Minute de silence

En 2007, les supporters et joueurs du Fulham Football Club et du Newcastle United Football Club observent avant un match une minute de silence en mémoire du joueur décédé Jim Langley.

Une minute de silence est un moment de recueillement pendant lequel, debout le plus souvent, on s'abstient de parler en signe d'hommage, pendant une durée assez longue pour s'assimiler à une minute.

La minute de silence sert généralement à la commémoration d'un événement tragique pour une communauté qui est diverse, de sorte qu'un rite particulier à une religion est inapproprié.

Antériorité : manifestations silencieuses

Depuis l'Antiquité lors des funérailles royales l'ordre du cortège, la discipline du public et la solennité vont parfois de pair avec la retenue et le silence de la foule qui n'est cependant pas explicitement prescrit[1].

Au XVIIIe siècle certains moments sont marqués par l'idée d'une suspension collective du bruit et du mouvement qui indique la gravité de l'évènement. Ainsi lors des fêtes révolutionnaires, les organisateurs prévoient des processions, des discours, des chants et l'immobilité collective associé à un silence momentané qui visent à transformer la foule en une communauté civique disciplinée. L'ensemble s'inscrit dans une dramaturgie politique et non pas comme un rite spécifique du silence[2]. De même lors de certaines exécutions publiques la foule devient silencieuse notamment lors des prières finales. Mais ce silence, sans durée définie, n'est pas prescrit par l'autorité comme un rite autonome il relève du contexte religieux et judiciaire. Il dramatise l'autorité de l'État[3].

Au XIXe siècle, en exemple, le meurt l'ancien Premier ministre du Royaume-Uni William Ewart Gladstone. Ses funérailles d'État à l'abbaye de Westminster provoquent un immense rassemblement public. La presse rapporte alors une foule extrêmement silencieuse le long du cortège et parfois des spectateurs qui se découvrent et restent immobiles[4]. Les funérailles publiques de la fin de ce siècle, sont autant de moments de discipline collective, qui contribuent à créer une culture politique de la retenue[5].

Au XXe siècle il est classique de rappeler que le lors des obsèques d'Édouard VII, la foule observe un silence qualifié d'intense et révérencieux sur le trajet du cortège funèbre (Westminster Hall, Paddington puis Windsor) associé à une immobilisation minutée de la vie publique que ce soit la circulation, les tramways, les autres transports, ou les activités. Les véhicules s'arrêtent à Londres pendant deux minutes et il est observé à 13 heures dix minutes d'arrêt plus général dans le Royaume-Uni. Mais l'ensemble se fait dans un environnement sonore certain avec les soixante-huit coups de Big Ben, les salves d'honneur et les marches funéraires jouées par les fanfares. Aucune autorité commanditaire n'est rapportée que ce soit dans la presse[6],[7] ou dans le compte-rendu officiel[8]. Cette chorégraphie funéraire apparait comme une possibilité d'arrêt synchronisé du mouvement accompagné d'un recueillement non encore codifié[9],[10].

Le , décède à Rio de Janeiro José Maria da Silva Paranhos Júnior, baron de Rio Branco[11]. Sous l'influence de ce ministre des Affaires étrangères, le gouvernement brésilien, auquel il appartient, est le premier à reconnaitre la République portugaise[12]. Le Sénat portugais, à la demande de son président Anselmo Braamcamp Feire, interrompt pendant 10 minutes sa séance no 39 du , ses membres restant assis en silence. Un compte-rendu officiel relate cet ordre de geste collectif[13]. Mais cet hommage diplomatique, de 10 minutes, est décidé par et pour le Sénat portugais sans répétition ultérieure. Il constitue un précédent parlementaire qui indique que la grammaire politique du silence commémoratif existe en Europe avant l'après-Grande Guerre, mais il n'est pas l'origine institutionnelle de la pratique mondiale de la minute de silence[10].

Instauration du rite

La fin de la Première Guerre mondiale est marquée par l'Armistice du 11 novembre 1918 qui convient de l'arrêt des combats à 11 heures[14]. De très nombreux foyers ont au moins un disparu parmi les leurs. La commémoration de ces morts de la Grande Guerre par un silence, promue par Honey et FitzPatrick, est ordonnée par George V.

