Noblesse civique dans la Marche pontificale

Noblesse civique dans la Marche pontificale
Vue de la Piazza del Popolo à Ascoli Piceno
Vue du centre historique d'Ascoli Piceno.
Cadre Centres urbains de la marche d'Ancône soumis à la Chambre apostolique, mais dotés d’une autonomie municipale
Chronologie Origines XIIe–XIIIe ; apogée XVIe–XVIIIe ; réformes 1796–1831 ; fin 1860–61
Implantations Villes (22) et terre (24)[1]
Institutions Participation héréditaire aux conseils municipaux et monopole des magistratures civiques
Importance historique Exemple d’auto-gouvernement nobiliaire dans les États pontificaux, où pouvoir local et identité urbaine s’entrecroisent entre Moyen Âge et époque moderne
Sources Statuts ; registres des conseils

La noblesse civique dans la Marche pontificale est une aristocratie urbaine héréditaire qui exerça, du bas Moyen Âge à l’époque moderne, le gouvernement de nombreuses villes de la marche d'Ancône, province des États pontificaux correspondant à l’actuelle région des Marches.

Ses familles siégeaient de manière héréditaire dans les conseils municipaux et monopolisaient les magistratures, exerçant des fonctions administratives et judiciaires également sur les districts ruraux dépendants (contadi en italien).

Issues du cadre institutionnel de la commune médiévale, ces élites connurent une stabilisation progressive entre le XVIe et le XVIIIe siècle, lorsque les groupes dirigeants transformèrent l’accès aux charges publiques en une prérogative lignagère, consolidant ainsi un corps de fait fermé.

Leur puissance économique reposait sur la propriété foncière. Elles bénéficiaient d’une large autonomie sous la souveraineté pontificale, tant dans les villes que dans plusieurs communautés mineures (terre en italien), et jouaient un rôle d’intermédiaires entre les collectivités locales et le pouvoir central.

Le système aristocratique se maintint pendant des siècles, façonnant durablement les structures foncières, les réseaux de clientèle, les relations entre ville et campagne, la physionomie des espaces urbains ainsi que la construction de la mémoire civique. Il fut progressivement remis en cause par les réformes de l’époque napoléonienne et de la Restauration, qui élargirent la participation aux conseils municipaux, puis par la réorganisation administrative ultérieure des États pontificaux.

Après l’Unité italienne, les familles dirigeantes perdirent leurs derniers privilèges, tout en conservant, jusqu’à la fin du XIXe siècle, une place au sein des élites locales.

Caractères des patriciats urbains

Les patriciats urbains de la Marche se distinguèrent par l’entrelacement entre pouvoir municipal et influence sur les districts ruraux dépendants. La fermeture des conseils transforma l’accès aux magistratures en une prérogative héréditaire. Parallèlement, la concentration croissante de la propriété foncière s’associa à un contrôle accru des familles de gouvernement sur la fiscalité, la milice locale et l’administration de la justice. Il en résulta un modèle oligarchique dans lequel statut, droits politiques et base locale du pouvoir tendaient à se renforcer mutuellement.

Des élites communales aux patriciats urbains

Nicola d'Ulisse, Saint André et la bataille entre les habitants de San Ginesio et ceux de Fermo (vers 1463), représentation de la Battaglia della Fornarina (1377) entre la commune de San Ginesio et les forces de Fermo. La ville fortifiée occupe le centre de l’image, la bataille étant reléguée en position subordonnée.

Dans une grande partie de l’Italie centre-septentrionale vers l’an 1100 émergèrent des communes urbaines autonomes, largement affranchies des pouvoirs royaux ou épiscopaux et, dans les territoires pontificaux, seulement nominalement soumises à l’autorité pontificale ou impériale[note 1].

Au cours de la même période, dans la marche d'Ancône, surgirent également des communes gouvernées par des consuls, expression des familles de tradition chevaleresque. Au XIVe siècle, face aux luttes intestines entre lignages nobles et à la tentative des élites de maintenir leur prédominance malgré l’ascension des couches populaires les plus dynamiques, nombre de ces centres adoptèrent des mesures destinées à contenir l’hégémonie aristocratique[note 2].

À Cingoli, le statut de 1307 — parmi les plus anciens de la Marche — introduisit des clauses ouvertement antimagnatiques et confia aux « jurés du peuple », spécialement armés, les fonctions de milice citoyenne[2],[3]. À Roccacontrada (aujourd’hui Arcevia), à la fin du siècle encore, le statut prévoyait explicitement l’exclusion des lignages magnatiques du gouvernement urbain[note 3].

Ces mesures n’empêchèrent toutefois pas qu’au cours des deux siècles suivants — marqués par des nombreuses expériences seigneuriales[note 4] — émerge une nouvelle élite urbaine, seulement en partie héritière des anciens groupes magnatiques (cf. Les origines sociales des familles nobles). Par un processus graduel de consolidation politique et patrimoniale, celle-ci finit par s’assurer le contrôle des villes et de leurs contadi[6].

À partir du XVe siècle, après la contraction démographique provoquée par la peste noire, le pouvoir urbain commença à s’étendre plus solidement sur les territoires ruraux environnants[7],[8].Les familles investies de charges et de magistratures se consolidèrent en un groupe relativement homogène, qui évolua vers la noblesse par la centralisation exclusive et héréditaire des fonctions législatives, exécutives et judiciaires de premier degré[9],[10].

Au XVIe siècle, les oligarchies urbaines sanctionnèrent cette évolution en excluant formellement les autres classes des organes de gouvernement par les fermetures d’ordre (chiusure di ceto en italien)[1].

Afin que la distinction nobiliaire ait pleine valeur au-delà de l’échelle locale, la séparation d’ordre ne pouvait rester un simple fait accompli (de facto), mais devait se traduire en reconnaissance juridique (de jure). Une telle reconnaissance exigeait une ratification formelle — explicite[note 5] ou, plus souvent, implicite[note 6] — de la part des organes centraux des États pontificaux.

Concernant les fermetures d’ordre dans la marche d'Ancône, l’historien Claudio Donati a observé qu’« il s’agissait en grande partie d’un processus autonome, subi et ratifié post rem — c’est-à-dire a posteriori — par le Saint-Siège »[12].

En moyenne, les fermetures durèrent environ 215 ans dans les villes et 175 dans les « terres », avec des pics atteignant respectivement trois siècles et demi et trois siècles.

Cadre institutionnel et terminologie

Le terme de patricien, qui renvoie aux patres des gentes de la République romaine, c’est-à-dire aux chefs des anciennes familles aristocratiques qui formaient le premier Sénat romain, fut employé à l’époque médiévale et moderne pour désigner les groupes dirigeants des républiques urbaines souveraines, telles que la République de Venise, la République de Gênes et la République de Lucques, dans lesquelles la qualité de patricien constituait une catégorie institutionnelle formalisée[13]. (cf. Comparaison avec d’autres noblesses civiques italiennes et européennes).

Dans les centres de la Marche d’Ancône, les sources parlent en revanche plus souvent de nobles ou d’illustrissimi domini ; la qualification de patriciens était parfois réservée aux familles de plus ancienne noblesse citadine[14] (cf. Régimes aristocratiques et durée des fermetures d'ordre dans les villes).

Il s’agissait en tout cas d’aristocraties urbaines qui, par leur structure institutionnelle et par la transmission héréditaire des magistratures, présentaient des caractéristiques analogues à celles des patriciats républicains, bien qu’elles aient exercé leurs fonctions dans le cadre de la souveraineté des États pontificaux.

Dans le présent article, les termes noblesse civique et patriciat urbain sont donc utilisés en grande partie comme équivalents sur le plan institutionnel, sauf lorsque le contexte exige de distinguer les patriciats des républiques urbaines souveraines de la noblesse civique des centres urbains de la Marche pontificale.

Pour plus de clarté terminologique, l’encadré rappelle certains concepts récurrents dans l’article.

Cadre institutionnel
Terme Définition
Gonfalonierat Charge suprême de la communauté urbaine dans les États pontificaux ; initialement élective, elle fut de fait réservée, à partir des XVe – XVIe siècles, aux familles habilitées. Elle présidait les collèges magistraturiels et exécutait les délibérations des conseils. Voir Gonfalonier.
Conseils urbains Assemblées délibératives de la commune (Conseil général doté de pouvoirs législatifs, et conseils restreints exerçant des fonctions exécutives, dits de crédence[note 7] ou de sélection[note 8]), compétents en matière de statuts, fiscalité, offices, adjudications et défense. Entre les XVIe et XVIIIe siècles, leur composition fut officiellement restreinte aux familles habilitées, avec des sièges de fait héréditaires. Voir Commune médiévale, Statut communal.
(Premier) ordre Catégorie politico-institutionnelle fondée sur le lignage ; pour le premier ordre, sur l’habilitation à participer au gouvernement urbain (conseils, offices et magistratures). Définie avant tout par le statut et les droits politiques, souvent soutenue par la propriété foncière et les alliances familiales. Entre les XVIe et XVIIIe siècles, les fermetures d’ordre en rendirent l’appartenance héréditaire. Elle ne coïncide pas avec la notion moderne de classe sociale.
Fermetures d’ordre / serrate Processus juridico-institutionnels (XVIe – XVIIIe siècle) qui réservèrent l’accès aux magistratures à un nombre limité de lignages, consolidant des patriciats héréditaires et le monopole local des charges. Cf. Serrata del Maggior Consiglio.
Juridiction sur les contadi Pouvoir des magistratures urbaines sur les territoires ruraux dépendants (contadi) : répartition fiscale, milice et police locale, nomination d’officiers (châtelains, massiers, camerlingues), justice mineure et voirie. Voir Contado, Podestat.

Rapports entre noblesse civique et noblesse féodale

Armoiries de la famille Leopardi de Recanati, appartenant au patriciat urbain et agrégée également à d’autres centres de la Marche pontificale.
Armoiries de la famille Leopardi de Recanati, appartenant au patriciat urbain de Recanati et agrégée dans de nombreuses autres villes et terres de la Marche pontificale.

Les rapports entre noblesse civique et noblesse féodale et titrée varièrent selon les lieux : les deux composantes pouvaient coexister et, parfois, s’entrecroiser.

Dans la majorité des cas, les familles siégeant dans les conseils de la Marche n’appartenaient pas à l’aristocratie féodale et titrée[1] (cf. Les origines sociales des familles nobles). La noblesse civique d’Ancien Régime, en effet, ne reposait pas sur la possession d’un titre formel, mais sur l’appartenance héréditaire à un ordre investi de l’exercice de fonctions publiques. Zenobi l’identifie au « droit d’exercer, à titre héréditaire, une part — même infime, voire seulement idéale — des pouvoirs régaliens, c’est-à-dire étatiques »[1].

Bien qu’issues d’origines distinctes — la noblesse féodale et titrée relevant d’une concession souveraine, la noblesse civique s’étant développée de manière autonome —, ces deux catégories présentaient d’importantes analogies.

Dans une perspective juridique et comparative — visant à mettre en évidence les convergences entre différentes formes de puissance publique sous l’Ancien Régime —, le juriste Giorgio Cansacchi, ancien président de la Consulte juridique de l’Ordre souverain militaire de Malte, observa que « l’autonomie des fiefs peut être pleinement assimilée à celle des communes libres ; de même que, dans les premiers, le feudataire détenait des pouvoirs de nature publique plus ou moins étendus, de même, dans les secondes, les oligarchies urbaines disposaient de pouvoirs analogues, au point que les Conseils ou assemblées, auxquels appartenaient les familles de noblesse civique et auxquels le gouvernement de la cité était réservé, étaient dits “souverains”. L’hérédité du pouvoir était également comparable dans les deux noblesses, puisque, tant dans les fiefs que dans les villes aristocratiques, le gouvernement passait aux familles titrées par droit de naissance »[15].

Patriciats urbains entre propriété foncière et pouvoir politique

Portrait d’Angelo Colocci, humaniste de la Renaissance et évêque catholique.
Portrait de Angelo Colocci (1474-1549), humaniste de la Renaissance et évêque catholique, membre de la famille Colocci, issue de l’ancienne noblesse civique de Jesi.

La noblesse des familles siégeant dans les conseils exprimait un statut consolidé depuis plusieurs générations[note 9], que les oligarchies urbaines finirent par formaliser en réponse à la centralisation administrative progressive des États de l’Église. Les maisons nobles devinrent un point de référence et de médiation entre les territoires locaux et l’autorité pontificale, contribuant à équilibrer les intérêts des communautés périphériques et ceux du pouvoir central[note 10].

Les patriciats urbains tiraient principalement leur puissance économique de la propriété foncière[note 11]. Le cadastre de Recanati de 1530 montre que près de 80 % de la propriété laïque — correspondant à environ la moitié de la superficie communale — était détenue par seulement soixante-huit familles[18]. Souvent, ces mêmes noyaux familiaux occupaient également les sommets des églises locales et, par le biais de baux et d’emphytéose, contrôlaient indirectement une part importante des biens ecclésiastiques[17].

