Louis-Armand de La Poype de Vertrieux

Louis-Armand de La Poype
Marquis de Vertrieux
Louis-Armand de La Poype de Vertrieux
Estampe représentant La Poype de Vertrieux

Surnom « La Poype-Vertrieux »
Naissance
à Paris
Décès (à 80 ans)
à Londres
Origine Français
Allégeance Drapeau du royaume de France : entièrement blanc Royaume de France
Arme Gardes du corps du roi
Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Artillerie
Grade Chef d'escadre
Années de service 1734 – 1781
Commandement La Pléiade
Le Marseillais
Conflits Guerre de Succession d'Autriche
Guerre de Sept Ans
Distinctions Chevalier de Saint-Louis
Autres fonctions Commandant des Gardes de la Marine à Toulon
Députés de la sénéchaussée de Toulon
Famille Famille de La Poype

Emblème

Louis-Armand de La Poype, marquis de Vertrieux dit « La Poype-Vertrieux », né le à Paris et mort le à Londres, est un officier de marine et homme politique français des XVIIIe et XIXe siècles. Il sert dans la marine royale, notamment dans la Guerre d'Indépendance des États-Unis, et prend sa retraite avec le grade de chef d'escadre. Pendant la Révolution de 1789, il est député électeur de la noblesse pour la sénéchaussée de Toulon.

Biographie

Origines et famille

Louis-Armand de La Poype est le fils de François-Louis de la Poype, marquis de Vertrieux, et de Marie-Anne Forest[1]. Son grand-père maternel Pierre Forest, seigneur de Bellefontaine, est conseiller au Parlement de Paris. Il est parent de Jean-Claude de La Poype de Vertrieu, qui est évêque de Poitiers de 1702 à 1732.

Il naît le à Paris, et est baptisé le lendemain à l'église Saint-Eustache[2],[3]. Le prince du sang, Louis-Armand de Conti, le tient sur les fonts baptismaux et lui donne ses propres prénoms. Il réaffirme ainsi l'alliance ancienne entre les Conti, branche cadette des Condés (elle-même branche cadette des Bourbons) et les La Poype[3].

Jeunesse et débuts aux Gardes-marines

Louis-Armand de La Poype de Vertrieux est mis en nourrice à la campagne, loin de l'agitation de Paris. « Il y gagna une forte constitution qui lui permit d’être accepté plus tard dans les armées du Roi et de satisfaire son amour des armes, deux traditions de sa famille. »[4]

Suivant les traces de son père, officier aux Gardes du corps du Roi, il y est nommé cadet, à l’âge de treize ans. Ce corps d'élite était tous les jours auprès du Roi, et permettait de se faire remarquer de lui[4].

Pendant quatre ans, de 1734 à 1738, le jeune cadet fait son apprentissage de la discipline militaire. Sa dureté le rebute. Il quitte les Gardes du corps du Roi et entre dans la Marine[4]. Il est probablement recommandé par son parrain, le prince Louis-Armand de Conti, ainsi que par son grand-oncle, Jean-Claude de La Poype de Vertrieu (1655-1732), évêque de Poitiers. Le roi Louis XV (1710-1774) le nomme, le , garde-marine au département de Toulon[4].

Durant son voyage de Paris à Toulon, en voiture ou en coche d’eau, il découvre la liberté et les responsabilités. À Lyon, il reçoit l’hospitalité, place Saint-Jean, à la Maison de Fougères[5], puis se rend au château de Serrières, à 8 km au sud-est de Crémieu, berceau de la famille de La Poype, et au château de Vertrieu, à 20 km au nord de celui de Serrières, au bord du Rhône, près de la frontière de Savoie[4].

Arrivé à Toulon, il présente sa lettre de nomination au chevalier de Piosin, commandant la Marine à Toulon[6].

Le , il est nommé Garde du Pavillon, poste qu’il occupera jusqu’au  : il consiste à être de faction, l’épée à la main, au pied du mât où flotte le pavillon du vaisseau amiral[6].

Le , La Poype de Vertrieu voit arriver à l’École des Gardes-Marines un jeune Breton de 15 ans, le chevalier Charles-Henri-Louis d'Arsac de Ternay. Les deux hommes feront une grande partie de leur carrière ensemble[6].

