
Debel Bint-Jbeil 2883 maronites encerclé
Kounine Bint-Jbeil 4826 chiisme encerclé
Rmeich Bint-Jbeil 5702 maronites encerclé
Aalmane Marjayoun 60 chiisme encerclé
Aïn Arab Marjayoun 773 sunnisme encerclé
Bani Haïyane (en) Marjayoun 1555 chiisme encerclé
Ebel as-Saqi (en) Marjayoun 2573 chr. grec orthodoxe encerclé
Mhaibib Marjayoun 745 chiisme encerclé Totale[24],[18]
Talloussah Marjayoun 2048 chiisme encerclé
Yohmor Nabatiyé 2547 chiisme encerclé
Chebaa Hasbaya 13 964 sunnisme encerclé
Mari Hasbaya 1022 druzes encerclé
Khraybé Hasbaya - - encerclé
Aïn Ata (en) Rachaya 1795 Druzes -
Beaufort[8] Nabatieh inhabité -

Réactions

Un député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a affirmé que « Cette ligne jaune, nous la briserons par la résistance (...) en faisant valoir notre droit légitime de nous défendre et de défendre notre pays »[28].

Voir aussi

  • Liste des villages libanais détruits par Israël

Notes

  1. « Guerre au Moyen-Orient, jour 50 : un militaire français tué au Liban… Le bilan du samedi 18 avril », La Croix, § « L’armée israélienne annonce avoir établi une « ligne jaune » de démarcation au Liban », 18 avril 2026.
  2. Voir le dossier de L'Orient-Le Jour, « Ce que les villages du Liban-Sud, détruits par Israël, représentent pour ceux qui en sont originaires », constitué le 29 avril 2026.
  3. Marc Daou, « Comment les occupations israéliennes du Sud-Liban ont renforcé le Hezbollah », France 24, 7 avril 2024.
  4. « Israel plans 'Yellow Line' model in Lebanon by razing southern villages », Middle East Eye, 3 avril 2026.
  5. Akram Belkaïd, « Le Liban sous le feu », Le Monde diplomatique, avril 2026, no 865, p. 13.
  6. Emanuel Fabian, « 26 ans après, Tsahal rétablit sa zone de sécurité dans le sud-Liban, avec des différences notables », Times of Israel, 20 avril 2026.
  7. « Liban : ce que l’on sait de la ligne jaune de démarcation établie par Israël », France 24, 20 avril 2026.
  8. Mohammed Sio, « Israël publie la carte de sa "ligne de défense avancée" et de ses troupes dans le Sud du Liban », AA, 19 avril 2026.
  9. Mounir Rabih, « "Ligne jaune" israélienne, du Sud à la Syrie : Gaza comme mode d’emploi au Liban », L'Orient-Le Jour, 19 avril 2026.
  10. « “Christophini”: Phantom Mountains on the Occupation’s Map – An Attempt to “Israelize” Lebanese Geography », Commission nationale des droits humains du Liban, 17 avril 2026.
  11. Enzo Quesnecourt, « Villages concernés, superficie, habitants sommés d'évacuer : ce que l'on sait, en cartes, de la "zone tampon" revendiquée par Israël au Liban-Sud », L’Orient-Le Jour, 22 avril 2026.
  12. « Comme à Gaza, Israël cherche à imposer une “ligne jaune” dans le sud du Liban », Courrier international, 21 avril 2026.
  13. Sophie Guignon, « À l’ombre de la trêve, l’anéantissement du sud du Liban », RFI, 4 mai 2025, à 0 minutes 50".
  14. Philippe Pernot, « "C’est comme à Gaza" : Israël veut rendre le Sud-Liban invivable », Reporterre, 20 avril 2026.
  15. Hussein Shaaban, « Erasing History : The systematic Destruction of Lebanon's Heritage », Osint
  16. Paul Khalifeh, « Sud du Liban: avec la destruction méthodique des habitations par Israël, une mémoire qui s'efface », RFI, 2 mai 2025.
  17. Canterer, Majed, op. cit., 1'50"
  18. Giulia Della Michelina, « Sud-Liban. Un retour sous les bombes pour les déplacés de Nabatiyeh », Orient XXI, 4 mai 2026.
  19. Arthur Sarradin, « Guerre La ligne jaune imposée par Israël, un coup de cutter dans la carte du Sud-Liban », Libération, 23 avril 2026.
  20. Anne Canterer, Ziad Majed, « Au Liban comme à Gaza, la méthode de la terre brûlée est "une politique israélienne d'État" », RFI, 4 mai 2025, à 0 minutes 50 sec..
  21. « Israël redessine-t-il les contours de sa frontière maritime avec le Liban ? », L’Orient-Le Jour, 24 avril 2026.
  22. « Frappe sur Kfar Tebnit, l'un des sept villages du nord du Litani menacés par l'armée israélienne ; des habitants de la région de Nabatiyé fuient la zone | Direct», L’Orient-Le Jour, 26 avril 2026
  23. Hélène Sallon, Jean-Philippe Rémy, « Après la guerre entre Israël et le Hezbollah, des destructions massives dans le sud du Liban », Le Monde, 27 novembre 2024.
  24. William Christou, Abbas Abdel Karim, Lucy Swan, « "‘Everything is gone’: Israel destroys entire villages in Lebanon" », The Guardian, 12 avril 2026.
  25. « Ma terre, à Beit Lif, me manque. Mon cheval aussi », L‘Orient-Le Jour, 23 avril 2026.
  26. Apolline Convain, « "Je mourrai avant d’avoir pu aller reconstruire ma maison" : à Yaroun, radiographie d’un village du Sud-Liban rayé de la carte par Israël », Le Figaro, 5 mai 2026.
  27. « Liban : le Hezbollah avertit qu’il brisera la « ligne jaune » israélienne et assure qu’il ne peut être désarmé », Le Parisien, 20 avril 2026.
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