À l’autorité exercée sur le contado en tant que grands propriétaires, les nobles associaient des fonctions de gouvernement et de gestion des services collectifs découlant de leurs charges publiques. Ils étaient officiers du gouvernement communal pour la justice, l’administration et la défense ; ils administraient l’annone et les Monts frumentaires; répartissaient les charges fiscales ; administraient les Monts-de-piété ; finançaient les principales institutions d’assistance et occupaient les charges supérieures des églises et couvents, tout en détenant d’importants pouvoirs informels et infrajudiciaires[8].

Au XVIIIe siècle, les familles de noblesse civique représentaient moins de 2 % de la population totale de la Marche[19]. Le fonctionnement oligarchique des gouvernements apparaît clairement dans le cas d’Arcevia : vers la fin du siècle, sur plus de huit mille habitants, seize personnes seulement — toutes nobles — détenaient effectivement le pouvoir[20].

Le fondement institutionnel de la noblesse civique — ségrégation juridique entre les familles et exercice de la juridiction — est formulé explicitement par Francesco Brunamonti, membre d’une famille de gouvernement de Roccacontrada (aujourd’hui Arcevia) dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ; il s’agit d’un témoignage contemporain provenant de l’intérieur même du patriciat urbain :

« Le signe le plus clair de l’estime que notre patrie a toujours eue d’elle-même réside dans cette distinction qu’elle a voulu établir, parmi d’autres familles pourtant honnêtes et aisées, en en choisissant seulement quelques-unes; auxquelles, tant qu’elles subsistent, elle concède privativement, à l’exclusion de toutes les autres, le Confalon de la Justice. Et telle est cette véritable ségrégation légale qui, unie à la juridiction, constitue le fondement de la noblesse. [Dans les centres urbains où cela ne se produit pas] on observe, parmi les représentants publics, cette égalité qui exclut toute forme de noblesse, car elle n’accorde aucune distinction publique à quelque nombre de familles que ce soit, afin qu’elles soient reconnues comme non semblables ni égales à toutes les autres, mais séparées et supérieures. »[21]

— Francesco Brunamonti, (vers 1750)

Villes, « terres » et hiérarchies urbaines

Carte de la marche d’Ancône (1564), indiquant les principaux centres urbains de la région.

Pour situer les patriciats de la Marche dans leur environnement, il est utile de distinguer, au sein du réseau urbain régional, entre villes et terres.

Le terme terra, introduit par l’administration des États pontificaux à partir de la fin du XIIIe siècle, désignait les communes qui, n’étant pas sièges épiscopaux, ne pouvaient revendiquer le titre de civitas. Dépourvues de ce statut formel, ces communautés n’en étaient pas moins, par leur rôle institutionnel, leur activité économique et sociale, leur vie religieuse et parfois leur dimension démographique, souvent assimilables à des villes[note 12].

Les établissements urbains étaient classés par les autorités pontificales selon une hiérarchie articulée de prérogatives de gouvernement et de juridiction.

Hiérarchie administrative des centres urbains

Un premier classement des centres fut élaboré à des fins fiscales avec les Constitutions égidiennes, promulguées par le cardinal-légat Gilles Albornoz à Fano en 1357, puis avec la Descriptio Marchiae Anconitanae (1362–1367)[23].

Ces textes distinguaient deux catégories de noyaux urbains :

  • les immediate subiecti, relevant directement de la Chambre apostolique ;
  • les mediate subiecti, dépendant d’une autre ville ou d’une autorité seigneuriale.

La seconde catégorie incluait surtout des villae et des castra, ainsi que diverses terres subordonnées à des villes plus importantes, comme Camerano par rapport à Ancona.

À l’inverse, relevaient des immediate subiecti les villes et les terres indépendantes : dans ces communautés, la souveraineté pontificale demeurait souvent un cadre formel, tandis que le gouvernement était exercé en pratique par les institutions locales[note 13].

Au XVIIIe siècle, la prévalence des communautés mediate était nette : 304 sur 383 étaient dépourvues d’autonomie[1].

Les centres immediate disposaient en revanche de larges compétences : pouvoir normatif, élection des magistrats et officiers, connaissance des causes de première instance — y compris pénales —, parfois même pour des crimes de sang impliquant une juridiction criminelle supérieure, ainsi que contrôle du district rural dépendant[note 14].

Les régimes aristocratiques s’affirmèrent dans les vingt-deux villes de la Marche et dans un nombre comparable de terres indépendantes — soit environ la moitié des immediate subiectae — car seules ces communautés conservaient des prérogatives politico-administratives et judiciaires de type souverain. Avec la consolidation des fermetures d'ordre, ces pouvoirs furent progressivement monopolisés par la noblesse urbaine[note 15].

Répartition géographique des régimes urbains

La carte illustre la répartition des villes (en bleu) et des terres (en orange) dotées d’un régime aristocratique, ainsi que des terres qui en furent dépourvues (en gris).

Répartition des villes et des « terres » de la marche d’Ancône dotées d’un régime aristocratique, et des « terres » qui en furent dépourvues[note 16] Carte interactive de la répartition des villes et des « terres » dans la marche d’Ancône.

Les villes constituaient les principaux pôles d’attraction territoriale, tandis que les terres dotées d’un régime aristocratique se formèrent le plus souvent aux marges de l’influence des grands centres.

Deux zones de concentration se dégagent : (1) au sud, entre Tolentino–Macerata–Recanati et Ascoli Piceno–Montalto–Fermo ; (2) au nord, dans l’aire délimitée par Corinaldo–Ostra, Jesi et Cingoli–Fabriano. Cette localisation est cohérente avec l’absorption progressive, par les villes, des centres secondaires de leur espace d’influence ; là où un pôle urbain fort faisait défaut, des communes de rang inférieur reproduisirent, à plus petite échelle, des dynamiques comparables de domination sur le contado[note 17].

À l’inverse, la plupart des terres indépendantes dépourvues de gouvernement patricien se situaient dans la bande centro-méridionale, en particulier dans l’aire comprise entre les contadi d’Ascoli Piceno, de Montalto et de Ripatransone, et ceux des terres aristocratiques d’Amandola et de Montelparo, où l’on observe certaines des fermetures d'ordre les plus précoces de la région (voir la chronologie des fermetures d’ordre dans les terres). Plus au nord, Belforte del Chienti, Caldarola et Urbisaglia se trouvent à proximité immédiate des villes de Camerino et de Tolentino[note 18].

Dans ces cas, l’exiguïté du territoire dépendant — liée à la densité du peuplement et à la proximité de centres plus importants — s’accompagne d’un développement urbain plus limité et de l’absence de processus d’aristocratisation des gouvernements locaux.

Essor et déclin de la noblesse civique

Gentilshommes laïcs lors d’une cérémonie pontificale (détail de la Messe de Bolsena, 1512, Raphaël).

À partir du milieu du XVIe siècle, les États pontificaux adoptèrent un modèle de gouvernement qui accordait une large autonomie aux oligarchies urbaines, favorisant des régimes patriciens fonctionnels à la préservation des équilibres sociaux et à la perception de l’impôt.

La noblesse civique avait un caractère familial et se perpétuait par l’agrégation aux conseils urbains : l’agrégation ne créait pas la noblesse, mais reconnaissait et formalisait un statut déjà consolidé dans les lignages admis, pour la plupart d’origine civique plutôt que féodale.

À côté des pratiques de gouvernement, les patriciats urbains développèrent des formes de mémoire civique et d’autorereprésentation à travers des histoires municipales, des généalogies et des recueils documentaires. À celles-ci s’ajoutaient des stratégies de légitimation monumentale, confiées aux résidences nobiliaires et à la mise en valeur de l’espace urbain.

Avec la fin de l’Ancien Régime, l’ouverture des conseils aux élites bourgeoises marqua le début du déclin du pouvoir politique de la noblesse civique ; après l’Unité italienne, l’abolition des institutions qui protégeaient l’intégrité des patrimoines en accéléra le déclin sur le plan économique.

Pacte entre pouvoir central et aristocraties urbaines

Chronologie essentielle du pacte centre–périphérie (1559–1861)
Période Événement
1559 Paix du Cateau-Cambrésis[note 19]
1545–1563 Concile de Trente[note 20]
1796–1815 Guerres napoléoniennes[note 21]
1814–1815 Restauration[note 22]
1816 Réforme administrative de Pie VII[note 23]
1860–1861 Unité italienne[note 24]

La seconde moitié du XVIe siècle inaugura pour les États de l’Église une phase de profondes transformations.

La paix du Cateau-Cambrésis (1559), qui mit fin aux Guerres d'Italie, ainsi que l’ouverture de la Contre-Réforme avec le concile de Trente (1545–1563), marquèrent une rupture institutionnelle majeure, ouvrant une phase de redéfinition du gouvernement pontifical et des rapports entre centre et autonomies locales[27],[note 25].

Se consolida alors une architecture du pouvoir dans laquelle le pape, en tant que prince, gouvernait également par la médiation et la ratification des élites urbaines, tandis que les espaces des régimes seigneuriaux et des juridictions féodales furent progressivement contenus[note 26].

Malgré un processus important de centralisation administrative, l’État ecclésiastique en vint ainsi à se configurer comme une forme de « diarchie » entre un appareil clérical central et un patriciat diffus dans les territoires périphériques[note 27].

Bulle de 1586 du pape Sixte V érigeant le diocèse de Montalto.
Bulle de 1586 du pape Sixte V érigeant le diocèse de Montalto, exemple d’intervention directe du pontificat dans l’organisation institutionnelle de la marche d'Ancône.

Cet équilibre trouva dans la Marche pontificale un terrain particulièrement favorable, en raison du dense réseau de centres urbains et des traditions consolidées d’autogouvernement communal[29], selon une logique que l’historiographie a qualifiée de « pactiste »[note 28].

Les charges publiques des villes et des centres mineurs étaient fréquemment monopolisées par des familles liées à la Curie romaine par des rapports de subordination. Ces familles étaient toutefois presque toujours sélectionnées par les oligarchies communales elles-mêmes, à travers des fermetures d’ordre et des décisions autonomes d’agrégation[31],[32],[33].

Ce n’est que rarement que le processus d’aristocratisation du gouvernement local fut directement géré par les représentants pontificaux[note 29], ce qui entraîna une fragmentation politico-territoriale marquée.

Dans ce système, selon l’historien Sandro Carocci, le pouvoir central ne se limita pas à trouver un équilibre avec les pouvoirs périphériques, mais s’allia explicitement à eux, reconnaissant dans les patriciats urbains l’un des fondements de la paix, de l’ordre social et un instrument sûr de gouvernement fiscal[note 30].

Cette convergence fut favorisée également par l’origine sociale commune des groupes dirigeants[35]. À partir de la fin du XVIIe siècle, en effet, l’origine des pontifes — auparavant issue en alternance de la grande aristocratie italienne, surtout centre-septentrionale — se resserra progressivement sur les élites nobiliaires des États de l’Église, depuis Clément XI (Albani) et Innocent XIII (Conti), à travers une longue série de papes originaires de Romagne et des Marches jusqu’à Pie IX (Mastai-Ferretti)[36].

L’élection aux conseils urbains comme reconnaissance de la noblesse familiale

Salle du conseil du Palazzo degli Anziani d’Ancône, siège historique du gouvernement municipal, encore utilisée pour les fonctions institutionnelles.

Il s’affirma ainsi un régime patricien, expression de la stratification sociale et de l’organisation hiérarchique des communautés urbaines.

La gestion exclusive des magistratures urbaines — conseils, priorat et gonfalonier — garantissait aux oligarchies l’exercice héréditaire du pouvoir politique et administratif. Ce pouvoir comprenait également la juridiction de premier degré, c’est-à-dire le merum et mixtum imperium, délégué par le Saint-Siège aux communautés locales et exercé dans un cadre municipal par les magistratures communales[note 31].

Cet ordre institutionnel, associé à un mode de vie more nobilium[note 32], conduisait à la reconnaissance du statut nobiliaire des familles, selon une orientation doctrinale qui se précisa progressivement à partir du XVIe siècle[note 33]

Parmi les conditions informelles de la distinction nobiliaire (vita more nobilium) figurait également l’alliance matrimoniale avec d’autres familles du même ordre sur plusieurs générations — parfois considérée dans la pratique comme s’étendant sur au moins quatre — comme signe de stabilité et de reconnaissance sociale. Dans ce contexte, les normes statutaires en matière matrimoniale, qui subordonnaient le mariage au consentement familial et faisaient de la dot le principal instrument de régulation patrimoniale, contribuaient à préserver l’intégrité des biens et la cohésion du groupe dirigeant, articulant ainsi discipline familiale et autoreproduction du patriciat urbain[40].

Dans les centres urbains où existait une séparation d’ordre, l’élection d’un membre d’une famille aux conseils civiques attestait son appartenance au premier ordre, mais ne constituait pas en soi un acte formel d’anoblissement.

Au contraire, l’accès à ces charges présupposait un statut nobiliaire préexistant, largement coutumier, fondé avant tout sur la reconnaissance sociale de la famille par d’autres lignages du même rang[note 34].

