Ni'ilya

Ni'ilya
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Géographie
Pays
Sous-district
Superficie
5,23 km2
Coordonnées
31° 38′ 46″ N, 34° 34′ 18″ E
Carte de Ni'ilya dans les années 1940.
Démographie
Population
1 310 hab. ()
Densité
250,5 hab./km2 ()
Carte

Ni'ilya (نعليا) est un village palestinien du sous-district de Gaza. Il est vidé de sa population durant la première guerre israélo-arabe, le , lors de l‘opération Yo'av, lors du nettoyage ethnique de la Palestine. Il était situé à 19 km au nord-est de Gaza, dans le territoire de l‘actuelle Ashkelon. Le village était défendu par l‘armée égyptienne.

Géographie

Le village de Ni'ilya était situé à 19 kilomètres au nord-est de Gaza, dans le sous-district de Gaza, à une altitude de 25 mètres au-dessus du niveau de la mer[3]. Les villages voisins étaient al-Jura et al-Khisas à l’ouest (khirbat Khisas sur la carte), al-Majdal au nord, al-Jiyya au sud-est et Barbara au sud[3]. Ni'ilya était à proximité de la mer Méditerranée, dans la plaine côtière de Palestine[3]. Des routes secondaires reliaient le village à Majdal et à la route principale côtière[3].

La superficie totale des terres du village était de 5233 dounams (5,2 km2)[4]. Les terres cultivées en 1944–45 s'étendaient sur 4735 dounams (474 hectares) dont 1084 dounams (108 hectares) pour les plantations d'agrumes et de bananiers, 2215 dounams pour les céréales et 1436 dounams de terres irriguées ou de vergers[5] et 498 dounams (49 hectares) de terres impropres à la culture (dont 304 dounams de terres publiques)[3]. Hors les terres publiques, toutes les terres étaient propriétés arabes[3].

Le site du village est au nord du site originel, qui a été recouvert par les dunes. Les vergers et des haies de cactus ont été plantées pour contenir l‘avancée du sable[3].

Histoire

Des céramiques byzantines ont été découvertes à Ni'ilya[6]. La mosquée recèle une inscription de 645 AH (1247 EC)[7]. Selon des villageois, des tombes abritent les corps de personnes tuées durant les Croisads[2].

Ni'ilya était habitée au XVe siècle. Les archives mameloukes le mentionnent comme consacré à un waqf (fondation pieuse)[8].

Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman. Selon le defter (registre fiscal) de 1596[9], le village relevait de la nahié (sous-district) de Gaza et du sandjak de Gaza. Sa population était de 70 foyers et 10 célibataires, soit environ 440 habitants, tous musulmans. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 33,3 % sur leurs récoltes, dont le froment, l'orge, les légumes, les vignes, les fruits, le sésame, ainsi que sur les chèvres et les ruches, pour un montant total de 20 780 akçe[9].

Aux XVIIe et XVIIIe siècle, la région de Ni'ilya connait un phénomène important d'abandon des lieux habités dû à la pression des nomades. Les habitants des villages abandonnés se déplacent vers ceux qui restent habités, mais continuent à cultiver leurs terres[10]. En 1799, Pierre Jacotin note un village qu'il ne nomme pas sur sa carte de 1799, à l‘emplacement de Ni'ilya[11].

En 1863, Victor Guérin estime la population de Na‘lia à 300 habitants. Le village est entouré de cactus et possède un puits. Il y décrit la mosquée où se trouvent des pierres en remploi, comme des morceaux de colonnes de marbre[12]. Une liste de villages ottomans datant approximativement de 1870 recense 39 maisons et 111 habitants de sexe masculin à Nalija, cette liste ne recensant pas les femmes[13],[14].

En 1883, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit Ni'ilya comme un village resemblant à Barbara. Il note aussi une oliveraie très vaste s'étend jusqu'à Majdal et un maqam (sanctuaire) blanc au sud[15].

Période mandataire

Carte de Ni'ilya de 1931 au 1:20 000.
Carte de Ni'ilya de 1945 au 1:250 000.

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Ni'ilya est conquise en et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Na'lia a une population de 687 habitants, tous musulmans[16]. Au recensement de 1931, Na'lia a 169 maisons habitées et une population de 893 musulmans[17].

Dans les années 1930, la mosquée du village est inspectée par Léo Mayer, du Département des Antiquités. Son rapport mentionne : « Mosquée sur une dune de sable à l'extérieur du village, au sud (voir plan séparé). Murs S. et O. entièrement recouverts de sable. Le mikhrab est accosté de deux colonnes de marbre ; une inscription sur un fragment de colonne est placée sur la colonne de gauche. Propriété d'un waqf. La mosquée sert toujours au culte. Inscription en écriture commune, 8 lignes, lettres de hauteur irrégulière. Mesures de l'inscription, 0,38 m de haut par 0,31 m de large sur une surface concave. Date estimée AH (1247 EC). L‘inscription n‘a pas pu être photographiée[7] ».

Dans les Statistiques de Village de 1945, la population est estimée à 1310 musulmans[18],[4].

L'économie du village reposait principalement sur l'agriculture pluviale, céréales et fruits (agrumes, raisin, figues et abricots). Les vergers étaient irrigués grâce à des puits artésiens. Quelques boutiques se trouvaient au village[3].

Les élèves de Ni'ilya suivaient les cours de l‘école de Majdal. Une école est construite pendant l‘hiver 1948, mais n‘a jamais ouvert à cause de la guerre[19].