Honey propose

Edward George Honey est un journaliste australien résidant à Londres. En 1915 il s'engage dans le Middlesex Regiment de l'infanterie britannique, mais il est vite libéré en raison sa faible constitution et il ne part pas à l'étranger[15]. Selon son épouse, voyant les trains remplis de blessés revenant aux gares de Richmond et de Charing Cross il souhaite réaliser quelque chose en regard des « stay-at-home exploiters » (« exploiteurs au foyer ») qui s'enrichissent afin de les faire réfléchir. Puis lors du Joy Day de 1918, il réprouve les manifestations bruyantes et enthousiastes, un feu d'artifice tiré à Hyde Park, la reprise de la chanson Old Soldiers Never Die par des jeunes hommes[16]. Ces scènes lui font écrire, sous son nom de plume Warren Foster[17], le dans un journal londonnien, The Evening News, un article titré « Five Minutes' Silence: On Peace Day to the Memory of the Dead » — le titre n'est pas « A Piece Day Essential »[a]. Dans celui-ci, rappelant le silence observé par le peuple et l'arrêt des trains lors des funérailles d'Édouard VII, il préconise que les Anglais observent un silence de cinq minutes afin de commémorer les morts de la Grande Guerre[19].

« I would ask for five minutes, five little minutes only. Five silent minutes of national remembrance. A very sacred intercession[19]! »

— Warren Foster, Extrait de Five Minutes' Silence

« Je demanderais cinq minutes, cinq petites minutes seulement. Cinq minutes silencieuses de souvenir national. Une intercession très sacrée[b] ! »

— Extrait de Five Minutes' Silence

FitzPatrick propose

Sir James Percy FitzPatrick est un romancier, financier et homme politique sud-africain dont le fils aîné est tué au front le alors qu'il sert dans la batterie de Brydon. Il a présent à l'esprit les silences observé en 1916 dans son église au Cap à l'initiative d'un paroissien John Albert Eagar. Ces silences, après les listes des tués à l'ennemi, commémorent l'hécatombe des ressortissants sud-africains lors de la bataille de la Somme. Puis Robert Rutherford Brydone[c], conseiller municipal du Cap, suggére au maire qu'une période de silence soit instaurée en souvenir des victimes tombées en France. Le maire du Cap, Sir Harry Hands, perd lui-même son fils aîné le qui appartient à la batterie de Brydon. Après une séance du conseil municipal[e], il préconise dans le Cape Times du une période de silence de trois minutes tête baissée avec arrêt de toute activité pour honorer tous ces morts[25],[26]. Le , le début de cette pause est marquée par un coup du Noon Gun[d] situé sur Signal Hill. Dès le lendemain, afin de garder l'adhésion de la population, dans The Cape Argus il arrête une durée de deux minutes[28],[29]. Au coup de canon s'adjoint un trompettiste, debout sur le balcon du Fletcher and Cartwright's Building qui sonne le Last Post. Une fois les deux minutes écoulées retentit la sonnerie Reveille. Il en va ainsi jusqu'au [30],[31],[32],[33].

Ceci l'incite à adresser un mémorandum intitulé A salute to the dead: Memorandum[34] à Lord Milner, alors secrétaire d'État aux Colonies[35]. Il le connait depuis 1898 à la suite d'un première rencontre au Cap[36]. Ce mémorandum suggére une commémoration silencieuse des soldats morts, dans tout l'Empire britannique. Il prend pour exemple le silence de trois minutes observé au Cap et rappelle qu'aucune organisation spécifique est nécessaire. Après quelques semaines Lord Milner le transmet, avec un mot daté du , à Lord Stamfordham, secrétaire particulier du monarque[37]. Dans une missive datée du , le roi George V appuie fermement la proposition de FitzPatrick. À la suite d'une présentaion par Lord Milner[38], le cabinet de guerre (War Cabinet) l'adopte finalement le [35].

« — the moving, awe-inspiring silence of a vast Cathedral where the smallest sound must seem a sacrilege […] Why not perpetuate this and extend it to the Whole Empire ? […] None will forget the eleventh hour on the eleventh day of the eleventh month[39]. »

— Percy FitzPatrick, Extrait de A salute to the dead

« — le silence émouvant, solennel, d'une vaste cathédrale, où le plus léger son eût semblé un sacrilège. […] Pourquoi ne pas la perpétuer et l'étendre à l'Empire tout Entier ? […] Nul n'oubliera la onzième heure du onzième jour du onzième mois[b]. »

— Extrait de A salute to the dead

Georges V déclare

Selon l'Armée australienne, des essais sont menés par les Grenadier Guards au palais de Buckingham en présence d'Honey et de FritzPatrick (sans pour autant que l'on puisse affirmer que le second connaissait l'article du premier)[40]. Veterans UK indique une discussion entre le Roi et Lord Stamfordham[41]. Il est estimé que cinq minutes sont trop longues et la durée est ramenée à deux minutes[42],[43].

