Oikiste

Un oikiste ou œciste[1] (en grec ancien : οἰκιστής) était l'individu choisi par une polis grecque antique comme chef du groupe chargé de fonder une nouvelle colonie. Il est investi du pouvoir de choisir un lieu d'installation, de diriger les travaux initiaux des colons et de guider la colonie naissante à travers ses premières années difficiles[2].

L'oikiste est le fondateur (κτίστης / ktístês) d'une cité (πόλις / pólis)[3],[4],[N 1]. À la suite notamment des travaux de François de Polignac, l'oikiste tend à être défini comme la figure — historique ou mythique[6] mais toujours humaine et masculine[7] — à laquelle la cité voue un culte héroïque — le culte oikistique[8] — dont le lieu particulier est le hérôon, monument qui lui est dédié, généralement situé sur l'agora et parfois caché à la vue des citoyens[9].

La polis d'origine (métropole) a donné à un oikiste (fondateur de colonies) la mission de préparer et de diriger l'expédition en Italie ou dans d'autres régions de la Méditerranée. L'oikiste était généralement très connu dans son lieu d'origine, la plupart du temps il était issu d'une famille noble. Avant l'expédition, il devait garantir la protection des dieux. Il se rendait donc dans un sanctuaire, généralement celui du dieu Apollon à Delphes, et se faisait confirmer par le dieu la destination de son voyage. Par l'intermédiaire de ses prêtres, le dieu prononçait des révélations[10].

Conformément aux structures sociales de l'époque archaïque, la direction proprement dite d'une fondation de ville grecque était régulièrement entre les mains d'un noble qui, en tant qu'oikiste (ou aussi archegète), commandait ses compagnons de route (hetairoi), fixait les règles de la vie commune dans l'apoikie et était responsable de la répartition des terres sur place. Selon Oswyn Murray, environ 200 émigrants, qui ne devaient pas tous provenir du même groupe de citoyens, étaient nécessaires pour une nouvelle fondation. En règle générale, il s'agissait d'hommes célibataires en âge de porter les armes[11].

Un oracle est consulté lors des délibérations pour le choix d'un oikiste[12]. Après avoir été nommé et chargé de fonder une colonie, celui-ci consulte également l'oracle de Delphes[12],[13]. Par sa consultation de l'oracle, l'oikiste est personnellement désigné comme tel et investi d'une autorité religieuse[14],[15] que fait de lui un autocrate[16],[15] pour toutes les étapes de la fondation de la colonie[14],[16]. Il réunit, en sa personne, les fonctions de roi, de prêtre, de législateur et de chef militaire[15]. La période de fondation de la colonie s'achève à la mort de l'oikiste[17]. Il n'est pas remplacé par un nouvel autocrate[17]. Il reçoit le titre d'archégète (ἀρχηγέτης)[18] et est inhumé sur l'agora[18]. Il est héroïsé et un culte lui est accordé[17]. Celui-ci est un culte public[19] et est comméré chaque année[18].

En raison de leur autorité, les oikistes se sont souvent vu accorder leurs propres cultes après leurs morts, et leurs noms sont conservés même lorsque tous les autres détails de la fondation d'une colonie ont été oubliés.

Parmi les oikistes connus, on peut citer :

Étymologie

En grec ancien, οἰκιστής / oikistês (« celui qui fait habiter ») est le nom d'agent associé au verbe d'action οἰκίζω / oikízô (« faire habiter »), dénominal de οἶκος / oîkos (« maison »)[25],[26],[27]. Le substantif est attesté au Ve siècle av. J.-C.[28]. Ses premières occurrences connues se trouvent chez Pindare[28] : dans la septième[S 1] de ses Olympiques ainsi que dans la première[S 2] et la quatrième[S 3] de ses Pythiques.

Œciste éponyme

D'ordinaire, l'œciste ne donne pas son nom à la cité. Comme Platon le rappelle, la cité tire son nom de la topographie (lieu, rivière, source), d'une divinité ou d'un héros, ou de circonstances particulière[30]. Pourtant, deux œcistes éponymes sont attestés dans le Pont-Euxin : Phanagoras pour Phanagoria et Hermon pour Hermonossa[30].

Œciste mythique

Dans sa Description de la Grèce, Pausanias témoigne de ce qu'au IIe siècle apr. J.-C., des cités d'Ionie prétendent — ou ont prétendu — avoir, pour œciste(s) mythiques(s), un ou deux Codrides, fils ou descendants de Codros, le dernier des rois d'Athènes[31]. Selon cette tradition : Nélée est l'œciste de Milet ; Kyarétos, celui de Myonte ; Aipytos, celui de Priène ; Androclos, celui d'Éphèse ; Damasichthon et Prométhos, ceux de Colophon ; Andraimon, celui de Lébédos ; Damasos et Naoklos, ceux de Téos ; et Kléopos, celui d'Érythres[31].

