Mohammed Ehsai

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Mohammed Ehsai (en persan : محمد احصایی) ou Seyed Mohammad Ehsaey, né le à Qazvin, est un artiste peintre calligraphe, graphiste et sculpteur contemporain iranien.
Considéré comme un pionnier et l'un des plus importants calligraphes de l'art contemporain iranien, plusieurs de ses œuvres sont conservées au Metropolitan Museum of Art et au British Museum.
Biographie
Mohammed Ehsai naît à Qazvin en 1939 et est diplômé de la Faculté des Beaux-Arts de l'Université de Téhéran[1],[2].
Il commence sa carrière professionnelle au sein de la rédaction du magazine jeunesse de l'ancienne Société du Lion et du Soleil rouges (en), puis rejoint l'Organisation des manuels scolaires, où il travaille comme maquettiste puis comme responsable de l'atelier graphique. Il poursuit ensuite sa carrière comme expert en manuels d'art de troisième année. Son expérience au sein de la Fondation artistique Pars et ses relations avec des personnalités telles que Morteza Momayez (en), Aydin Aghdashloo (en), Ali Asghar Masoumi l'amènent à se rapprocher des arts graphiques, notamment de la peinture et la calligraphie. Progressivement, son influence se fait davantage sentir dans le domaine du graphisme, en particulier dans la typographie et l'exploration esthétique des calligraphies persane et islamique. Fort de sa vaste expérience en graphisme, Ehsai joue un rôle fondamental dans la création du département des arts graphiques de la Faculté des Beaux-Arts de l'Université de Téhéran, où il enseigne à partir de 1972[1],[3],[2],[4].
Mohammad Ehsai est considéré comme l'un des premiers calligraphes iraniens à avoir utilisé les caractères perso-arabes comme moyen d'expression[5]. Il explore l'art de la calligraphie à travers les rythmes de l'arabesque « naskh » (écriture cursive de la fin du XVIIIe siècle) et « shikasteh » (forme brisée) jusqu'au « nastaliq » (écriture plus verticale développée par les Perses à la fin du XVe siècle)[3]. Son dessin est néanmoins considéré plus proche du trait calligraphique traditionnel que les peintres de Saqqa-Khaneh, une approche qu'il assume pour sa fidélité aux traditions calligraphiques et son attachement à la forme originelle des lettres. Sa démarche, qu'il entame quelques années après eux, consiste à passer de la calligraphie à la peinture et à intégrer les éléments visuels et conceptuels de la peinture dans ses calligraphies. D'abord quelque peu rejeté, son style fait ensuite l'objet de nombreuses imitations et il acquiert une renommée nationale puis internationale[6],[4],[7].
En 1975, Ehsai commence à peindre des tableaux principalement composés du mot « Allah »[8] ou du verset « La ilaha illallah »[9] et qui, selon lui, constituent une forme dévocation visuelle d'« Allah » et une manifestation du mysticisme islamique et du soufisme. Il réalise ces œuvres, connues sous le nom d'« œuvres d'Allah », à plusieurs reprises. Dans sa dernière création, il élimine totalement la couleur pour créer un nouveau motif dans l'absence de couleur, avec des tons blanc sur blanc et du noir sur noir, deux manifestations de la lumière. Cette forme de son travail est également connue sous le nom d'« Alphabet éternel »[10]. Ehsai raconte qu'il a présenté des œuvres picturales mentionnant « Allah » à l'éminent artiste Marcos Grigorian pour reccueillir son opinion à leur sujet. Celui-ci l'encourage à poursuivre cette série et à les exposer ; du propre aveu de l'artiste, Grigorian a été l'une de ses plus importantes influences[11].
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| Lien vers l'œuvre Eternal Alphabet (Alefbā-ye Azalī) (1975). Pour des questions de droit d'auteur, sa reproduction n'est pas autorisée sur la version francophone de Wikipédia. | |
Entre 1975 et 1983, Mohammed Ehsai fait des performances de peintures calligraphiques monumentales à l'université de Téhéran et pour une mosquée de la ville[1].