Première sortie en mer pendant la guerre de Succession d'Autriche

Sa première sortie en mer a lieu le . Une escadre de douze vaisseaux, placée sous les ordres du lieutenant général de La Roche-Allard, met les voiles en direction de l'Espagne[6]. La flamme de guerre, longue banderole aux couleurs du Roi, flotte au-dessus du vaisseau amiral, gardé par le jeune La Poype de Vertrieu.

Après une croisière d'environ 1 200 km, l'escadre parvient, le , devant le port espagnol de Malaga. Elle est canonnée, ayant été confondue avec la flotte britannique, qui s'était présentée un mois auparavant avec un pavillon français. Le gouverneur de la place s'excusera auprès des Français[6]. Pendant six jours, les officiers français sont reçus dans le palais du gouverneur de Malaga, Monsieur de Cordoba[7].

L'escadre française reconstitue ses provisions en eau fraiche et en agrumes, utilisés alors à bord des vaisseaux pour combattre le scorbut. Le , l'escadre française quitte Malaga. Huit vaisseaux rentrent à Toulon (La Poype de Vertrieu est sur l'un d'eux) et les quatre autres font voile vers la Martinique[7].

Baptême du feu devant Toulon

La Poype de Vertrieu suit des cours théoriques dispensés à terre, et complète sa formation lors d'escadres d'évolution, manœuvres destinées à la formation des officiers. Il embarque à bord du vaisseau Le Flore le  ; il passe sur Le Ferme du à  ; sur Le Tigre en 1741-1742 et enfin sur L'Assuré en 1742-1743[7].

Le , après trois années de formation, il est nommé sous-brigadier. Il subit son baptême du feu le , à la bataille du cap Sicié devant Toulon. Les escadres françaises et espagnoles (bien qu'inférieures en nombre) combattent victorieusement la flotte britannique des amiraux Mathews et Lestock. À bord du vaisseau Terrible, 74 canons, commandé par le capitaine de La Jonquière, il fait ses premières armes[7].

L'escadre française, composée de 16 vaisseaux de ligne⁣⁣, ⁣ est commandée par le chef d'escadre Court de la Bruyère⁣ ; l'escadre espagnole - composée de 12 vaisseaux - est placée sous les ordres de l'amiral Navarro. Les deux escadres livrent une bataille indécise à la flotte de l'amiral Mathews, forte de 29 vaisseaux, 10 frégates et trois brûlots[7]. Les flottes ennemies se présentent en deux lignes parallèles, face à face et perpendiculaires au rivage, entre le cap Sicié et les îles d'Hyères. L'amiral anglais attaque d'abord les vaisseaux anglais, qui subissent le feu de ses 330 canons, aux tirs plus précis[7].

Les Espagnols commencent à fléchir quand le vaisseau de l’amiral Navarro est attaqué par un brûlot anglais[7]. L’amiral espagnol, blessé, se réfugie au fond de la cale se met à réciter son chapelet[7].

Combat entre le Real Felipe et le HMS Namur. Au premier plan, le brûlot Anne Galley, en train d'exploser après avoir été atteint par l'artillerie du Real Felipe. Toile de 1783, exposée au musée naval de Madrid.

Les canons anglais fauchent les mâts, arrachent les voiles et déciment les marins espagnols[7].

À bord du Real Felipe, le commandant en second, l’officier de marine français, Monsieur de Lage de Cueilly, prend le commandement du vaisseau amiral[8]. Ses derniers canons en état de tirer font exploser le brûlot anglais[8].

Quatre vaisseaux espagnols se portent à son secours. En les voyant, trois vaisseaux espagnols abandonnent la bataille et s'enfuient, se croyant battus[8]. Pour dégager la flotte espagnole, quatre vaisseaux français, dont Le Terrible, où est La Poype de Vertrieu, attaquent vivement plusieurs navires anglais à trois-ponts, commandées par le Rear-Admiral Rowley[8].

Après une longue canonnade, les Anglais se retirent ; ils ont infligé d’importants dégâts au Saint-Esprit, commandé par le bailli de Piosin. Le combat reprend à 17 h 0, et s’arrête à 20 h 0, la nuit et la fumée empêchant de se voir[8].

On compte les pertes ; elles sont nombreuses à bord du Real Felipe, le vaisseau amiral espagnol : il perd environ 500 hommes, soit, la moitié de son équipage[8]. Les Britanniques se replient à Port-Mahon, sur l’île de Minorque dans les Baléares.