Ainsi le roi George V réalise, le , un message pour commémorer l'Armistice avec un silence de deux minutes et l'arrêt de toutes les activités à la onzième heure du onzième jour du onzième mois. Celui-ci paraît dès le dans la presse britannique[44],[45]. Ce message officiel[f] est aussi télégraphié par Lord Milner aux états de l'Empire britannique[47],[48]. Il est transcrit par les journaux de ces pays[49],[50].

« To afford an opportunity for the universal expression of this feeling it is my desire and hope that at the hour when the armistice came into force, the eleventh hour of the eleventh day of the eleventh month there may be for the brief space of two minutes a complete suspension of all our normal activities[47]. »

— George V, R.I., Extrait de la missive officielle du

« Afin de permettre à tous d'exprimer universellement ce sentiment, tel est mon désir et mon espoir qu'à l'heure où l'armistice entra en vigueur, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois, toutes nos activités habituelles soient complètement suspendues pendant deux brèves minutes[b]. »

— Extrait de la missive officielle du

Edward Honey assiste à ce commémoration à Londres juqu'à son décès le [42]. Sir Percy FitzPatrick, alors aux États-Unis d'Amérique, apprend par la presse[g] dès le que la consigne est appliquée dans tout l'Empire britannique[51].

Paternité discutée : Honey ou FitzPatrick ?

Selon le pays la paternité d'une idée de pause silencieuse collective est attribuée tantôt à Honey tantôt à FitzPatrick par la presse qui construit, par une communication de masse, la mémoire collective. Quant aux mémoires d'État elles prennent parti[54]. Au XXIe siècle les auteurs divergent mais dans l'ensemble, tel Ross Brown[h], ils attribuent plutôt la formulation publique à Honey et la primauté de la démarche politico-insitutionnelle à FitzPatrick[56].

Au Royaume-Uni, Sir Percy FitzPatrick reçoit, dès le , une lettre de Lord Samfordham qui écrit : « The King […] desires me to assure you that he ever gratefully remember that the idea of the tow-minutes pause on Armistice Day was due to your iniation (sic)[51],[31] […] »[i]. Une lettre du , signée au nom du secrétaire d'État à l'Intérieur, exprime la position officielle du Bureau de l'Intérieur : sans méconnaitre que probablement d'autres ont eu l'idée, il y a peu de doute qu'il soit à l'origine de la première proposition concrète de two minutes' silence[57]. Un article du Times le , indique que l'attribution est déjà publique[58],[j]. Le role d'Honey apparait dans la presse le lorsque sa nécrologie est faite par The Daily Graphic[59],[k]. Il est notamment rappelé le dans The Times[60]. Cependant ce n'est qu'en 2018 qu'il est retrouvé une reconnaissance officielle, qui reste locale, dûe aux autorités de la ville de Plymouth[61]. Celle-ci est officiellement confirmée, toujours par une instance locale, en 2025 par la ville d'Oxford[62].

En Afrique du Sud, FitzPatrick est donc cité dans l'article The Pretoria News du . Il semble que ce soit seulement fin 1930 que son role soit porté à la connaissance du public dans les dépendances de l'Empire britannique selon le The Straits Times[63],[l]. Pinang Gazette and Straits Chronicle du en annonçant son décès rappelle son action[64],[m]. En 1997, l'Armée sud-africaine publie une brochure commémorative, A Debt of Honour, où il « is credited with this honour » (« est crédité de cet honneur »)[52]. En 2004, Edward Honey n'appartient toujours pas à la tradition mémorielle sud-africaine[65].

En Australie, le quotidien The Argus du attribue le role premier à Honey[66],[n]. Plus tard l’Edward George Honey Memorial Executive Commitee produit en 1963 des pièces qui témoignent d'une campagne structurée en faveur de la primauté d'Honey[67]. Le major Warren Perry, historien militaire, ancien officier et haut fonctionnaire[68], les valident[69]. Le un communiqué ministériel de la Défense rapporte à Honey l'idée de la pause silencieuse[70],[o]. Le role de FitzPatrick apparait les puis dans The Daily News de Perth[71] puis le Newcastle Morning Herald and Miners' Advocate[72],[p]. En 2023, le gouvernement australien ne le reconnait que dans un récit mémoriel concurrentiel où Honey est lui aussi mis en avant[73],[q].

