Maclura tricuspidata

Maclura tricuspidata est une espèce d'arbres de la famille des Moraceae, originaire d'Asie de l'Est, parfois cultivé pour ses fruits similaires à ceux des mûriers (Morus spp.).

L'arbre a été introduit en France en 1862[1] et aux États-Unis vers 1930.

Dénomination

L'espèce est également connue sous les noms latins de Cudrania tricuspidata (Carrière) Bureau ex Lavallée et de Cudrania triloba (Hance.) et les noms communs de cudrang ou cudrane, Che ou zhe (en chinois : 柘; pinyin: Zhe), mûrier chinois (mais à ne pas confondre avec Morus australis également connu par ce nom).

Description

L'arbre dioïque à feuilles caduques pousse lentement jusqu'à 6 m de haut. Il est rustique jusqu'en zone USDA 7. Les jeunes arbres sont épineux, mais perdent leurs épines lorsqu'ils arrivent à maturité. Les arbres femelles sont plus grands et plus robustes que les arbres mâles.

Les feuilles alternes de couleur vert jaunâtre ressemblent à celles du mûrier mais elles sont plus petites, plus minces et pâles. Elles sont une source de nourriture alternative pour les vers à soie lorsque les feuilles de mûrier viennent à manquer.

Apparaissant en juin, les deux types de fleurs sont vertes et de petite taille. Les fleurs mâles jaunissent au moment où le pollen mûrit et est libéré, tandis que le vent pollinise les fleurs femelles qui développent de nombreuses petits stigmates sur la surface des fruits immatures. Les arbres mâles ont parfois quelques fleurs femelles, qui donnent des fruits.

Comme chez les mûriers, le fruit n'est pas une baie mais un ensemble de fruits d'un beau rouge et mesurant environ 25 mm de diamètre. Sa chair juteuse est ferme et relativement insipide quoique certains cultivars puissent être tout à fait délicieux. Il contient 3 à 6 petites graines.

À maturité, il développe un goût de pastèque. Une couleur sombre nuancée de rouge avec quelques noircissements de la peau est une bonne indication de la pleine maturité. La teneur en sucre est similaire à celle d'une figue mûre.

Taxonomie

Maclura tricuspidata gravure de Jacques G. J. Midderich - 1872[2]

Maclura tricuspidata Carrière in Rev. Hort. XXXVI p. 390 fig. (1864) est le nom botanique accepté, XLIV, p. 55 & 138 fig. 6-7 (1872)-Nicholson, Illus. Gard. Dict. II, p. 312 fig. 496-7 (1887), synonyme de Cudrania tricuspidata (Carrière) Bureau Mss. in Herb. Paris ex Laval-lée, Arboret. Segrez. p. 243 décrit en 1877 et Cudrania triloba[3] Hance in Seemann, Journ. Bot. VI, p. 49 (1868). Divers autres synonymes sont donnés[4] dont Morus integrifolia H.Lév. & Vaniot (1907)[5].

E.-A. Carrière a poursuivi sa description de 1864 dans une longue note complémentaire Maclura tricuspidata parue dans la Revue Horticole de 1872 qui décrit des arbres devenus adultes, la note est illustrée[1]. Dans cette description il note la multiplicité des cultivars et des formes.

Phylogénie

Relations phylogénétiques de M. tricuspidata avec d'autres espèces apparentées (2026)[6]

Le mitogénome de M. tricuspidata est composé de trois chromosomes circulaires (longueur totale de 416 801 pb) avec 28 gènes codant des protéines, 18 gènes d’ARNt et 3 gènes d’ARNr. L'analyse phylogénétique (2026) a confirmé l'appartenance de M. tricuspidata à la famille des Moracées, avec des liens de parenté étroits avec Ficus carica et Morus notabilis. Les auteurs du séquençage ont dressé une phylogénie qui montre une proximité avec Morus mongolica, Morus alba et Morus notabilis[7].

Macluraparishine

En 2022 des chercheurs coréens ont identifié dans Maclura tricuspidata (MT) 2 glucosides polyphénoliques rares dérivés de parishine[8], la macluraparishine E et la macluraparishine C relativement abondants dans les rameaux, l'écorce, les racines, les feuilles, le xylème et les fruits. Ces composés bioactifs sont utilisés en médecine traditionnelle orientale pour la prévention et le traitement des troubles cérébraux et du système nerveux central, comme anticonvulsivant, analgésique, calmant, induisant l'hypnose et pour lutter contre le vieillissement cérébral[9].

