Nicétas Scholarès

Nicétas Scholarès (en grec byzantin : Νικήτας Σχολάρης, actif entre 1341 et 1361) est un aristocrate byzantin et l’un des principaux dignitaires de l’Empire de Trébizonde, où il atteint la dignité de mégaduc (amiral en chef). Il est l’un des chefs de la faction des Scholarioi à Trébizonde durant les guerres civiles du milieu du XIVe siècle.

Biographie

Les parents de Nicétas ne sont pas connus. Comme Jean Lazaropoulos nomme Scholarioi l’une des factions apparues après la mort de l’empereur Basile () — un terme rappelant l’ancienne unité militaire des Scholes — certains historiens, dont George Finlay, en déduisent que sa famille pourrait descendre de membres de la garde impériale de Constantinople au moment de sa prise par la Quatrième croisade[1]. S’il est plausible que des réfugiés de Constantinople aient trouvé asile à Trébizonde, y aient rétabli leur position et fondé une lignée, il est plus probable que le nom de Nicétas ne soit qu’une coïncidence plutôt qu’un héritage direct de cette unité.

Les Scholarioi, dirigés par Sébastos Tzanichès, grand stratopédarque, s’opposent alors aux Amytzarantai, partisans de la première épouse de Basile, l’impératrice Irène Palaiologina, qui s’est emparée du trône après la mort de son mari. Après une bataille rangée dans les rues de Trébizonde, interrompue par l’intervention du mégaduc Jean l’Eunuque, venu de Limnia appuyer la faction d’Irène, Nicétas et Grégoire Meitzomatès s’enfuient à Constantinople. Ils y convainquent Michel Mégas Comnène de revenir avec eux pour prendre le trône. Escortés par deux ou trois navires de mercenaires, Nicétas et Michel arrivent à Trébizonde le . Dans la nuit, des partisans aristocratiques d’Anne parviennent à isoler Michel de ses soutiens tandis que les marins amenés par Nicétas et Grégoire sont massacrés. Le lendemain, Michel est envoyé en captivité à Oinaion, et Irène, déposée, est embarquée quelques jours plus tard sur un navire franc à destination de Constantinople[2].

Nicétas et Grégoire échappent de peu à la mort lors de ce contre-coup. Selon Michel Panaretos, ils quittent la ville à bord d’un navire vénitien, accompagnés de Constantin Doranitès, de son fils Jean et du frère de Grégoire, Michel. Ils atteignent Constantinople le . Là, ils recrutent Jean Comnène pour devenir empereur. Celui-ci accepte, et le groupe affrète trois galères génoises, s’adjoint deux navires supplémentaires, quitte Constantinople le et prend le contrôle de Trébizonde le .

Les aristocrates qui ont placé Jean sur le trône se lassent rapidement de lui. Nicétas libère alors de sa captivité à Limnia le père de Jean, Michel, et le fait proclamer empereur en , reléguant Jean au monastère de Saint-Sabas. En retour, Michel confère à Nicétas le titre de mégas doux, à Grégoire Meitzomatès celui de stratopédarque, tandis que le fils de ce dernier devient épikernès, Jean Kabazitès grand logothète, le fils de Nicétas parakoimomène, Michel Meitzomatès amytzantarios, et Stéphane Tzanichitès mégas konostaulos. Les Scholarioi dominent désormais totalement le gouvernement[3].

Cette concentration de pouvoir suscite le mécontentement populaire, et une révolte éclate contre leur oligarchie. En , Nicétas est arrêté et emprisonné avec Grégoire Meitzomatès et d’autres partisans de leur faction. Cependant, l’empereur Michel, âgé et malade, libère Nicétas et le rétablit dans sa dignité de mégas doux le . Nicétas renforce alors sa position en épousant la fille de Michel Sampson, intendant du palais. Le , il mène un coup d’État qui renverse Michel et place sur le trône Jean, fils de Basile, sous le nom d’Alexis III de Trébizonde. C’est l’apogée de la puissance de Nicétas[4].

À partir de ce moment, son autorité commence à se déliter. La jeunesse d’Alexis encourage l’aristocratie turbulente à tenter de le renverser pour lui substituer l’un des siens[5]. Les dix-huit premiers mois du règne sont marqués par des troubles civils, au cours desquels Nicétas perd ses titres et devient le prisonnier de Théodore Doranitès, dit Pilelès. Mais Pilelès, son fils et son gendre sont étranglés au château de Kenchrina en , permettant à Nicétas de reprendre momentanément le pouvoir. À cette date, Alexis, devenu adulte, a consolidé son autorité et n’a plus besoin de Nicétas. En , le mégas doux se réfugie à Kérasounta, où il prépare la résistance. Pendant trois mois, des négociations ont lieu, sans qu’un accord soit trouvé. En mars de l’année suivante, Nicétas, son fils — le parakoimomène — et Basile Choupakès, protovestiaire, prennent la tête d’une flotte contre Trébizonde, sans succès. En mai, Alexis conduit sa propre flotte contre Kérasounta et s’empare de la ville.

Nikétas se trouve alors à Kenchrina, dernier bastion des rebelles, que l’empereur assiège aussitôt. Nicétas tient la place jusqu’en octobre, et la reddition de la cité met fin à la révolte.

Il passe le reste de sa vie en détention à Trébizonde. Alexis manifeste néanmoins son estime pour l’ancien mégas doux en portant des vêtements blancs, couleur du deuil impérial, lors de ses funérailles[6].

Notes et références

  1. ↑ Finlay 1851, p. 360.
  2. ↑ Miller 1926, p. 50.
  3. ↑ Miller 1926, p. 52.
  4. ↑ Miller 1926, p. 55.
  5. ↑ Janssens 1969, p. 112.
  6. ↑ Miller 1926, p. 59.

Sources

  • (en) George Finlay, The History of Greece, from Its Conquest by the Crusaders to Its Conquest by the Turks, and of the Empire of Trebizond: 1204–1461, Blackwood, .
  • Émile Janssens, « Trébizonde en Colchide », Travaux de la Faculté de Philosophie et Lettres, Presses universitaires de Bruxelles, vol. XL,‎ .
  • (en) William Miller, Trebizond: The Last Greek Empire of the Byzantine Era, Chicago, .
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