Évolution chez les principaux belligérants du front d'Occident

L'Armistice qui suspend les hostilités, notamment sur le front d'Occident, est signé avec l'Allemagne par le maréchal Foch et l'amiral Wemyss au nom des « puissances alliées et associées »[74]. Suivant le traité de Versailles, bien qu'elles ne soient pas toutes présentes lors de la signature, les « Principales Puissances alliées[r] » sont l'Empire britannique, la France, l'Italie, le Japon et la principale puissance « associée[r] » sont les États-Unis[76],[75]. Le Japon n'envoie pas de troupe sur le vieux continent mais en Sibérie[77],[78]. Les États-Unis, tout en envoyant un corps expéditionnaire et en prenant les mêmes positions politiques que les Alliés, ne souhaitent pas être liés aux obligations diplomatiques. Ils veulent être qualifiés d'« associés »[79].

Principaux Alliés

Empire britannique

Royaume-Uni

Lors de l'entre-deux-guerre le rituel reste centré dans l'ensemble du pays sur le avec les deux minutes de silence[80]. Puis il se modifie apès l'intervention de Clement Attlee du à la Chambre des communes. Désormais le dimanche précédant le commémore les guerres de 1914-1918 et 1939-1945 —  Remembrance Sunday (« dimanche du Souvenir »). Au Cenotaph à 11 h est observé deux minutes de silence. Ainsi définie, cette cérémonie nationale officielle n'a plus jamais lieu en semaine quelque soit le jour du [81]. En 1956 la date est fixée au deuxième dimanche de novembre[82]. Puis deux manifestations nationales apparaissent en 1996[83],[84],[85] qui coexistent au début du XXIe siècle. Le Remembrance Sunday que la famille royale présente comme l'événement principal. Conduite au Cenotaph par le roi, elle commence à 11 heures, comprend deux minutes de silence et commémore les militaires et civils britanniques et du Commonwealth des deux guerres mondiales et les conflits ultérieurs. LʼArmistice Day avec sa cérémonie au National Memorial Arboretum rappelle la onzième heure du onzième jour du onzième mois. À cette occasion des millions de personnes à travers le pays observent deux minutes de silence au cours desquelles les activités s'interrompent[86].

Les annonces officielles — elles n'ont pas de caractère législatif ; hors le périmètre gouvernemental les annonces invitent à un acte volontaire[s] — instaurent de façon ponctuelle un moment de recueillement collectif en diverses occasions. Que ce soit lors de deuils royaux, ainsi une minute de silence est instaurée en 2017 pour le duc d'Édimbourg[88], de même lors d'attentats ou de grandes tragédies comme celui de la Manchester Arena en 2017[89], ou de façon récurrente sans rite annuel lors de certains jalons majeurs de la Seconde Guerre mondiale tel le Victory in Europe Day ou VE Day (« Jour de la Victoire ») où sont annoncés deux minutes de silence[90]. Il existe aussi des usages fréquents mais non nationaux qu'ils soient institutionnels, tels ceux du Parlement du Royaume-Uni par exemple lors du décès d'un des siens, Sir David Amess, en 2021[91] ou sectoriels tels ceux par exemple des services de secours et les autorités publiques partenaires qui commémorent les personnels de secours morts en service le 999 Day[92].

Dépendances de l'Empire britannique

France

Sous le gouvernement de Clemenceau, l'Armistice est annoncée en 1918 en France avec notamment — de façon bruyante — les cloches et des salves d'armes à feu ou de canon[93]. Le La Presse de Paris porte à la connaissance des Français que Poincaré alors à Londres, adjoint à l'observation de deux minutes de silence, l'envoi d'une couronne de fleurs au pied du cénotaphe de Whitehall[94]. Mais il faut attendre 1922 pour que L'Intransigeant du présume d'une minute de silence lors de la cérémonie de commémoration de l'Armistice[95],[96]. Cependant celle-ci ne figure pas dans la loi du qui stipule seulement que le a lieu « la commémoration de la victoire et de la paix[97] » et qu'il s'agit d'un jour férié[97]. Néanmoins Le Gaulois rapporte que le une minute de silence est observée[98]. Plus tard des textes à portée restreinte entérinent une pratique établie[99]. Il s'agit d'une « forme laïcisée de prière[100] ». Toutefois en 2011 il n'existe en France aucun texte de portée nationale qui encadre la pratique de la minute de silence[101]. La loi du [102], alors qu'il est affirmé que la commémoration — dont fait en pratique partie la minute de silence — doit être actualisable[103], s'adresse au-delà des morts de 1914-1918 à « tous les morts pour la France[102] ».