Œciste d'un synœcisme

À Athènes, à la suite de l'invention par Cimon des reliques de Thésée, celui-ci devient l'œciste officiel de la cité[32]. Il en reçoit les honneurs. La fondation qui lui est attribuée est le synœcisme de douze villes préexistantes en une seule[33]. Athéna reste l'archégète de la cité[34].

Rome antique

Dans la Rome antique, à l'époque médio-républicaine (VIe – IIIe siècles av. J.-C.)[35],[36], les Romains suivent, pour la fondation de leurs colonies, le modèle colonial grec[37]. Le Sénat désigne une commission trumvirale (triumviri coloniae deducendae)[37], chargée d'installer les colons sur le territoire d'une nouvelle colonie, et dont les fonctions correspondent à celles de l'œciste grec[37]. Seul un des trois trivumvirs dispose de l'imperium et des auspicia le jour de la fondation de la colonie[37].

Notes et références

Notes

  1. Un comptoir (ἐμπόριον / empórion) n'a pas d'oikiste[5].

Sources antiques

  1. Pindare, Olympiques, p. VIII, 30[29] : Tlépolème, fils d'Héraclès, est œciste de Rhodes.
  2. Pindare, Pythiques, p. I, 31[29].
  3. Pindare, Pythiques, p. IV, 6[29].

Références

  1. Villard 2022, introd., no 1, p. 97.
  2. Dillon & Garland, Matthew Dillon et Lynda Garland, Ancient Greece: Social and Historical Documents from Archaic Times to the Death of Alexander Routledge sourcebooks for the ancient world, Taylor & Francis, (ISBN 978-0-415-47330-9, lire en ligne), p. 50
  3. Chantraine 2009, s.v. οἶκος, [II] (« Dérivés »), C (« Verbes dénominatifs »), 2 (« οἰκίζω »), p. 782, col. 2.
  4. Queyrel-Bottineau et Queyrel 2021, s.v. ktistès (κτίστης), p. 127, col. 2.
  5. Kotsonas et Mokrišová 2019, p. 231.
  6. Fariello 2025, p. 31.
  7. Polito 2025, p. 14.
  8. Polito 2025, p. 14, n. 4.
  9. Fariello 2025, p. 37.
  10. (it) Mario Lazzarini (trad. de l'italien), Giorni di Magna Grecia, Taranto, Scorpione Ed, coll. « Il giocastoria », (ISBN 978-88-8099-027-7), p. 17
  11. (de) Oswyn Murray et Oswyn Murray, Das frühe Griechenland, Dt. Taschenbuch-Verl, coll. « dtv-Geschichte der Antike / hrsg. von Oswyn Murray », (ISBN 978-3-423-04400-4)
  12. Nigel Guy Wilson, Encyclopedia of Ancient Greece, New York, Psychology Press, , 177 p. (ISBN 0-415-97334-1)
  13. (en) Kurt A. Raaflaub et Hans van Wees, A Companion to Archaic Greece, John Wiley & Sons, (ISBN 978-1-118-55665-8)
  14. Malkin 1987, introd., p. 2.
  15. Malkin 1987, introd., p. 5.
  16. Malkin 1987, introd., p. 3.
  17. Malkin 1987, introd., p. 13.
  18. Malkin 1987, introd., p. 11.
  19. Malkin 1987, introd., p. 12.
  20. Bouali 2021, sec. 1.
  21. Jacquemin 1996, p. 19-20.
  22. Jacquemin 1996, p. 20.
  23. Damet 2025, IIe partie, chap. 5, sec. III, § 1, p. 81.
  24. Jacquemin 1996, p. 19.
  25. Brouillette 2017, sec. 2, no 17, p. 39.
  26. Casevitz 1985, p. 104.
  27. Casevitz 1991, p. 10.
  28. Descœudres 2008, p. 290.
  29. Descœudres 2008, p. 290, n. 7.
  30. Jacquemin 1996, p. 21.
  31. Vanschoonwinkel 1991, p. 371.
  32. Vidal-Naquet et Lévêque 1964, p. 120.
  33. Vidal-Naquet et Lévêque 1964, p. 97, n. 4.
  34. Vidal-Naquet et Lévêque 1964, p. 70.
  35. Humm 2023, introd., p. 103.
  36. Humm 2023, sec. 2, p. 114.
  37. Humm 2023, sec. 5, p. 134.

Bibliographie

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