Selon Carmelo Arnone, spécialiste du droit nobiliaire et connaisseur des institutions marchigianes d’Ancien Régime, « lorsque les Conseils nobles agrégeaient un individu, ils ne créaient pas en lui la noblesse, mais constataient et déclaraient que lui et sa famille, par leur ancienneté, leur mode de vie, leur position sociale et économique, leurs aptitudes et leurs alliances, possédaient les qualités requises pour être admis au conseil. La noblesse des membres des conseils civiques était donc déclarative et non attributive ; elle était en outre “généreuse”, c’est-à-dire issue d’une longue lignée d’ancêtres et enracinée dans la famille, au point d’être tenue pour une preuve valable de noblesse en vue de l’admission dans les ordres militaires »[42].

L’agrégation aux conseils nobles exprimait une fonction plus large du patriciat : non seulement l’exercice des magistratures, mais aussi la régulation des accès à l’ordre et la surveillance des processus de mobilité sociale dans l’ensemble du territoire de l’État, contribuant ainsi à stabiliser la composition aristocratique[43].

Les origines sociales des familles nobles

Armoiries de la famille Alaleona, noblesse civique de Fermo et Macerata, également agrégée à Montegiorgio.
Armoiries de la famille Alaleona, appartenant à la noblesse civique de Fermo et de Macerata, également agrégée à la terre de Montegiorgio.

L’analyse des origines sociales des familles nobles éclaire la nature du patriciat urbain de la Marche, en montrant dans quelle mesure il s’est constitué par l’émergence et la cooptation de groupes déjà actifs dans les institutions communales, plutôt que par la simple continuité de lignages féodaux antérieurs à l’expérience communale.

L’historien Bandino Giacomo Zenobi montre qu’au XVIIIe siècle, dans les gouvernements aristocratiques des « terres », près d’un tiers des lignages remontaient à une époque antérieure au XVIe siècle et seulement un cinquième aux siècles de la commune médiévale (XIe – XIVe siècles) ; parmi ces derniers, moins de la moitié avaient une origine féodale, soit environ 7 % du total[44].

La même prévalence d’une origine civique par rapport à l’origine féodale se retrouve dans les villes, bien qu’avec une composante féodale plus marquée et une ancienneté moyenne plus élevée, conséquence d’une structuration plus ancienne et plus solide de leur cadre social et politique[45].

En revanche, parmi les lignages non féodaux, l’hypothèse d’une origine issue des artifices des couches populaires est faiblement attestée.

En conclusion, Zenobi suppose que ces lignages dérivaient plutôt des boni homines, c’est-à-dire des élites urbaines immédiatement inférieures aux milites féodaux — et souvent apparentées à ceux-ci au fil des siècles — qui, dès les débuts de l’époque communale, avaient consolidé leur prééminence sociale grâce à la propriété foncière et à l’exercice de fonctions de chancellerie au sein des communes et de l’administration de la justice[note 35].

Mémoire civique et auto réprésentation des élites dirigeantes

Couverture du tome XII des Antichità picene de Giuseppe Colucci, vaste recueil érudit du XVIIIe siècle consacré à l’histoire des villes et des familles de la marche d'Ancône.

Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, parallèlement aux pratiques de gouvernement et à la gestion des institutions municipales, les élites urbaines de la Marche pontificale développèrent une dense historiographie municipale : histoires locales, recueils documentaires, généalogies, mythes des origines urbaines et mémoires civiques rédigés par des érudits — en grande partie ecclésiastiques et souvent issus des réseaux nobiliaires des centres urbains.

Cette production, fondée sur l’usage systématique des archives et des sources — à l’imitation de la méthode de l’historien Ludovico Antonio Muratori — contribua à la construction de la mémoire civique et fonctionna comme un dispositif d’auto représentation des groupes dirigeants locaux[48].

Comme l’a observé l’historien Francesco Pirani, les histoires municipales du XVIIIe siècle constituèrent un « laboratoire privilégié pour l’élaboration des identités urbaines, ainsi que de celles de leurs groupes dirigeants, dans une osmose culturelle continue entre production de la mémoire civique et construction de la mémoire aristocratique, ou plutôt dans une projection constante des critères, des goûts et des aspirations de la seconde sur la première », fondée sur la conviction « qu’il existe un rapport privilégié entre noblesse et histoire, que le passé d’une ville et celui des familles dominantes s’appartiennent réciproquement »[49]

À l’échelle régionale, l’entreprise collective en trente-deux volumes Delle antichità picene (1792)[50], coordonnée par l’abbé Giuseppe Colucci, en constitue un exemple emblématique. Elle fut présentée comme une tentative de recomposer les mémoires locales dans un horizon identitaire plus large, capable d’unifier la pluralité des centres urbains de la Marche. Parallèlement, dans le domaine de l’histoire ecclésiastique — souvent étroitement liée à l’identité civique des sièges épiscopaux — s’inscrivent des monographies telles que le De ecclesiae Camerinensis pontificibus (1762) d’Ottavio Turchi[51], ou les Memorie istorico-critiche della chiesa e de’ vescovi di Osimo (1783) de Pompeo Compagnoni.

Les auteurs mentionnés appartenaient tous à la noblesse civique des Marches : les Colucci, nobles d’Ascoli, Camerino et Penna San Giovanni ; les Turchi, nobles d’Apiro et Tolentino et patriciens de Camerino ; les Compagnoni, patriciens de Macerata, agrégés également à diverses « terres » (cf. la liste des lignages dans les villes et les terres).

Si, durant une grande partie du XVIIIe siècle, l’écriture de l’histoire demeura ancrée dans la dimension municipale, à la fin du siècle émergèrent des tentatives de refonder la mémoire sur une base régionale ; celles-ci restèrent inachevées et furent rapidement interrompues par l’occupation française.

Espace urbain, monumentalité et patriciat

Piazza del Plebiscito à Ancône, espace civique bordé d’édifices religieux, de palais nobles et de sièges du pouvoir urbain.

Le patriciat urbain modela l’espace de la ville par l’implantation des résidences, le contrôle des axes principaux et la monumentalisation des places.

Entre le XVe et le XVIIIe siècle, la ville devint progressivement plus hiérarchisée et différenciée sur le plan fonctionnel, avec des concentrations résidentielles aristocratiques, des places « nobles » et une séparation plus nette des espaces urbains[52].

Ces dynamiques furent soutenues par l’augmentation des exportations de blé depuis le port d’Ancône, favorisée par la franchise portuaire accordée par Clément XII en 1732. Cette croissance renforça les rentes des groupes possédants et consolida leurs stratégies de légitimation sociale[53].

Palais Pianetti à Jesi, galerie des stucs.

Dans cette phase, selon l’historien de l’architecture Fabio Mariano, le renouvellement de l’architecture patricienne des Marches se concentra principalement sur la transformation des espaces intérieurs des palais des XVe – XVIIe siècles — atriums, escaliers monumentaux et salons de représentation — plutôt que sur l’ostentation des façades, généralement maintenues sobres.

Des résidences telles que le Palais Pianetti à Jesi, le Palazzo Ferretti à Ancône, le Palazzo Campana à Osimo et le Palazzo Accorretti à Filottrano mettent en évidence la centralité des espaces de représentation, souvent richement décorés. La fonction symbolique se déplaça ainsi de l’extérieur vers l’articulation interne des palais.

Cette évolution répondait à de nouvelles exigences de visibilité sociale et de sociabilité, souvent pratiquée dans un cadre privé au sein de cercles sélectionnés d’invités, dans un contexte où les styles de vie aristocratiques des grandes villes italiennes circulaient de plus en plus à travers des pratiques telles que le Grand Tour[54].

Le recours à des modèles romains et bolonais, ainsi que l’implication d’architectes actifs dans les circuits du pouvoir pontifical, mirent les élites civiques des Marches en relation avec des courants architecturaux d’envergure plus large. Parmi les cas les plus significatifs figurent les projets de Luigi Vanvitelli pour le palais Ercolani à Ancône[55].

Intérieur du Teatro Feronia à San Severino Marche, exemple de théâtre de copropriété du XIXe siècle.

Au début du XIXe siècle, avec la disparition des cadres institutionnels de l’Ancien Régime, certaines fonctions de sociabilité et de visibilité publique des élites urbaines se déplacèrent vers de nouveaux espaces.

Dans les Marches se diffusa ainsi le modèle des théâtres de copropriété, financés et gérés par des sociétés de propriétaires de loges, où la possession d’une loge constituait un signe distinctif de statut social.

Les théâtres devinrent un lieu de représentation collective de la notabilité urbaine, complétant la fonction des espaces de réception des résidences patriciennes[56].

Tensions sociales et rapports entre villes et contado

La noblesse civique ne fut pas seulement perçue comme un corps de gouvernement légitime et ordonnateur, mais aussi comme un groupe fermé, enclin à défendre ses privilèges face aux aspirations des groupes dirigeants du contado. L’historiographie a souligné que, dans la Marche pontificale, les oligarchies urbaines entravaient l’accès des notables du contado au rang nobiliaire et intervenaient auprès du pouvoir central pour préserver la séparation de l’ordre[57].

Les relations entre ville et contado apparaissent marquées par de fortes asymétries politiques, fiscales et sociales, qui alimentèrent des tensions dans les communautés soumises. Un cas emblématique est celui de la controverse fiscale entre Jesi et le contado (Causa Aesina Collectarum), d’une durée séculaire et qui fut résolue seulement avec les réformes de l’époque napoléonienne[58].

Fin de l’Ancien Régime et déclin de la noblesse civique

Les aristocraties urbaines acquirent un prestige, une influence politique et un rayonnement culturel supérieurs à ceux des familles moins aisées d’origine féodale[35], tout en adoptant leurs styles de vie[note 36].

Elles conservèrent jusqu’à l’Unité de l’Italie leur prééminence économique, qui ne déclina réellement qu’au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque le fractionnement des patrimoines — consécutif à l’abolition des fidéicommis, des droits de patronage[note 37], ainsi que des bénéfices laïcs — affaiblit définitivement leur position[note 38].

La fin de l’Ancien Régime marqua un changement radical des cadres institutionnels sur lesquels la noblesse civique s’était fondée pendant des siècles.

Ce furent les campagnes d’Italie napoléoniennes qui inaugurèrent ce processus, privant les patriciats urbains de leur élément essentiel de pouvoir — l’hégémonie politique — qu’ils ne parvinrent pas à récupérer, même après la Restauration[59] (cf. Chronologie essentielle).

L’armée de réserve conduite par le Premier Consul Napoléon Bonaparte franchit le col du Grand-Saint-Bernard (1800). Les campagnes d’Italie amorcèrent le processus qui mit fin à l’autonomie politique des patriciats urbains.

Avec la Restauration, les États pontificaux accueillirent avec prudence les exigences d’uniformisation et de centralisation issues des expériences jacobine et napoléonienne : ils abolirent les anciens statuts communaux, soustrairent les contadi à leur subordination séculaire aux villes et ouvrirent les conseils civiques à la participation des non-nobles[note 39].

Les réformes, d’abord napoléoniennes puis pontificales — notamment les réorganisations administratives pontificales — introduisirent des modèles administratifs incompatibles avec la fermeture héréditaire des conseils.

Si les statuts et hiérarchies sociales subsistèrent, les patriciats cessèrent d’exister comme institutions politiques autonomes, dans un processus qui précéda de peu la fin du pouvoir temporel des États pontificaux.

Agriculture, propriété foncière et pouvoir urbain

Le cadre institutionnel précédemment décrit s’inscrit dans le contexte de profondes transformations de la structure foncière. Une partie de l’historiographie y rattache nombre des dynamiques politiques, institutionnelles et économiques des élites urbaines.

En particulier, l’organisation de la propriété et les rapports avec le contado contribuèrent à définir les équilibres locaux de pouvoir[60].

Diffusion du métayage et projection des élites urbaines sur le contado

Allégorie et effets du Bon et du Mauvais Gouvernement d’Ambrogio Lorenzetti (1338-1339), représentation du paysage agraire et du rapport ville–contado.

À partir du XIIIe siècle, dans la marche d'Ancône, la propriété foncière s’organisa progressivement autour du podere (exploitation rurale unitaire) et du métayage.

Entre les XIIIe et le XVe siècle se diffusèrent des unités foncières compactes, dimensionnées pour une gestion familiale, dotées de maison rurale et d’infrastructures agricoles, concédées par des contrats écrits de courte durée, souvent très détaillés. Les pactes prévoyaient le partage par moitié des principaux produits agricoles et d’élevage, ainsi que la participation conjointe du propriétaire et du métayer aux dépenses d’exploitation et aux capitaux nécessaires à l’entreprise rurale.

Au milieu du XIVe siècle, la phase de dépeuplement provoquée par la peste noire favorisa l’extension de la propriété urbaine au détriment de la petite et moyenne propriété paysanne. Pour les Marches, une forte expansion du métayage au XVe siècle est documentée[8].

