Médersa de Sidi el-Haloui
La médersa de Sidi el-Haloui (en arabe : مدرسة سيدي الحلوي) est une médersa historique située à Tlemcen, en Algérie. Fondée au milieu du XIVe siècle siècle pendant l'occupation mérinide de la ville, la médersa a été commanditée par le sultan Abou Inan Faris pour faire partie du vaste complexe religieux de Sidi el-Haloui. Ce complexe, composé d'une mosquée, d'une zaouïa, de la médersa et d'une salle d'ablutions, a été construit à l'extérieur des remparts historiques (extra-muros), près du quartier de Bab Ziri.
L'institution et le sanctuaire environnant ont été érigés en l'honneur d'Abou Abdallah el-Shoudhi, un érudit andalou, ancien juge et mystique soufi populairement connu sous le nom de Sidi el-Haloui. La médersa a disparu au fil des siècles, tombant probablement en ruine pendant l'époque ottomane. Aujourd'hui, la mosquée historique adjacente et la salle d'ablutions sont les principaux vestiges subsistants du site d'origine.
Contexte
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Le complexe religieux de Sidi el-Haloui est fondé à Tlemcen au milieu du XIVe siècle siècle, au cours de l'occupation mérinide (v. 1352–1359) qui a suivi la prise de la ville à la dynastie abdalwadide (zianide)[1]. Commandité par Abou Inan Faris (r. v. 1348–1358), le site comprend une mosquée, une zaouïa, une salle d'ablutions et une médersa, construites par des ateliers tlemcéniens locaux[2]. L'ensemble était centré autour du lieu de sépulture d'Abou Abdallah el-Shoudhi, un érudit andalou populairement connu sous le nom de Sidi el-Haloui[2],[3].
Figure énigmatique, al-Shudhi aurait servi de cadi à Séville (actuelle Espagne) durant les dernières années du règne almohade[4]. Il abandonna par la suite ses fonctions de juge et quitta la ville pour des raisons qui restent inconnues, finissant par rejoindre Tlemcen[5]. Là, selon la tradition, il adopta l'apparence d'un derviche errant ou « saint fou », passant du temps avec les enfants et distribuant des bonbons, ce qui lui valut l'épithète arabe d'el-Halwi (« le faiseur de bonbons »)[5]. On lui attribue également la fondation de la confrérie soufie Shudhiyya[6], une école qui se distinguait par son mélange de soufisme et de philosophie. Al-Shudhi était associé aux doctrines de l'unité, notamment ce qui a plus tard été décrit comme al-Wahda al-Mutlaqa (« l'Unité Absolue »), une tendance qu'il semble avoir initiée et qui a ensuite été liée, de différentes manières, à des figures telles qu'Ibn Mar'a, Ibn Arabi et Ibn Sab'in[7].
Alors que les textes historiques plus anciens mentionnent simplement qu'il est mort à Tlemcen[8], une tradition orale ultérieure le lie à une légende selon laquelle il aurait été exécuté sur ordre du sultan de la ville après avoir été faussement accusé de sorcellerie[9]. La même tradition ajoute que, lorsque le sultan réalisa son erreur, il fit exécuter son grand vizir pour l'avoir incité contre Sidi el-Haloui, puis ordonna la construction d'un tombeau en son honneur[9]. Les dates exactes de la mort de Sidi el-Haloui et de la construction de son tombeau demeurent inconnues[10]. Bien qu'un mausolée qui lui est attribué se dresse près de la mosquée portant son nom, son authenticité n'est pas encore vérifier[11].
Histoire
Le complexe religieux de Sidi el-Haloui est construit au nord du centre historique de Tlemcen, niché dans une vallée à l'extérieur des remparts principaux de la ville. Il est accessible depuis le quartier de Bab Ziri par un chemin en forte pente qui descend vers le site[11]. Le complexe a été conçu pour refléter l'aménagement global du sanctuaire d'el-Eubbad, construit à côté du mausolée de Abou Madyan[2]. La raison exacte pour laquelle Abou Inan a choisi de construire le complexe autour de la tombe de Sidi el-Haloui reste un sujet de débat historique. Fatima Zahra Amara avance deux raisons probables : le site était peut-être déjà un sanctuaire local très populaire à Tlemcen, ou Abou Inan ressentait un lien personnel avec la confrérie Shudhiyya[12]. Amara soutient cette dernière théorie en soulignant l'admiration d'Abou Inan pour la poésie d'Ibn al-Khamis al-Tilimsani, un éminent poète adepte de la confrérie[12].