Une évolution se fait en 2001, où d'un rite commémoratif la minute de silence devient un instrument de deuil national. Jusqu'alors réservée surtout aux présidents décédés, ces journées sont décrétées par le président de la République à la suite d'attentats ou de catastrophes naturelles. Selon l'organisation dictée par le Premier Ministre, elles comprennent inconstamment une minute de silence[104]. Il faut noter que la circulaire du est particulière car elle s'inscrit dans un cadre européen et pour la première fois elle rend hommage à des personnes décédées hors du territoire national. Le silence alors demandé pour le 11-septembre est de trois minutes[105]. Cette extension touche aussi l'École donc l'un des lieux les plus centraux de la République. Ainsi son premier hommage a lieu en pour Samuel Paty[106]. En 2024, officiellement le Guide à l'attention des élus et des acteurs territoriaux indique que la minute de silence est « généralement autour de 30 secondes ». Ceci témoigne moins une durée chronométrée qu'un temps rituel de recueillement[107].

Italie

Principal associé

États-Unis d'Amérique

Allemagne

En Allemagne, la Gedenkminute (« minute de recueillement ») (ou Schweigeminute (« minute de silence »)) n'est pas instaurée comme un rite nationnal autonome à une date unique[108]. Le rituel du silence commémoratif apparaît après la Première Guerre mondiale. La première commémoration des morts à l'initiative du gouvernement du Reich a lieu le devant le palais du Reichstag[109]. Elle comprend deux minutes de silence[110]. La date est choisie car il s'agit du dixième anniversaire de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France[111]. Ainsi Erdmann Graeser dans son article « Stille und Stillstand » (« Silence et arrêt ») paru le dans le Vossische Zeitung indique aux Berlinois que l'essai d'un souvenir silencieux de deux minutes, avec un arrêt de toutes les activités, est tel que les « Invisibles » doivent devenir visibles à l'œil de leur esprit pour les saluer, penser à eux, et leur montrer leur amour[t]. Il rappelle que dix ans auparavant la foule est devenue silencieuse devant le palais du Reichstag[112] — 30 000 personnes assistent le à une cérémonie religieuse et patriotique en plein air devant le Bismarckdenkmal[113]. Georg Pahl témoigne de l'observation des deux minutes de silence avec une photographie légendée[114]. Certes un recueillement avec une minute de silence peut être employé, ainsi il est mentionné dans le Kattowitzer Zeitung du pour les décès de membres d'une association[115], cependant le rituel du silence ne s'impose pas dans l'entre-deux-guerres. Il est perçu alors comme un symbole des puissances victorieuses[116]. L'Allemagne organise plutôt son deuil public autour du Volkstrauertag (« journée nationale de deuil »)[116] qui ne bénéficie d'aucune loi nationale[117].

Le Volkstrauertag est réintroduit après la Seconde Guerre mondiale — en place du Heldengedenktag (« journée de commémoration des héros ») du régime nazi — lors de la cérémonie du au Bundestag à Bonn. En 1992 il revient à Berlin et depuis 1999 précisément dans l'hémicycle du Reichstag. Il a lieu le deuxième dimanche précédant le premier dimanche de l'Avent. Il comprend le Totengedenken (« texte officiel d'hommage aux morts »), une Gedenkminute (« minute de recueillement ») et la sonnerie aux morts[118]. Ceci commémore les victimes de la guerre[119] puis le rituel officiel s'élargit : morts à la frontière allemande en 1961, victimes des crimes nazi vers 1990, du terrorisme, de l'antisémitisme, du racisme, policiers morts en service, chute du Mur… La manière de commémorer continue d'être redéfinie chaque année. Il n'a jamais été envisagé d'en faire une journée de commémoration au sens juridique fort[120]. Enfin la Schweigeminute (« minute de silence ») devient aussi un geste parlementaire souple ; le Bundestag l'utilise pour les victimes de l'attaque contre Israël en 2023[121], le décès du président Wolfgang Schäuble en 2024[122], les victimes d'attentats sur des marchés de Noël en 2025[123]… L'ArchivKomplex constitue un exemple plus restreint. Ce collectif citoyen et artistique indépendant organise six ans après l'effondrement des archives de Cologne, en 2015, une pause silencieuse de six minutes avec un rassemblement à 13 h 58 (heure de la catastrophe) devant le cratère de l'effondrement avec interruption de la circulation. Une centaine de personnes dont une autorité municipale y assiste[124]. Ceci relève bien du rituel de la minute de silence que le ministère fédéral de l'Intérieur définie comme pouvant être un peu plus longue ou plus courte que 60 secondes[125].