L’affirmation du système métayager — promu par les propriétaires résidant en ville — devint l’une des principales expressions de la domination urbaine sur la campagne[61].

Concentration foncière et dynamiques oligarchiques : le cas de Macerata

Le processus de concentration foncière au profit de la noblesse est bien documenté à Macerata.

Au milieu du XIIIe siècle, la ville comptait près de 1 900 propriétaires ; au milieu du XVIe siècle ils n’étaient plus que 650, puis seulement 388 dans le cadastre de 1778. Dans le même temps, après l’effondrement démographique consécutif à la peste noire, la population passa de 2 200 habitants en 1450 à 3 600 en 1550, pour dépasser 12 000 — contado compris — à la veille de 1800[7].

Population et propriété foncière à Macerata
Année Population Nombre de propriétaires
1250 7 500 1 900
1350 2 000 —
1450 2 200 —
1550 3 600 650
1778 12 000 388

À la diminution du nombre de propriétaires correspondit une forte augmentation de la part de propriété laïque détenue par la noblesse, atteignant 85 % à la fin du XVIIIe siècle. Parallèlement, la propriété ecclésiastique — largement administrée par les membres des patriciats urbains — passa de 18 % au milieu du XVIe siècle à 40 % à la fin du XVIIIe siècle[62].

L’expansion de la propriété urbaine alimenta des rapports de type clientélaire, accentuant la dépendance des métayers[63].

La concentration foncière, le système métayager et le monopole aristocratique du pouvoir, inscrits dans le cadre plus large de l’absolutisme pontifical, assurèrent une longue période de stabilité. Toutefois, selon Troscé 1972, ils favorisèrent également une stagnation sociale durable. En 1911, plus de 60 % des paysans des Marches étaient encore des métayers[64].

L’évolution des rapports fonciers et celle des institutions urbaines finirent ainsi par se renforcer mutuellement, consolidant le pouvoir des oligarchies urbaines.

Noblesse civique et États régionaux

Portrait de l’empereur François Ier de Lorraine, par Martin van Meytens (vers 1745).

Le rapport entre noblesse civique et noblesse titrée a été interprété à la lumière du processus de formation des États régionaux.

Les patriciats urbains incarnaient un particularisme enraciné d’origine médiévale : des oligarchies étroitement liées à leur patrie urbaine, qu’elles dirigeaient et dont elles tiraient noblesse et privilèges. La fragmentation marquée du pouvoir, inhérente à l’autonomie communale, entra ainsi progressivement en tension avec les États régionaux émergents, d’inspiration monarchique et absolutiste, décidés à exercer un contrôle direct sur les mécanismes de cooptation et d’anoblissement[65].

Un cas exemplaire est celui du grand-duché de Toscane dans la transition des Médicis aux Habsbourg-Lorraine. Dans le grand-duché également, l’aristocratie urbaine détenait d’importantes prérogatives de gouvernement local, que la dynastie lorraine chercha à soumettre à un contrôle central plus strict[66].

L’instrument principal de cette politique fut la « Loi pour le règlement de la noblesse et de la citoyenneté », promulguée par François-Étienne de Lorraine en 1750. Elle imposait à tous les représentants des oligarchies locales souhaitant faire reconnaître formellement leur statut privilégié de se soumettre à un examen destiné à vérifier leur légitime appartenance à l’ordre nobiliaire[67].

Par ce biais, la noblesse civique se trouvait formellement assimilée à la noblesse titrée — dont la légitimité reposait traditionnellement sur une concession souveraine — ce qui réduisait sensiblement son autonomie. Celle-ci réussit toutefois à se maintenir plus longtemps dans les États pontificaux, jusqu’à l’instauration du royaume d'Italie napoléonien.

Noblesse civique dans le royaume d'Italie

La noblesse civique de l’Ancien Régime constituait un statut acquis au fil du temps, fondé sur l’exercice de fonctions publiques et sur des prérogatives juridiques propres à une société organisée en ordres. L’ordre juridique en vigueur en garantissait la protection, contribuant à la relative stabilité des hiérarchies sociales.

Avec l’avènement du royaume d'Italie, les fonctions et les privilèges correspondants — déjà fortement réduits après les guerres napoléoniennes — furent abolis. Les noblesses des États préunitaires perdirent tout rôle juridique et politique, se réduisant à des dignités honorifiques[note 40], que le nouvel État utilisa comme instrument d’intégration et de cooptation des élites locales dans l’ordre unitaire[note 41].

Sceau circulaire de la Consulta araldica du Royaume d’Italie, avec emblèmes héraldiques et inscription institutionnelle.
Sceau de la Consulta araldica du royaume d'Italie, organe d’État chargé de l’instruction et de la reconnaissance administrative des titres nobiliaires après l’Unité.

Dans le royaume d’Italie, les demandes de reconnaissance nobiliaire étaient examinées par la Regia Consulta Araldica, qui instruisait les dossiers sur la base des preuves documentaires et en formalisait les résultats dans des listes officielles. Au niveau local, l’issue des procédures varia selon les sources disponibles et les cadres administratifs : la marche d'Ancône constitue à cet égard un cas d’étude.

Reconnaissance de la noblesse civique dans la marche d'Ancône

La noblesse civique fut reconnue administrativement aux vingt-deux villes de la marche d'Ancône ainsi qu’à la terre d’Arcevia, anciennement Roccacontrada (élevée au rang de ville en 1816) ; les attestations correspondantes figurent dans les éditions régionales de l’Elenco ufficiale delle famiglie nobili e titolate[note 42].

La reconnaissance ne fut pas toujours conforme aux structures juridiques pré unitaires et, dans certains cas, suivit des critères discrétionnaires, témoignant de la difficulté d’harmoniser les anciennes hiérarchies communales et nobiliaires avec le nouveau cadre administratif unitaire. Certains centres obtinrent le statut de ville — et donc la noblesse civique correspondante — bien que la pleine réunion des conditions requises ne fût pas avérée, comme dans les cas de Loreto, Civitanova et Numana[note 43].

Inversement, certaines terres élevées au rang de ville à l’époque pontificale et dotées d’un gouvernement patricien bien documenté[1] ne figurèrent pas parmi les centres reconnus : parmi elles, Amandola (élevée en 1836) et Corridonia, anciennement Montolmo (élevée en 1851). Castelfidardo, terre à module patricien attesté[1], ne fut pas élevée au rang de ville en 1827 et ne fut donc pas comprise parmi les centres dont la noblesse fut reconnue par le royaume d'Italie.

Le cas de Castelfidardo est exemplaire de ces communes des terres qui, bien qu’ayant — parfois depuis des siècles (voir Chronologie des fermetures d’ordre dans les terres) — séparation d’ordre et gouvernement patricien, ne furent pas élevées au rang de ville lors des réformes administratives pontificales introduites par le motu proprio du pape Léon XII en 1827.

Pour ces communes, la Consulta araldica, se fondant sur les listes compilées par l’État pontifical durant la Restauration — qui ne reflétaient plus la configuration institutionnelle de l’Ancien Régime dans laquelle les patriciats urbains étaient nés — ne reconnut pas les titres de patricien et de noble[note 44].

La reconnaissance de la noblesse civique dans le royaume d'Italie ne refléta que partiellement la complexité des structures préunitaires, prenant les traits d’une recomposition principalement administrative[70].

Perspectives historiographiques

Sur le plan historiographique, l’organisation oligarchique des communes — dont la Marche pontificale constitue un exemple particulièrement significatif par sa genèse, sa durée et sa diffusion[note 45] a été reconnue comme l’un des traits distinctifs de la société italienne à l’époque moderne, appelé à influencer profondément la formation de la future classe dirigeante qui conduisit l’Italie à l’unification[note 46].

Jardin en terrasse à l’italienne avec haies géométriques, statues et vue sur les collines cultivées et la mer Adriatique.
Jardins à l’italienne de la Villa Buonaccorsi près de Potenza Picena, exemple de résidence aristocratique de campagne.

Comme l’a synthétisé Giuseppe Galasso, le « bloc oligarchique » représenta l’aboutissement historique du particularisme communal et la structure portante de plus de cinq siècles de vie sociale italienne[note 47].

L’affirmation des groupes dirigeants fut le résultat de tensions prolongées entre les cives et les groupes populaires, progressivement exclus du pouvoir[note 48]. Cette évolution révèle la lente gestation des oligarchies urbaines et le caractère essentiellement recognitif de la noblesse civique, fondée sur une prééminence sociale stratifiée dans le temps[note 49].

À partir du XVIe siècle, la primauté aristocratique imprima à la vie sociale une organisation fortement hiérarchisée, perceptible notamment dans la diffusion de la villa à l’italienne, qui pour les patriciats urbains assuma une fonction symbolique comparable à celle du château pour la noblesse féodale. À celle-ci s’ajoutait un système complexe de dépendances et de clientèles impliquant tant les campagnes que les milieux urbains artisanaux et marchands, selon des modèles rappelant la société féodale[36].

Il en résulta une forte intégration interne du groupe dirigeant, contribuant à dépasser les fractures de l’époque communale par l’affirmation d’un ordre étroitement régulé[36]. Les petites patries aristocratiques conservèrent toutefois, aux époques ultérieures, une attention marquée pour la légalité et le débat politique, ainsi qu’une relative égalité interne à l’ordre patricien[66].

Lectures du particularisme italien

L’historiographie a mis en relation la noblesse civique avec le particularisme politique italien, entendu comme primauté des appartenances urbaines et familiales.

Page des Dialoghetti sulle materie correnti nell'anno 1831 de Monaldo Leopardi.

Selon Fabio Cusin, les oligarchies urbaines héritèrent des communes médiévales une mentalité de faction, liée à la défense du prestige familial[note 50]. Giuseppe Galasso a souligné la continuité entre l’affirmation des classes communales et renaissantes et le particularisme hérité du Moyen Âge[note 51].

Un témoignage contemporain de cette culture se trouve dans les réflexions de Monaldo Leopardi — représentant de la noblesse civique de Recanati et gonfalonier à l’époque de la Restauration — consacrées à la vie municipale :

« Il faut laisser aux peuples occupation et soulagement dans leurs affaires municipales […], afin que […] ils ne sortent pas pour troubler les affaires de la nation. La patrie […], c’est précisément cette terre où nous sommes nés […], ayant en commun [avec les autres citoyens] le sol, les murailles, les institutions, les lois, les biens publics, et une multitude d’intérêts et de rapports. »

— Monaldo Leopardi (1831)[75]

Dans l’ensemble, la noblesse civique dans la Marche pontificale permet d’observer la transformation du particularisme communal médiéval en un municipalisme aristocratique de longue durée, qui contribua à définir les formes du pouvoir local[76].

Comparaison avec d’autres noblesses civiques italiennes et européennes

Canaletto, Le Grand Conseil (1763), vue de l’intérieur du Palazzo Ducale de Venise.

Le phénomène de la noblesse civique de la Marche pontificale s’inscrit dans le système plus large des élites urbaines qui, entre la fin du Moyen Âge et l’époque moderne, gouvernèrent de nombreuses villes italiennes en consolidant des prérogatives politiques et sociales héréditaires[66],[77]. Ces formations — diversement désignées comme « noblesses civiques », « décurionales » ou « patriciats urbains » — ont été décrites par l’historiographie comme l’une des expressions les plus typiques de l’aristocratie italienne, enracinée dans la citoyenneté et dans l’exercice des magistratures municipales[78],[79].

Dans cette perspective, la noblesse civique apparaît comme une aristocratie d’empreinte « républicaine », assurant une continuité entre Moyen Âge et époque moderne dans les formes du gouvernement urbain[80]. Dans l’histoire des élites, elle se présente comme un trait récurrent de l’Italie communale, où la citoyenneté active et l’accès héréditaire aux magistratures l’emportent sur les seuls critères de lignage et d’investiture seigneuriale[77], dessinant une « seconde voie » de l’aristocratie, parallèle mais distincte des modèles de pouvoir territorial[note 52].

Noblesses civiques dans l’Europe d’Ancien Régime

Portrait collectif de régents hollandais du XVIIe siècle, assis autour d’une table.
Frans Hals, Regents of the Old Men's Alms House (1664), Haarlem. Groupe de regenten hollandais, membres d’un collège de gouvernement urbain dans les Provinces-Unies.

Dans le reste de l’Europe, malgré l’existence d’élites urbaines et de groupes administratifs, l’absence de l’autonomie juridictionnelle typique de la commune médiévale italienne — étendue au contado, et favorisée dans les États pontificaux par un pouvoir central relativement faible et délégant — empêcha l’émergence de patriciats urbains pleinement équivalents[82].

Il en résulta des configurations différentes : des élites municipales sans statut nobiliaire (aldermen en Angleterre, regenten dans les Pays-Bas) ; une hérédité du rang limitée (patriziat dans les villes libres allemandes) ; des anoblissements par lettres, étroitement contrôlés par la monarchie et de caractère plus personnel que familial (noblesse de robe en France). En Espagne, au contraire, les regidores des villes formèrent des oligarchies héréditaires et vénales, étroitement subordonnées à la Couronne et dépourvues d’autonomie juridictionnelle sur les campagnes environnantes ; s’y mêlèrent hidalgos et notables urbains, produisant une noblesse diffuse et socialement inégale.

