Massacre de Guidado

Massacre de Guidado
Date 14 janvier 2026
Lieu Quartier Guidado, Ndu, région du Nord-Ouest, Cameroun
Victimes Civils mbororos
Type Fusillade de masse, tuerie de masse, incendie volontaire, représailles
Morts 14 à 15
Blessés 14
Auteurs présumés Séparatistes
Guerre Crise anglophone au Cameroun

Le massacre de Guidado est un massacre survenu le pendant la crise anglophone au Cameroun, dans le quartier Guidado à Ndu, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun.

Contexte

Ce massacre survient dans un contexte de recrudescence de violences depuis plusieurs mois dans la région anglophone du Nord-Ouest du Cameroun, en proie à un conflit séparatiste. Le conflit éclate fin 2016 après que le président Paul Biya a violemment réprimé des manifestations pacifiques d'anglophones des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui se sentaient marginalisés dans ce pays majoritairement francophone[1].

Les enlèvements et les assassinats d'élus, de fonctionnaires et d'enseignants accusés de collaborer avec le gouvernement sont fréquents dans la région du Nord-Ouest. L'armée et la police sont accusées de mener des expéditions punitives contre ceux qu'elles soupçonnent de sympathiser avec les séparatistes[1].

Selon Human Rights Watch (HRW), au moins 6 000 civils sont tués par les forces gouvernementales et les combattants séparatistes depuis le début du conflit. Les séparatistes sont particulièrement actifs dans la région du Nord-Ouest[1].

Déroulement

Le , vers 5 heures du matin, des hommes armés identifiés comme appartenant à des groupes séparatistes font irruption dans le quartier Guidado à Ndu, dans le département du Donga-Mantung de la région du Nord-Ouest, à une quarantaine de kilomètres de la frontière avec le Nigeria, ciblant des membres de la communauté peule Mbororo[2]. Les assaillants, venus du département du Bui, ouvrent le feu et tuent 14 personnes, dont un homme de 40 ans, six femmes et sept jeunes enfants âgés de 2 à 11 ans. Selon le gouverneur de la région du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique, des bâtiments, greniers et véhicules sont aussi incendiés, une mosquée est criblée de balles, et quinze vaches sont abattues[2].

Les assaillants auraient agi en représailles à la neutralisation d'une douzaine de leurs membres par les forces armées camerounaises, dont le chef de bande connu sous le nom de « Basah », impliqué dans des enlèvements contre rançon dans la région de Ndu. Les séparatistes accusent la communauté Mbororo de collaborer avec l'armée et de fournir des informations qui ont conduit à l'embuscade meurtrière contre leurs hommes[3].

Bilan humain

Le , le gouverneur de la région du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique, déclare à la radio publique CRTV : « Ce matin […] une attaque perpétrée par un groupe terroriste contre des populations civiles a entraîné la mort de 14 personnes, parmi lesquelles un adulte, six femmes et sept enfants [âgés] de 2 à 11 ans ». Il ajoute : « Quatorze personnes ont été [évacuées] dans les hôpitaux riverains, à Ndu et à Nkambe, pour recevoir les premiers soins »[1].

Selon un chef local, 15 personnes, dont 8 enfants, sont tuées[4].

Le , le maire de Ndu, Abdou Kanfon Borno, membre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, déclare à RFI que l'un des blessés était décédé, portant le nombre total de morts à 15, selon lui. Il précise qu'ils appartenaient tous à la même famille[5].

Victimes

  • Alhadji Juli, 60 ans
  • Adama Alhadji, 70 ans
  • Hajara Alhadji, 48 ans
  • Adama Suli, 50 ans
  • Bibba Alhadji Tadi, 39 ans
  • Jamilatou Amadou Tadi, 21 ans
  • Asmau Amadou Tadi, 9 ans
  • Nana Khadija Amadou Tadi, 6 ans
  • Raihana Tadi, 2 ans
  • Aboubacar Amadou Tadi, 17 ans
  • Laditafou Tura, 29 ans
  • Mohamadou Aminou Dairou, 2 ans
  • Basirou Jubairou, 10 ans
  • Mohamadou Gaddafi Ali, 11 ans[6].

Réactions nationales

Les autorités militaires condamnent l'attaque, qualifiée de « barbare », et réaffirment leur engagement à protéger les populations civiles dans les régions anglophones du Cameroun[7].

Le Premier ministre Joseph Dion Ngute déclare sur X : « C’est avec une profonde tristesse et une vive inquiétude que j’ai appris l’attaque barbare et lâche qui a coûté la vie à plus de quatorze civils innocents et fait de nombreux blessés dans le village de Gidado, Ndu, Subdivision la région du Nord-Ouest. Ce crime odieux est une atteinte à la paix, à l’unité nationale et à l’autorité de l’État ». Il conclut en disant : « Je réaffirme la détermination inébranlable du chef de l’État et gouvernement à rétablir une paix et une sécurité durables sur l’ensemble du territoire national »[8].

