Mosaïque de Qabr Hiram
| Date |
575 |
|---|---|
| Mouvement | |
| Lieu de découverte | |
| Localisation |
Musée du Louvre, Paris |
La mosaïque de Qabr Hiram ou de Kabr Hiram[1] est une célèbre mosaïque byzantine de la deuxième moitié du 6e siècle découverte en 1861 par Ernest Renan à Hanaouay au Liban et exposée au musée du Louvre.
Elle est citée comme une des plus belles œuvres mosaïquales en contexte religieux[2].
Histoire

L‘église Saint-Christophe est construite dans la province byzantine de Phénicie[3]. Orientée Est-Ouest, elle compte trois nefs de six travées. Trois absides correspondent à chaque nef[4]. Trois portes donnaient accès à l’église : côté ouest, la porte principale ; et près de celle-ci, deux portes dans les murs nord et sud. Le culte de saint Christophe est attesté en Asie mineure à partir du 5e siècle, mais peu répandu[5]. Le sol de l‘église est orné de la mosaïque sur presque toute sa surface, nef principale et bas-côtés[4].
Entre octobre 1860 et octobre 1861, Ernest Renan est missionné par Napoléon III pour accompagner l’expédition française en Syrie, envoyée pour mettre fin aux massacres des chrétiens maronites par les Druzes dans la région du Mont-Liban. Il part seul, comptant sur la main-d’œuvre fournie par la troupe[6]. Cette mission archéologique doit beaucoup à l‘intervention d’Hortense Lacroix, sœur de lait de l’empereur et grande admiratrice de Renan[5]. Au cours de ses reconnaissances, Renan remarque une colonne émergeant du sol, ornée d’une croix grecque, et fait commencer les fouilles[5],[4] le 19 mars 1861 : la mosaïque se trouvait sous 30 à 40 cm de terre[5]. Renan demande à Auguste Thobois, architecte, de dresser le plan de l’église[5]. Pour la dépose de la mosaïque, il fait venir le mosaïste Luigi Taddéi d’Italie[7],[4],[5]. Ce mosaïste est choisi par Sébastien Cornu, l‘époux d’Hortense Lacroix[5].
La mosaïque est déposée en 80 panneaux, transportée à Paris en plusieurs cargaisons et entre dans les collections du musée du Louvre[5]. La mosaïque est restaurée par les mosaïstes d’Auguste Guilbert-Martin, à Saint-Denis, puis exposée galerie Mollien, en plusieurs morceaux[5].
À partir de 1994, de nouvelles opérations de restauration ont lieu à l‘atelier de Saint-Romain-en-Gal[5]. La mosaïque est actuellement visible aile Denon, au Louvre.
L’emplacement exact de l’église, malgré des recherches récentes (2016), n’a pas été retrouvé[5].
Description

Mosaïque
La mosaïque a été dégagée dans un excellent état de conservation. Quelques lacunes sont dues à des racines de figuiers ; le bas-côté sud porte une tâche causée par un incendie[4]. C’est une grande mosaïque : le panneau central fait 548 cm de long sur 426 cm de large[8], les panneaux d‘entrecolonnement entre 140 et 160 cm de long sur 65 cm de large[9]
Les tesselles sont de marbre, calcaire et pâte de verre[4],[5]. Le tapis central occupe toute la nef centrale : dans un cadre de guillochis entre deux lignes de postes, un immense tableau voit 31 médaillons formés par des rinceaux de vigne sortant d‘amphores placées dans les coins[4],[5]. Plusieurs scènes sont représentées, occupant un ou plusieurs médaillons : prédateur poursuivant une proie, humains dans des scènes de la vie agreste. Les bas-côtés sont aussi ornés de médaillons, constitués de lignes géométriques et non par des rinceaux, ornés d‘animaux et de personnages[10]. Au centre du bas-côté nord, 10 médaillons sont des portraits de personnes identifiées par leurs noms[11] symbolisant les mois du calendrier[12], des vents et des saisons[5]. La mosaïque du bas-côté sud lui répond avec les mois de l‘automne et de l‘été[13]. Entre les colonnes qui séparent les bas-côtés de la nef principale se trouvent deux fois quatre mosaïques, toutes représentant des poursuites d’un animal par un autre, toutes différentes. Les encadrements sont différents en avançant dans la nef et se répondent d’un côté à l’autre[14]. Les derniers tapis d‘entrecolonnement sont non-figuratifs[14]. Les thèmes iconographiques adoptés sont répandus dans l‘art mosaïcal byzantin du Proche-Orient. La composition d’ensemble, géométrique juxtaposant des cercles formés de rinceaux de vigne, ainsi que le choix de faire s’échapper les rinceaux de vigne de canthares, sont des motifs fréquents[15],[16]. D‘un médaillon à l’autre, des scènes se répondent[17]. La représentation abondante de figures humaines est courante en Phénicie[18].