Ces configurations peuvent être résumées de manière comparative comme suit :

Comparaison européenne
Aire Allemagne (villes impériales) Provinces-Unies / Flandre France Espagne Angleterre Marche pontificale
Traits essentiels Stadtadel/Patriziat marchand, coopté dans les conseils ; autonomie dans les villes libres de l’Empire[83]. Patriciats urbains liés au commerce et aux corporations ; forte empreinte marchande[84]. noblesse de robe : charges publiques (souvent vénales) comme voie d’anoblissement[85],[86]. Regidores dans des oligarchies urbaines ; fusion avec hidalgos et noblesse rurale[87],[88]. Aldermen et notables urbains ; prestige civique mais séparés du peerage titré[89],[90]. Noblesses civiques avec accès héréditaire aux magistratures municipales et juridiction sur le contado[91],[92],[1].
Différences par rapport à la Marche pontificale Séparation plus nette d’avec la noblesse féodale ; sans juridiction sur le contado ; hérédité moins institutionnalisée[83]. Profil plus « bourgeois » ; sans juridiction sur le contado ; reconnaissance nobiliaire souvent absente[84]>. Noblesse de service administrative et judiciaire ; forte dépendance monarchique ; anoblissement individuel, non lié à une juridiction territoriale[85],[86]. Continuité municipale plus faible ; contrôle royal plus étroit[87],[88]. Absence d’un patriciat urbain héréditaire structuré[89],[90]. –

Autres noblesses civiques italiennes

Quelques cas exemplaires, issus de différentes régions de la péninsule, permettent de situer la Marche dans un éventail plus large de modèles de noblesse civique.

Dans la république de Venise, le patriciat formait un corps fermé de droit public, défini par l’appartenance héréditaire au Maggior Consiglio après la Serrata del Maggior Consiglio de 1297, dont dépendaient l’élection du doge, l’accès au Sénat (Pregadi) et aux grandes magistratures : un ordre de gouvernement qui, en tant que corps souverain, assura pendant des siècles la stabilité de la république aristocratique et l’orientation des politiques sur le Stato da Màr et la Terra ferma[93],[94].

Dans la république de Gênes, les familles nobles étaient organisées en alberghi, unions de lignages marchands qui exercèrent le pouvoir selon l’alternance entre « anciens nobles » et « nouveaux ». Le patriciat, sommet du monde marchand, monopolisa le dogat, les collèges et les magistratures, orientant la politique financière et maritime de la république. La réforme de 1528 unifia « anciens » et « nouveaux » dans un patriciat fermé articulé en alberghi, institua le Conseil majeur et le doge biennal, consolidant durablement le régime oligarchique[95],[66].

Dans la république de Lucques — restaurée comme république indépendante en 1369 — un ordre à base patricienne se structura autour du collège des Anciens (Anziani), avec une élite restreinte qui concentra, dès les XIVe – XVIe siècles, l’accès aux principales magistratures ; la réforme de 1628 transforma cet ensemble en république oligarchique « fermée », en fixant une liste officielle de patriciens (Libro d’Oro) fondée sur le cens et la généalogie, restée en vigueur jusqu’au XIXe siècle. Le corps patricien assura la continuité du gouvernement républicain, en orientant notamment les choix économiques, surtout dans le secteur de la soie[41],[66].

Dans la république de Florence, entre la fin du Moyen Âge et l’époque moderne, le groupe dirigeant — centré sur les Arts, le Priorat et les Conseils — fonctionna de fait comme une noblesse décunionale urbaine[80] ; par des règles d’accès et de rotation des charges (imborsazioni), il structura durablement l’orientation oligarchique des institutions communales et républicaines, jusqu’à la « fermeture » formelle de 1532 sous les Médicis, qui en cristallisa le recrutement et l’inséra dans les institutions du principat.

Vue panoramique du port et de la ville de Naples à la fin du XVe siècle, avec de nombreux navires au premier plan et la ville fortifiée à l’arrière-plan.
Vue de Naples à la fin du XVe siècle (dite Tavola Strozzi).

Dans le royaume de Naples, les villes domaniales étaient gouvernées par une noblesse dite civique ou décunionale, organisée dans les Sedili urbains. Elle se distinguait de la noblesse féodale tout en partageant souvent le rang social et parfois l’origine. Les seggi constituaient le pivot de la représentation politico-administrative de la capitale : ils élisaient les élus de la cité, répartissaient impôts et charges, orientaient les dépenses et les travaux publics ; jusqu’à l’époque napoléonienne, l’inscription à un seggio demeura une condition nécessaire d’accès aux principales magistratures urbaines[95],[12],[36].

Dans le duché de Milan, le corps des décurions constitua une noblesse administrative urbaine — organe civique consolidé à l’époque espagnole et confirmé à l’époque autrichienne — représentant la communauté dans la répartition des charges fiscales, la gestion des approvisionnements et des travaux publics, la défense des statuts et privilèges, ainsi que la présentation des listes pour les charges municipales ; à l’époque habsbourgeoise, puis dans l’ordre du royaume de Lombardie-Vénétie, ce statut fut reconnu comme noblesse civile[92], [95],[12].

Par rapport à ces modèles, la noblesse civique de la Marche pontificale présente des traits spécifiques. Elle prit une forme intermédiaire entre le modèle urbain communal et celui du pouvoir territorial féodal[note 53]. Plus que dans d’autres contextes, le pouvoir patricien se fonda largement sur la propriété foncière et sur les pouvoirs municipaux exercés sur le district rural, mais dans un cadre politique dominé par la souveraineté pontificale.

Sur le plan institutionnel, les régimes marchigians présentaient des affinités à la fois avec les corps décunionales du Mezzogiorno et avec les patriciats communaux de l’Italie centre-septentrionale. Il en résulta un équilibre entre autonomie municipale et autorité centrale, qui permit aux élites locales de conserver des fonctions de gouvernement, de représentation et de juridiction pendant plusieurs siècles.

Régimes aristocratiques et durée des fermetures d’ordre dans les villes

L’importance des grandes familles reposait sur l’ancienneté du lignage, les alliances matrimoniales et un pouvoir souvent étendu à plusieurs villes et terres. Elles constituèrent le groupe dirigeant et, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, orientèrent les institutions urbaines vers des configurations à dominante seigneuriale, en réactivant — selon l’historien Philip Jones — un trait originel de la commune italienne.

« Tant dans la forme que dans la réalité des faits, l’histoire politique des communes — tout comme leur histoire sociale — fut celle des familles dominantes […]. Issues d’un cadre seigneurial, les communes restèrent, pour l’essentiel et dans la plupart des cas, marquées par cette nature »[97]

Cette dimension relationnelle apparaît clairement dans les données disponibles. Celles-ci concernent les familles de la noblesse civique et leur présence dans plusieurs centres. Structurées dans Wikidata afin d’être interrogeables sous forme relationnelle, elles permettent d’en proposer une visualisation à travers le graphique ci-dessous, qui représente le réseau des familles de la noblesse civique de Jesi également agrégées à d’autres centres de la marche pontificale, distingués entre villes [C] et « terres » [T].

Réseau des familles de la noblesse civique de Jesi également agrégées à d’autres centres de la marche pontificale, fondé sur des données issues de Wikidata et construit à partir d’une requête SPARQL.

L’agrégation de familles à la noblesse de plusieurs centres révèle que le phénomène aristocratique ne se limitait pas à une dimension strictement municipale, mais qu’il se configurait comme un système de relations superposées entre contextes urbains et territoriaux.

Le Salone dell’Eneide du palais Buonaccorsi à Macerata, salle de représentation décorée de motifs inspirés de l’Énéide.

Les formes d’organisation et de participation de la noblesse des vingt-deux villes de la marche d'Ancône à l’exercice du pouvoir peuvent être schématisées comme suit[1] :

  • Dans les principales villes — Ancône, Camerino, Fano, Recanati, Osimo, Corinaldo, Numana, Filottrano et Montecchio (aujourd’hui Treia) — le conseil général était composé uniquement de nobles, avec exclusion totale des popolari.
  • Dans toutes les villes, le conseil de credenza (ou de cernita) était composé uniquement de nobles, à l’exception de Cingoli où il était réservé aux nobles et aux citoyens, mais toujours avec exclusion des popolari.
  • Le magistrat (magistrato) était réservé aux nobles à Ancône, Fermo, Camerino, Ascoli, Fano, Recanati, Macerata, Osimo, Tolentino, Ripatransone, Corinaldo, Montalboddo (aujourd’hui Ostra), Montecchio (aujourd’hui Treia), Filottrano et Numana.
  • Dans toutes les villes — les précédentes plus Jesi, Fabriano, San Severino, Cingoli, Montalto et Matelica — la charge de gonfaloniere, chef de la magistrature et donc de la communauté, était réservée aux nobles.
  • À Ancône, Camerino, Ascoli et Macerata, la noblesse était divisée en deux ou plusieurs degrés selon l’ancienneté de l’agrégation des familles : au premier de ces degrés, dit des « patriciens », étaient réservées les charges les plus élevées, dont la participation exclusive au conseil de cernita.

Le tableau indique, pour chaque ville de la Marche, l’année du premier acte formel de fermeture d’ordre et la durée totale du régime aristocratique correspondant. Dans certains cas, Zenobi signale que l’hérédité des sièges dans les conseils était déjà en vigueur avant la formalisation de la fermeture : dans ces cas, l’année de début de l’hérédité est indiquée entre parenthèses.

La distribution chronologique et la durée variable des régimes aristocratiques montrent que la fermeture d’ordre ne fut pas un événement ponctuel, mais un processus institutionnel de longue durée, lié à la capacité des élites urbaines de stabiliser dans le temps le contrôle des magistratures. Les différences entre villes reflètent le poids démographique, territorial et juridictionnel des centres, ainsi que leur position dans le réseau urbain régional. La longévité remarquable de certains patriciats indique enfin que ces configurations ne furent ni résiduelles ni transitoires, mais constituèrent une forme ordinaire et durable de gouvernement local dans les États pontificaux[note 54]

La plupart des fermetures se situent entre la fin du XVe siècle et le milieu du XVIe siècle. Le régime aristocratique le plus durable s’observa à Macerata, où la séparation d’ordre dura plus de 350 ans ; suivent Fano, Fermo, Recanati et Ripatransone, toutes avec des durées supérieures à trois siècles.

Chronologie des fermetures d’ordre et durée (jusqu’en 1816) des patriciats urbains dans les villes de la Marche pontificale
Ville Période[98] Durée (années)[note 55]
Ancône 1539 (début en 1527) 268
Ascoli Piceno 1586 221
Camerino 1545 218
Cingoli 1533 (début en 1503) 274
Corinaldo 1600 206
Fabriano fin XVIe siècle ≈ 217
Fano 1489 318
Fermo 1478 329
Filottrano XVIIIe siècle ≈ 60
Jesi 1575 (confirmation 1587) 232
Loreto[note 56] — —
Macerata 1447 360
Matelica 1586 221
Montalboddo (aujourd’hui Ostra) XVIIIe siècle (début en 1489) ≈ 60
Montalto delle Marche 1586 221
Montecchio (aujourd’hui Treia) XVIIIe siècle ≈ 60
Numana XVIIIe siècle ≈ 60
Osimo 1566 (début en 1505) 241
Recanati 1482 (début en 1465) 325
Ripatransone 1490 317
San Severino Marche 1532 275
Tolentino 1586 (début en 1504) 221
Sources : Zenobi 1976, p. 42–44 ; Bertini Frassoni 1933; Zenobi 1994, p. 109–131.

La carte visualise, sur une base géographique, les données du tableau, en représentant la période de la fermeture d'ordre dans les villes de la Marche pontificale et en permettant d’observer la distribution territoriale ainsi que la diffusion progressive des régimes patriciens.

Distribution des villes de la Marche pontificale selon la période de formalisation juridique de la fermeture d'ordre XVe siècle · XVIe siècle · XVIIe siècle · XVIIIe siècle Carte interactive de la distribution chronologique des fermetures d'ordre dans les villes de la Marche pontificale.

On observe un gradient géographique le long de l’axe côtier, du nord (Fano) au sud (Fermo), caractérisé par une aristocratisation relativement plus précoce. À l’inverse, dans les zones intérieures collinaires et apennines, à l’exception notable de Macerata, le processus apparaît plus tardif et moins homogène.

La longue durée des familles de gouvernement s’accompagna de la formation d’identités urbaines fortement aristocratisées, où le prestige civique et la continuité généalogique étaient des éléments centraux de légitimation politique.

Lorsque les sources le permettent, les familles sont reliées à leurs palais et à leurs armoiries : témoignages de la tradition civique locale. Ces éléments — documentés par des sources secondaires, des cadastres et des armoriaux — éclairent le lien entre le groupe dirigeant et le patrimoine urbain, dans un contexte de villes fortifiées, de réseaux denses de relations personnelles et d’espaces publics partagés, propre aux cités-États italiennes de la Renaissance et à leurs prolongements des XVIIe – XVIIIe siècles[100].

