Mediolanum (toponyme)

Mediolanum, forme latine du gaulois Mediolanon, fut le nom de nombreux oppida celtes, dont le plus connu est celui de Mediolanum, l’actuelle ville de Milan (Italie), alors en Gaule cisalpine. Ce toponyme est très fréquent en France[1], 42 lieux ainsi nommés d'après Holder[2], 87 selon Jacques Lacroix[3].

Étymologie

Traditionnellement les linguistes et toponymistes attribuent à ce toponyme le sens de « [localité au] milieu de la plaine », « plaine du milieu » ou « plaine médiane »[4],[2] sur la base du gaulois medio- (medios) « du milieu, central », apparenté directement au vieux breton med, met et par l'indo-européen au latin medius[2],[5]. Le second élément -lano- serait un mot *lanon non attesté en gaulois, mais reconstitué d'après le latin plānus « plat ».

L'historien français Henri Martin a suggéré dès le XIXe siècle que Mediolanum pouvait signifier « centre de la région », identifiant ainsi un sanctuaire « central », c'est-à-dire un lieu de culte[6] et de nombreux chercheurs après lui considèrent cette théorie du XIXe siècle comme exacte[7], avec la nuance toutefois de « centre sacré »[5].

En effet, *lano- est absent au sens de « plaine » dans les langues celtiques insulaires, où l'on trouve en revanche un mot *lāno- > vieil irlandais lán, gallois llawn, breton leun qui signifient « plein » d'où un sens global de « plein-centre » pour le composé medio-lanon, et plus précisément au sens religieux de « centre sacré »[5]. Il est sans doute comparable au *media-gardaz « enclos du milieu » des Germains (cf. vieux norrois miðgarð, gotique midjun-gards « monde »)[5].

L'explication traditionnelle n'est pas pertinente non plus sur le plan topographique, car les Mediolanum sont souvent situés sur des hauteurs et excentrés[5].

Plus récemment, une autre hypothèse a été émise : les Mediolanon/Mediolanum auraient fait référence non pas à des endroits localisés au cœur d'un territoire, mais plutôt à des lieux « adjacents » : positionnés à l'intersection, à la rencontre de deux ou trois territoires distincts. Le second élément du composé, -lanon (« plein », « complet ») n'aurait joué dans l'assemblage qu'un rôle de superlatif, pour désigner des établissements « parfaitement mitoyens », « complètement médians », « juste sur la ligne de séparation », « au plein milieu » d'une démarcation : « à la pleine jointure » des territoires[8].

Exemples de Mediolanum

La plupart des analyses et des exemples sont extraits d'un ouvrage de Jacques Lacroix, publié en 2021, et intitulé « Les frontières des peuples gaulois : Tome 2 »[9]

Alignement et triangle des Mediolanum gaulois[Information douteuse].

Notes et références

  1. ↑ Charles Rostaing, Les Noms de lieux, PUF, coll. Que sais-je ?, Paris, 1969
  2. Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, editions Errance, Paris, 1994. p. 38.
  3. ↑ Jacques Lacroix, Les frontières des peuples gaulois - Tome 2, Éditions Yoran Embanner, 2021, p. 133-134
  4. ↑ Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Paris, Librairie Guénégaud, (ISBN 2-85023-076-6), p. 427a
  5. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise : Une approche linguistique du vieux celtique continental, Paris, éditions Errance, , 440 p. (ISBN 2-87772-237-6), p. 220 - 221
  6. ↑ Martin 1838
  7. ↑ Kruta 2003
  8. ↑ Jacques Lacroix, Les frontières des peuples gaulois, Tome 2, Éditions Yoran Embanner, 2021, p. 127-133
  9. Jacques Lacroix, Les frontières des peuples gaulois - Tome 2, Éditions Yoran Embanner, 2021, p. 136-182.
  10. ↑ Elisabeth Pailard-Frutieaux, « Le village disparu de Montmélian aux confins du Parisis et du Senlisis sur les communes de Saint-Witz (Val-d’Oise) et de Mortefontaine (Oise) : du Mediolanum celtique aux châteaux et églises de Montmélian. », dans Elisabeth Pailard-Frutieaux et al., Revue archéologique de Picardie : Hommage à Marc Durand., vol. supplément, (DOI 10.3406/pica.2009.3380, lire en ligne), p. 57 à 68.
  11. ↑ Michel Roblin, « Histoire du peuplement et de l'habitat en France aux époques anciennes. », École pratique des hautes études, vol. 4e section, Sciences historiques et philologiques., no Annuaire 1975-1976,‎ , p. 418 (lire en ligne, consulté le ).
  12. ↑ Louis Roussel et Jacky Bénard (dir.), « Mâlain - Mediolanum », dans Louis Roussel, Jacky Bénard (direction d'ouvrage) et al., Les agglomérations antiques de Côte-d'Or, vol. 522, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, , 303 p. (lire en ligne), p. 63 à 90.
  13. ↑ Yves Vadé, Éléments de géodésie gauloise, Iris, numéro 32, 2011.
  14. ↑ Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Paris, Librairie Guénégaud, 1979 (ISBN 2-85023-076-6), p. 436b.
  15. Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Paris, Librairie Guénégaud, 1979 (ISBN 2-85023-076-6), p. 427a.

Voir aussi

Bibliographie

  • icône décorative Portail du monde celtique