Moutemouia
| Moutemouia | ||||||
La reine mère Moutemouia. | ||||||
| Surnom | La mère du dieu, la grande épouse royale, la grande mère du roi |
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| Nom en hiéroglyphe |
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| Transcription | Mw.t-m-wjȝ | |||||
| Période | Nouvel Empire | |||||
| Dynastie | XVIIIe dynastie | |||||
| Famille | ||||||
| Conjoint | Thoutmôsis IV | |||||
| Enfant(s) | ♂ Amenhotep III | |||||
| Fratrie | ♂ Youya (incertain) | |||||
| Sépulture | ||||||
| Nom | KV21 ? | |||||
| Type | hypogée | |||||
| Emplacement | vallée des Rois | |||||
| Date de découverte | 1817 | |||||
| Découvreur | Giovanni Battista Belzoni | |||||
Moutemouia[note 1] est une reine de la XVIIIe dynastie, épouse du roi Thoutmôsis IV et mère du roi Amenhotep III.
Attestations

La reine est attestée exclusivement pendant le règne de son fils Amenhotep III[1] :
- une cuillère à fard conservée au Musée du Louvre (E 3671)[2],
- une étiquette de jarre à vin mise au jour à Malqata ; cette étiquette montre qu'au moins un domaine viticol appartenait à la reine,
- une stèle commémorative d'Amenhotep III gravée sur un rocher à Assouan,
- une moitié inférieure d'une statue découverte dans le Ramesséum,
- une statue fragmentaire en granodiorite de Moutemouia personnifiant la déesse Mout assise dans une barque et découverte dans le temple de Mout à Karnak ; les morceaux sont conservés au british Museum[3],[4] ; la statue forme ainsi un véritable rébus en trois dimensions du nom de la reine,
- les représentations en ronde-bosse sur les deux colosses de Memnon (l'entrée du temple des millions d'années d'Amenhotep III), à côté de la jambe droite du roi, tandis que Tiyi (l'épouse principale d'Amenhotep III) apparaît à côté de la jambe gauche du roi,
- à deux reprises dans le temple d'Amon à Louxor : dans l'une des salles sud du temple et dans les fameuses scènes de la théogamie ; ces scènes de théogamie sont reproduites à partir de celles qu'Hatchepsout fit représenter dans son temple mémorial de Deir el-Bahari : dans la première scène, la reine est visitée par le dieu Amon qui s'unit à elle, puis, dans la scène suivante, la reine enceinte est conduite par des déesses vers le lieu de son accouchement où, assistée par d'autres divinités, elle donne naissance à Amenhotep ainsi qu'à son ka qui sont affermis par le dieu Khnoum avant d'être présentés à Amon, consacrant ainsi la destinée extraordinaire du fils de la reine,
- dans la tombe TT226 de Héqaréshou, précepteur du roi Thoutmôsis IV ; la peinture est actuellement conservée au musée de Louxor (J 134)[5].
Curieusement, on n'a pas encore retrouvé de représentation de Moutemouia dans le nord du pays. Il est pourtant certain qu'elle y demeura en compagnie de son époux et de son fils. Il faut probablement y voir davantage le résultat de l'état de ruine des sites de la Basse-Égypte plutôt qu'un acte volontaire[note 2].
Une statue de reine fragmentaire, découverte à Dendérah, appartenant à une « épouse du dieu, grande épouse royale et Maîtresse des Deux Terres » nommée Mout..., lui a parfois été attribuée. Cependant, cette statue est un peu plus tardive et devrait être attribuée à Moutnedjemet, l'épouse d'Horemheb (ce que Luc Gosselin exclut après une longue analyse[6]), ou Mouttouya, l'épouse de Séthi Ier, ou encore Mout-Néfertari, l'épouse de Ramsès II[7],[1].
Titres
Les titres de Moutemouia incluaient :
- La « grande épouse royale »,
- La « douce d'amour »,
- La « maîtresse des Deux Terres »,
- La « maîtresse de Haute et de Basse-Égypte »,
- La « mère du roi », ou encore la grande mère royale »,
- La « mère du dieu »[note 3].
La reine ne porta jamais le titre d'« épouse du dieu », qui, parmi les documents qui ont pu lui être attribués, est seulement attesté sur la statue de Dendérah[7],[1].
Généalogie

Origine
Les avis des spécialistes sur son origine sont encore aujourd'hui très partagés.
On l'a occasionnellement identifiée comme la fille envoyée par le roi du Mittani Artatama Ier, dans une tentative de lui donner des origines exotiques. Cependant, comme le précise Betsy Morrell Bryan ou encore Agnès Cabrol, aucun début de preuve ne vient étayer cette théorie, qui est aujourd'hui écartée. La princesse mittanienne n'est pas arrivée en Égypte avant l'an 6, tandis qu'Amenhotep III est né au plus tard en l'an 6[8].
