Médias au Vanuatu
Cet article couvre les médias au Vanuatu. Petit État insulaire en développement en Océanie, le Vanuatu est l'ancien condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides, avec pour héritage trois langues nationales officielles : le français, l'anglais et le bichelamar, créole à base lexicale anglaise. Avec une population de quelque 330 000 personnes dans les années 2020, le pays est une démocratie parlementaire. Il y existe une diversité de médias indépendants, et la liberté de la presse est généralement respectée[1].
Considérations générales
Avec seulement deux villes (Port-Vila et Luganville), quelque soixante-cinq îles habitées et 138 langues vernaculaires, c'est un pays dont la population éparse a un accès inégal aux médias. Dans les villages, les zones rurales, les îles reculées, la radio constitue le seul média accessible, et les actualités de ces régions sont mal couvertes par les médias[2]. Au début des années 2020, seule 35 % de la population a accès à Internet[3].
Médias
Presse écrite
Le quotidien Vanuatu Daily Post, fondé en 1993 par Marc Neil-Jones et propriété de l'entreprise privée Trading Post Ltd, est « le seul journal à publication régulière du pays ». Il publie en anglais, avec par ailleurs un bulletin d'information en chinois dans son édition du lundi. Distribué initialement sur les îles d'Éfaté (où se trouve la capitale, Port-Vila) et d'Espiritu Santo (où se trouve Luganville), il a cessé sa distribution à Espiritu Santo en 2023 pour des raisons financières. Il est tiré à 3 000 exemplaires mais possède aussi un site web[4]. Par sa coopération dans les années 1990 avec la première ombudsman de l'histoire du pays, Marie-Noëlle Patterson, le journal a mis en lumière des dizaines d'actes de corruption et d'autres actes de malfaisance de ministres du gouvernement, de la police et d'autres fonctionnaires[5].
En 2008, pour pallier l'absence de presse en français, et avec l'aide de l'Union européenne et de l'ambassade de France, le Trading Post Ltd lance l’L'Hebdo du Vanuatu, hebdomadaire en français[6]. Le Trading Post Ltd possède aussi le Vanuatu Business Review, presse en ligne[7].
Le Vanuatu Weekly Hebdomadaire, lancé en 1984, est un hebdomadaire publié par le gouvernement dans les trois langues officielles du pays, mais disparaît en 2001[8].
Radio
La société publique de radiodiffusion Société de Radiodiffusion et de Télévision de Vanuatu (SRTV, ou VBTC en anglais) opère Radio Vanuatu, chaîne de service public, qui diffuse dans les trois langues nationales. La SRTV opère également deux autres chaînes de radio : Paradise 98FM (à destination de la jeunesse, et principalement consacrée à la musique, mais accessible uniquement à Port-Vila ainsi que par appli sur téléphone portable) et Femme Pawa 99FM, consacrée aux femmes. Toutes diffusent dans les trois langues[4],[9]. Par exemple, l'émission « Un Petit Café » sur Radio Vanuatu est en français[10].
L'entreprise Trading Post Ltd possède deux chaînes de radio, qui diffusent toutes deux uniquement en anglais : Capital FM 107 (accessible dans tous le pays) et Buzz FM 96.3 (musique et actualités, accessible uniquement à Port-Vila). Les deux autres chaînes de radio vanuataise appartiennent à des Églises chrétiennes : Laef 102.5 FM (en anglais uniquement) et Adventist Radio Vanuatu FM 107.5 (en anglais et en bichelamar)[4].
Par ailleurs, Radio Australia, la BBC World Service, Radio France internationale et Radio Chine internationale émettent toutes au Vanuatu[4].
Télévision
Il existe trois chaînes de télévision vanuataises[7]. La Société de Radiodiffusion et de Télévision de Vanuatu (SRTV) opère Television Blong Vanuatu, lancée en 1993 grâce à l'aide financière et technique du Réseau France Outre-mer (RFO). Elle diffuse dans les trois langues, bien que l'essentiel du contenu produit par la chaîne elle-même soit en bichelamar. Depuis 2021, elle est disponible en streaming sur téléphones portables via une appli[7],[11].
Les deux autres sont 1Nomo TV, chaîne commerciale privée, en bichelamar et en anglais, et Hope Channel Vanuatu TV, en anglais, qui appartient à Église adventiste du septième jour[7].
Liberté de la presse
Comme d'autres petits États, le Vanuatu n'est pas inclus dans l'index de liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.
Si la liberté de la presse est généralement respectée[12], le pays a connu plusieurs cas de violences et d'intimidations commis par des personnalités politiques ou par la police à l'encontre de journalistes depuis l'émergence de médias indépendants dans les années 1990. Dans cette décennie, l'ombudsman Marie-Noëlle Ferrieux-Patterson fournit à la presse ses rapports sur les actes de malfaisance de dirigeants politiques. Cela lui vaut de recevoir en 1997 le prix annuel de la liberté de l'information de l'Association des journalistes des îles du Pacifique (PINA), qui la qualifie de « meilleure journaliste d'investigation » des îles du Pacifique[13],[14]. Ce même mois toutefois, le gouvernement du Premier ministre Serge Vohor demande sans succès au président Jean-Marie Léyé de la limoger[15],[16],[14]. En , le gouvernement Vohor fait adopter au Parlement une abrogation de la loi permettant l'existence du poste d'ombudsman. Marie-Noëlle Ferrieux-Patterson note à cette occasion que « pratiquement tous les députés ayant voté pour » cette abrogation avaient été cités dans ses rapports pour des affaires de corruption ou d'abus de pouvoir. Le président Léyé refuse de promulguer cette loi, la considérant anticonstitutionnelle[16].
