Nekor (site archéologique)

Nekor
ⵏⴻⴽⵓⵔ

نكور

Localisation
Pays Drapeau du Maroc Maroc
Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima
Province Al Hoceima
Commune Beni Bouayach
Type Site archéologique médiéval
Coordonnées 35° 05′ 40″ nord, 3° 49′ 00″ ouest
Histoire
Fondation Entre 749 à 761
Destruction 1080
Géolocalisation sur la carte : Maroc
(Voir situation sur carte : Maroc)
Nekor
Nekor

Nekor (en arabe : نكور, en tifinagh: ⵏⴻⴽⵓⵔ) est un site historique et archéologique situé dans la région du Rif, au nord du Maroc, à proximité de l’actuelle localité de Bni Bouayach. Il correspond à l’emplacement de l’ancienne ville de Nekor, capitale de l'émirat de Nekor[1].

La ville est fondée entre 749 et 761 par Idrīs ibn Ṣāliḥ, émir du royaume de Nekor. Son fils, Saʿīd Ier ibn Idrīs, transfère la capitale depuis Temsamane vers Nekor. À son apogée, la ville est décrite comme un centre majeur de la culture berbère dans la région du Rif[1].

Localisation

Le site de Nekor se situe dans le Rif central, dans la vallée de l’oued Nekor. Il est aujourd’hui partiellement submergé par les eaux du barrage Abdelkrim el-Khattabi, ce qui a affecté la conservation des vestiges archéologiques[2]. Historiquement, l'implantation de la ville se fait à la limite territoriale des tribus Ouriaghel et Temsamane. Elle se positionne à la transition entre la vallée fluviale et la plaine côtière dans une zone aujourd'hui traversée par une route reliant Taza à Al Hoceïma[3].

Histoire

Fondation et développement

Fondée au VIIIe siècle, Nekor devient le centre politique et administratif du royaume de Nekor, dirigé par la dynastie des Banū Ṣāliḥ. La ville joue un rôle important dans l’organisation politique du Rif médiéval[4]. Cependant, l'étude des textes médiévaux arabes tend à indiquer que Nekor possède une origine préislamique et serait une cité antique conquise par Said b. Idris b. Salih, de la dynastie salihide de l'Émirat de Nekor[5].

Entre le IXe et Xe siècle, Nekor constitue un centre politique régional important, situé dans une zone stratégique entre les sphères d’influence omeyyade et fatimide. La ville subit plusieurs destructions attestées par les sources écrites, avant d’être progressivement abandonnée au profit d’autres pôles régionaux, notamment son port d’al-Mazamma puis les établissements côtiers[3].

Raid viking de 859

En 859, Nekor est attaquée lors d’une expédition viking de longue distance menée par Björn Côtes-de-Fer et Hásteinn. Parti de leur base sur la Loire, le groupe tente un débarquement en Galice, puis longe la côte atlantique de la péninsule Ibérique. Après avoir incendié la mosquée de Séville et affronté des forces musulmanes, les Vikings franchissent le détroit de Gibraltar, attaquent Algésiras, puis se dirigent vers la côte marocaine. La ville de Nekor est pillée, et une force musulmane envoyée pour intercepter les assaillants est vaincue[6],[7].

Destruction

En 1080, la ville de Nekor est détruite par le chef almoravide Youssef ben Tachfine lors de sa conquête du Rif et de l’intégration de la région dans l’Empire almoravide[1].

Morphologie urbaine

Les prospections archéologiques et la photo-interprétation ont permis d’identifier une organisation urbaine complexe, caractérisée par deux enceintes elliptiques concentriques, un possible réduit central, un axe majeur d’environ 900 mètres. Cette configuration suggère une ville planifiée, structurée autour d’un noyau central à fonction politique ou religieuse[3].

La ville intra-muros est complétée par des espaces extra-muros, notamment sur la rive droite de l’oued Nekor, où a été identifié un quartier artisanal spécialisé dans la métallurgie. La présence abondante de scories métallurgiques en surface atteste une activité sidérurgique soutenue, probablement destinée à la consommation locale et régionale[3].

Données archéologiques

Le site conserve des traces d’occupation médiévale, bien que les vestiges visibles soient limités. Les sources historiques évoquent l’existence passée de constructions urbaines, comprenant possiblement des habitations, des structures défensives et un édifice religieux principal, identifié comme une mosquée[2].

Le site de Nekor a fait l’objet de recherches dans le cadre d’un programme de coopération archéologique franco-marocain, consacré à la genèse des villes islamiques au Maroc. Le site de Nekor constitue une référence essentielle pour l’étude de l’urbanisation islamique précoce au Maghreb occidental, la compréhension des interactions entre sociétés tribales berbères et structures étatiques islamiques, l’analyse des échanges culturels et économiques transméditerranéens aux IXe et Xe siècle. Il représente l’un des rares sites permettant de relier de manière directe les sources écrites médiévales et les données archéologiques dans le Rif central[3].

État de conservation

La mise en eau du barrage Abdelkrim Al-Khattabi a entraîné la disparition partielle du site. En l’absence de programmes de fouilles archéologiques systématiques et de mesures de protection spécifiques, Nekor demeure un site archéologique peu étudié et fragile[2].

Voir aussi

Articles connexes

Références

  1. « Bates, Oric, (5 Dec. 1883–10 Oct. 1918), Curator of African Archaeology and Ethnology, Peabody Museum (Harvard University); Editor of Harvard African Studies », dans Who Was Who, Oxford University Press, (lire en ligne)
  2. Patrice Cressier, « Nakur : un émirat rifain pro-omeyyade contemporain des Aghlabides », dans The Aghlabids and their Neighbors. Art and material Culture in Ninth-Century North Africa, vol. 122, Brill, coll. « Handbook of Oriental Studies. Section 1 The Near and Middle East », , 491–513 p. (lire en ligne)
  3. (es) Manuel Acién Almansa, Patrice Cressier, Larbi Erbati et Maurice Picon, « La cerámica a mano de Nakur (ss. IX-X) producción beréber medieval », Arqueología y Territorio Medieval, vol. 6,‎ , p. 45–69 (ISSN 2386-5423, DOI 10.17561/aytm.v6i0.1527, lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ ʿAbd Allâh ibn ʿAbd al-ʿAzīz Abū ʿUbayd al- (1040-1094) Auteur du texte Bakrī, Description de l'Afrique septentrionale / par El-Bekri ; traduite par Mac Guckin de Slane, (lire en ligne)
  5. ↑ Ahmed Siraj, « Hommes, pouvoirs et espaces dans le Maghreb occidental du Moyen Âge », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 147, no 1,‎ , p. 287–297 (DOI 10.3406/crai.2003.22557, lire en ligne, consulté le )
  6. ↑ (en) Stefan Brink et Neil Price, The Viking World, Routledge, (ISBN 978-1-134-31826-1, lire en ligne)
  7. ↑ (en) F. Donald Logan, The Vikings in History, Routledge, (ISBN 978-1-136-52716-6, lire en ligne)
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