Mouvement identitaire allemand

Mouvement identitaire allemand
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Le Mouvement identitaire allemand[1],[2],[3] (en allemand : Identitäre Bewegung Deutschland, IBD) est un mouvement d'extrême droite fondé en 2012, inspiré du Bloc identitaire français. Dirigé par Daniel Fiss et officiellement enregistré comme association à Paderborn (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) en 2014, il compte entre 100 et 600 membres en 2020.

L'organisation fait de la question migratoire son principal cheval de bataille et prône la défense de l'identité allemande et européenne face aux menaces perçues de l'évolution démographique, de la mondialisation et de l'islamisation. Elle base son idéologie sur l'ethno-différentialisme, théorie selon laquelle les groupes ethniques ne peuvent s'épanouir que sur leur territoire d'origine sans mélange.

Privilégiant une approche métapolitique inspirée d'Antonio Gramsci, l'IBD vise une « révolution culturelle » par des actions symboliques, une forte présence numérique et l'utilisation de mèmes pour séduire les jeunes.

Il est classé comme mouvement d'extrême droite avéré par l'Office fédéral pour la protection de la Constitution (BfV) en 2019, et entretient des liens étroits avec l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) malgré une interdiction officielle de coopération au sein de ce parti.

Origines et fondation

Le Mouvement identitaire allemand trouve ses origines dans le Bloc identitaire français créé en 2003[4], dans son organisation de jeunesse Génération identitaire[5], et dans le contexte de l'augmentation des flux migratoires vers l'Allemagne[6]. Elle est fondée en 2012[5].

La première action de l'IBD en Allemagne a lieu le à Francfort lors de la Semaine interculturelle, que les militants identitaires perturbent. Parmi ses actions médiatisées figurent l'occupation de la porte de Brandebourg en 2016 et la campagne « Defend Europe » en 2017 contre les ONG de sauvetage en Méditerranée[4].

Structure organisationnelle

Le mouvement est doté de structures hiérarchiques formelles avec un président, un conseil d'administration et des responsables régionaux[4],[5]. Il est dirigé par Daniel Fiss[7]. Il est officiellement enregistré comme association en 2014 à Paderborn (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), avec pour objectif statutaire de « préserver et promouvoir l'identité du peuple allemand »[4],[5]. Le BfV le classe comme mouvement d'extrême droite avéré en 2019 et le place sous surveillance pour menace potentielle à l'ordre constitutionnel allemand[4],[8],[9].

Après un déclin au début des années 2020, le Mouvement identitaire allemand se restructure discrètement et établissant de nouveaux centres d'activité dans plusieurs villes[10]. Il compte entre 100 et 600 membres en 2020[11],[12].

Idéologie

L'organisation fait de la question migratoire son principal capital politique et se situe à l'extrême droite. Elle est parfois considérée comme appartenant au courant de pensée de la Nouvelle Droite allemande. Le mouvement prône la défense de l'identité allemande et européenne face aux menaces perçues que représentent l'évolution démographique, la mondialisation et l'islamisation[6],[12].

L'IBD base ses revendications sur le concept d'ethno-différentialisme, théorie selon laquelle les groupes ethniques, bien qu'égaux, ne peuvent s'épanouir que sur leur territoire d'origine sans mélange avec d'autres groupes. Le mouvement revendique officiellement une position « ni de droite ni de gauche, simplement identitaire »[6],[12]. L'IBD s'inspire également du manifeste Generation Identity de l'autrichien Markus Willinger et défend des idées nativistes et traditionalistes[13].

Stratégie

Approche métapolitique

Privilégiant un militantisme pacifique et symbolique et des activités éducatives plutôt que la voie partisane traditionnelle, l'IBD vise une « révolution culturelle » pour restaurer les valeurs patriotiques, libérales et traditionnelles, en s'appuyant sur une prise de conscience identitaire. Leurs actions militantes, toujours liées à la question migratoire, incluent l'occupation de locaux de partis politiques, des manifestations, et des campagnes médiatiques utilisant des éléments de la culture populaire[6].

L'IBD se différencie des mouvements néonazis traditionnels par son apparence professionnelle et moderne. Le mouvement utilise une approche néo-gramscienne cherchant à transformer d'abord le discours culturel et social avant le discours politique[11].

Götz Kubitschek, l'une des influences derrière l'approche métapolitique de l'IBD.

Le mouvement adopte paradoxalement les méthodes de protestation du mouvement étudiant de 1968, qu'il accuse pourtant d'avoir établi une hégémonie culturelle de gauche en Allemagne. Cette stratégie de provocation délibérée s'inspire des écrits de Götz Kubitschek (de) et de sa théorie de la « provocation » comme moyen de mobilisation politique. L'influence d'Alain de Benoist et de la Nouvelle Droite française est également importante, notamment sa reprise des concepts gramsciens d'hégémonie culturelle adaptés aux objectifs de l'extrême droite[4].

Communication numérique

Sa communication repose principalement sur des mèmes conçus pour attirer les jeunes utilisateurs[12]. Leurs actions sont largement relayées sur Internet pour maximiser leur impact communicationnel[6] et le mouvement y dispose d'une forte présence[11],[12]. Sa page Facebook compte plus de 68 000 abonnés avant sa suppression en pour contenu haineux et extrémiste[12].

En , l'IBD publie le jeu vidéo Heimat Defender: Rebellion, un jeu de plateforme rétro téléchargé plus de 8 000 fois en 24 heures. Situé en 2084, le jeu met en scène des « héros » dont Martin Sellner luttant contre un « régime globo-homo[14] » dans une Europe dystopique, reprenant les narratifs identitaires sur le grand remplacement et l'homogénéisation globale. Cette initiative s'inscrit dans la stratégie du mouvement visant à séduire un public jeune par des contenus numériques branchés et à normaliser progressivement ses idées comme la remigration et l'ethno-différentialisme[15].