En 1999, le journaliste Marc Neil-Jones est physiquement agressé par un proche du vice-Premier ministre Willy Jimmy en raison de la couverture par son journal, alors appelé le Trading Post, d'une affaire judiciaire ; l'homme attaque Neil-Jones à coups de poing et avec une chaise avant d'être maîtrisé. Par la suite, Willy Jimmy fait téléphoner au journal, ordonnant que son nom ne soit pas cité en lien avec cette agression, et menaçant d'envahir sinon les locaux et de détruire son matériel. Peu après, un conseiller de Willy Jimmy, accompagné de policiers, vient réitérer ce message dans les locaux du journal[17].
En 2001 le Premier ministre Barak Sopé fait expulser Marc Neil-Jones du pays pour avoir révélé un acte de fraude de sa part. Vincent Lunabek, président par intérim de la Cour suprême (en), casse cet arrêté d'expulsion ; Marc Neil-Jones revient au Vanuatu, tandis que Barak Sopé est par la suite condamné à trois de prison pour fraude[5],[18].
En 2006, le journaliste sportif du Daily Post, Samuel Taffo, est agressé par un policier en marge d'un match de rugby entre l'équipe de rugby de la police et celle de la Force mobile de Vanuatu (en), les forces armées du pays. Le Daily Post rapporte cet incident, et Marc Neil-Jones est arrêté et emprisonné par l'équipe de rugby de la police. Il est libéré le jour même par décision de justice, après avoir pu discuter pendant plusieurs heures avec des prisonniers qui lui montrent les marques des sévices qu'ils ont subis de la part de la police. Le Daily Post publie alors un rapport détaillé et un éditorial sur les violations des droits de l'homme en prison, qui aboutit à un changement de politique pénale avec l'aide de recommandations fournies par la Nouvelle-Zélande[5].
En 2009, des policiers pénètrent dans les locaux du Daily Post et passent à tabac Marc Neil-Jones en réaction à un nouvel article sur des violations des droits de l'homme en prison, article qui a mené à la suspension du directeur de la prison par le gouvernement. En 2011, il est passé à tabac par le ministre des Infrastructures publiques Harry Iauko accompagné de sept autres hommes. Le journal publie alors une photo du visage tuméfié de son directeur général. Reconnu coupable, le ministre n'est condamné qu'à une amende, une peine dénoncée comme insuffisante par Reporters sans frontières[19],[5],[20].
En 2019, Dan McGarry, le nouveau directeur général du Daily Post, est expulsé du pays sur ordre du Premier ministre Charlot Salwai après un article concernant la détention arbitraire de résidents chinois, dont certains naturalisés vanuatais. La Cour suprême casse son expulsion en 2023, date à laquelle toutefois Dan McGarry s'est déjà désengagé du journal et tourné vers d'autres projets[21].
En 2020, la police intimide la journaliste Kizzy Kalsakau et la contraint à effacer de son appareil photographique numérique des photos qu'elle a prises de l'arrivée à l'aéroport international Bauerfield d'une aide humanitaire fournie par la Nouvelle-Zélande après le passage du cyclone Harold[22].
Article connexe
Références
- ↑ (en) "Find Media and Broadcasting expertise in Vanuatu", Commonwealth des Nations
- ↑ (en) "State of the Media: Vanuatu", université d'Adélaïde, 2025, p.6
- ↑ (en) "Vanuatu media guide", BBC, 7 février 2023
- (en) "State of the Media: Vanuatu", université d'Adélaïde, 2025, op. cit., p.12-14
- (en) "Our newspaper milestones", Islands Business, 30 octobre 2013
- ↑ (en) "Vanuatu gets French language newspaper", Radio New Zealand, 23 octobre 2008
- (en) "State of the Media: Vanuatu", université d'Adélaïde, 2025, op. cit., p.15
- ↑ (en) "Vanuatu weekly [microform = Vanuatu hebdomadaire"], Bibliothèque nationale d'Australie
- ↑ (bi) "Radio", SRTV
- ↑ « Un Petit Café », Radio Vanuatu
- ↑ (bi) "Television Blong Vanuatu", SRTV
- ↑ (en) "Vanuatu", Freedom House, 2024
- ↑ « Une femme traque la corruption dans la petite République de Vanuatu », Agence France-Presse, 5 avril 1999
- (en) "Vanuatu politics two into one won't go", Pacific Economic Bulletin, vol. 12, n°2, 1997, p.120
- ↑ (en) Anita Jouit, "Vanuatu", The Contemporary Pacific, automne 2000, p.521
- (en) "Tackling corruption in paradise: Marie-Noelle Ferrieux-Patterson is no stranger to controversy", For a Change, 1er avril 2002
- ↑ (en) "Vanuatu publisher attacked, paper threatened", Pacific Islands News Association, 29 avril 1999
- ↑ (en) "Cheering crowd greets return of deported publisher", The Saipan Tribune, 23 janvier 2001
- ↑ (en) "Pioneering Vanuatu freedom paper Daily Post celebrates 5000 issues", Pacific Media Centre, Université technologique d'Auckland, 24 janvier 2017
- ↑ (en) "Risible fine for minister who assaulted newspaper publisher", Reporters sans frontières, 12 juillet 2011
- ↑ (en) "'I feel vindicated': Vanuatu Daily Post wins landmark case over work permit saga", Radio New Zealand, 31 mars 2023
- ↑ (en) "Vanuatu: Media association condemns intimidation of journalist", Fédération internationale des journalistes, 9 juin 2020
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