La fondation de la médersa est décrite par Ibrahim al-Numayri (mort en 1367), katib diwan al-incha (secrétaire de la chancellerie) d'Abou Inan Faris :[3]
« Liée à cette zaouïa sur le côté nord se trouve une médersa avec de nombreuses chambres, d'une grande élévation et remarquable par ses qualités. Elle contient des portes s'ouvrant sur des résidences pourvues de toutes les commodités, bien disposées dans leur agencement, assignées aux principaux responsables de ses fonctions et destinées à offrir l'hospitalité tant au voyageur qu'au dévot résident. »
Puisque la médersa a été construite à côté de la tombe de Sidi el-Haloui, l'institution est devenue inextricablement liée au nom du saint[13]. Bien que l'agencement spatial d'origine du sanctuaire soit difficile à reconstituer aujourd'hui[11], les récits contemporains confirment la présence de la médersa au sein du complexe. Le voyageur andalou Ibn al-Sabbah (actif à la fin du XIVe siècle siècle), qui a visité la ville, a décrit la médersa de Sidi el-Haloui comme « un paradis sur terre, où la subsistance était assurée par les dotations licites (waqf) des justes. Il y avait beaucoup d'autres médersas, mais nous mentionnons celle-ci par souci de brièveté. »[13]
Au fil du temps, la médersa a disparu, ne laissant que la mosquée adjacente, construite vers 1353, et la salle d'ablutions comme principaux vestiges de ce complexe[11]. La période exacte du déclin de la médersa reste inconnue, bien qu'il soit suggéré qu'elle soit tombée en ruine pendant la période de la domination ottomane sur la ville[13].
Références
Citations
- ↑ Ferrah 2012, p. 126.
- Charpentier 2018, p. 98.
- Houari 2024, p. 135.
- ↑ Abd al-Wahhab 2018, p. 48.
- Houari 2024, p. 212.
- ↑ Abd al-Wahhab 2018, p. 51.
- ↑ Abd al-Wahhab 2018, p. 63.
- ↑ Houari 2024, p. 216.
- Brosselard 1860, p. 161-174.
- ↑ Sharaf 2019, p. 90.
- Charpentier 2018, p. 99.
- Amara 2010, p. 45-46.
- Amara 2010, p. 46.
Bibliographie
- (ar) Muhammad Hilmi Abd al-Wahhab, « الشُّوذيَّة حلقة مفقودة في التصوُّف الأندلسيِّ: ابن الـمرأة الأندلسيُّ .. حياته وتصوُّفه » [« La Shudhiyya, un chaînon manquant dans le soufisme andalou : Ibn al-Mara'a al-Andalusi... sa vie et son soufisme »], Majallat Al-Irfan lil-Dirasat al-Sufiyya, vol. 1, no 1, , p. 41–70
- (ar) Fatima Zohra Amara, المدارس التعليمية بتلمسان خلال القرنين (8-9هـ/14-15م) [« Les médersas d'enseignement à Tlemcen durant les VIIIe-IXe siècles AH / XIVe-XVe siècles EC »] (Mémoire de magister), Oran, Université d'Oran - Es-Sénia,
- Charles Brosselard, « Les Inscriptions Arabes de Tlemcen: XI. Mosquée et tombeau de Sidi el-Haloui », Revue Africaine, vol. 4, no 21, , p. 161–174 (lire en ligne)
- Agnès Charpentier, Tlemcen médiévale: Urbanisme, architecture et arts, Paris, Éditions de Boccard, (ISBN 978-2-7018-0525-2, lire en ligne)
- Abdelaziz Ferrah, Tlemcen, ses rois Zianides et son patrimoine, Alger, Zaki Bouzid, (ISBN 978-9961771211)
- (ar) Mohammed Houari, في تاريخ تلمسان وأعلامها: أبحاث ودراسات [« Dans l'histoire de Tlemcen et de ses personnalités : recherches et études »], Rouïba, Algérie, Dar Al-Kitab Al-Mu'asir, , 1re éd. (ISBN 978-9931-882-64-0)
- (ar) Abd al-Haqq Sharaf, « من أعلام التواصل الروحي بين الأندلس وتلمسان الشيخ أبي مدين شعيب الإشبيلي والشيخ الشوذي الحلوي » [« Parmi les figures de la communication spirituelle entre l'Andalousie et Tlemcen : Cheikh Abu Madyan Shu'ayb al-Ishbili et Cheikh al-Shudhi el-Haloui »], Majallat Al-Ibar lil-Dirasat al-Tarikhiyya wa-al-Athariyya, vol. 2, no 1, , p. 86–92
Voir aussi
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