Il est membre du Syndicat des Graphistes iraniens de 1986 à 2001, du Comité scientifique de l'université de Téhéran de 1996 à 2001 et de la Foundation Committee of Iranian Painters depuis 1997[1].
Œuvre
Peinture calligraphique
Ehsai pionnier de la peinture calligraphique
Mohammed Ehsai est reconnu comme étant l'un des pionniers de la peinture calligraphique au Moyen-Orient, transformant l'écriture en langage purement visuel. Il utilise la calligraphie persane dans une forme moderne, parfois abstraite, reliant ainsi la tradition à l'art contemporain[10].
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| Lien vers l'œuvre La ilaha illallah (1975). Pour des questions de droit d'auteur, sa reproduction n'est pas autorisée sur la version francophone de Wikipédia. | |
Cette façon de repenser la calligraphie comme genre pictural (on parle aussi de « néo-calligraphie ») est apparu avec le mouvement Saqqa-Khaneh. Les artistes peintre de ce groupe exploitent les formes calligraphiques comme matière picturale primaire et cherchent à unifier les formes et les techniques picturales utilisées. Mohammed Ehsai et d'autres artistes comme Reza Mafi (fa) se distinguent de ce groupe en qualité de calligraphes professionnels s'affranchissant des thèmes classiques. Ce mouvement, appelé plus tard Naqqashi-Khatt, rejette quant à lui cette unicité de formes et de techniques : les œuvres sont produites en respectant des règles et des principes strict, en gardant les mots ou les phrases lisibles[12].
Avec l'exposition Zendegi: twelve contemporary iranian artists qui se tient au Beirut Art Center en 2011, Rose Issa présente différentes générations d'artistes iraniens qui ont exploré plusieurs langages esthétiques mêlant tradition et modernité. Mohammed Ehsai fait partie de ceux qui rendent hommage à la poésie et aux arts traditionnels persans[13].
Ehsai hurufiyya textualiste
Dans les années 1990, Charbel Daghir (en) définit pour la première fois l'utilisation des caractères arabes comme éléments de composition d'œuvres artistiques modernes et introduit des mots comme hurufiyya (en arabe : حروفية, litt. « lettrisme »), qui désigne les œuvres d'art « qui utilisent la langue arabe, texte ou caractère, comme élément visuel de composition ». Il sépare le mouvement Hurufiyya de la calligraphie arabe traditionnelle, estimant le premier comme radicalement nouveau, car il romp avec les styles de la calligraphie arabe traditionnelles en transformant les mots en éléments plastiques et suggère une nouvelle mouvance au sein de l'art moderne[14],[15],[16]. Il établit une classification des artistes hurufiyya selon l'usage des caractères dans leurs œuvres ; Mohammed Ehsai est inclus parmi les hurufiyya « textualistes » (qui mettent le texte comme thème central de l'œuvre)[17],[16].
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| Lien vers l'œuvre Allah (1975). Pour des questions de droit d'auteur, sa reproduction n'est pas autorisée sur la version francophone de Wikipédia. | |
Mohammed Ehsai peint souvent ses compositions sur fond noir ; le sens des mots est magnifié par les caractères colorés et brillants, en contraste avec l'obscurité, le mystère et le vide de l'arrière-plan. Ehsai choisit les couleurs pour la signification qu'il souhaite donner aux mots : le doré ou jaune symbolise l'illumination divine ; le bleu est une référence au céleste, à la sérénité ; le marron rappelle la terre, l'humanité, les racines[10].
Sa façon de peintre par coups de pinceau spontanés fait le pont entre l'expressionnisme abstrait occidental et l'art calligraphique traditionnel, conférant à ses œuvre une essence méditative, d'autant que les mots eux-même désignent le divin, le spirituel, et les lignes étirées sur fond sombre font office de prière[10]. Parfois jugées trop traditionnelels ou religieuses, ses compositions abstraites s'inscrivent dans une tradition métaphysique dont le but est d'atteindre la conscience et la perception de celui qui les regarde[3].
