Loterie des lingots d'or

La « loterie des lingots d'or » est une ancienne loterie française à vocation politique organisée par la « Société des lingots d'or » créée par décret le . Elle avait pour vocation de convoyer en Californie 5 000 ouvriers au chômage. Loterie truquée, son ambition réelle était d'évacuer de Paris les indésirables, ainsi que les simples indigents. Elle fut supprimée en .

Objectifs

Organisée sous la Deuxième République par le préfet de police de Paris, Pierre Carlier, sur la suggestion de l'armateur Jules Langlois, elle avait pour vocation de recruter et convoyer en Californie 5 000 ouvriers au chômage.

Les Parisiens sans ressources ayant l'expérience des armes, les anciens de la garde mobile et de la garde républicaine notamment d'une part, et les révolutionnaires de et les émeutiers d'autre part, suscitaient particulièrement la méfiance des nouvelles autorités.

Doté d'un gros lot qui était constitué d'un lingot d'or de 116 kg d'une valeur de plus de 400 000 francs exposé passage Jouffroy[1], à l'angle du boulevard Montmartre à Paris : l'argent récupéré par la loterie permit en réalité aux autorités d'envoyer à San Francisco plus de 3 300 chercheurs d'or français, de à .

Organisation

Rêvant d'eldorado et de participer à la ruée vers l'or en Californie, les postulants au départ s'inscrivaient sur des registres d'inscription à la préfecture, dans lesquels cette dernière effectuait arbitrairement le choix des émigrants.

Si la quasi-totalité de ces derniers étaient des Parisiens, un dixième cependant étaient des provinciaux, notamment des personnes désargentées appuyées par des notables locaux, originaires soit de Saint-Servan (depuis rattachée à Saint-Malo), soit du Havre. Cette présence s'explique par le fait que l'appel d'offres pour le transport des émigrants fut attribué en , pour 795 francs par émigrant adulte, à l'armateur havrais Louis Victor Marziou, et que beaucoup de marins malouins, en proie à une crise économique locale, servaient alors sur la flotte havraise.

Arrivés à San Francisco, ceux qui avaient réchappé au passage du cap Horn et à la fièvre jaune déchantaient, puisqu'ils débarquaient bien après les premiers prospecteurs, dans une ville devenue inflationniste et donc onéreuse.

Le gagnant supposé du lingot aurait été un vigneron de Bouzy, Louis Médard Yvonnet[2].

Témoignage

Une jeune femme, Fanny Loviot, a laissé un rarissime témoignage écrit sur cette expédition dans un livre intitulé Les pirates chinois : ma captivité dans les mers de la Chine, paru en à Paris. Elle y relate dans un chapitre le voyage du dixième convoi des « lingots d'or », celui de la goélette Indépendance du capitaine Allèmes, parti du Havre le et arrivé à San Francisco, le de la même année.

Le fondateur de la boulangerie Boudin, Isidore Boudin, a gagné son voyage vers la Californie grâce à cette loterie[2].

Notes et références

  1. ↑ Dumas fils 1851, p. 3.
  2. Corine Lesnes, « Ruée vers l'or : à la loterie des lingots, un aller-simple pour San Francisco », Le Monde, (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • André Barilari, La loterie des lingots d'or, Paris, Plon, , 233 p. (ISBN 2-259-02105-0 et 978-2-402-00561-6, lire en ligne Accès limité).
  • Madeleine Bourset, « Une émigration insolite au XIXe siècle : Les soldats des barricades en Californie, - », dans Nicole Fouché (dir.), Centre de recherches d'histoire nord-américaine, Paris-I, L'émigration française : Étude de cas, Algérie, Canada, États-Unis, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Publications de la Sorbonne / Série internationale » (no 24), , 271 p. (ISBN 2-85944-092-5 et 979-10-351-0409-2, DOI 10.4000/books.psorbonne.53041, lire en ligne), p. 129–188.
  • Alexandre Dumas fils, Histoire de la loterie, depuis la première jusqu'à la dernière loterie : La loterie des lingots d'or, Paris, chez tous les libraires, , 16 p. (lire en ligne).
  • Albert Krebs, « La Société des lingots d'Or (-) : un épisode de la ruée vers l'or des Français en Californie », Revue des Deux Mondes,‎ , p. 43–55 (JSTOR 44593210).
  • Olivier Le Dour et Grégoire Le Clech, Les Bretons dans la ruée vers l'or de Californie, Rennes, Les Portes du large, , 575 p. (ISBN 2-914612-20-6) : évoque cet épisode.
  • Léon Lemonnier, La Ruée vers l'or en Californie, Paris, Gallimard, coll. « NRF / La suite des temps » (no 11), , 467 p. (lire en ligne).
  • (it) Rosario Pellegrino, « La loterie des lingots d'or : tra gioco, propaganda e marketing », Ludi Universum, vol. 4,‎ , p. 129–156.

À propos de Fanny Loviot

  • Fanny Loviot, Les pirates chinois : ma captivité dans les mers de la Chine (nouv. éd. rev. et augm. avec portrait de l'auteur), Paris, Achille Bourdilliat, (1re éd. 1858), 233 p. (lire en ligne).
    (en) Fanny Loviot (trad. du français par Amelia Edwards), A Lady's Captivity Among Chinese Pirates in the Chinese Seas, Londres, George Routledge, , VII-144 p. (lire en ligne).
  • Jean-Paul Bouchon, « Fanny Loviot, chercheuse d'or au Far West », Les Carnets de l'exotisme, Kailash, no 1 « L'exotisme au féminin »,‎ , p. 51 (ISBN 2-8426-8065-0).
  • Jean-François Miniac, Les mystères de la Manche : Histoires insolites, étranges, criminelles et extraordinaires, Sayat, de Borée, , 440 p. (ISBN 978-2-84494-968-4) : un chapitre fait le récit du voyage de L'Indépendance avec Fanny Loviot.
  • (en) Dian Murray, « Book Review: A Lady's Captivity among Chinese Pirates », International Journal of Maritime History, vol. 21, no 1,‎ , p. 404–405 (DOI 10.1177/084387140902100145).

Articles connexes

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