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

Ni'ilya est cité dans les ordres aux bataillons et aux pelotons du génie de l‘armée israélienne : les ordres étaient d‘expulser les villageois vers Gaza et « d‘empêcher leur retour en détruisant leurs villages ». Le chemin menant au village devait aussi être miné[20]. L‘opération a lieu les 4-[3],[21]. Les soldats trouvent environ 40 habitants à Barbara et al-Jiyya, femmes, vieillards et enfants, qui ne résistent pas. Ils sont expulsés à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza. Huit jeunes hommes sont faits prisonniers et envoyés dans des camps israéliens[22].

Depuis la guerre, Ashkelon s‘est étendu sur les terres du village[2].

En 1992, le site du village est décrit ainsi par Walid Khalidi : « Le village a été effacé, et le site est recouvert de plantes sauvages, avec quelques sycomores. Une maison qui a probablement été construite dans un verger subsiste, habitée par une famille palestinienne. Elle a un toit en terrasse et des fenêtres et une porte rectangulairse. Les terres sont cultivées par des fermiers israéliens[2]. »

La famille du porte-parole du Hamas, Hudayfa Samir Abdallah al-Kahlout (de son nom de guerre Abou Obeida) est originaire de Ni'ilya[23]. En 1998, le nombre de réfugiés descendant des habitants de Ni'ilya est estimé à plus de 9000 personnes[19].

Notes et références

  1. Palmer, 1881, p. 376
  2. Khalidi, 1992, p. 129.
  3. « Ni'ilya — نِعِلْيا », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 4 avril 2026.
  4. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. cité par Hadawi, 1970, p. 46.
  5. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 88.
  6. Dauphin, 1998, p. 873.
  7. Petersen, 2001, p. 245 « https://web.archive.org/web/20161010172730/http://archive.org/stream/surveyofwesternp01conduoft »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?), .
  8. Roy Marom et Itamar Taxel, « Ḥamāma: The historical geography of settlement continuity and change in Majdal 'Asqalan's hinterland, 1270–1750 CE », Journal of Historical Geography, vol. 82,‎ , p. 49–65 (ISSN 0305-7488, DOI 10.1016/j.jhg.2023.08.003 Accès libre, lire en ligne)
  9. Hütteroth and Abdulfattah, 1977, p. 144, cités par Khalidi, 1992, p. 129.
  10. Roy Marom et Itamar Taxel, « Ḥamāma: The historical geography of settlement continuity and change in Majdal 'Asqalān's hinterland, 1270 – 1750 CE », Journal of Historical Geography, vol. 82,‎ , p. 49–65 (DOI 10.1016/j.jhg.2023.08.003 Accès libre, lire en ligne)
  11. Karmon, 1960, p. 173 « https://web.archive.org/web/20191222063351/http://jchp.ucla.edu/Bibliography/Karmon,_Y_1960_Jacotin_Map_(IEJ_10).pdf »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?),
  12. Guérin, 1869, p. 172.
  13. Socin, 1879, p. 158.
  14. Hartmann, 1883, p. 130, note 37 maisons.
  15. Conder and Kitchener, 1883, SWP III, p. 259.
  16. Barron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, p. 8.
  17. Mills, 1932, p. 5.
  18. Department of Statistics, 1945, p. 32.
  19. « Welcome To Ni'ilya - نعليا (נעליא) », Palestine Remembered, consulté le 4 avril 2026.
  20. Morris, 2004, p. 517.
  21. Morris, 2004, village p. xix, no 309.
  22. Morris, 2004, p. 518.
  23. « حرب غزة: ماذا نعرف عن أبو عبيدة الواجهة الإعلامية لحركة حماس؟ - BBC News عربي » [archive du ],‎ (consulté le )

Voir aussi

Bibliographie complémentaire

  • Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
  • Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)

Bibliographie

  • Palestine: Report and General Abstracts of the Census of 1922, Government of Palestine, (lire en ligne)
  • C.R. Conder et H.H. Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 3, London, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
  • C. Dauphin, La Palestine byzantine, Peuplement et Populations, vol. III : Catalogue, Oxford, Archeopress, coll. « BAR International Series 726 », (ISBN 0-860549-05-4, lire en ligne)
  • Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, Government of Palestine, (lire en ligne)
  • V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 1: Judee, pt. 2, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne)
  • S. Hadawi, Village Statistics of 1945: A Classification of Land and Area ownership in Palestine, Palestine Liberation Organization Research Center, (lire en ligne)
  • M. Hartmann, « Die Ortschaftenliste des Liwa Jerusalem in dem türkischen Staatskalender für Syrien auf das Jahr 1288 der Flucht (1871) », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 6,‎ , p. 102–149 (lire en ligne)
  • W.-D. Hütteroth et K. Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5. Erlangen, Germany: Vorstand der Fränkischen Geographischen Gesellschaft, (ISBN 3-920405-41-2, lire en ligne)
  • Karmon, Y., « An Analysis of Jacotin's Map of Palestine », Israel Exploration Journal, vol. 10, nos 3,4,‎ , p. 155–173; 244–253 (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  • W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
  • Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne)
  • B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
  • E.H. Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
  • Andrew Petersen, A Gazetteer of Buildings in Muslim Palestine (British Academy Monographs in Archaeology), vol. I, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-727011-0, lire en ligne [archive du ])
  • A. Socin, « Alphabetisches Verzeichniss von Ortschaften des Paschalik Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 2,‎ , p. 135–163 (lire en ligne)

Articles connexes

Liens externes

  • icône décorative Portail de la Palestine
  • icône décorative Portail du conflit israélo-arabe
  • icône décorative Portail d’Israël