Ehsai sur le marché de l'art
Ses œuvres se vendent bien sur le marché de l'art. Elles connaissent un essor important après la révolution islamique de 1979, et son œuvre la plus chère est He Is The Merciful, partie à 1 161 000 $ chez Christie's en 2008[18],[19],[10]. Cette vente fait partie des 15 plus chères vendues sur le marché secondaire du Moyen-Orient (statistique de 2015)[20].
Graphisme
Le travail d'Ehsai dans le domaine du graphisme présente une esthétique calligraphique. Dans ses affiches et ses logos, tout est d'abord résumé en caractères persans, puis composé dans des jeux structurels de combinaisons de lettres, pour finalement s'affirmer comme un élément graphique à part entière. Cette alliance entre tradition et innovation moderne touche efficacement le public iranien[4].
Il réalise notamment les logos de la Fondation Nahj al-Balagha, du Centre culturel Niavaran, de l'Académie des beaux-arts, du Musée Zakaria Razi et de l'Organisation des manuels scolaires, ainsi que les logos de nombreux journaux[7].
Reliefs
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| Lien vers la sculpture en relief réalisée sur la façade de l'ambassade d'Iran à Abou Dabi, en 1991. Pour des questions de droit d'auteur, sa reproduction n'est pas autorisée sur la version francophone de Wikipédia. | |
Mohammed Ehsai a par ailleurs réalisé des œuvres sous forme de reliefs. La calligraphie et le jeu créatif avec les lettres demeurent les éléments principaux de son travail. La plus célèbre et la plus appréciée est le relief de l'amphithéâtre de la Faculté de théologie de l'Université de Téhéran, créé en 1977. Cette œuvre monumentale, par le jeu des lettres, du mouvement et des combinaisons de mots, évoque la représentation sensorielle du poème de Farid al-Din Attar dans La Conférence des oiseaux et l'ascension puis la chute du Simorgh[4]. Ehsai a également fait les reliefs de la mosquée Alghadir de Téhéran (1980-1983), de l'entrée du musée national d'Iran (1985) et pour la façade de l'ambassade d'Iran à Abou Dabi (1988-1991)[2],[1]. Son approche artistique y est radicalement différente : les caractères monochromes se détachent sur un fond géométrique abstrait d'apparence ancienne[4].
Mohammed Ehsai a écrit des articles sur la calligraphie, l'art iranien et islamique, et a donné de nombreuses conférences en Iran et à l'étranger[2].
Conservation
- British Museum, Londres, Royaume-Uni[2]
- Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis[21]
Expositions notables
Mohammed Ehsai a participé à des dizaines d'expositions individuelles et collectives avant et après la révolution islamique en Iran et à l'étranger[7]. Les plus notables sont :
- Iran–America Society (en), Téhéran, Iran (1974)[2]
- Basel International Art fair, Bâle, Suisse (1976-1978)[2]
- Barbican Centre, Londres, Royaume-Uni (2001)[2]
- Biennale de Venise, Venise, Italie (2015)[22]
Notes et références
- (en + fa) « Calligraphy: Ehsaee Mohammad », sur qoqnoos.com, via Internet Archive (consulté le ).
- (en) « Mohammed Ehsai », sur britishmuseum.org, British Museum (consulté le ).
- (en) « Mohamed Ehsai », sur cargocollective.com (consulté le ).
- (fa) « وفادارى به سنت! » [« Fidélité à la tradition ! »], sur shamkhani.com, via Internet Archive, (consulté le ).
- ↑ محمد احصایی خوشنویس و پیشگام هنر نقاشیخط، مجله کیهان فرهنگی، مرداد ۱۳۶۵ شماره ۲۹ ص ۴۸ (« Mohammed Ehsai, calligraphe et pionnier de la peinture calligraphique », Keyhan Farhangi magazine, juillet 1986, n° 29, p. 48).
