Maquis Bernard

Maquis Bernard
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Pays
Panneau figurant sur le territoire du maquis Bernard.
Panneau en hommage à Jacques Chataigneau, mort le lors d'une embuscade faites aux Allemands.

Le maquis Bernard est un maquis créé en dans le Morvan, au cœur de la Bourgogne, commandé par Louis Aubin dit "Bernard", gendarme à la retraite, et Joseph Pelletier dit "Joseph"[1]. Ce maquis a été rattaché au mouvement Libération-Nord, ORA. Il a abrité l'État-Major de la Résistance de la Nièvre et une unité du Premier SAS (unité d’élite britannique) à proximité[2].

Formation

À partir de 1943, de nombreux jeunes gens voulant échapper au service de travail obligatoire (STO) sont pris en charge par la résistance locale qui les encadre et les rassemble. Les premiers maquis se forment et installent leur campement dans les bois. Le Morvan est une zone privilégiée pour l'installation des maquis.

En , le maquis Bernard est fondé dans les bois de Saint-Brisson, en pleine forêt Chenue, à près de 700 mètres d’altitude, à mi-chemin entre Montsauche et Saulieu. Ce groupe est sous la responsabilité de Louis Aubin[3] dit « Lafleur », gendarme à la retraite et futur capitaine « Bernard ». À la suite de dénonciations, Louis Aubin décide de scinder le maquis en quatre groupes qu’il disperse aux alentours : à Quarré-les-Tombes, Saulieu, Montsauche et Moux-en-Morvan.

En , Joseph Pelletier, à Moux, réussit à prendre contact avec Louis Aubin. Il avait déjà regroupé quelques réfractaires au STO et les avait cachés dans les bois du village, aux Fiottes[4] à Moux-en-Morvan. Après quelques déplacements dans les alentours, le groupe retrouve cette installation le . Le lendemain, une équipe de miliciens parvient à trouver le campement et tue cinq maquisards : Lucien Cortet, Jean Dechaume, René Goussot, René Viatre et Gabriel Lavault. Charles Camus, négociant en vin est également abattu dans le village.

Au printemps 1944, le groupe de Moux et celui de Montsauche fusionnent. Les chefs, Louis Aubin « Bernard » et Joseph Pelletier « Joseph » rassemblent leurs groupes et installent le maquis Bernard à Coeuzon à Ouroux-en-Morvan. C’est le début du maquis Bernard.

Organisations et Actions

Le maquis est alors installé dans les bois de Coeuzon (Ouroux en Morvan). D’avril à , les effectifs évoluent rapidement, grâce à la mobilisation des maquis et aux nombreux parachutages autour du Débarquement des Alliés en Normandie. Ils sont 25 maquisards en , 64 en , 350 en juillet et environ 1200 en .

Le camp s’étend rapidement avec cuisine, infirmerie puis centrale téléphonique reliée clandestinement au réseau PTT. En effet, « Il ne manquait rien ! Un état-major, une structure militaire, des armes parachutées, des cadres reconnaissables à leurs galons, un service de santé, des cuisines confiées au “Négus”, un vrai cuistot et des alliés britanniques. Il y avait même un réseau téléphonique qui reliait le maquis au poste de garde de la gare de Coeuzon et à l’ensemble du réseau national, grâce à la complicité des demoiselles des PTT »[5]. Le maquis abrite également un hôpital de campagne avec une antenne chirurgicale mobile dirigé par le docteur Alec Prochiantz[5] dit "Martel", avec l’aide de son épouse Edmée Prochiantz (dite Mme Martel). 93 blessés ont été opérés dans des conditions périlleuses.

Création des bataillons Bernard et Joseph

Le maquis comprend à partir de , deux bataillons, chacun commandé respectivement par Louis Aubin "Bernard" et Joseph Pelletier "Joseph". "Joseph est désigné comme chef de camp, Bernard s’occupant plus spécialement du recrutement, du ravitaillement, des liaisons extérieures notamment avec l’état-major départemental"[6]. En effet, le , Louis Aubin est nommé par l’Etat-Major départemental de la Résistance responsable de zone E (cantons de Château-Chinon, Lormes et Montsauche), avec mission de maintenir la liaison entre les différents camps et maquis, d'assurer le recrutement et le ravitaillement. Le , Louis Aubin est promu au grade de capitaine de l’armée active, par le général Koenig, commandant en chef des FFI. Début , Louis Aubin nomme Joseph Pelletier chef du camp chargé de l’organisation des effectifs en unités et de la direction du parc automobile. Les deux bataillons appliquent strictement les consignes données par l’état-major départemental et multiplient les embuscades jusqu’au .

La compagnie André

Le aux Morvandiaux se joindront les parisiens du réseau Turma-Vengeance décimé en région parisienne. Ils forment la compagnie André[7] près du camp des SAS britanniques et sont à l’origine de l’équipe chirurgicale des maquis crée par Alex Prochiantz, interne des hôpitaux de Paris, qui opéra les blessés et apporta son assistance aux habitants.

