Mathieu Désubas

Mathieu Désubas
Biographie
Naissance
Décès
Activité
Autres informations
Date de baptême
4 mars 1720
Nom en religion
Désubas

Mathieu Majal, dit Désubas, né le aux Ubas près de Vernoux-en-Vivarais, et mort le à Montpellier, est un pasteur du désert français. Il est dénoncé, arrêté dans la nuit du 11 au , condamné à mort le et pendu sur l'Esplanade de Montpellier le lendemain.

Biographie

Famille

Mathieu Désubas est le fils de Jacques Majal et de Marie, née Chapon[1], et tire son pseudonyme de son lieu de naissance, les Ubas (ou Ubats). Ubas est le nom d’un quartier, surnom de versants dans le Midi faisant face au Nord et également du versant de Ladreyt dans le sens opposé. Il a été baptisé le par le vicaire Delichères. Son parrain est Jean Vincent et sa marraine Louise de Sainte-Aggrève (qui selon toutes vraisemblances était illettrée malgré sa noblesse[2]). Il a comme ainé sa sœur Isabeau Majal né en 1709 et son frère Jean-Pierre Majal né en 1712. Il est lui aussi ainé de deux autres membres de sa fratrie dont un François Majal. L'un de ses deux frères est né le . Les Majal sont des propriétaires terriens par hérédité d’un domaine qu’ils exploitaient pour l’agriculture, ils font partie des nouveaux convertis[3].

Avant les études

Le confesseur Pierre Durand, qui arpente le Vivarais en ces temps, a inspiré une vocation de foi chez le jeune Matthieu Majal. Sa foi se consolide lorsque Pierre Durand fut arrêté près d’Ubas et a été martyrisé à Montpellier[3].

Il est reçu dans le corps des prédicateurs le [4].

Études

À l’âge de 14 ans (1734), il prend définitivement la voie de la théologie et du protestantisme. Malgré les arrestations et le démantèlement partiel en 1735 d’une assemblée protestante dans la paroisse de Bruzac[5],[6], il a continué ses études théologiques et de latin[3]. Il a commencé à souffrir d'asthme à partir de ses études.

Le proposant Dunière dit Lacombe et le pasteur Boyer dit Dub[os] (nom de guerre), personnage ambiguë, le forment l'un après l’autre. Boyer est soupçonné d'avoir fauté en ayant une liaison avec Suzanne Février, une enquête a été ouverte par Pierre Durand mais n'a pas pu aboutir du fait de son arrestation[3]. En , en tant que son précepteur Boyer lui conseilla par lettre de traduire les manuscrits de Turretin, d’apprendre le français et la géographie. L’enseignement de Boyer coupe cours lorsque celui-ci tombe malade et a été contraint de renoncer au service de l’Eglise[4], il meurt à Berne en 1740[3].

Alors que le culte protestant reste interdit depuis la révocation de l'édit de Nantes, Mathieu Majal est reçu comme « proposant » en 1738. Avec accord de la synode le [3], Désubas est devenu étudiant au séminaire de Lausanne d' à [7]. Lausanne était considéré comme « école de la mort » qui « alimentait l'échafaud »[8] à cause des nombreux martyrs s'y étant formés. Il est consacré à Lausanne le puis est pasteur dans le Vivarais et le Languedoc.

Arrestation

Alors qu'il devait prêcher au Chambon le , il est arrêté près de Saint-Agrève, sur dénonciation[9]. Il est conduit à Vernoux, où une foule nombreuse essaie de le délivrer. S'ensuit une fusillade qui tue trente-six coreligionnaires[1]. De sa prison, Majal écrit à la foule un message d'apaisement : « Je vous prie, Messieurs, de vous retirer, les gens du roi sont ici en grand nombre ; il n'y a eu déjà que trop de sang répandu. Je suis fort tranquille et entièrement résigné aux volontés divines »[10].