Significations

Le « silence » dont il est question se comprend dans le sens premier, l'état d'une personne qui s'abstient de parler. La minute de silence montre le consensus du groupe, puisqu'elle offre l'occasion d'une manifestation d'opposition, et que si aucun son ne l'accompagne, l'indifférence même se manifeste par un brouhaha comme cela est arrivé en France en 2015[126]. Mais les minutes de silence sont quelquefois accompagnées de sons, comme dans les enceintes sportives, d'applaudissements[127].

Le silence des voix est le plus souvent complété par une suspension de l'activité : on s'immobilise debout, dans une attitude recueillie[128].

Textes promoteurs

Textes fondateurs

Texte sans suite

Notes et références

Notes

  1. The Argus, journal australien, mentionne le que le titre de l'article d'Edward George Honey — souvent repris — est « A Piece Day Essential »[18].
  2. Traduction libre.
  3. Très souvent le nom de Brydone est écrit sans « e » (Brydon). La confusion tient au fait que les fils aînés de FitzPatrick et de Hands servent dans la même batterie du major Walter Brydon — dont le feu père est William Walter Brydon, qui n'est pas conseiller municipal. Ce major est décédé au front le . Quant à Robert Gilray Brydone — dont le père est Robert Rutherford Brydone, conseiller municipal — il sert aussi durant la Grande Guerre mais comme médecin et survit au conflit[20].
  4. Le Noon Gun est un canon. Pendant la période coloniale il tire à des heures prédéterminées : initialement à 13 h tous les jours, puis en 1867 à 12 h, donnant ainsi naissance au célèbre nom de Noon Gun (« canon de midi »)[27].
  5. Plusieurs versions existent quant à la suggestion de Brydone auprès d'Hands. Parmi celles-ci Brydone, présente ses condoléances au maire. Tous les deux entendent alors le Noon Gun[d] et les carillons de Westminster puis la tour de l'Horloge de l'hôtel de ville. De ce fait ils observent, ainsi que cela se fait dans de nombreuses églises anglicanes, la pause silencieuse avec la traditionnelle prière de l'Angélus. Puis Brydone, à l'image de ce moment, suggère que soit instaurée en ville une période de silence pour honorer les morts[21]. Ailleurs il est écrit que tous les deux entendent sonner 11 heures à la tour de l'Horloge. Une heure plus tard, ils entendent le Noon Gun. Brydone suggére alors une pause silencieuse, semblable à celle de l'Angélus qui soit annoncée par le canon[22]. Pour d'autres, les carillons de Westminster à 11 heures sont aussi associés aux coups d'heure plus lents de l'horloge de la tour[23]. Certains indiquent que Brydone écrit une lettre à l'éditeur du Cape Times en suggérant qu'une période de silence soit instaurée pour se souvenir des victimes. Hands en prend connaissance et l'approuve[24].
  6. Il n'est pas retrouvé de décret ou proclamation royale instituant le temps de silence avec arrêt des activités notamment dans The London Gazette: Official Public Record qui se présente bien comme l'organe officiel des publications au public[46].
  7. Cartwright indique qu'il s'agit du journal Hearst. L'article ainsi désigné est titré « The whole world stands to attention » (« Le monde entier est au garde-à-vous »)[51]. Il est repris dans « A debt of honour »[52]. Contrairement à de nombreux écrits il ne se trouve pas dans The Times[53].
  8. Ross Brown est un universitaire anglais, auteur, compositeur et spécialiste du son au théâtre[55].
  9. « Le Roi […] désire que je vous assure qu'il se souvient toujours avec gratitude que l'idée de la pause de deux minutes le jour de l'Armistice était due à votre initiative (sic) […] » — Traduction libre.
  10. « The Pretoria News to-day discloses the fact that the Two Minutes Silence on Armistice Day was adopted on the initiative of Sir Percy FitzPatrick. » (« Le Pretoria News révèle aujourd'hui que les deux minutes de silence le jour de l'armistice ont été adoptées à l'initiative de Sir Percy FitzPatrick »)[58].