Un bataillon de parachutistes SAS britanniques

À la veille du débarquement, les maquis du Morvan reçoivent une aide extérieure de plus en plus importante. Les parachutages de matériel se multiplient et permettent d’armer de groupes de plus en plus nombreux. Des agents du SAS (Special Air Service) sont également parachutés, chargés d’appuyer les maquis dans leur action de lutte contre l’armée allemande qui se replie.

Le maquis Bernard abrite un terrain de parachutage sous le nom de code "Fine". Équipé d’un récepteur de guidage des avions, l’axe était balisé par 3 phares d’auto sur batterie. En juillet et , il reçoit 12 parachutages nocturnes : hommes, jeeps, et canons, mais aussi armes munitions, essence et médicaments aussitôt évacués par les charrettes à bœufs des habitants du voisinage.

Siège de l'état-major de la Résistance de la Nièvre

Dans la forêt où est installé le marquis, l'Etat-major de la Résistance de la Nièvre y installe également son poste de commandement, autour du colonel Gaston Roche, chef départemental FFI et son adjoint Dufrenne. Robert Jacquin y siège comme nouveau préfet nommé par le Gouvernement provisoire de la République, présidé par le général de Gaulle. Ouroux-en-Morvan devient, pendant quelques semaines, la préfecture clandestine de la Nièvre[8]. Sur le mur de la mairie, une plaque apposée le est dédiée au premier préfet de la Nièvre libérée, Robert Jacquin. Le sont également signés les « accords d’Ouroux-en-Morvan » qui unifient l’ensemble de la Résistance nivernaise (Forces Françaises de l’Intérieur et Francs Tireurs et Partisans).

Les combats

Le maquis participe à de nombreux combats et actions locales : sabotages de presse à fourrage, lutte contre les réquisitions, attaques de convois allemands et notamment ces combats :

- L'embuscade de la Verrerie : Le , huit membres des forces spéciales britanniques S.A.S. et 16 maquisards du maquis Bernard tendent une embuscade à l’ennemi. Le combat s’engage. L’ennemi subit de lourdes pertes, en hommes, armes et munitions. Le lendemain, en représailles, les Allemands incendient les fermes de La Verrerie et les villages de Montsauche et Planchez après avoir évacué la population. Lors de cette embuscade, le maquis dénombre son premier mort, Jacques Chataigneau. Secrétaire général du mouvement de résistance Vengeance, décimé en région parisienne, Jacques Chatagneau avait rejoint le Morvan le avec d’autres membres du réseau. Il est alors inhumé dans le cimetière franco-britannique du maquis Bernard dans les bois d’Ouroux-en-Morvan.

- La bataille de Crux-la-Ville : Du 12 au , c’est la bataille de Crux-la-Ville (combats Forcy et Moussy), au centre de la Nièvre. Il s‘agit de l’une des plus dures batailles pour la libération du territoire et un succès militaire pour la Résistance nivernaise. Les forces de Résistances au centre du département de la Nièvre sont une menace pour l’armée allemande au moment de son repli. Les maquis Mariaux et Julien sont attaqués par l’armée allemande composée d’environ 3 000 hommes. Les maquis du Morvan et du Val-de-Loire viennent alors encercler à leur tour l’ennemi. Les combats de Moussy/Crux-la-Ville[9] s’achèvent sur de lourdes pertes allemandes et le village de Sancy est entièrement incendié en représailles. Différentes stèles rappellent ces combats et l’activité des maquis Daniel, Julien et Mariaux autour de Crux-la-Ville.

- Autour de la Libération, les combats de La Chaumière, le , à Tamnay-en-Bazois le , au Pont Tourneau le , à Saint-Péreuse le , au Pont du Montal le , Razou le

Le , le bataillon Joseph reçoit l’ordre d’occuper Château-Chinon où il s’installe le 18, tandis que le bataillon Bernard occupe Moulins-Engilbert. Le , les 2 bataillons se regroupent à Nevers. Ils sont dissous le et sont incorporés au 1er bataillon de marche. Louis Aubin commande alors à Nevers le dépôt de la Nièvre puis la compagnie de tradition du centre d’organisation d’infanterie. Il part le à Montbéliard commander la 1ère compagnie du 134ème d’infanterie. Il est démobilisé fin . Joseph Pelletier est nommé adjoint au colonel Dufrenne, qui commandait à Nevers, le 1er groupement du bataillon de marche de la Nièvre. Il est nommé en , chef du 5 ème bureau, lequel fut dissous en . Il rentre à Moux et devient maire de la commune en 1947.