Cyril Aldred et d'autres chercheurs proposaient déjà dans la seconde moitié du XXe siècle un lien de parenté avec le notable Youya, dont la famille jouera un rôle politique prépondérant sous les règnes suivants[9],[10],[note 4]. Si, à l'époque, cette hypothèse n'est basée sur aucun argument concret[8], des études récentes montrent qu'Amenhotep III et son beau-père Youya partagent un tiers de leurs gènes, ce qui suggère que Youya avait un lien de parenté de type oncle/neveu avec Amenhotep III. Cependant, l'hypothèse que Youya ait été le frère de Thoutmôsis IV est presque inconcevable ; il est donc plus probable que, si ce lien familial est avéré, Youya ait été le frère de Moutemouia[11].
Agnès Cabrol, suivie par Arnault Duhard, propose quant à elle que Moutemouia pourrait être identique à la reine Néfertari, première grande épouse royale de Thoutmôsis IV. En effet, le prince Amenhotep est présenté dès le début comme le fils aîné du roi, or Néfertari est la première grande épouse royale[12],[13]. De plus, Iaret, l'autre grande épouse royale de Thoutmôsis IV, est quant à elle exclue, car elle est également « sœur du roi », titre que n'aurait pas manqué de rappeler Amenhotep III dans les inscriptions mentionnant sa mère[13]. Toujours est-il que Moutemouia, nom signifiant « Mout est dans la barque divine », ou encore « la mère est dans la barque divine », est étonnant pour un nom de personne, mais cadrerait avec le mythe essentiel à la naissance divine du souverain, théogamie dans laquelle le dieu Amon — dont l'épouse divine est Mout — se serait uni avec Moutemouia pour concevoir Amenhotep III ; ce qui permettra à Moutemouia de porter le titre de « mère du dieu »[13].
Les scènes de la théogamie pourraient également indiquer la volonté d'Amenhotep III de faire de sa mère une élue du roi des dieux Amon, la magnifiant et effaçant ainsi ses origines roturières[note 5].
Époux et descendance
La reine est donc une épouse du roi Thoutmôsis IV et la mère du roi Amenhotep III. Elle a dû épouser Thoutmôsis IV au tout début de son règne, ou dans les années précédant son avènement, car Amenhotep III est né au début du règne de Thoutmôsis IV, ou à la toute fin du règne d'Amenhotep II[14].
Si elle est identique à Néfertari, alors elle est connue dès le début du règne en tant que grande épouse royale de Thoutmôsis IV[12],[13] ; sinon, elle est parfaitement inconnue du règne de son époux, ce qui paraît étonnant, en tant que mère du prince héritier, qui est connu comme tel dès le début du règne de Thoutmôsis IV. Si elle est différente de Néfertari, alors elle obtint le titre de grande épouse royale après le couronnement de son fils[8].
Le roi Thoutmôsis IV est connu pour avoir d'autres enfants, mais le nom de leur mère respective n'est pas connu. Moutemouia pourrait être la mère de certains d'entre eux.
Biographie
Beaucoup de spécialistes avancent que Moutemouia assuma la régence d'Amenhotep III lorsqu'il monta sur le trône à l'âge de dix/douze ans[15]. Il faut toutefois souligner là aussi qu'aujourd'hui, aucune preuve tangible d'une telle régence n'existe. Tout au plus peut-on voir dans son action l'assistance d'une mère à son jeune fils, alors qu'il vient de monter sur le trône d'Horus, comme le suppose Christian Leblanc[16].
Elle dut cependant jouer un rôle dans le mariage de Tiyi avec Amenhotep III au tout début du règne, alors qu'ils ne sont alors que des enfants d'une dizaine ou douzaine d'années[17].
La date de son décès est inconnue. La présence de la reine sur les colosses de Memnon, ainsi que la présence à Malqata d'une étiquette de jarre au nom de l'un des domaines de la reine sont deux documents ayant été avancés pour prouver une longue vie pendant le règne de son fils. Cependant, de tels documents ne sont pas des preuves : le fait d'être représenté sur une statue ne signifie pas que la personne en question était vivante lors de sa fabrication ; quant à l'étiquette, un domaine pouvait garder le nom d'une personne longtemps après la mort de ce dernier (Agnès Cabrol donne l'exemple des étiquettes au nom d'un domaine de Thoutmôsis IV datées de l'an 34 du règne d'Amenhotep III, soit 34 ans après le décès de Thoutmôsis IV)[18],[19].
Sépulture
Le tombeau de la reine est inconnu[20]. Elle fut certainement enterrée à Thèbes, comme le reste de la famille royale.