Financement

En , une enquête du Spiegel et de la Mitteldeutscher Rundfunk met au jour le rôle de Peter Kurth (de), ancien sénateur aux finances de Berlin et ex-membre de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne, dans le financement des activités de l'IBD. Il a investi environ 240 000 euros dans des entreprises identitaires entre 2019 et 2022. Ces financements ont notamment permis l'acquisition de propriétés à Schkopau (une villa servant de siège au mouvement), Chemnitz et en Autriche[10].

Relations avec l'Alternative pour l'Allemagne

Un manifestant brandissant une pancarte de l'AfD sur laquelle est collé un autocollant de l'IBD.

L'IBD entretient des liens étroits avec l'Alternative pour l'Allemagne, malgré une décision officielle de ce parti de ne pas coopérer avec l'IBD officialisée en 2016[4]. Alexander Gauland, ancien coprésident de l'AfD, a expliqué que cette distance était stratégique en raison de la surveillance de l'IBD par le BfV, tout en soulignant les objectifs communs entre les deux groupes et en invitant les membres de l'IBD à rejoindre l'AfD[16].

Certains représentants de l'AfD ont contourné cette interdiction, comme Hans-Thomas Tillschneider (de) qui a maintenu un bureau dans la Maison des Identitaires à Halle-sur-Saale, centre névralgique de l'IBD abritant également l'Institut für Staatspolitik (de), une organisation importante de la Nouvelle Droite allemande[16].

De même, de nombreux représentants de l'AfD continuent de participer à des événements identitaires, et le parti emploie plusieurs cadres du mouvement comme assistants parlementaires. Les identitaires soutiennent activement l'AfD lors des campagnes électorales et dans l'organisation d'événements[4].

Notes et références

  1. Marcel Fürstenau et Anne Le Touzé, « L'Allemagne interdit le magazine d'extrême droite "Compact" » Accès libre, sur Deutsche Welle, (consulté le )
  2. Anne-Sophie Moreau, « Qu’est-ce que la “remigration” ? » Accès libre, sur Philosophie magazine, (consulté le )
  3. Cécile Leconte, « La carrière militante du « grand remplacement » au sein du milieu partisan de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD): », Politix, vol. 126, no 2,‎ , p. 111–134 (ISSN 0295-2319, DOI 10.3917/pox.126.0111, lire en ligne Accès libre, consulté le )
  4. (en) Ralf Havertz, Radical right populism in Germany: AfD, Pegida, and the identitarian movement, Routledge, Taylor & Francis Group, coll. « Routledge studies in fascism and the far right », (ISBN 978-0-367-81598-1), chap. 8 (« Radical Right Populist Hostility Toward Islam »)
  5. (en) Alice Blum, « Young, Christian, far-right? The Identitarian movement and its relationship to Christianity », IU Discussion Papers - Social Sciences,‎ (lire en ligne Accès libre, consulté le )
  6. Agata Kałabunowska, « The Problem of Strangeness in Political Ideology and Rhetoric of Alternative for Germany and German Identitarian Movement », Poliarchia, vol. 5, no 8,‎ , p. 61–83 (ISSN 2392-1218 et 2300-4584, DOI 10.12797/Poliarchia.05.2017.08.04, lire en ligne Accès libre, consulté le )
  7. (en) « How dangerous is the Identitarian Movement? » Accès libre, sur Deutsche Welle, (consulté le )
  8. (en) « Germany steps up warnings about right-wing Identitarian Movement » Accès libre, sur Reuters, (consulté le )
  9. (en) Frank Jordans, « Germany to step up surveillance of far-right 'Identitarians' » Accès libre, sur AP News, (consulté le )
  10. (en) Maik Baumgärtner, Ann-Katrin Müller, Sven Röbel et Wolf Wiedmann-Schmidt, « German Identitarians Are Trying to Make a Comeback » Accès libre, sur Der Spiegel, (consulté le )
  11. (en) Linda Schlegel, « The Cultivated Extremist? How the Identitarian Movement Frames its Ideology » Accès libre, sur Global Network on Extremism and Technology, (consulté le )
  12. (en) Lars Guenther, Georg Ruhrmann, Jenny Bischoff et Tessa Penzel, « Strategic Framing and Social Media Engagement: Analyzing Memes Posted by the German Identitarian Movement on Facebook », Social Media + Society, vol. 6, no 1,‎ (ISSN 2056-3051 et 2056-3051, DOI 10.1177/2056305119898777, lire en ligne Accès libre, consulté le )
  13. (en) « Analysis: Should Germany be worried about the far-right 'Identitarian Movement'? » Accès limité, sur The Local Germany, (consulté le )
  14. « Globo-homo » est un terme d'extrême droite désignant la prétendue homogénéisation culturelle mondiale qui détruirait les identités nationales et traditions locales au profit d'une culture cosmopolite uniforme.
  15. (en) Linda Schlegel, « No Child’s Play: The Identitarian Movement’s ‘Patriotic’ Video Game » Accès libre, sur Global Network on Extremism and Technology, (consulté le )
  16. (en) Ralf Havertz, Radical right populism in Germany: AfD, Pegida, and the identitarian movement, Routledge, Taylor & Francis Group, coll. « Routledge studies in fascism and the far right », (ISBN 978-0-367-81598-1), chap. 4 (« A Short History of AfD »)
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