- ↑ (fa) Mehrdad Ghasemfar, « حراج آثار هنرمندان معاصر ايرانی در لندن » [« Vente aux enchères d'œuvres d'artistes iraniens contemporains à Londres »], sur radiofarda.com, (consulté le ).
- (en) « Razi Museum », sur devotionaward.org, via Internet Archive (consulté le ).
- ↑ (en) « Allah », Live Auction 1230: Modern & Contemporary Arab, Iranian & Turkish Art Including Masterpieces from The Pharos Art Collection & From The Maath Alousi Collection, sur christies.com, Christie's (consulté le ).
- ↑ (en) Mohammed Ehsai, « La ilaha illa Allah », sur britishmuseum.org, British Museum (consulté le ).
- (en) « Mohammad Ehsai and his Eternal Alphabet at Raha Gallery Collection », sur iranart.news, (consulté le ).
- ↑ (fa) « احصایی: مارکو گریگوریان در خلق آثارم نقشی ارزنده داشت » [« Ehsai : Marco Grigoryan a joué un rôle précieux dans la création de mes œuvres »], sur hamshahrionline.ir, (consulté le ).
- ↑ Zahra Jahan Bakhsh Sefidi, La valeur de l’art du Moyen-Orient : l’effet de l’arrivée du marché sur l’évolution du monde de l’art de l’Iran, du Liban et Émirats Arabes Unis et leur rayonnement international (Thèse en Sociologie), Université Sorbonne Paris Cité, (lire en ligne [PDF]), p. 289.
- ↑ (en) Rose Issa, « Introduction », dans Zendegi: twelve contemporary iranian artists, Londres, Beyond Art Production, , citée dans : (es) Amor Marsé Taltavull, El discurso del arte irani desde la perspectiva de los exilios (1979-2012) : Sintesis entre tradicion y contemporaneidad (thèse de doctorat en Histoire de l'art), Universitat de Barcelona, p. 32.
- ↑ (en) Nada M. Shabout, Modern Arab Art : Formation of arab aesthetics, University Press of Florida, , p. 76.
- ↑ (en) Sharbal Daghir (trad. de l'arabe par Samir Mahmoud), Arabic Hurufiya : Art and Identity, Skira, , p. 66.
- (es) Marta Pérez Castro, Caligrafía árabe, modernidad y hurufiyya (thèse de doctorat en Art et Patrimoine), Séville, Universidad de Sevilla, (lire en ligne), p. 212-216.
- ↑ (en) Sharbal Daghir (trad. de l'arabe par Samir Mahmoud), Arabic Hurufiya : Art and Identity, Skira, , p. 58-59.
- ↑ (en) « He Is The Merciful », Live Auction 7665: International Modern and Contemporary Art, sur christies.com, Christie's (consulté le ).
- ↑ (en) « Mohammed Ehsai Sold at Auction Prices », sur invaluable.com (consulté le ).
- ↑ Zahra Jahan Bakhsh Sefidi, La valeur de l’art du Moyen-Orient : l’effet de l’arrivée du marché sur l’évolution du monde de l’art de l’Iran, du Liban et Émirats Arabes Unis et leur rayonnement international (Thèse en Sociologie), Université Sorbonne Paris Cité, (lire en ligne [PDF]), p. 215-216.
- ↑ (en) Seyed Mohammad Ehsaey, « Ruyesh (Growth) », sur metmuseum.org, Metropolitan Museum of Art (consulté le ).
- ↑ « La Biennale de Venise 2015 », sur et-alors.org, (consulté le ).
Bibliographie
- (en) V. Porter, Word into Art : Artists of the Modern Middle East, BMP, , p. 131 ; éd. 2008, p. 144.
Liens externes
- Ressource relative aux beaux-arts :
Articles connexes
- Calligraphie persane
- Calligramme
- Mouvement Saqqa-Khaneh
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