Il a été suggéré que la tombe KV21 située dans la vallée des Rois pourrait appartenir à la reine Moutemouia. En effet, la tombe est incontestablement celle d'une reine du deuxième ou troisième tiers de la XVIIIe dynastie, postérieure à celle de Tiâa et avant la période amarnienne[21]. La tombe abritait deux momies : KV21A et KV21B. Si la seconde semble appartenir à la famille royale sans que sa position ne soit clairement déterminée[22], la première a été interprétée comme étant celle d'Ânkhésenamon[22] ou bien celle de Moutemouia[21].
Notes et références
Notes
- ↑ Ou Mutemwiya, Mutemoueya, Moutemouiya ou Mutemwia, signifiant littéralement en égyptien antique « Mout est dans la barque divine », ou encore « la mère est dans la barque divine ».
- ↑ Un phénomène analogue existe pour les épouses de Ramsès II, Isis-Néféret et Néfertari.
- ↑ Ce titre pourrait être équivalent au titre de « mère du roi », car Amenhotep III est l'un des rois ayant pousser le plus loin sa propre divinisation.
- ↑ Il s'agit d'une puissante famille de la cité d'Akhmîm dont est issue la dame Tiyi qui épouse précisément Amenhotep III.
- ↑ Le mythe de la naissance divine issue de l'union d'un dieu avec une femme de condition non royale est connu depuis le Moyen Empire. On citera notamment le conte du Papyrus Westcar qui met en scène une telle naissance pour les trois premiers pharaons de la Ve dynastie légitimant ainsi par la volonté divine une nouvelle lignée royale.
Références
- Cabrol 2000, p. 52.
- ↑ « Cuillère à fard de Moutemouia » (consulté le )
- ↑ « Barque et bas de la statue de Moutemouia » (consulté le )
- ↑ « Tête de Moutemouia associée à la statue de la barque » (consulté le )
- ↑ Leblanc 2010, p. 104.
- ↑ Gosselin 2007, p. 24.
- Gitton 1984, p. 92-93.
- Cabrol 2000, p. 53.
- ↑ Aldred 1988, p. 220.
- ↑ David et David 1992, p. 167.
- ↑ Gabolde 2013, p. 192.
- Cabrol 2000, p. 53-54.
- Duhard 2016, p. 110.
- ↑ Duhard 2016, p. 109-110.
- ↑ Cabrol 2000, p. 58.
- ↑ Leblanc 2010, p. 105.
- ↑ Cabrol 2000, p. 58-60.
- ↑ Cabrol 2000, p. 57-58.
- ↑ Duhard 2016, p. 110-111.
- ↑ Cabrol 2000, p. 60.
- Gabolde 2013, p. 189-191.
- Hawass et al. 2010, p. 638-647.
Bibliographie
- Michel Gitton, Les divine éspouses de la 18e dynastie, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Centre de Recherches d'Histoire Ancienne 61 / Annales Littéraires de l'Université de Besançon 306 », (lire en ligne) ;
- Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, [détail des éditions] ;
- (en) Cyril Aldred, Akhenaten, King of Egypt, Thames & Hudson, (ISBN 978-0500050484) ;
- (en) Anthony David et Rosalie David, A Biographical Dictionary of Ancient Egypt, Londres, Routledge, (ISBN 1-85264-032-4) ;
- Agnès Cabrol, Amenhotep III : Le Magnifique, Éditions du Rocher, , 480 p. (ISBN 978-2-2680-3583-3) ;
- (en) Luc Gosselin, Les Divines Épouses d'Amon dans l'Égypte de la XIXe à la XXIe dynastie, Paris, Cybèle, coll. « Études et Mémoires d'Égyptologie » (no 6), , 360 p. (ISBN 978-2915840032) ;
- Christiane Ziegler, Reines d'Égypte : D'Hétephérès à Cléopâtre, Paris, Somogy - Édition d'Art, ;
- Christian Leblanc, Reines du Nil au Nouvel Empire, La Bibliothèque des Introuvables, ;
- (en) Zahi Hawass, Yehia Z. Gad, Ismail Somaia, Rabab Khairat et al., « Ancestry and Pathology in King Tutankhamun's Family », The Journal of the American Medical Association, vol. 303, no 7, , p. 638-647 (DOI 10.1001/jama.2010.121) ;
- Marc Gabolde, « L’ADN de la famille royale amarnienne et les sources égyptiennes — de la complémentarité des méthodes et des résultats », Cahiers de l'ENIM, no 6, (lire en ligne) ;
- Arnault Duhard, La reine Tiyi de la XVIIIeme dynastie : catalogue des documents-commentaires et étude critique (thèse de doctorat en égyptologie), Montpellier, , 670 p. (HAL tel-01508510, lire en ligne).
Voir aussi
Liens externes
Articles connexes
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