Muhammad Taqi-ud-Din al-Hilali
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom dans la langue maternelle |
محمد تقي الدين الهلالي |
| Surnom |
Abou Shakib |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activité |
| A travaillé pour |
Université islamique de Médine (- Université Mohammed-V (à partir de ) Université rhénane Frédéric-Guillaume de Bonn (à partir de ) Islamic Central Institute in Berlin (d) Université de Lucknow Mosquée al-Haram Université de Bagdad Masjid al-Nabawi Darul Uloom Nadwatul Ulama (en) |
|---|---|
| Religion | |
| Maître |
Abdur-Rahman Mubarakpuri |
Taqwīm al-Lisānayn |
Muhammad Taqi-ud-Din al-Hilali (aussi appelé Mohamed Taqidun al-Hilali, en arabe : محمد تقي الدين الهلالي), né vers 1893 et mort le , est un linguiste, écrivain, poète et une figure importante du salafisme marocain. Il est notamment connu pour avoir traduit le Coran en langue anglaise.
Parmi ses œuvres les plus importantes figure la traduction du recueil Sahih al-Bukhari et du Coran aux côtés de Muhammad Mohsin Khan. Connu pour ses nombreux voyages, il fut un grand polyglotte maîtrisant, outre l'arabe et le berbère, l'anglais, l'allemand, le français, l'espagnol et l'hébreu[1].
Biographie
Taqi al-Din, dit « Abou Shakib », est né dans le village d'Al-Farkh, également appelé Al-Fayda Al-Qadima, à quelques kilomètres de Risani dans la région du Tafilalet, à l'est du Maroc. Il a grandi dans une famille spécialisée dans le fiqh (jurisprudence musulmane), son père et son grand-père étant des juristes religieux.
Issu d'une famille d'ascendance chérifienne husseinite, il mémorise le Coran en entier à l'âge de douze ans. Bien qu'il ait d'abord été affilié à la confrérie soufie Tijaniyya, il se tourne progressivement vers la pensée réformiste, une évolution spirituelle et intellectuelle qu'il documentera plus tard dans son ouvrage Sabil al-Rachad fi Hady Khayr al-'Ibad[2].
Il termine ses études primaires vers l'âge de quinze ans. Après la mort de son père, il se déplace dans diverses tribus avant de s'installer chez les Zayanes. Il devient l'imam principal de leur mosquée et y enseigne aux enfants, apprenant par la même occasion la langue berbère. En 1919, il se rend à Oujda, où il étudie auprès du juge Ahmed Al-Sekirij pour approfondir ses connaissances en grammaire, littérature, jurisprudence et interprétation[3].
En 1961, il part pour Fès afin d'étudier auprès d'érudits tels qu'Al-Fatimi Al-Sharawi ou Mohammed Belarbi Alaoui, et obtient un certificat de l'université Al-Qarawiyyin. Les autorités françaises le condamnent à mort par contumace au Maroc en raison de ses activités anticoloniales[4].
Voyages et enseignement au Moyen-Orient et en Asie
En 1922, âgé de 26 ans, Taqi al-Din quitte le Maroc pour l'Égypte afin d'étudier les hadiths. Il s'inscrit brièvement à la mosquée Al-Azhar avant de rejoindre le cercle du savant réformiste Muhammad Rashid Rida. Selon son biographe Mashhur Hasan Al-Salman, c'est auprès de ce dernier qu'il acquiert les bases de l'authentification des textes prophétiques[5].
Sa quête de savoir le mène en Inde, où il étudie notamment auprès d'Abdur-Rahman Mubarakpuri et intègre l'institut Nadwat al-Ulama à Lucknow. Professeur de littérature arabe, il en profite pour apprendre l'anglais et approfondir les sciences du hadith[6]. Il se rend ensuite en Irak, enseignant à Bassorah puis à Bagdad, contribuant à la diffusion de la langue arabe dans la région[7].
Plus tard, en Arabie saoudite, sa renommée scientifique lui vaut l'estime du roi Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud. Il est nommé enseignant dans les Deux Saintes Mosquées (Masjid al-Haram à La Mecque et Al-Masjid an-Nabawi à Médine), une période documentée par les archives de l'université islamique de Médine[8]. Il retrace d'ailleurs ses périples et son travail de prédication dans son autobiographie Al-Da'wa ila Allah fi aqtar mukhtalifa[9].
Études en Allemagne et collaboration avec le Troisième Reich
Chakib Arslan, ami d'al-Hilali, adresse une recommandation au ministère allemand des Affaires étrangères pour le soutenir :
« عندي شاب مغربي أديب ما دخل ألمانيا مثله، وهو يريد أن يدرِّس في إحدى الجامعـات، فعسى أن تجدوا له مكاناً لتدريس الأدب العربي براتب يستعين به على الدراسة »
« J'ai un jeune écrivain marocain, sans équivalent en Allemagne, qui souhaite enseigner dans l'une des universités. J'espère que vous pourrez lui trouver une place pour enseigner la littérature arabe avec un salaire qui lui permettra de poursuivre ses études. »
Grâce à cet appui, il est nommé en 1936 à l'université de Bonn. En 1939, il part pour Berlin et y obtient son doctorat en 1940 à l'université Humboldt. Dans sa thèse, il réfute les travaux d'orientalistes tels que Martin Hartmann et Carl Brockelmann[10].