L‘ensemble de la mosaïque est « évidemment un des plus soignés et des plus cohérents dans la région libanaise », avec des thèmes courants dans la région mais aussi des motifs plus rares, comme les vents pour symboliser certains mois[19]. La mosaïque offre des scènes champêtres réalistes d‘une grande vivacité[20]. Des évolutions par rapport aux motifs anciens sont également présentes : la scène classique de la mangouste et du cobra est réinterprétée en la répartissant entre deux médaillons[16] mais toujours tournés l‘une vers l‘autre, l’affrontement restant lisible[21] ; de même, les personnages sont présentés frontalement, au lieu du 3/4 qui régnait quelques siècles plus tôt[22]. Enfin, si certaines représentations sont classiques, elles peuvent être comprises différemment dans le contexte d’une église : la scène de la mangouste et du cobra pourrait être réinterprétée comme la victoire du Christ sur Satan[23]. De plus, la représentation de la mangouste se singularise par l’absence de collier ou de harnais[24]. Dans cet ensemble non-hiérarchise, désordonné, on peut reconnaître une représentation de l’ensemble de l’univers sensible. Le programme iconographique démontre un soin rare dans son unité, notamment des panneaux non-figuratifs[25]. L’unité de décor entre les nefs est rare dans la région : on ne la retrouve que dans deux autres églises[26]. Le pavement de l’église Saint-Étienne d‘Umm Al-Rasas est similaire mais plus complet[5].
Inscriptions
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Une grande inscription réalisée en mosaïque près du chœur porte la dédicace à saint Christophe, fait référence au chorévêque (évêque de la campagne) et archidiacre Géorgios et au diacre en poste, et aux destinataires de l’église : paysans et intendants « des deux domaines ». Elle donne aussi le nom du prêtre, Zaccharias, ainsi que probablement le nom du lieu :

Texte grec moderne à traduire :
Δυω κτηματα
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[27].
C‘est l’inscription centrale qui fournit la datation la plus sûre de la mosaïque : elle est datée du mois de désios 701, 9e indiction, soit juin 576 selon René Dussaud[28] ; selon Pauline Donceel-Voûte, dans le calendrier de Tyr, daisios va du 19 juin au 20 juillet, mais c’est aussi un mois macédonien correspondant au mois de mai. Selon elle (d‘accord avec d’autres), l’année est 575[27],[5].
Sur le seuil de la porte nord, une inscription souhaitait la bienvenue, citation du premier livre de Samuel[12] (dimensions 19 cm sur 1,15 m[29]. Une autre inscription à l’entrée du chœur est une citation du Psaume 93[27].
Voir aussi
Bibliographie
Revues
- B. Bagatti, “Il pavimento musivo di Qabr Hiram (Libano)”, RAC 39, 93-104.
- Jannic Durand, Maximilien Durand, « Communication. Le Département des Arts de Byzance et des chrétientés en Orient au musée du Louvre », Comptes-rendus de l'Académie des inscriptions & belles-lettres, Comptes-rendus des séances de l'année 2023. Juillet-octobre, Fascicule III, 2023, p. 901-902, fig. 6
- Paul Gauckler, « Le Domaine des Laberii à Uthina », Monuments et mémoires publiés par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Fondation Eugène Piot, 3, 1896
Livres
- Laurent Haumesser (dir.), 'Un musée éphémère. Le musée Napoléon III. Mai-octobre 1862, Paris : Louvre éditions / Mare & Martin, 2021, p. 147, 149
- Catherine Metzger, La mosaïque de Qabr Hiram, Paris : Louvre éditions et Somogy, 2012 (ISBN 978-2-7572-0570-9)
- Catherine Metzger, « La découverte de la mosaïque de Qabr Hiram », in Jean Balcou et al. (éditeurs scientifiques), Renan en Orient, Presses universitaires de Rennes, 2022, https://doi.org/10.4000/books.pur.160057.