  11. « He was the originator of the idea of tne great silence » (« Il a été à l'origine de l'idée du grand silence »)[59].
  12. « It has at last been revealated to the public that the originator of the Two Minutes' Silence on Armistice Day is Sir Percy FitzPatrick » (« Il a enfin été révélé au public que l'auteur des deux minutes de silence le jour de l'armistice est Sir Percy FitzPatrick. »)[63].
  13. « Sir Percy FitzPatrick who originated the idea of two minutes silence on Armistice Day » (« Sir Percy FitzPatrick, à l'origine de l'idée de deux minutes de silence le jour de l'Armistice »)[64].
  14. « To him there came first the thought that the nation should remember the dead in a few minutes' silence at eleven o'clock on the eleventh day of the eleventh month in each year » (« Il lui est venu en premier l'idée que le la nation devrait se souvenir des morts par quelques minutes de silence à onze heures du matin onzième jour du onzième mois de chaque année. »)[66].
  15. « Standing silent to honour those killed in war was originally proposed by Australian journalist Edward Honey. » (« Rester silencieux pour honorer les morts de la guerre a été initialement proposé par le journaliste australien Edward Honey »)[70].
  16. « Sir Percy FitzPatrick […] was the originator of the two minutes silence on Armistice Day » (« Sir Percy FitzPatrick […] est à l'origine des deux minutes de silence le jour de l'Armistice. »)[72].
  17. « The idea for the two-minutes silence is said to have originated with Edward George Honey, […] Sir Percy Fitzpatrick, a South African, suggested a period of silence » (« L'idée des deux minutes de silence proviendrait d'Edward George Honey, […] Sir Percy Fitzpatrick, un Sud-Africain, a suggéré une période de silence. »)[73].
  18. La notion et le terme de « Principales Puissances alliées et associées », reprise ultérieurement, se trouve dans le traité de Versailles[75].
  19. Les pauses silencieuses sont toutes publiées sur gov.uk comme press releases (« comuniqués/annonces officiels ») ou guidance. Il ne s'agit jamais de statutory instruments (« actes de législation délégués ou secondaires ») qui sont équivalents aux textes réglementaires français[87].
  20. « Nun, die „Unsichtbaren“ sollen heute, wo auch immer uns Stillstand und Stille treffen werden, unserm geistigen Auge sichtbar werden. Dann wollen wir sie grüßen und ihrer denken und unsere Liebe zeigen » (« Eh bien, les « Invisibles » doivent aujourd'hui, où que l'arrêt et le silence nous atteignent, devenir visibles à l'œil de notre esprit. Alors nous voulons les saluer, penser à eux, et leur montrer notre amour »)[112].
  21. Dans la reproduction du texte faite par Muriel F. Orford, le titre n'apparait pas. Et figure entre « that great day. » et « Almost unanimously » : « Of this I am fully aware. Only when it is impromptu is true joy possible. Arrange for Joy's arrival and he inevitably sends a substitute – Boredom, more often than any other! » (« J'en suis pleinement conscient. Ce n'est que lorsqu'elle est improvisée que la joie véritable est possible. Réglez l'arrivée de la Joie, et c'est inévitablement un remplaçant qu'elle envoie — l'Ennui, plus souvent que tout autre ! »)[129].
  22. Dans la reproduction du texte faite par Muriel F. Orford, figure entre « Almost unanimously » et « we would willingly » : « , then, » (« , donc, »)[129].

Références

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Annexes

Bibliographie

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    Cet ouvrage est un dossier pour l'érection d'un mémorial à Honey. Il contient notamment les copies de l'article d'Honey, de la lettre de FitzPatrick, de la missive de George V et l'analyse de ces documents par Perry.
  • Emmanuelle Loyer, « Vacarmes d'hier et minute était trop courted'aujourd'hui » Accès payant, sur lemonde.fr, Le Monde, Paris, Société éditrice du Monde, (consulté le ).

Articles connexes

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