Les lignages dans les villes

Les listes mentionnées au lien ci-dessous ont un caractère reconstructif et non exhaustif ; elles visent à illustrer la composition des élites dirigeantes à travers les familles incluses.

Lien vers la liste des lignages dans les villes (en italien) : Nobiltà civica nella Marca pontificia – section « Le casate nelle città »

Note : Les listes détaillées des familles sont conservées sur it.wiki afin de préserver la nomenclature locale et les attributions archivistiques.

Régimes aristocratiques et durée des fermetures d’ordre dans les terres

Vue du Palazzo dei Priori de Montelupone, siège historique des magistratures communautaires du bourg.
Palazzo dei Priori de Montelupone, siège historique des magistratures communautaires du bourg.

Les familles inscrites à la noblesse des vingt-quatre terres de la marche d'Ancône ont été identifiées par Bandino Giacomo Zenobi. Par l’examen de la législation statutaire, l’historien montre que, dans ces noyaux urbains, une séparation d’ordre s’était mise en place ; et, grâce à une recherche menée sur des sources d’archives du XVIIIe siècle — bussoli (réceptacles utilisés pour le tirage au sort des charges), tirages, conseils — il identifie les 365 lignages[note 57] qui participèrent de manière héréditaire à leur gouvernement.

« Dans chacun de ces cas, la noblesse se définissait […] par l’accès héréditaire à une charge dont les popolari étaient exclus. C’est précisément cette exclusion qui donnait à l’institution son caractère aristocratique. »[101]

Critères et limites de la reconstitution

La reconstitution des familles de gouvernement proposée par Zenobi répond à des choix méthodologiques précis, qui en bornent l’extension chronologique et quantitative.

Pour établir sa liste, le chercheur a analysé seulement de courts segments des registres des bussoli et des conseils, principalement relatifs au XVIIIe siècle. Cette approche a conduit à exclure des familles rattachées aux régimes des terres, soit avant les dates retenues, soit après — c’est-à-dire durant les différentes restaurations du gouvernement pontifical intervenues avant la grande réforme administrative de 1816[102].

Il convient aussi de rappeler que, dans les terres, surtout après le milieu du XVIIIe siècle, eurent lieu des agrégations dans le « Bussolo degli Onorari ». Ce bussolo regroupait des familles non résidentes localement, qui n’étaient pas appelées à participer directement à la vie politico-administrative, mais pouvaient l’être en cas de besoin : l’exemple le plus classique est l’usage des Onorari pour compenser l’extinction de lignées locales de gouvernement, en évitant ainsi des agrégations provenant d’autres ordres sociaux. Ces familles ne figurent souvent pas non plus dans la liste dressée par Zenobi[102].

L’impact de ces choix est illustré par Marco Moroni : pour Castelfidardo, il a recensé l’ensemble des lignées de gouvernement, en les répartissant par siècle d’agrégation, soit 84 familles au total, contre les 24 identifiées par Zenobi[103].

De la représentation populaire à la fermeture oligarchique des conseils

Registre des Riformanze (délibérations consulaires) de Civitanova Marche (1545–1550)
Registre des Riformanze (délibérations consulaires) de Civitanova Marche, 1545–1550.

Grâce à la richesse de la documentation conservée dans les archives historiques des Marches — statuts et riformanze, c’est-à-dire les recueils de délibérations consulaires — Zenobi a pu reconstituer avec précision l’évolution des ordonnancements des terres.

Le tableau sur la chronologie des fermetures d’ordre dans les terres indique, pour chaque centre, l’année du premier acte formel de fermeture et la durée totale du régime aristocratique correspondant. Dans certains cas, l’historien précise que l’hérédité des sièges dans les conseils était déjà en vigueur avant la formalisation : dans ces cas, l’année de début de l’hérédité est indiquée entre parenthèses.

Les régimes les plus durables s’observèrent à Amandola, Monte Milone (aujourd’hui Pollenza), Montolmo (aujourd’hui Corridonia) et Serra de’ Conti, avec des durées d’environ trois siècles.

Dans l’ensemble, on observe une recomposition progressive de la composition des conseils, signe d’une consolidation oligarchique lente mais constante. On passe de l’élection par quartiers (sestieri) et contrades, avec des représentations incluant le contado, héritage de la commune du popolo, à des critères censitaires puis — souvent après un demi-siècle ou davantage, une fois stabilisée la base censitaire des conseils — à la transmission héréditaire des magistratures, formalisée par les fermetures d’ordre.

Le changement est d’abord un changement de principe : des dispositifs à base « populaire », fondés sur une représentation tendanciellement paritaire et corporative des métiers (juges, marchands, batteurs, tisserands, tailleurs, boulangers, orfèvres, cordonniers, etc.), largement arrimés à la géographie urbaine et reposant sur le tirage au sort, on passe à une abstraction d’abord censitaire puis nobiliaire, centrée sur la « qualité » de la personne (le civis optimo iure, c’est-à-dire le noble). La légitimation ne découle plus de la représentation sociale, mais de la reconnaissance réciproque entre pairs au sein de l’oligarchie et du cens foncier.

Chronologie des fermetures d’ordre et durée (jusqu’en 1816) des patriciats dans les terres de la Marche pontificale
Bourg Période[note 58] Durée (années)[note 55]
Amandola 1470 337
Apiro 1663 144
Castelfidardo 1575[note 59] ≈ 230
Castignano 1611 196
Montecassiano 1664 143
Montefano 1613 194
Montefortino XVIIIe siècle ≈ 60
Montegiorgio 1750 (début en 1578) 60
Montelparo 1560 (début en 1551) 247
Montelupone 1640 167
Monte Milone (aujourd’hui Pollenza) 1513 294
Montenovo (aujourd’hui Ostra Vetere) 1616 191
Monterubbiano 1574 233
Monte San Pietrangeli 1714 93
Monte Santo (aujourd’hui Potenza Picena) XVIIIe siècle ≈ 60
Montolmo (aujourd’hui Corridonia) 1528 279
Morrovalle XVIIIe siècle ≈ 60
Penna San Giovanni XVIIIe siècle ≈ 60
Roccacontrada (aujourd’hui Arcevia) 1575 (début en 1513) 232
San Ginesio 1582 (début en 1536) 225
San Giusto (aujourd’hui Monte San Giusto) XVIIIe siècle ≈ 60
Sant’Elpidio (aujourd’hui Sant'Elpidio a Mare) 1570[note 60] 237
Serra de' Conti 1524 ≈ 289
Serra San Quirico 1699 108
Source principale : Zenobi 1976.

La carte représente, sur une base géographique, les données du tableau, en mettant en évidence la période de la fermeture d'ordre dans les terres de la Marche pontificale et en rendant visible la diffusion chronologique et spatiale du processus d’aristocratisation des régimes locaux.

Distribution des terres de la Marche pontificale selon la période de formalisation juridique de la fermeture d’ordre XVe siècle · XVIe siècle · XVIIe siècle · XVIIIe siècle Carte interactive de la distribution chronologique des fermetures d’ordre dans les terres de la Marche pontificale.

On observe une plus grande précocité des fermetures d’ordre dans la partie centre-méridionale de la Marche. Celle-ci est toutefois traversée par une bande intérieure, orientée selon un axe apennin, caractérisée par des formalisations plus tardives (XVIIIe siècle).

Terres sans fermeture d’ordre : le cas de Sarnano

Palais du Peuple de Sarnano, édifice civique médiéval en brique, avec tour et façade sobre, sans signes aristocratiques.
Palazzo del Popolo de Sarnano, siège civique historique de la communauté.

Dans les terres où une séparation d’ordre ne se produisit pas, des formes de représentation relativement larges se maintinrent. En 1792 encore, le podestat de Sarnano attestait que « Les citoyennetés elles-mêmes sont ici réparties par contrade. », ce qui excluait la reconnaissance d’ordres séparés[104].

La comparaison entre les formes urbaines de Sarnano et celles des terres où s’installa un régime aristocratique montre comment la présence ou l’absence d’un ordre patricien put se refléter dans la structure matérielle des centres des Marches à l’époque moderne — un écart moins perceptible dans les villes, où l’aristocratisation des régimes fut presque généralisée.

Là où un régime patricien se consolida, le centre historique est souvent marqué par la concentration de palais nobiliaires ayant appartenu aux familles de gouvernement[note 61]. À l’inverse, le tissu urbain de Sarnano conserve un plan plus fidèle au modèle bas-médiéval originel, caractérisé par l’absence de palais gentilices et par un bâti simple et uniforme, dominé par les édifices du pouvoir communal[note 62].

Le théâtre civique, édifié dans les premières décennies du XIXe siècle, ne fut pas aménagé dans un palais nobiliaire — comme ce fut souvent le cas pour les théâtres « de condominium » des Marches — mais au sein du Palazzo del Popolo, dans la continuité de la tradition des espaces représentatifs communaux.

Les lignages dans les terres

Les listes mentionnées au lien ci-dessous ont un caractère reconstructif et non exhaustif ; elles visent à illustrer la composition des élites dirigeantes à travers les familles incluses.

Lien vers la liste des lignages dans les « terres » (en italien) : Nobiltà civica nella Marca pontificia – section « Le casate nelle terre »

Note : Les listes détaillées des familles sont conservées sur it.wiki afin de préserver la nomenclature locale et les attributions archivistiques.