Le ministre de la Marine Maurepas est mécontents des pertes françaises, qu’il juge excessives ; il relève Court de La Bruyère de son commandement, alors que ce dernier avait battu les Britanniques[8]. Il le remplace par Monsieur de Gabaret, qui commandait l’avant-garde française, à bord de L'Espérance (74). Gabaret s’était distingué pendant la bataille et ses équipages avaient été décimés. La Poype de Vertrieu est envoyé à bord de L’Espérance pour reconstituer ses effectifs. Il embarque ensuite à bord du Trident durant quelques mois en 1744-1745 et quitte le port de Toulon[8].

Commandements

"La prise du HMS Northumberland par Le Mars", quelques mois avant que La Poype de Vertieu n'embarque à son bord.

Il est affecté à l’escadre de Brest et nommé enseigne de vaisseau le . Il embarque sur L'Alcide, de 64 canons, et commandé par Hocquart. L’année suivante, il part pour les Amériques, à bord du Northumberland[9], pour participer à la campagne de Québec et reprendre aux Britanniques l’établissement de Louisbourg, capturé en 1745[8].

La Poype de Vertrieu quitte le Northumberland en 1748 et est nommé enseigne de vaisseau sur L’Intrépide. Il y reste deux ans, et est nommé sous-lieutenant d’artillerie à Toulon, le . Il embarque successivement sur Le Saint-Laurent, de 1750 à 1751, sur la frégate La Hardie, en 1752, sur La Rose en 1754, sur le vaisseau Le Bon du au et enfin sur Le Rusé en 1755[8].

Ses qualités d’artilleur lui valent d’être nommé lieutenant d’Artillerie, le , et lieutenant de vaisseau le . Il est affecté sur Le Foudroyant, le [8].

Noblesse personnelle

Après vingt-neuf ans de service dans la Marine du Roi, Louis-Armand de La Poype de Vertrieu est nommé Chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, créé en 1693 par Louis XIV, pour récompenser la valeur militaire[10].

Le , il reçoit, des mains du roi Louis XV (1710-1774), la Croix de Saint-Louis, et appartient désormais à la noblesse personnelle, accordée aux mérites prouvés et non à la noblesse de naissance[10].

Nouvelles nominations

Il est nommé capitaine d’artillerie, le [10]. Cette nomination est exceptionnelle ; les officiers nobles n’aimaient pas les armes « savantes » comme l’artillerie ou le génie : elles demandaient trop d’études et de capacités[10].

En 1763, il obtient le commandement du vaisseau La Pléiade, qu’il conservera neuf ans, avec le grade de capitaine de frégate, accordé le , après trente ans de service[10].

Le , La Poype de Vertrieu est nommé, en plus, capitaine de port en second et, deux ans après, reçoit un brevet de capitaine de vaisseau, le [10].

Mariage avec la permission du Roi

En , il obtient la permission du Roi de se marier, à l’âge de 46 ans, avec Thérèse de Beaussier de Châteauvert, fille du chef d’escadre André Beaussier de Châteauvert. De ce mariage, naît une fille, Elisabeth de La Poype de Vertrieu[10],[11].

La Poype de Vertrieu revient à Toulon ; il est nommé commandant des gardes-marines, le  ; il y avait débuté trente-sept ans auparavant. Le , il reçoit le grade de brigadier des armées navales[10]. Il demande et obtient le commandement du vaisseau Le Marseillais, qu’il garde en 1778 et 1779. Il est alors âgé de 53 ans. De 1739 à 1779, pendant une carrière de quarante ans, il a embarqué et navigué sur vingt vaisseaux du Roi[10].

La disgrâce royale

En 1780, après 42 ans de services dans la Marine du Roi, il est suspendu de son grade par ordre du roi Louis XVI[12]. Ce dernier est influencé par les intrigues de la Cour et par la reine Marie-Antoinette, influencée par l’Autriche. Il reste en disgrâce du au  : il est alors réintégré dans ses grades et fonctions, pour cinq mois[12]. Le , à l’âge de soixante ans, après 43 années de service, il est mis à la retraite, en qualité de chef d’escadre, avec une pension de 4 200 livres[12].

Le , il est désigné comme député de la noblesse aux États-Généraux par la sénéchaussée de Toulon. Fidèle à la monarchie, « il tint pour l'ancien ordre de choses »[13], et, le , il donne sa démission de l’Assemblée constituante ainsi que du Comité de la Marine. Il quitte Paris pour Toulon[12].