- Pauline Donceel-Voûte, Décor, archéologie et liturgie. Les pavements des églises byzantines de la Syrie et du Liban, Louvain-la-Neuve : Publications d’Archéologie et d’Histoire de l'Art de l’Université catholique de Louvain, 1988 (disponible en 1991)
Documentation électronique
- Cécile Giroire, La mosaïque de Qabr Hiram : la découverte au 19e siècle d'une église chrétienne , Paris : Musée du Louvre, 2012
Articles connexes
Coordonnées : 33°14' N, 35 °16' E[4]
Notes
- ↑ « Mosaïque de Qabr Hiram », notice FRBNF16637709 de la BNF, 12 octobre 2029 (sic), mise à jour le 19 juin 2021.
- ↑ (es) Pérez López, Héctor Julio1, « La evolución de la naturaleza en el arte de la alta edad media y las teorias escatologicas cristianas », Alpha: Revista de Artes, Letras y Filosofía. 2013, no 36, p. 136.
- ↑ Janine Balty, « Mosaïques antiques du Proche-Orient : chronologie, iconographie, interprétation », Besançon : Université de Franche-Comté, 1995. Annales littéraires de l'Université de Besançon, no 551, p. 116. doi : https://doi.org/10.3406/ista.1995.2582.
- Pauline Donceel-Voûte, Décor, archéologie et liturgie. Les pavements des églises byzantines de la Syrie et du Liban, Louvain-la-Neuve : Publications d’Archéologie et d’Histoire de l'Art de l’Université catholique de Louvain, 1988 (disponible en 1991), p. 411.
- Catherine Metzger, « La découverte de la mosaïque de Qabr Hiram », Renan en Orient, édité par Jean Balcou et al., Presses universitaires de Rennes, 2022, https://doi.org/10.4000/books.pur.160057.
- ↑ Ernest Will, « [La Mission de Phénicie d'Ernest Renan] », Études Renaniennes, 1984 no 56, p. 3-4.
- ↑ E. Will, op. cit., p. 4.
- ↑ « Mosaïque de Qabr Hiram », Musée du Louvre
- ↑ « Mosaïque de Qabr Hiram », Musée du Louvre
- ↑ P. Donceel-Voûte, op. cit., p. 411-413.
- ↑ P. Donceel-Voûte, op. cit., p. 412.
- P. Donceel-Voûte, op. cit., p. 414.
- ↑ P. Donceel-Voûte, op. cit., p. 414-415.
- P. Donceel-Voûte, op. cit., p. 415.
- ↑ J. Balty, op. cit., p. 120.
- J. Balty, op. cit., p. 171.
- ↑ J. Balty, op. cit., p. 119.
- ↑ J. Balty, op. cit., p. 131.
- ↑ P. Donceel-Voûte, op. cit., p. 417.
- ↑ J. Balty, op. cit., p. 137.
- ↑ J. Balty, op. cit., p. 220.
- ↑ J. Balty, op. cit., p. 205.
- ↑ J. Balty, op. cit., p. 224-225.
- ↑ Amir1 Gorzalczany, Baruch Rosen, « Tethering of Tamed and Domesticated Carnivores in Mosaics from the Roman and Byzantine Periods in the Southern Levant », Journal of Mosaic Research, 2018, volume 11, p. 92.
- ↑ P. Donceel-Voûte, op. cit., p. 417 et suivantes.
- ↑ P. Donceel-Voûte, op. cit., p. 346.
- P. Donceel-Voûte, op. cit., p. 416.
- ↑ René Dussaud, « François Halkin. Inscriptions grecques relatives à l'hagiographie », Syria. Archéologie, Art et histoire, 1950, no 27-3-4, p. 369.
- ↑ « notice Ma 2236.f », Musée du Louvre
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