Médersa fiqhiyya de Mazouna

Médersa fiqhiyya de Mazouna
مدرسة مازونة الفقهية
La médersa fiqhiyya de Mazouna, l'une des écoles de jurisprudence les plus célèbres du Maghreb central
Présentation
Type
Destination initiale
École de fiqh malikite
Destination actuelle
École de jurisprudence et enseignement du Coran
Style
Islamique, Malikite
Architecte
Inconnu
Construction
Commanditaire
Mohammed ibn al-Charif al-Mazouni al-Andaloussi
Localisation
Pays
Ville
Coordonnées
36° 07′ 32″ N, 0° 52′ 35″ E
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La Médersa fiqhiyya de Mazouna (en arabe : مدرسة مازونة الفقهية) est l’une des écoles de jurisprudence les plus célèbres du Maghreb central. Fondée à la fin du règne des Zianides en 1582[1], elle fut rénovée et modernisée à l’époque du Beylik de l'Ouest, lorsque Mazouna en était la capitale. Rattachée au rite malikite, l’institution assurait l’enseignement du Coran et du fiqh (jurisprudence islamique). Dotée d’une organisation solidement établie et de traditions pédagogiques bien ancrées, la médersa s’inspirait des modèles d’enseignement de Tlemcen, et d’al-Andalus. Elle conserva son rayonnement intellectuel même après le transfert de la capitale régionale de Mazouna vers Mascara, puis vers Oran, demeurant un pôle d’attraction majeur pour les étudiants de l’Ouest algérien, notamment ceux de Nedroma, Mostaganem, Ténès, Tlemcen et Oran.

Fondation

La ville de Mazouna, ancienne capitale des Maghraouas au moyen âge, et le premier siège du beylik de l'Ouest à l'époque de la Régence d'Alger[2], est considérée comme l’un des principaux centres de la civilisation arabo-islamique en Algérie. Elle s’est distinguée par ses éminents savants, venus s’y installer et y enseigner. La renommée de Mazouna s’est notamment diffusée grâce à sa médersa malékite, qui jouissait d’un prestige comparable à celui des écoles de Tlemcen et de Béjaïa[3],[4],[5].

Les historiens divergent quant à la date de fondation de l’école ainsi qu’à l’identité de son fondateur réel. L’historien Abou El Kacem Saâdallah, dans son ouvrage Histoire culturelle de l’Algérie, affirme que l’école de Mazouna fut fondée à la fin du XVIe siècle. De son côté, le cheikh al-Mahdi Bouabdelli estime que l’école aurait été fondée vers 1590 par le cheikh Mohammed al-Charif, descendant d’Abdelaziz al-Beldawi. Cette opinion est partagée par la majorité des historiens contemporains, qui s’accordent à dire que l’école fut édifiée au XVIe siècle par le cheikh Mohammed ibn al-Charif al-Mazouni al-Andaloussi. L’historien Mohammed Meflah considère quant à lui qu’il existait à Mazouna une école dont la date exacte de construction demeure inconnue, mais dont l’origine remonterait vraisemblablement à la seconde moitié du XVe siècle[6].

D’autres chercheurs estiment que la fondation de l’école est antérieure à la présence ottomane en Algérie. Parmi eux, Abdelmadjid Méziane établit un lien entre l’école de Mazouna et celles d’al-ubbâd et de Tachfinia à Tlemcen, les plaçant dans une même tradition intellectuelle. Toutefois, le consensus général s’accorde à attribuer la fondation de l’école à Mohammed ibn al-Charif al-Mazouni al-Andaloussi, au début du XVIIe siècle. Celui-ci y dispensa un enseignement pendant soixante-quatre ans, jusqu’à son décès en 1164 de l’Hégire (1751–1752 ap. J.-C.)[6].

Savants et cheikhs de la médersa

La direction de l’école fut d’abord assurée par son fondateur, Mohammed ibn al-Charif al-Andaloussi, l’un des Andalous réfugiés établis à Mazouna, qui y dispensa un enseignement pendant plus de soixante ans, jusqu’à sa mort. À sa suite, son fils Abderrahmane ibn Mohammed al-Charif prit en charge l’encadrement et l’enseignement ; il fut l’une des figures marquantes du fiqh malikite à l’époque zianide[6],[7].

Lui succéda ensuite Mohammed ibn Abderrahmane ibn Mohammed al-Charif, troisième cheikh de la médersa et l’un de ses maîtres les plus influents, en fonction jusqu’en 1189 de l’Hégire. La direction passa alors à Abou Tâlib Mohammed ibn Ali al-Charif, qui enseignait le fiqh, le Mukhtasar de Khalil, ainsi que les commentaires d’al-Kharashi et d’az-Zarqani. Il assurait également des cours de spiritualité (raqâ’iq), de transmission du hadith et de mémorisation des chaînes de transmission. Il décéda en 1233 de l’Hégire[6],[4].

Après sa disparition, son petit-fils et disciple Ahmed ibn Hanni, connu sous le nom d’Abou al-‘Abbâs Ahmed ibn Hanni ibn Mohammed ibn Ali, prit la tête de l’école. Par la suite, plusieurs éminents cheikhs se succédèrent à la direction de la médersa, parmi lesquels ‘Issa al-Mazouni Abou Zakariya, Mohammed as-Sadiq ibn Afghoul, Youssef Loukil al-Mazouni, Abu Imran Moussa ibn Aissa al-Mazouni, Yahia al-Mazouni entre autres[6],[7].