Cimetière franco-britannique de Coeuzon

Lieu unique en France, le cimetière franco-britannique[10] de Coeuzon, situé à Ouroux-en-Morvan a été créé par le maquis Bernard pour y enterrer ses morts. Se trouvent les tombes de 21 résistants morvandiaux (vingt hommes et une femme), de sept aviateurs britanniques [11] et les cendres de combattants décédés après la guerre.

Le premier mort du maquis Bernard est Jacques Chataigneau, tué lors de l’attaque de La Verrerie (à Montsauche) le . 7 aviateurs de la Royal Air Force, ont également été inhumés dans ce cimetière et dont la mémoire est toujours honorée. Ils ont été tués dans l’accident de leur avion à Fontaine-Melon, à Gouloux (58), dans la nuit du 10 au . Il s’agit du Sergent Bryce William, canonnier, 22 ans, du Sergent Jeffery William George, radio, 22 ans, Lieutenant Hellegers Paul Constant Marie, officier pilote belge, 21 ans, du Sergent Richold George Henry, navigateur, du Sergent Smith Harold Ernest, canonnier, 27 ans, du Sergent Stewart Kenneth John, bombardier, 22 ans, du Sergent Wood Bernard Peter, mécanicien, 19 ans. En 1946, leurs dépouilles furent relevées et inhumées définitivement au cimetière britannique de Nantes – Pont de Cens, où elles reposent désormais.

21 résistants des maquis du Morvan, morts au combat, ont été inhumés dans ce cimetière de juin à .

Du Maquis BERNARD: Guy Bourdin, Jacques Chataigneau, Georges Faivre, André Gaucher, Adrien Imbert.

Du Maquis de Chaumard: Joseph Alexandre, Georges Besave, Pierre Joseph

Du Maquis Mariaux: Guy Bonnet, Marcel Conrad, Lucien Gaine, Rolland Marcel, Georges Singer, Marcel Trésorier

Du Maquis Socrate : Louis Garnier, Henriette Marguerite

Du maquis Camille: Soupot, Mathey (civil), Robert Boulé (décédé à l’hôpital), Ernest Turpin (décédé à l’hôpital)

Leurs dépouilles ont été relevées également après la guerre. Aussi aujourd’hui, dans ce cimetière, repose un maquisard inconnu. Les cendres de deux anciens du maquis Bernard et de trois S.A.S. parachutés dans le Morvan, décédés bien après la guerre, ont été dispersées dans ce lieu. L’amicale des anciens du maquis Bernard organise une cérémonie commémorative chaque année début septembre.

Références

  1. « Les débuts du maquis Bernard | Résistances En Morvan », sur www.museeresistancemorvan.fr (consulté le )
  2. VIGREUX Marcel, Le Morvan pendant la Seconde Guerre mondiale. Témoignages et récits,, Saint-Brisson, ARORM, , 346 p. (ISBN 978-2-9508378-4-4)
  3. Amicale des anciens du maquis Bernard, Résistances en Morvan, Château-Chinon, EIAT, , 392 p. (ISBN 978-2-9531840-0-6), p. 90
  4. « Le maquis des Flottes », sur Musée de la Résistance en Morvan (consulté le )
  5. Prochiantz Alec, Promenons-nous dans les bois. Un chirurgien dans la guérilla, Paris, Société des écrivains associés, , 227 p. (ISBN 9782912134394), p. 106
  6. DUCROC Pierre, Maquis Bernard, Nevers, , 195 p., p. 46
  7. CLOIX Hubert, « Maquis du MORVAN : La Compagnie André du 5 juillet 1944 au 28 septembre 1944 » (consulté le )
  8. Rando Accueil, le Morvan : 22 balades et la randonnée "Avallon-Vézelay-Avallon" en 2 jours, Rennes, Ouest-France, , 112 p. (ISBN 978-2-7373-6656-7), p. 67
  9. FORGES Alice, « "Les Allemands étaient venus pour gagner" : il y a 80 ans, la bataille de Crux-la-Ville faisait rage », sur Le journal du Centre, Le journal du Centre, (consulté le )
  10. « Cimetière franco-britannique », sur Musée de la Résistance en Morvan (consulté le )
  11. Amicale des anciens du maquis Bernard, « "Emplacement des stèles et monuments commémoratifs autour des maquis Bernard et de Chaumard" », dans Résistances en Morvan, , 392 p. (ISBN 978-2-9531840-0-6), p.380

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Jacques Canaud, Les Maquis du Morvan (1943-1944) : La vie dans les maquis, Château-Chinon, Académie du Morvan, , 419 p.
  • Jean-Claude Martinet, Histoire de l'Occupation et de la Résistance dans la Nièvre. 1940-1944, édition revue, Dijon, EUD, 2015.
  • Marcel Vigreux, Le Morvan pendant la Seconde Guerre mondiale. Témoignages et études, édition revue et augmentée, Saint-Brisson, ARORM, 2009.
  • Amicale des anciens du maquis Bernard, Résistances en Morvan, Ouroux-en-Morvan, 2008.
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