Pratiquement ruiné par la dévaluation constante de la monnaie, il réclame et obtient une augmentation de sa pension : elle est portée de 4 200 à 5 400 livres, le . Lorsqu’il arrive à Toulon, l’anarchie règne. Des équipages se sont révoltés et ont massacré leurs officiers. Un amiral de la flotte est torturé et découpé en morceaux, le major Beausset a la tête coupée, au fort Saint-Jean[12].

Le siège de Toulon

Vue du port de Toulon pendant le siège de la ville en 1793.

La ville est assiégée du au par l’armée révolutionnaire commandée par la général Jacques François Dugommier (1738-1794). Ce dernier est aidé par le général Jean-François de La Poype (1758-1851), proche parent du chef d’escadre, rallié aux idées à la Révolution, qui avait sous ses ordres le jeune Napoléon Bonaparte[12].

Lors de la prise de la ville, La Poype de Vertrieu – menacé de la guillotine ou de la fusillade par le Conventionnel Louis Fréron – a disparu. Les circonstances de sa fuite ne sont pas établies[Note 1].

L’émigration et la mort

Ne voulant pas renier son serment de fidélité au Roi de France, il est contraint à l’émigration. Il passe en Angleterre ; il retrouve le marquis de Vaudreuil (1723-1802), ancien lieutenant général des armées navales, qui avait conquis le Sénégal. Après sept années à Londres, La Poype de Vertrieu y meurt le , à l’âge de 80 ans, en laissant une veuve et une fille, Elizabeth de La Poype Vertrieu[12].

Postérité

La branche de La Poype de Vertrieu s’éteint à la mort de sa fille[14].

Un lointain descendant, Roland de La Poype, se distinguera dans l’aviation française pendant la Seconde Guerre mondiale ; il sera un des As, avec 16 victoires aériennes homologuées[14].

Notes et références

Notes

  1. ↑ Selon l'historien Henri Caburet, le général de La Poype aurait pu favoriser la fuite de son parent. Ou bien, l’ancien chef d’escadre, âgé de 72 ans, aurait pu trouver refuge à bord des vaisseaux de l’amiral britannique Samuel Hood (1724-1816), qui imposaient à la ville un blocus naval.

Références

  1. ↑ Sa mère est veuve de Bonaventure Frotier, marquis de la Messelière, page de la grande écurie du Roi à Versailles; maréchal de camp puis lieutenant général des Armées du Roi.
  2. ↑ Texte inscrit sur le registre de baptême de l'église Saint-Eustache :

    « L'an mil sept cent vingt et un, lundi 3 février, fut baptisé Louis-Armand, né d'hier, fils de haut et puissant Seigneur Messire François de La Poype, marquis de Vertrieu, et de haute et puissante Dame Anne Forest, son épouse, demeurant rue Montmartre.
    Le parrain, très haut, très puissant et très excellent Prince Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, prince du sang.
    La marraine, haute et puissante Dame Françoise-Vidarde de Legal, épouse de haut et puissant seigneur Messire René-François de Legal, Lieutenant-général des Armées du Roi. »

  3. Caburet 1983, p. 207
  4. Caburet 1983, p. 209
  5. ↑ Cette Maison de Fougères devait son nom aux comtes de La Poype, seigneurs du Château de Fougères, situé à Poule-les-Écharmeaux, dans le Haut-Beaujolais.
  6. Caburet 1983, p. 210
  7. Caburet 1983, p. 211
  8. Caburet 1983, p. 212
  9. ↑ Vaisseau britannique lancé en 1705 sous le nom de HMS Northumberland, capturé en mai 1744 par le vaisseau français Le Content.
  10. Caburet 1983, p. 213
  11. ↑ Elle épousera, plus tard, au comte de Boulainvilliers, lieutenant de vaisseau. Ce dernier appartient à la famille du comte Henri de Boulainvilliers (1658-1722), historien et économiste, auteur d’un État de la France.
  12. Henri Caburet, p. 214
  13. ↑ Robert & Cougny
  14. Caburet 1983, p. 215

Voir aussi

Bibliographie

  • « Louis, Armand de La Poype de Vertrieu », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore]
  • Henri Caburet, Pages d'Histoire des communes, , 224 p. (lire en ligne), « Un chef d'escadre au XVIIIe siècle : le Marquis Louis-Armand de La Poype de Vertrieu (1721-1801) », p. 207 et suiv.

Articles connexes

Liens externes

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