Notes et références

Notes

  1. ↑ Pour un cadre général sur les communes médiévales italiennes, voir Maire Vigueur et Faini 2010.
  2. ↑ Déjà Rasi 1937, p. 193–216 avait souligné que « le fondement de la commune est l’armée », entendue comme large milice urbaine où les cives tendaient à se confondre avec les milites. Le thème a ensuite été développé par Maire Vigueur 2004.
  3. ↑ « Nec etiam de ipsorum numerum centum possint, quoquomodo eligi vel assumi aliquis nobilis vel aliquis de genere nobilium et ipsorum nobilium progenie intelligantur esse etiam filiis naturales bastardique » ; trad. : « Et parmi ledit nombre de cent, ne pourra en aucune manière être élu ou admis aucun noble, ni quiconque considéré comme appartenant au lignage et à la descendance des nobles, y compris leurs fils naturels et bâtards »[4].
  4. ↑ Les expériences seigneuriales dans la Marche s’insérèrent dans le polycentrisme territorial préexistant, en s’appuyant sur les institutions communales sans les remplacer. À cet égard, la principauté de Francesco Sforza (1433–1446), étendue de Jesi aux confins du Royaume de Naples, constitue un exemple significatif : elle reposait sur une politique de pactes de dédition conclus non seulement avec les villes, mais aussi avec de nombreux châteaux mineurs. À la fin du Moyen Âge, la seigneurie territoriale apparaît en effet globalement marginale et en voie d’extinction, étouffée par le dense réseau de centres urbains et castraux qui contrôlaient le territoire selon les modèles du contado communal[5]. Pour un aperçu des principales expériences seigneuriales entre les XIVe et XVe siècles dans les Marches, voir Maire Vigueur 1987.
  5. ↑ Le 24 janvier 1587, le pape Sixte V confirma à Jesi la fermeture héréditaire de son Conseil général, déjà établie par le Conseil lui-même le 18 janvier 1575, par le bref Quae pacis et tranquillitatis. Le pontife se limita à confirmer le droit de transmettre son siège consiliaire par voie héréditaire à son fils ou à son parent le plus proche, sans attribuer aucune qualification nobiliaire aux conseillers, lesquels devaient seulement être « les plus aptes et les plus fortunés, appelés à succéder au père et à l’aïeul ». Malgré l’absence d’une attribution nobiliaire formelle, l’Ordre de Malte reconnut la noblesse de nombreux membres des familles consiliaires de Jesi dès la clôture du corps en 1575[11].
  6. ↑ Selon Zenobi, la reconnaissance était « tacitement acquise » lorsque ces dispositions n’étaient pas rejetées par les organes centraux des États pontificaux[1].
  7. ↑ Ainsi nommés parce que leurs membres étaient tenus au secret (crédence) sur les affaires soumises à délibération.
  8. ↑ « Sélection » (du latin cernĕre, « choisir, séparer, distinguer ») désignait un conseil restreint — également appelé « de crédence » — dans l’organisation communale.
  9. ↑ Un cas exemplaire est celui des Scoccianti : attestés comme cives possidentes de Cupramontana dans le cadastre de 1471, ils furent agrégés à la noblesse d’Apiro au début du XVIIIe siècle[1], tout en étant déjà actifs dans les magistratures de Jesi et d’autres communautés de la Marche dès le XVe siècle. Dans la seconde moitié du XVe siècle, des membres de la famille siégeaient au conseil général et au conseil de crédence de Jesi et de son contado ; Nardolo Angelelli — prieur et camerlingue — et ses fils Gabriello Nardoli et ser Francesco Nardoli Angelelli, capitaine de l’un des châteaux de Jesi (Riformanze de Jesi, 1470–1472, in Archetti Giampaolini 1978). La famille dirigeait également le gouvernement de Massaccio, actuelle Cupramontana, avec Cristoforo Scoccia[16]. Au XVIe siècle, les Scoccianti continuèrent d’exercer le notariat[17].
  10. ↑ « Le prince était souvent favorable à l’aristocratisation des conseils (…), dans le cadre toutefois d’une rationalisation politique et territoriale visant à assurer et faciliter le contrôle de la bureaucratie centrale »[12].
  11. ↑ Cives Esini, sudore et sanguine pauperum Comitatensium ditati sunt (« Les citoyens de Jesi se sont enrichis grâce à la sueur et au sang des pauvres du contado »), bulle du pape Pie V du (cité in Berengo 1965).
  12. ↑ « Dès le bas Moyen Âge, la Marche d’Ancône se caractérise par une hiérarchie démographique « aplatie », sans hégémonies nettes. La structure du peuplement — dense en centres de taille moyenne ou petite — rend difficile, voire peu pertinente, une frontière tranchée entre villes et centres secondaires, tant cette distinction tend à s’amenuiser, voire à s’annuler. En effet, beaucoup de centres moyens et modestes présentent, à la fin du Moyen Âge, une structure sociale, un appareil institutionnel et une vie économique de type urbain, sans commune mesure avec les communautés rurales. Pour désigner ces réalités, l’historiographie a proposé l’expression de « quasi-villes »[22]. Voir aussi Zenobi 1982a, p. 61–106.
  13. ↑ « Le caractère de domination directe exercée par l’État pontifical sur les villes restait souvent un fait formel, car il passait par un réseau bureaucratique lourd, tandis qu’en réalité c’était le patriciat local qui orientait les décisions de gouvernement. Si l’on considère la Marche pontificale strictu sensu — à l’exclusion du duché d’Urbino —, l’espace “de l’Esino au Tronto” (des fleuves Esino et Tronto) présente, à la veille de la Révolution française, une fragmentation en une multitude de districts administrés par des gouvernements prélatices, solidement soumis à la juridiction urbaine »[22].
  14. ↑ Au XVIIIe siècle, étaient libres — c’est-à-dire non inféodées et ne dépendant d’aucun autre centre urbain, tout en étant soumises uniquement à l’autorité pontificale — les villes d’Ancona, Fermo, Camerino, Ascoli, Jesi, Fano, Fabriano, San Severino, Loreto, Matelica. S’y ajoutaient les villes et terres relevant du Governo Generale della Marca et du Presidato di Montalto. Le Governo Generale della Marca comprenait notamment : Amandola, Appignano, Apiro, Belforte (auj. Belforte del Chienti), Cingoli, Morrovalle, Osimo, Penna San Giovanni, Recanati, Sant’Elpidio, Castelfidardo, Caldarola, Corinaldo, Monte Alboddo (auj. Ostra), Montevecchio (auj. Treia), Monte Santo, Monte Novo (auj. Ostra Vetere), Montecassiano, Montefilottrano (auj. Filottrano), Montolmo (auj. Corridonia), Montefano, Montegiorgio, Montegranaro, Montelupone, Monte Milone, Monte San Martino, Sarnano, San Ginesio, San Giusto (auj. Monte San Giusto), Serra San Quirico, Staffolo, Tolentino, Urbisaglia, Rocca Contrada. Le Presidato di Montalto incluait : Montalto, Castignano, Force, Montelparo, Montefiore, Montefortino, Monte Gallo, Monte Monaco, Montedinove, Monterubbiano, Offida, Patrignone, Forchia, Ripatransone, Rotella, Santa Vittoria (auj. Santa Vittoria in Matenano). Enfin, s’y ajoutaient 15 communautés baronniales[24].
  15. ↑ « J’observe qu’au Magistrat des terres, déjà au XVe siècle — et avant comme après, ainsi que l’attestent des milliers de documents — on donnait couramment le titre de Nobili, comme on le faisait pour les magistrats des villes. Ce qui aujourd’hui surprendrait dans certaines villes où l’on pense que ce titre est l’apanage exclusif des villes. Pourtant, la condition de ces terres était alors la même qu’aujourd’hui : comme les villes se distinguent des terres, elles s’en distinguaient déjà, sans préjudice des titres de noblesse propres à chacune »[25]. Sur le plan interprétatif, selon Zenobi 1976, dans les terres « la noblesse mineure détenait une force suffisante pour réduire à des portions très modestes le poids et l’espace des autres groupes urbains ». Voir aussi Paoloni 1995.
  16. ↑ La carte exclut les centres de l’aire correspondant aujourd’hui au secteur septentrional des Marches, car entre 1443 et 1631 ces territoires relevèrent du Duché d'Urbin, État autonome mais vassal du Saint-Siège (cf. Treccani, « Urbino »). Pour les Marches, le duché s’étendait sur la majeure partie de l’actuelle Province de Pesaro et d'Urbino (à l’exception de Fano) et sur une portion de l’actuelle Province d'Ancône (aire de Senigallia et des centres aujourd’hui réunis dans Trecastelli). Après la dévolution de 1631 aux États pontificaux, cette aire forma la légation d'Urbino jusqu’à sa suppression lors de l’occupation française en 1808.
  17. ↑ « Vers le milieu du XIVe siècle, après la crise de 1348, la seule ville de taille moyenne-grande, Ancône (peut-être 20 000 habitants), n’exerce pas de rôle hégémonique sur l’arrière-pays — et il en va de même pour Fano, Fermo, Camerino, Ascoli Piceno. Au sud de l’Esino, la vaste zone des Marches centrales compte quelques centres plus significatifs (Fermo, Camerino, mais aussi Fabriano, Recanati, San Severino Marche) qui ne développent toutefois qu’en partie une fonction de “lieux centraux”. Il ne se forme donc pas, à l’époque communale, une hiérarchie urbaine stable : les centres les plus peuplés restent insérés dans un réseau communautaire très articulé — environ soixante-dix centres — composé majoritairement de communautés (nombreuses de type urbain) de 200 à 2 000 familles. On a ainsi parlé de « micro-villes » et de « micro-territoires »[26].
  18. ↑ Terres sans fermeture d'ordre (liste d’après Zenobi 1976, passim) : Ancarano ; Appignano ; Belforte ; Caldarola ; Cossignano ; Force ; Maltignano ; Monte Noro ; Monte San Martino ; Montedinove ; Montefiore ; Montegranaro ; Montemonaco ; Offida ; Patrignone ; Porchia ; Rocca di Monte Varmine ; Rotella ; Santa Maria in Lapide ; Santa Vittoria ; Sarnano ; Staffolo ; Urbisaglia.
  19. ↑ Met fin aux Guerres d'Italie et consacre la suprématie hispano-habsbourgeoise. Pour la Marche pontificale s’ouvre une longue phase de stabilisation politique favorisant la cristallisation des élites urbaines.
  20. ↑ Réforme doctrinale et disciplinaire ; réorganisation diocésaine et renforcement des instruments centraux de gouvernement ecclésiastique. Dans les États pontificaux, accélération de la centralisation (bulle Immensa aeterni Dei, Sixte V, 1588) et rééquilibrage des rapports entre élites urbaines et autorité religieuse. Cf. Treccani.
  21. ↑ Crise de l’Ancien Régime : occupation des territoires pontificaux, uniformisation administrative, abolition des privilèges corporatifs et suppressions ecclésiastiques. Les corps civiques urbains sont profondément réduits ou suspendus.
  22. ↑ Pour les Marches : réactivation de l’autorité pontificale à partir de mai 1814 ; consolidation avec le Congrès de Vienne.
  23. ↑ Réorganisation administrative par motu proprio (1816) : abolition des anciens statuts communaux et des contadi ; création de nouvelles magistratures municipales nommées ; reconnaissance de facto de la prééminence nobiliaire avec ouverture partielle aux non-nobles dans les conseils. Marque la fin juridique des patriciats fermés, tout en préservant leur poids social.
  24. ↑ Plébiscites d’annexion des Marches (novembre 1860) et proclamation du Royaume (17 mars 1861) : cessation de la reconnaissance juridique des privilèges d’ordre ; survivance d’un capital social et d’une influence locale des anciennes familles patriciennes.
  25. ↑ La contraction des recettes « spirituelles » (c’est-à-dire des revenus ecclésiastiques provenant du monde catholique européen) au XVIe siècle, aggravée par la Réforme protestante, contribua à accélérer la territorialisation des finances pontificales : le poids croissant des recettes temporelles rendit nécessaire un renforcement de la fiscalité dans l’État de l’Église, avec une augmentation significative de la charge fiscale dans les provinces italiennes, mise en œuvre à travers un nouvel équilibre contractuel avec les élites municipales, auxquelles demeura confiée l’application et la répartition des impôts[28]
  26. ↑ Prodi 2013 ; voir aussi Ammannati 2020.
  27. ↑ Cf. Moroni 2024. Carocci 2010 : « Dans l’État pontifical, où faisait défaut tout lien stable entre l’État et une dynastie régnante, où le souverain était électif, âgé et donc généralement au pouvoir pour de brèves périodes, où manquait un solide tissu de fidélités féodo-vassaliques, où les officiers et le personnel bureaucratique étaient pour la plupart de condition ecclésiastique et provenaient largement de régions extérieures à l’État, bref dans cette sorte de monarchie élective et collégiale, le gouvernement central avait, plus encore qu’ailleurs, un besoin étroit de la collaboration et de l’appui des oligarchies locales. L’aristocratie, les patriciats et l’ensemble des groupes prééminents trouvaient dans l’Église un solide soutien pour conserver leurs privilèges face à la pression des populaires, et, en définitive, pour se maintenir au sommet des sociétés locales ».
  28. ↑ « Négociations et concessions (entre les patriciats et le gouvernement central pontifical, après l’effondrement des seigneuries), toutes inspirées par une logique d’échange — échange certes inégal, mais néanmoins contracté et bilatéral — qui permirent aux oligarchies locales de maintenir, et souvent même d’élargir en termes réels, des facultés et des pouvoirs que la domination seigneuriale avait certainement comprimés dans leur substance, parfois aussi dans leur forme, et qui retrouvent désormais, face à un pouvoir central lointain, localement sous-représenté et — ce qui importe davantage — presque jamais bien armé, une portée et une vigueur proprement politiques dans des matières décisives : finances, approvisionnement (annone), fiscalité, juridiction, surtout lorsqu’elles se rapportent à ce vaste champ d’action où peuvent désormais s’exercer, dans toute leur plénitude, les prérogatives citadines, à savoir les contadi soumis, reconnus et respectés comme tels par le gouvernement central, et dans lesquels persistera, jusqu’à la chute de l’Ancien Régime, une très large zone de domination médiate »[30].
  29. ↑ Tel est le cas, selon Donati 1977, d’Amandola, dont le statut de 1470 ne fut pas l’œuvre des forces locales, mais de commissaires pontificaux.
  30. ↑ Dans la Marche d’Ancône, cet équilibre prit souvent des formes plus favorables à l’autonomie financière communale que dans d’autres provinces pontificales, comme l’Ombrie, où l’incameramento des recettes et l’envoi de gouverneurs furent plus fréquents. Les sources du XVe siècle montrent qu’en 1477, à Ascoli Piceno, la libre gestion des finances était revendiquée au nom de la coutume marchigiane, tandis qu’à Fano, bien que revenue en 1463 sous la domination directe pontificale avec la cession des recettes, l’autonomie financière fut par la suite rétablie. Des marges significatives d’autonomie fiscale sont attestées également dans les terres de la Marche directement soumises au Saint-Siège[34].
  31. ↑ Dans le lexique juridique de l’époque moderne, merum et mixtum imperium désignait la faculté d’exercer la juridiction civile et pénale sur un territoire (parfois jusqu’à la peine capitale)[37].
  32. ↑ L’exigence d’un mode de vie more nobilium impliquait de ne pas exercer d’arts mécaniques, d’avoir des alliances matrimoniales avec d’autres familles du même rang depuis au moins quatre générations, de posséder une demeure honorable intra muros et de jouir de droits de chapellenie ou de patronage[38].
  33. ↑ En doctrine, l’« acte recognitif » est de nature essentiellement déclarative : il ne crée pas le droit (ou le statut) ex novo, mais en constate l’existence déjà acquise[39].
  34. ↑ « Et les juristes déclaraient noble celui qui était salué comme tel dans sa patrie »[41].
  35. ↑ Les boni homines sont associés à la naissance des communes. À partir du XIe siècle, dans la Marche d’Ancône, les citoyens les plus aisés et instruits — souvent anciens ministeriales dans l’administration féodale épiscopale et cléricale — commencèrent à présider l’administration du peuple (les minores), assumant progressivement la gestion des affaires civiles jusque-là prérogative des institutions ecclésiastiques. Les boni homines constituaient ainsi les cives maiores, siégeant dans les conseils restreints ou spéciaux d’où étaient choisis les consuls ([46]), et dirigeant les questions les plus importantes de la commune en qualité de syndics, procureurs et témoins dans les actes publics majeurs ; ils expérimentèrent des pratiques juridiques et contribuèrent à la laïcisation de l’administration et de la propriété foncière ([47]). À cette aristocratie urbaine embryonnaire s’ajoutèrent ensuite les nobles et milites féodaux urbanisés, formant le groupe des maiores avec l’extension de l’influence communale sur le contado.
  36. ↑ « Même en ce qui concerne le genre de vie, la noblesse des “terres” ne se distinguait pas substantiellement de celle des grandes villes. On pense à la demeure, avec l’inévitable chapelle ou oratoire privé intégré ; [...] aux droits de patronage sur des églises, bénéfices ecclésiastiques, commendes, chapelles ou simples autels ; aux sépulcres familiaux destinés à perpétuer au-delà de la mort la condition nobiliaire des propriétaires ; ou encore aux fidéicommis institués pour éviter la dispersion des patrimoines et assurer la continuité du mode de vie »[12].
  37. ↑ Selon Negri 1841, le patronage était assimilé de fait à un « fief ecclésiastique », puisqu’une portion de la juridiction spirituelle de l’Église était attribuée, parfois héréditairement, à une famille.
  38. ↑ « En comparant les données du XVIIIe siècle avec celles des années 1825–1855, les rapports quantitatifs entre les propriétés des différents groupes sociaux n’ont pas subi de modifications significatives »[1].
  39. ↑ (it) Circolare del 1831 di papa Gregorio XVI, 128–129 p. (lire en ligne): « Les conseils communautaires des localités où subsiste une distinction d’ordres devront se composer, pour un tiers, de nobles possédants, pour un autre tiers, de possédants non nobles, et, pour le dernier tiers, de personnes relevant des autres classes éligibles. »
  40. ↑ « Du point de vue institutionnel, à peine une ombre ténue de l’Ancien Régime subsistait dans les identités d’ordre des noblesses »[68],[69].
  41. ↑ La présence nobiliaire au sein de la classe dirigeante du nouvel État unitaire demeura longtemps significative : lors de la première législature du Royaume d’Italie (1861-1865), les nobles représentaient 29,4 % des parlementaires élus ; au sein de la Droite historique, au gouvernement durant les quinze premières années postunitaires, près de la moitié des membres appartenait à l’aristocratie. Vers la fin du XIXe siècle encore, environ un quart des députés était d’origine noble[68]. Pour un cadre général sur la persistance des élites d’Ancien Régime dans le nouveau contexte national, voir également Mayer 1999, p. 149–150.
  42. ↑ Ancona (Patrizio di ; Nobile di) – Arcevia, anciennement Roccacontrada (Nobile di) – Ascoli (Patrizio di ; Nobile di) – Camerino (Patrizio di ; Nobile di) – Cingoli (Nobile di) – Corinaldo (Nobile di) – Fabriano (Nobile di) – Fano (Patrizio di ; Nobile di) – Fermo (Patrizio di ; Nobile di) – Filottrano (Nobile di) – Jesi (Nobile di) – Loreto (Nobile di) – Macerata (Patrizio di ; Nobile di) – Matelica (Nobile di) – Montalto (Nobile di) – Numana (Nobile di) – Osimo (Nobile di) – Ostra, anciennement Montalboddo (Nobile di) – Recanati (Nobile di) – Ripatransone (Nobile di) – San Severino (Patrizio di ; Nobile di) – Tolentino (Patrizio di ; Nobile di) – Treia, anciennement Montecchio (Nobile di).
  43. ↑ Civitanova Marche ne connut pas une autonomie communale accomplie, ayant été d’abord érigée en marquisat puis en duché au profit des Cesarini et ensuite des Sforza-Cesarini ; dépourvue de conseils dotés de pouvoirs juridictionnels, elle ne développa pas de régime aristocratique. Lorette doit son élévation au rang de ville au sanctuaire ; bien que communauté immediata subiecta, elle ne connut jamais de fermeture d’ordre. Numana, enfin, demeura pendant presque tout l’Ancien Régime un château soumis à Ancône, donc une communauté mediata subiecta, dépourvue d’autonomie et de pouvoirs juridictionnels, conditions nécessaires — avec la fermeture d’ordre — pour parler de noblesse civique[70].
  44. ↑ Pour la liste complète des patriciats reconnus par l’Ordre de Malte et des noblesses civiques reconnues par la Consulta Araldica, voir NormeSMOM 1978 et Quadri di Cardano 2021.
  45. ↑ « Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le jésuite Domenico Gamberti entreprit un relevé général des familles nobles d’Italie qui donna un résultat particulièrement éloquent : la majorité des familles recensées, soit près de 87 % du total, appartenait à une aire comprise entre Côme et Volterra, au sein de laquelle la seule noblesse des États pontificaux dépassait 41 % »[71].
  46. ↑ Selon Aymard 1986, la présence de la noblesse patricienne constitue, durant les siècles de l’Ancien Régime, « le phénomène le plus important de l’histoire sociale italienne ».
  47. ↑ « Bloc oligarchique comme aboutissement historique du particularisme et comme structure porteuse de cinq ou six siècles de vie de la société italienne » [72]. Voir également la vaste enquête de Mozzarelli 1976 sur les patriciats urbains de l’Italie centre-septentrionale.
  48. ↑ Cammarosano 1997 analyse la formation et la stabilisation des groupes dirigeants urbains, identifiant le XIIIe siècle comme une phase décisive. Selon l’auteur, entre la fin du XIIIe siècle et les premières décennies du XIVe, les élites communales connurent un processus croissant de fermeture et de rigidification, avec l’émergence d’orientations consciemment oligarchiques. Voir également Ventura 1964.
  49. ↑ « Il ne s’agit évidemment pas de nier l’importance et la signification des institutions républicaines […] Toutefois, partout […] l’aristocratisation semble constituer un moment nécessaire, presque physiologique, dans la vie de la commune. » [73]. Voir aussi Bertelli 1978 et Castelnuovo, Bordone et Varanini 2004.
  50. ↑ « L’attitude mentale des oligarchies est profondément imprégnée de l’esprit factionnel qui leur a donné naissance » [74].
  51. ↑ « L’affirmation historique des classes […] apparaît indissociable du maintien de fait d’une condition politique — le particularisme » [36].
  52. ↑ « Dans une grande partie de l’Europe, la noblesse était définie par le service du roi ou par la possession de titres, tandis qu’en Italie, et plus particulièrement dans les villes-États, le statut nobiliaire était lié aux charges civiques et à la participation au gouvernement. Le cas italien représente ainsi une forme spécifique d’aristocratie urbaine ou “républicaine” » [81].
  53. ↑ Cette voie intermédiaire, liée au caractère largement rural de la région — à l’exception de la vocation marchande marquée de la République d’Ancône — caractérisa dès l’origine les communes de l’intérieur[96] : la propriété foncière connut des recompositions continues sous l’hégémonie urbaine et celle des maiores, groupe qui, tout en évoluant et en intégrant à des degrés variables des apports féodaux, conserva longtemps la primauté sur la ville et le contado.
  54. ↑ Pour une analyse des dynamiques de fermeture des ordres urbains, voir Zenobi 1994, p. 109–131.
  55. On suppose que le régime patricien se maintint jusqu’en 1816, en excluant la période napoléonienne (1798–1799 ; 1808–1814 ; total 9 ans ; voir [Chronologie des occupations napoléoniennes et des restaurations pontificales). Le Motu proprio de Pie VII (1816) ne rétablit pas un patriciat fermé de droit, tout en réintroduisant de facto des prééminences nobiliaires dans les nouvelles administrations municipales, consultatives et de nomination pontificale. Les durées marquées « ≈ 60 » indiquent une estimation conventionnelle, calculée pour des fermetures datées génériquement du XVIIIe siècle : l’année 1750 est prise comme repère.
  56. ↑ Insérée en 1776 parmi les villes dont l’aristocratie était jugée apte à la « preuve bicentenaire » exigée par la Vénérable Langue d’Italie de l’Ordre de Malte, Loreto précisa que son régime n’avait jamais prévu de séparation d’ordre[99]
  57. ↑ Comprenant 513 familles pour un total estimé à environ 2 500 individus, sur une population de la Marche pontificale qui, à la fin du XVIIIe siècle, était d’environ un demi-million de personnes. Voir (it) F. Corridore, La popolazione dello Stato Romano (1656-1901), Rome, .
  58. ↑ Pages de Zenobi 1976 indiquant la période de séparation d’ordre : Amandola p. 124 ; Apiro p. 223 ; Castignano p. 227 ; Monteleone di Fermo (Monte Lupone) p. 194 ; Montecassiano p. 191 ; Montefiore p. 229 ; Montefortino p. 221 ; Montegiorgio p. 147 ; Montelparo p. 204 ; Monte Milone (aujourd’hui Pollenza) p. 106 ; Montenovo (aujourd’hui Ostra Vetere) p. 166 ; Monterubbiano p. 131 ; Montesanto (aujourd’hui Potenza Picena) p. 163 ; Montolmo (aujourd’hui Corridonia) p. 153 ; Monte San Pietrangeli p. 232 ; Morrovalle p. 203 ; Penna San Giovanni p. 211 ; Roccacontrada (aujourd’hui Arcevia) p. 101 ; San Ginesio p. 113 ; San Giusto (aujourd’hui Monte San Giusto) p. 225 ; Serra de’ Conti p. 172 ; Serra San Quirico p. 176.
  59. ↑ La date de fermeture d’ordre à Castelfidardo demeure incertaine : Zenobi 1976, p. 185, ne la place pas avant le XVIIIe siècle, tandis que Moroni 2015 situe l’aristocratisation des conseils dès la fin du XVIe siècle. Dans cet article, on retient la date de 1575 proposée par Moroni, tout en signalant la chronologie différente avancée par Zenobi.
  60. ↑ Zenobi 1976, p. 127 — le statut consacre l’hérédité des charges : « filii in locum parentum et fratres in locum fratrum, et nepotes in locum patruoru, dummodo sufficientia et aetate vigintiquinque annorum habiles et idonei reputati et approbati fuerint in Concilio Generali substituantur ac pariter subrogentur. Et ubi filii, fratres aut nepotes deficerent…Doctores et Equites quibus primus locus decernat », trad. : « Que les fils prennent la place des pères, les frères celle des frères et les neveux celle des oncles paternels, pourvu qu’ils aient des moyens suffisants et vingt-cinq ans accomplis, et qu’ils soient tenus pour aptes et approuvés par le Conseil général ; et, à défaut de fils, frères ou neveux… qu’on choisisse des docteurs (in utroque iure) et des chevaliers, auxquels reviendra la première place. »
  61. ↑ Voir Zenobi 1976, p. 271, à propos des palais nobiliaires dans les terres : « Il s’agit des seuls édifices du XVIIIe siècle — ou antérieurs — qui, avec ceux destinés au siège communal ou aux services du culte, dominaient par leurs dimensions et par la qualité de leur facture l’ensemble des autres constructions et qui contribuent encore aujourd’hui à conférer aux localités qui les abritent un aspect particulier et reconnaissable entre tous ».
  62. ↑ « Pour le reste, comme le prescrivaient les lois communales, les maisons ont été construites en respectant des hauteurs déterminées […]. L’architecture est simple et uniforme : les palais gentilices en sont totalement absents »[105]. Voir Maire Vigueur 2023 pour une analyse de la structure urbaine des villes communales italiennes.