Durant la Seconde Guerre mondiale, il s'engage du côté de l'Axe contre les Alliés. Il devient présentateur d'émissions arabes à la radio du Troisième Reich et directeur du département culturel de l'Institut central islamique de Berlin (Islamic Central Institute in Berlin), participant activement à la propagande nazie aux côtés du journaliste irakien Younes Bahri[11]. Son hostilité envers les forces coloniales s'exprime dans ses écrits : « Je combattrai la France tant que je vivrai, et si je meurs, je demande à mes proches de continuer à la combattre après moi »[12].
Sa famille et son retour au Maroc
Marié à Médine puis en Irak, il est le père de deux filles. De retour au Maroc après la guerre, il est nommé professeur à l'université Mohammed-V de Rabat en 1959, puis transféré dans une antenne universitaire à Fès.
De 1968 à 1974, il enseigne la jurisprudence à l'Université islamique de Médine suite à l'invitation d'Abd al-Aziz ibn Baz. Il retourne finalement s'installer à Meknès pour se consacrer entièrement à la prédication (Da'wa). Il meurt le à Casablanca et est inhumé au cimetière de Sabata.
Ses écrits
Les ouvrages de Taqi al-Din al-Hilali sont nombreux, rédigés à différentes époques et dans diverses régions du monde. Parmi ses écrits majeurs figurent ses textes autobiographiques et de prédication tels que Al-Da'wa ila Allah fi aqtar mukhtalifa (L'appel à Dieu dans différentes contrées) et Sabil al-Rachad fi Hady Khayr al-'Ibad (Le chemin de la guidance est dans la guidance du meilleur des serviteurs). Il est également l'auteur de Taqwīm al-Lisānayn traitant de la correction linguistique.
Il a consacré plusieurs travaux à l'exégèse coranique et à la science du hadith, notamment Le cubitus visible et la pleine lune dans l'explication de Sahih al-Bukhari et Inspiration et bétail dans l'interprétation du bétail. Ses essais traitent fréquemment de dogme et de la réfutation de certaines pratiques, comme l'illustrent Juge de justice dans la règle de construction sur les tombes, Une note de bas de page au Livre du Monothéisme par Muhammad ibn Abd al-Wahhab ou encore La médecine des sceptiques et le suppresseur des sceptiques en réponse aux athées. Il est également l'auteur d'œuvres poétiques avec des recueils comme Fadl Al-Kabeer Al-Motaalli et D'inspiration andalouse. Enfin, il a rédigé divers articles portant sur des sujets de société, tels que Éducation et éducation des femmes, La culture dont nous avons besoin et Éthique de la jeunesse musulmane.
Bibliographie
- (en) David Motadel, Islam and Nazi Germany's War, Harvard University Press, (ISBN 9780674724600)
- (en) Umar Ryad, « A Salafi Student, Orientalist Scholarship, and Radio Berlin in Nazi Germany: Taqi al-Din al-Hilali and His Experiences in the West », dans Götz Nordbruch, Umar Ryad, Transnational Islam in Interwar Europe. The Modern Muslim World, New York, Palgrave Macmillan, , p. 107-155
- (ar) Mashhur Hasan Al-Salman, Tarjamat al-Cheikh Muhammad Taqi-ud-Din al-Hilali
Articles connexes
Notes et références
- ↑ (ar) « محمد تقي الدين الهلالي: اللغوي والرحال », sur Zamane (consulté le )
- ↑ Muhammad Taqi-ud-Din al-Hilali, Sabil al-Rachad fi Hady Khayr al-'Ibad, Introduction
- ↑ (en) Anwar Mohammed Nasiruddin, « Muhammed Taqi Uddin Al Hilali: His life & poetry », ALDEBAL, vol. 5, no 1, , p. 1–25 (ISSN 2415-5500, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) AbdurRahman.org, « Scholars Biographies : Shaykh Muhammad Taqiudeen al-Hilali al-Maghribi », sur AbdurRahman.Org, (consulté le )
- ↑ (ar) Mashhur Hasan Al-Salman, Tarjamat al-Cheikh Muhammad Taqi-ud-Din al-Hilali
- ↑ (ar) الجانب العلمي في سيرة محمد تقي الدين الهلالي (lire en ligne), p. 55
- ↑ (ar) « أراء وأحاديث avec الدكتور تقي الدين الهلالي », sur Ministère des Habous et des Affaires islamiques (consulté le )
- ↑ (ar) « تقي الدين الهلالي.. مدرس الحرمين وحليف هتلر الذي ترجم القرآن للإنجليزية », sur Al Jazeera, (consulté le )
- ↑ Muhammad Taqi-ud-Din al-Hilali, Al-Da'wa ila Allah fi aqtar mukhtalifa
- ↑ (en) Umar Ryad, « A Salafi Student, Orientalist Scholarship, and Radio Berlin in Nazi Germany: Taqi al-Din al-Hilali and His Experiences in the West », dans Götz Nordbruch, Umar Ryad, Transnational Islam in Interwar Europe. The Modern Muslim World, New York, Palgrave Macmillan, , p. 107-155
- ↑ (en) David Motadel, Islam and Nazi Germany's War, Harvard University Press, (ISBN 9780674724600)
- ↑ Revue Al-Ikhwan Al-Muslimun, année 1946.
- Portail de l'islam
- Portail du Maroc