Les mécanismes moléculaires de l'activité neuroprotectrice de la macluraparishine C ont été décrits (2025) en modèle animal, elle protége les neurones en stimulant les voies antioxydantes/MAPK, et présenterait donc un potentiel de prévention et de traitement des maladies neurodégénératives liées au stress oxydatif[10].

Culture

Le cudrane préfère un sol fertile, frais, sablonneux ou limoneux et bien drainé[11]. Il supporte également aussi bien un sol pauvre, acide, neutre ou basique. Il exige une exposition lumineuse mais supporte bien le vent.

La propagation se fait par bouture ou semis de graines fraîches. Quand ils sont assez grands pour les manipuler, piquez les plants dans des pots individuels et placez-les en serre pour au moins leur premier hiver. Les premiers fruits apparaissent vers l'âge de 10 ans.

L'espèce présente une forte tendance au drageonnement. Si l'on souhaite que ce fruitier ne drageonne pas, il faut le greffer (en fente ou greffe anglaise compliquée) sur Maclura pomifera. Cette greffe rendrait en outre la fructification plus précoce et plus importante.

Les arbres adultes peuvent produire jusqu'à 200 kilos de fruits.

Cultivars

'Female' : le fruit est gros et savoureux, maturation de la fin de l'été à l'automne[12]. Un petit arbre épineux qui porte une lourde récolte chaque année.

'Male' : un petit arbre épineux qui est utilisé principalement comme pollinisateur pour les autres arbres même s'il produit quelques fruits de temps en temps.

Utilisations

Fruits composés

Un colorant jaune est obtenu à partir du bois. L'écorce est utilisée pour la fabrication du papier. Le bois, finement grainé, est utilisé pour la fabrication d'outils.

Pharmacologie

Une infusion de bois est utilisée pour traiter l'angine ou certains problèmes ophtalmologiques[13]. L'écorce interne et le bois sont utilisés dans le traitement du paludisme et la ménorragie[14]. La racine est galactogène et est également utilisé dans le traitement de l'aménorrhée. L'extrait de Maclura tricuspidata a des propriétés anticancéreuses[15] (Parmi 44 composés isolés du fruit, la cudraisoflavone L-T, la cudradihydrochalcone A et le cudrabibenzyl A ont des effets neuroprotecteurs contre la mort cellulaire induite par la 6-hydroxydopamine dans les cellules de neuroblastome humain[16].), anti-inflammatoires, antioxydantes[9], anti-obésité[17] et antidiabétiques[18]. La quercétine présentes dans les feuilles inhibe l'activité de la xanthine-oxydase, mécanisme important de la prise en charge de l'hyperuricémie et de nombreuses maladies liées au stress oxydatif[19].

Divers

Le temple Tanzhe à l'ouest de Pékin porte le nom de cet arbre.