Conduit et incarcéré à Montpellier, capitale du Languedoc, il est interrogé par l'intendant. En vertu d'un édit de Louis XV, il est condamné à mort et pendu le sur l'esplanade où Claude Brousson et Pierre Durand avaient été exécutés. Dans une dernière lettre de consolation à ses parents, il écrivait : « je me glorifie de souffrir pour le nom de Christ ; je m'en réjouis, je suis heureux de ce qu'il m'a choisi pour le confesser devant les hommes, pour suivre ses traces et celles de tant d'illustres et glorieux martyrs »[11].

Complainte

Comme d'autres pasteurs du Désert, Désubas est commémoré par une complainte (avec des variantes)[12]. Voici quelques strophes citées par Jean Carbonnier[13] :

« Notre glorieux prince
A proscrit pour jamais
De toutes ses provinces
La loi des réformés.
Pourquoi faire violence ?
Monsieur, vous avez tort,
Et selon l'ordonnance,
Vous méritez la mort.

Zubas avec constance
Répond à ce seigneur :
Si j'ai prêché en France
La loi de mon Sauveur,
Les apôtres en Judée,
En Galilée épars,
Prêchaient en ces contrées
En dépit de César.


Il répondit humblement
Qu'il avait modestement
Prêché le saint Évangile
Dans les bois et dans les champs,
Au peuple pauvre et docile
Qu'on appelle protestants. »

Hommages

  • Désubas est commémoré le dans le calendrier des églises luthériennes.
  • Une stèle a été érigée en sa mémoire à Vernoux[14].
  • Son nom est inscrit sur la plaque commémorant les exécutions de pasteurs sur l'Esplanade à Montpellier[15].

Références

  1. « Mathieu Majal dit Désubas, pasteur », sur web.archive.org, (consulté le )
  2. D’après les Archives de Vernoux, renseignement de Paul de Magnin
  3. Daniel Benoit, Une victime de l'intolérance au XVIIIe siècle DESUBAS, son ministère, son martyre (1720-1746) d'après des documents inédits, Toulouse, La société des livres religieux, , 294 p.
  4. Recueil de La Voulte
  5. Alexandre Lombard, Isabeau Menet: prisonnière la Tour de Constance, 1735-1750
  6. [Désubas de Daniel Benoît 1879] Lettre de cour, n°118, Archive de Montpellier
  7. Claude Lasserre, Le Séminaire de Lausanne : Instrument de la restauration du protestantisme français., vol. 112, Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise, Éditions Ouverture, , 368 p. (ISBN 9782354790929), p. 159, 252 & 284
  8. D'après l'Histoire de France, Louis XV, page 12. Note dans Désubas de Daniel Benoît.
  9. Jean Estéoule, Vie et passions huguenotes au cœur du Vivarais, Curandera, , p. 196-197.
  10. Jean Estéoule, op. cit., p. 198.
  11. « Desubas », sur regard.eu.org (consulté le )
  12. François Boulet (compte-rendu), « Christian Maillebouis, Didier Perre, Complaintes des huguenots en Velay. Mazet-Saint-Voy, 1776-1838 », Revue d'histoire du protestantisme, vol. 5, no 1,‎ , p. 139–142 (ISSN 2624-8379, lire en ligne)
  13. Jean Carbonnier, Coligny ou les sermons imaginaires, Paris, Presses universitaires de France, (ISBN 2-13-037180-9), p. 94-95.
  14. Christian Prost, « Vernoux-en-Vivarais. La stèle du pasteur Désubas restaurée », sur www.ledauphine.com,
  15. Jacques Delteil et Pierre-Yves Kirschleger, « La Société d’histoire du protestantisme de Montpellier au service du patrimoine protestant », Patrimoines du sud, no 5,‎ (lire en ligne, consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • Focus sur la complainte sur la mort de Monsieur Désubas, sur le site du musée du Désert, consulté le .
  • Martha Fletcher, « Lettre de Théophile de Bordeu sur l'exécution de Mathieu Majal », Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, vol. 119,‎ , p. 116-122 (lire en ligne, consulté le ).

Articles connexes

  • Pierre Durand, pasteur ardéchois également exécuté à Montpellier.

Liens externes

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