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Répertoires et ouvrages tertiaires

  • (it) Carmelo Arnone et Vittorio Burattini, Dizionario della Nobiltà, dei Titoli e degli Stemmi delle Famiglie Marchigiane, Ancône, Tip. Venturini,
  • (it) Collegio Araldico, Libro d’Oro della Nobiltà Italiana, 2015–2019 (lire en ligne)
  • (it) Vittorio Spreti, Enciclopedia storico-nobiliare italiana, Sala Bolognese, Arnaldo Forni Editore, (ISBN 9788827105184, OCLC 23500441)
    Ristampa anastatica dell’edizione 1928–1936 (8 voll. + Indice), opera in 9 volumi
    (ACNP)
  • (it) Angelo Squarti Perla, Titoli e nobiltà nell’Umbria, Gambini, (ISBN 9788867861033)
  • (it) Angelo Squarti Perla, Titoli e nobiltà nelle Marche, Gambini Editore, (ISBN 9788867861378)

Périodiques du Collegio Araldico

  • (it) Collegio Araldico, « Rivista Araldica », Rivista Araldica, vol. 23, no 6,‎ (ISSN 0035-5771)
  • (it) Collegio Araldico, « Rivista Araldica », Rivista Araldica, vol. 22, no 10,‎ (ISSN 0035-5771)
  • (it) Collegio Araldico, « Rivista Araldica », Rivista Araldica, vol. 24, no 11,‎ (ISSN 0035-5771)
  • (it) Collegio Araldico, « Rivista Araldica », Rivista Araldica, vol. 28, no 10,‎ (ISSN 0035-5771)

Voir aussi

Articles connexes


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