Notes et références

  1. Harvard University Botany Libraries, Revue horticole : journal d'horticulture practique, Paris : Librairie Agricole de la Maison Rustique, (lire en ligne)
  2. Harvard University Botany Libraries, Revue horticole : journal d'horticulture practique, Paris : Librairie Agricole de la Maison Rustique, (lire en ligne)
  3. (en) « Cudranus triloba Hance », sur www.gbif.org (consulté le )
  4. Takenoshin Smithsonian Libraries, Chōsen shinrin shokubutsu hen, [Keijō] : [Chōsen Sōtokufu], (lire en ligne)
  5. (en) « Morus integrifolia H.Lév. & Vaniot », sur www.gbif.org (consulté le )
  6. (en) Shengkui Zhang, Xia Wang, Xianyan Zhao et Ziyang Gao, « Assembly and comparative analysis of the complete mitochondrial genome of the Maclura tricuspidata », BMC Genomics, vol. 27, no 1,‎ , p. 129 (ISSN 1471-2164, DOI 10.1186/s12864-025-12491-z, lire en ligne, consulté le )
  7. (en) Shengkui Zhang, Xia Wang, Xianyan Zhao et Ziyang Gao, « Assembly and comparative analysis of the complete mitochondrial genome of the Maclura tricuspidata », BMC Genomics, vol. 27, no 1,‎ , p. 129 (ISSN 1471-2164, PMID 41491111, PMCID 12870742, DOI 10.1186/s12864-025-12491-z, lire en ligne, consulté le )
  8. (en) PubChem, « Parishin », sur pubchem.ncbi.nlm.nih.gov (consulté le )
  9. (en) Dae-Woon Kim, Jong-Kuk Kim, Yoseph Asmelash Gebru et Young-Hoi Kim, « Identification of Novel Parishin Compounds from the Twig of Maclura tricuspidata and Comparative Analysis of Parishin Derivatives in Different Parts », Molecules, vol. 28, no 1,‎ , p. 7 (ISSN 1420-3049, DOI 10.3390/molecules28010007, lire en ligne, consulté le )
  10. (en) Md Shiblee Sadik Sabuj, Md Sadikul Islam, Md Rashedunnabi Akanda et Joonseok Lee, « Macluraparishin C Enhances Neuroprotection Against Oxidative Stress-Induced Neurodegeneration by Activating the Antioxidant/MAPK Signaling Pathway », Molecular Neurobiology, vol. 62, no 10,‎ , p. 13736–13747 (ISSN 1559-1182, PMID 40579647, PMCID 12433353, DOI 10.1007/s12035-025-05139-2, lire en ligne, consulté le )
  11. Brickell. C. The RHS Gardener's Encyclopedia of Plants and Flowers Dorling Kindersley Publishers Ltd. 1990 (ISBN 0-86318-386-7)
  12. Facciola. S. Cornucopia - A Source Book of Edible Plants. Kampong Publications 1990 (ISBN 0-9628087-0-9)
  13. Stuart. Rev. G. A. Chinese Materia Medica. Taipei. Southern Materials Centre O.
  14. Duke. J. A. and Ayensu. E. S. Medicinal Plants of China Reference Publications, Inc. 1985 (ISBN 0-917256-20-4)
  15. (en) Sullim Lee, Giang Do Hoang, Daeyoung Kim et Ho Sueb Song, « Efficacy of Alpinumisoflavone Isolated from Maclura tricuspidata Fruit in Tumor Necrosis Factor-α-Induced Damage of Human Dermal Fibroblasts », Antioxidants, vol. 10, no 4,‎ , p. 514 (ISSN 2076-3921, PMID 33806207, PMCID 8065416, DOI 10.3390/antiox10040514, lire en ligne, consulté le )
  16. Nguyen Tuan Hiep, Jaeyoung Kwon, Dong-Woo Kim et Sungeun Hong, « Neuroprotective constituents from the fruits of Maclura tricuspidata », Tetrahedron, vol. 73, no 19,‎ , p. 2747–2759 (ISSN 0040-4020, DOI 10.1016/j.tet.2017.03.064, lire en ligne, consulté le )
  17. (en) Jun‐Hui Choi, Hyo‐Jeong Lee, Yoon‐Sik Kim et Soo‐Hwan Yeo, « Effects of Maclura tricuspidata (Carr.) Bur fruits and its phytophenolics on obesity‐related enzymes », Journal of Food Biochemistry, vol. 44, no 1,‎ (ISSN 0145-8884 et 1745-4514, DOI 10.1111/jfbc.13110, lire en ligne, consulté le )
  18. Young Jun Kim, Minjoo Jung, Le Ba Vinh et Ji Ah. Kim, « Geographical variability in chemical composition and antidiabetic activity of Cudrania tricuspidata fruit », Food Chemistry: X, vol. 31,‎ , p. 103107 (ISSN 2590-1575, DOI 10.1016/j.fochx.2025.103107, lire en ligne, consulté le )
  19. (en) Mokhammad Khoiron Ferdiansyah, Young-Hoi Kim, Kwang Pyo Kim et Myung-Kon Kim, « Quercetin as the primary xanthine oxidase inhibitor compound in Maclura tricuspidata leaf », Natural Product Research, vol. 39, no 22,‎ , p. 6504–6508 (ISSN 1478-6419 et 1478-6427, DOI 10.1080/14786419.2024.2377317, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

Article connexe

Liens externes

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