Disciples et continuateurs

L’école a formé un groupe de disciples qui ont contribué activement au dynamisme du mouvement scientifique et éducatif. Parmi eux figurent le cheikh Mohammed Bouras, le cheikh Mustapha ar-Ramassi, le cheikh Mohammed as-Senoussi, le cheikh Mohammed ibn al-Qandouz, Sidi ‘Adda Ghoulam Allah, le cheikh al-Mahdi Bouabdelli, ainsi que d’autres cheikhs que l’histoire de la littérature, de la pensée et de la culture algériennes a consacrés comme des figures ayant profondément marqué la scène religieuse du pays. Leur apport fut particulièrement notable dans la transmission des principes de l’éthique religieuse et des règles du fiqh malikite, en tant que rite juridique prédominant en Afrique du Nord, ainsi que dans l’explication des fondements de l’islam et leur mise en pratique rigoureuse[6],[7],[8],[9].

Les diplômés de l’école occupèrent par ailleurs de hautes fonctions de responsabilité dans les différentes villes et centres urbains voisins de Mazouna, ainsi qu’à l’échelle du Beylik de l'Ouest. On comptait parmi eux des cadis, des cheikhs, des imams, des maîtres et des enseignants[6],[5],[10].

La renommée de la médresa al-fiqhiya de Mazouna dépassa largement les frontières du pays. Des étudiants et des cheikhs y affluèrent depuis la Zitouna et Tunis, mais aussi de Fès et de Marrakech, et même depuis certains pays d’Afrique subsaharienne tels que le Mali, le Sénégal, le Niger et le Tchad[6],[11].

Références

  1. ↑ Bulletin trimestriel de géographie et d'archéologie, Soc., (lire en ligne), p. 260
  2. ↑ Hakima Slimani, « Sur-dénomination des familles à Mazouna : analyse sociolinguistique des patronymes et leurs usages », Multilinguales, no 21,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ (ar) El-Houari Mellah, « محطات تاريخية حول مدرسة مازونة الفقهية » [« Repères historiques sur la médersa juridique de Mazouna »], AL-IBAR From Historical And Archaeological Studies, vol. 6, no 2,‎ , p. 380-394 (lire en ligne, consulté le )
  4. (ar) Ibrahim Abbou et Mohamed Bouchenafi, « مدرسة مازونة الفقهية و دورها التاريخي و الحضاري » [« L’École juridique de Mazouna et son rôle historique et civilisationnel »], El-Hiwar El-Thakafi, vol. 7, no 1,‎ , p. 249-261 (lire en ligne, consulté le )
  5. (ar) Mohamed said Agib, « مدرسة مازونة الفقهية » [« L’École juridique (de jurisprudence) de Mazouna »], Revue des études juridiques et judiciaires, vol. 6, no 2,‎ , p. 35-52 (lire en ligne, consulté le )
  6. (ar) Sawsan Ibradcha, « مدرسة مازونة الفقهية وتأثيرها على الحواضر المجاورة » [« La médersa juridique de Mazouna et son influence sur les centres urbains voisins »], Historical studies, vol. 10, no 2,‎ , p. 250-262 (lire en ligne, consulté le )
  7. (ar) Mohamed El-Amine Belghit, « مدرسة مازونة الفقهية وآثارها خلال القرن التاسع الهجري\ الخمس عشر الميلادي: قراءة تاريخية » [« La médersa juridique de Mazouna et ses effets au cours du IXᵉ siècle de l’Hégire / XVe siècle de l’ère chrétienne : une lecture historique »], journal of scientific research and islamic studies, vol. 1, no 1,‎ , p. 116-132 (lire en ligne, consulté le )
  8. ↑ (ar) Abdelkader Djelloul Douadji, « مدرسة مازونة ودورها التعليمي في العهد العثماني » [« L’école de Mazouna et son rôle éducatif à l’époque ottomane »], Revue concepts, vol. 1, no 3,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. ↑ « Le rôle des ulémas de Mazouna dans la construction de la référence religieuse malékite en Algérie mis en exergue », sur algerie360, (consulté le )
  10. ↑ (ar) Kaddour Boudjellal et Dahou Fakhrour, « الدور الثقافي والحضاري لمدرسة مازونة الفقهية خلال العهد العثماني » [« Le rôle culturel et civilisationnel de l’école juridique de Mazouna durant l’époque ottomane »], Revue des sciences Humaines, vol. 6, no 1,‎ , p. 39-66 (lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ (ar) Younes Rkhrour et Fatma Zohra Sidehoum, « دور المدارس الفقهية خلال العهد العثماني في تحصيل الإجازات العلمية:مدرسة مازونة أنموذجا » [« Le rôle des écoles de jurisprudence durant l’époque ottomane dans l’obtention des diplômes scientifiques : l’exemple de l’école de Mazouna »], AL-BAHITH, vol. 14, no 3,‎ , p. 451-471 (lire en ligne, consulté le )

Bibliographie

  • (ar) Saleh Bousalim, « مدرسة مازونة مسيرة علمية تزيد عن أربعة قرون ومركب فريد في الثقافة الإسلامية » [« L’école de Mazouna : plus de quatre siècles de parcours scientifique et un pilier unique de la culture islamique »], Annales d’histoire et de géographie, vol. 4, no 7,‎ , p. 297-313 (lire en ligne)
  • (ar) Abdellah Beldjouzi, « مدرسة مازونة ومسجدها العتيق دراسة أثرية » [« L’école de Mazouna et sa vieille mosquée : une étude archéologique »], minbar et-tourath el-etheri, vol. 5, no 1,‎ , p. 135-145 (lire en ligne)
  • (ar) Mohamed El-Amine Bouhaloufa, « مخطوطات مدرسة مازونة قراءة في التاريخ وجرد لبعض مخطوطاتها » [« Les manuscrits de l’école de Mazouna : lecture historique et inventaire de certains de ses manuscrits »], Journal of Social and Human Science Studies, vol. 6, no 7,‎ , p. 227-235 (lire en ligne)
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