Dans un communiqué, le Front social démocrate (FSD) se déclare « horrifié et profondément indigné par l’attaque brutale ». Le FSD indique qu'« il s’agit d’un acte d’une barbarie absolue. Aucune cause, aucun grief, aucune justification – politique ou autre – ne peut excuser le meurtre de civils non armés. Cibler des personnes en raison de leur identité ou de leur origine est un crime contre l’humanité et une tache sur notre conscience collective »[9]. Le FSD appelle à une cessation immédiate des attaques contre les populations et à des mesures « urgentes et efficaces ». pour protéger les civils dans les régions affectées par le conflit « en particulier les plus vulnérables ». Le FSD demande également que les responsables de la tuerie soient identifiés et traduits en justice[10].

L'avocate Michèle Ndoki déclare sur Facebook : « Ce qui relie Ngarbuh à Gidado, ce n’est pas seulement le sang des innocents. C’est l’échec persistant de l’État camerounais à assurer le devoir le plus élémentaire de tout gouvernement : la sécurité de ses citoyens. Des années après le début de la crise anglophone, les civils restent totalement exposés, abandonnés à la violence des acteurs étatiques comme non-étatiques. Les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne sont pas des dommages collatéraux. Ce sont des citoyens. Leurs vies ne sont pas sacrifiables. Aucune cause politique, aucun objectif militaire, aucune revendication ne peut justifier le meurtre d’enfants ou la terreur infligée aux communautés ». Elle conclut en disant : « Si l’État n’est pas en mesure de garantir la sécurité, il doit alors repenser d’urgence son approche. Si les groupes armés prétendent se battre pour le peuple, ils doivent cesser de tuer le peuple. Le Cameroun ne peut pas continuer sur cette voie où la violence est banalisée et où la reddition des comptes devient optionnelle »[11].

La Mbororo Social and Cultural Development Association (Mboscuda) dit condamner des attaques « ciblées, répétées », ainsi que des enlèvements contre rançon et des meurtres visant des Mbororo dans la région du Nord-Ouest. L'organisation attribue ces violences aux séparatistes et affirme disposer de statistiques cumulées faisant état de centaines de victimes et de dégâts matériels importants au sein de la communauté. Dans le même communiqué, le secrétaire général de la Mboscuda, Oumarou Sanda, demande au gouvernement « d’ouvrir une enquête »[10].

L'avocat Felix Agbor Balla souligne la présence d'enfants parmi les victimes. Il rappelle que le ciblage délibéré de civils constitue une violation grave du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme, et affirme qu’aucun objectif politique ne saurait justifier un massacre de non-combattants[10].

Le , une délégation se rend à l'Immeuble Étoile de Yaoundé. Le lamido de Didando déclare : « Plusieurs membres de la communauté Mbororo ont été kidnappés depuis lors et libérés contre rançon, ou tout simplement assassinés » et ajoute qu'ils sont « également victimes de pillages en tout genre ». Le Premier ministre Joseph Dion Ngute condamne cet « acte barbare ». Selon les propos rapportés, l'État s’engage aussi à soutenir « toutes les familles Mbororo en détresse » et à renforcer la sécurité dans la région. La délégation ajoute en déclarant : « Nous sommes des républicains et nous soutenons les institutions. C’est notre raison d’être ici pour porter cette information au gouvernement »[12].

Notes et références

  1. « Cameroun : 14 morts, dont 7 enfants, dans une attaque séparatiste dans le Nord-Ouest », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  2. « Nord-Ouest du Cameroun: 15 membres d'une même famille tués suite à une attaque armée », sur RFI, (consulté le )
  3. ↑ « Cameroun : une attaque des séparatistes fait une dizaine de morts dans le Nord-Ouest », sur french.xinhuanet.com (consulté le )
  4. ↑ (en) « Community leader says armed men kill 15 people in northwestern Cameroon », sur AP News, (consulté le )
  5. ↑ « Nord-Ouest du Cameroun: 15 membres d'une même famille tués suite à une attaque armée », sur RFI, (consulté le )
  6. ↑ « NOSO : La liste des Bororo massacrés par les ambazoniens dans le village Guidado », sur camerounweb.com, (consulté le )
  7. ↑ « Cameroun : une attaque des séparatistes fait une dizaine de morts dans le Nord-Ouest », sur french.xinhuanet.com (consulté le )
  8. ↑ Marturin ATCHA, « Massacre de Gidado : Dion Ngute dénonce un "crime odieux et une atteinte à l'autorité de l'Etat" », sur Actu Cameroun, (consulté le )
  9. ↑ Alexandre L, « Nord-Ouest: le Social democratic front condamne le massacre d'enfants par des ambazoniens », sur Actu Cameroun, (consulté le )
  10. « Tuerie de Gidado : pression sur les autorités pour identifier les auteurs, dans un Nord-Ouest sous tension sécuritaire », sur www.stopblablacam.com, (consulté le )
  11. ↑ Marturin ATCHA, « Attaque meurtière de Gidado : Michèle Ndocki accuse l'Etat Camerounais d'avoir manqué à son devoir ! », sur Actu Cameroun, (consulté le )
  12. ↑ « Nord-Ouest : après l’attaque de Gidado, l’État promet prise en charge et renfort sécuritaire aux Mbororos », sur www.stopblablacam.com, (consulté le )
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