Opioïde

Un opioïde est une substance chimique qui agit sur les récepteurs opioïdes (ou récepteurs opiacés). Historiquement, les premiers opioïdes connus étaient également des opiacés (dérivés naturels ou semi-synthétiques de l'opium, issu du pavot somnifère - comme la morphine ou la codéine), mais il en existe également dans d'autres organismes (peptides opioïdes), y compris l'être humain (ex : endorphine), et de nombreuses molécules purement synthétiques ont été découvertes (fentanyl, nitazènes, orphines...).

Ce sont tous des psychotropes avec une action fonctionnellement similaire à celle de l'opium : ce sont à divers degrés des anesthésiants et euphorisants, dépresseurs du système nerveux central, toxiques à haute dose et fortement addictifs. Les opioïdes de synthèse en particulier peuvent être considérablement plus puissant que les opioïdes naturels (le fentanyl est environ 100 fois plus puissant que la morphine), et la dépendance qu'ils induisent, tant physique que psychique, est un facteur de la crise des opioïdes qui se développe depuis le début du XXIe siècle.

Histoire

L'usage de l'opium, latex issu du pavot somnifère, est attesté dès l'antiquité. On en retrouve une préparation à usage médical sous la plume de Paracelse, une teinture alcoolique qu'il appelle laudanum. La première interdiction de l'opium remonte au début du XVIIIe siècle en Chine, et conduira au XIXe aux guerres de l'opium. La morphine, principal composé actif de l'opium, est isolée en 1804, son dérivé l'héroïne, premier opioïde semi-synthétique, est découvert en 1874. L'usage de la morphine comme antalgique se répand entre le XIXe et le XXe siècle, avant son interdiction dans le cadre de la lutte contre le trafic de stupéfiants au milieu du XXe siècle.

La première loi américaine qui restreint la vente d'héroïne, de morphine et de cocaïne est le Harrison Narcotics Tax Act de 1914[1].

Alors que le traitement de la douleur est un sujet peu important pour les responsables de santé et que les médecins généralistes sont peu formés sur la dépendance ou la douleur, les campagnes promotionnelles des médicaments antidouleurs opioïdes rencontrent un grand succès commercial et éveillent peu de soupçons. Ce n'est qu'en 2006 qu'une forte augmentation du nombre de surdoses alarme le corps médical[2].

En 2017, une enquête réalisée conjointement par différents journaux établit la responsabilité de l’industrie pharmaceutique dans l'épidémie d’opioïdes aux États-Unis. Plus de 200 000 Américains sont morts par overdose de cette substance entre 2000 et 2016. Le nombre de morts annuel est en augmentation constante[3].

En 2018, les États-Unis comptent près de 23 millions d'adultes inactifs entre 25 et 54 ans. Un nombre croissant d'économistes et de politiques accusent les opioïdes d'être responsables d'une part importante de ce phénomène. Avec 5 % de la population mondiale, le pays consomme 80 % des opioïdes, selon les chiffres du prix Nobel d'économie Angus Deaton. L'épidémie, qui a fait en 2017 près de 72 000 morts par overdose, a aussi frappé le marché du travail, en éloignant de l'emploi des victimes souvent précaires ; selon l'économiste de Princeton Alan Krueger, près d'un quart du déclin de la participation au marché du travail est imputable à la consommation de ces analgésiques ; ses travaux montrent que près de la moitié des hommes de 25 à 54 ans sortis du marché de l'emploi prenaient quotidiennement des médicaments contre la douleur, et, dans les deux tiers des cas, des médicaments sur ordonnance[4].

En Europe, la consommation augmente aussi au début du XXIe siècle, bien que dans de moindres proportions. En 2018, 12 millions de Français auraient consommé des opioïdes (dont 11 millions de consommateurs d'opioïdes « faibles »). Les conséquences sont similaires : il y a alors plus d'overdoses par médicaments opioïdes que par l'usage de drogues illégales, ce qui conduit d'après l'Observatoire français des médicaments antalgiques à une moyenne d'au moins cinq décès par semaine en France[5].

Pathologies induites

Même à petite dose, ils induisent souvent une constipation nommée constipation induite par les opioïdes et qui fait partie des troubles gastro-intestinaux fonctionnels.

Les opioïdes sont généralement addictifs. Les effets de dépendance sont très élevés même à faible dose, que les formes soient de synthèse ou d'origine naturelle.

L'État de l'Oklahoma a déposé plainte contre certains fabricants en dénonçant les médicaments contenant de telles molécules.

Pertinence thérapeutique

Les opioïdes ont un effet statistiquement significatif, mais faible et cliniquement non pertinent, sur les dimensions physiques de la qualité de vie liée à la santé, tandis qu'il n'y a aucun effet sur les dimensions mentales chez les patients souffrant de douleurs chroniques non malignes, pendant les premiers mois de traitement[6]. Dans la pratique clinique, les prescriptions d'opioïdes pour le traitement des douleurs chroniques non cancéreuses doivent être évaluées individuellement car leur efficacité globale dans l'amélioration de la qualité de vie n'est pas confirmée[6]. La durée du traitement aux opioïdes doit être déterminée avec soin, car cette revue se concentre principalement sur les premiers mois de traitement[6].

Liste

Notes et références

  1. (en) « Heroin, Morphine and Opiates », sur history.com, (consulté le ).
  2. Luc Olinga, « L'OxyContin, l'antidouleur de Purdue Pharma par lequel la crise des opiacés est arrivée », sur letemps.ch, (consulté le ).
  3. « Épidémie d’opioïdes aux États-Unis : l’industrie pharmaceutique au banc des accusés », sur CourrierInternational.com, (consulté le )
  4. La crise des opioïdes, un défi pour le marché du travail américain, Les Échos, 31 août 2018.
  5. « Surdoses aux opiacés la France dans l'urgence », sur Libération,
  6. (en) Karl V. L. Kraft, Teresa Backmund, Leopold Eberhart et Ann-Kristin Schubert, « Does opioid therapy enhance quality of life in patients suffering from chronic non-malignant pain? A systematic review and meta-analysis », British Journal of Pain, vol. 18, no 3,‎ , p. 227-242 (ISSN 2049-4637, PMID 38751560, PMCID PMC11092930, DOI 10.1177/20494637231216352, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

Bibliographie

  • Marcel Garnier, Valery Delamare, Jean Delamare, Thérèse Delamare et al., Dictionnaire des termes de médecine, Paris, Maloine, , 26e éd., 991 p. (ISBN 978-2-224-02681-3, OCLC 859950775, BNF 37115504).
  • Dale Purves, George J. Augustine, Fitspatrick David, W. C. Hall, Lamantia, Anthony Samuel, James O. McNamara et al. (trad. de l'anglais), Neurosciences, Bruxelles, De Boeck, coll. « Neurosciences & cognition », , 4e éd. (ISBN 978-2-8041-6326-6, BNF 42466967).

Articles connexes

Liens externes

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