Ouled Sidi Hadjeres

(fr) Ouled Sidi Hadjeres
(ar) أولاد سيدي هاجرس
Image illustrative de l’article Ouled Sidi Hadjeres
Carte tribale, les Ouled Sidi Hadjeres sont orthographiés "O.S Hazrech" au nord-ouest de la Hodna

Période XIVe siècle
Ethnie Arabes, Banu Hilal
Langue(s) Arabe
Religion Islam
Population maximale 2021 habitants (1879)[1]
Villes principales Sidi Hadjeres, M'Sila
Région d'origine Arabie, Najd
Région actuelle Drapeau de l'Algérie Algérie

Ouled Sidi Hadjeres (en arabe : أولاد سيدي هاجرس) est une tribu algérienne d'origine arabe hilalienne, dont le territoire historique se situe dans la commune de Sidi Hadjeres, une commune de la wilaya de M'Sila en Algérie.

Origines

Les Oulad Sidi Hadjeres sont issus des Banu Hilal. Leur nom indique un lien avec un ancêtre ou un personnage vénéré appelé Sidi Muhammed Ben Ali[2]. « Sidi » est un titre honorifique signifiant « mon seigneur » ou « saint » en arabe, souvent attribué à des chefs religieux ou des personnages respectés[3]. Ils proviennent originellement de la région du Najd en Arabie.

Étant une tribu arabe, les Ouled Sidi Hadjeres descendent directement des Banu Yazid. Les Banu Yazid descendent eux-mêmes des Zoghba, une des trois branches de la grande tribu des Banu Hilal. Les Ouled Sidi Hadjeres est donc une tribu arabe qui trouve la racine de ses ancêtres dans le Najd et le Hedjaz, des régions de la péninsule arabique. Ils sont considérés comme des Adnanites (Arabes du Nord)[2].

Cependant, comme d'autres tribus du Maghreb, les Ouled Sidi Hadjeres sont parfois considérés comme descendants du prophète par le biais de sa fille Fatima Zahra[4]. Cette version est toutefois remise en question par les écrits de Ibn Khaldoun qui l'affilie à Yazid Ibn Zoghba[5].

Territoire

Situé au sud-est d'Aumale, proche de M'Sila mais également près de la frontière du département de Constantine, se trouve la tribu des Oulad Sidi Hadjeres dans la commune de Sidi Hadjeres. Leur territoire est situé dans le bassin du Hodna, une région connu pour être plate et aride, souvent sujette aux mirages estivaux. La végétation y est extrêmement rare. En ce qui concerne les ressources en eau, la région possède seulement quelques ruisseaux asséchés en été et quelques rares sources[6].

Histoire

Arbre généalogique des Banou Souleim et Banou Hilal.

Fondation des Ouled Sidi Hadjeres (XIeXIIIe)

Originaire de la commune de Sidi Hadjeres, les Ouled Sidi Hadjeres (أولاد سيدي ھجرس) sont les descendants de Muhammad ben Ali; surnommé Sidi Hadjeres. C'est une tribu arabe installée dans la Hodna et plus précisément dans la wilaya de M'Sila en Algérie. La tribu est une sous branche de la grande confédération tribale des Banu Hilal qui a migré en Algérie depuis l'Arabie à la fin du 11ème siècle.

Ascendant et généalogie

Muhammad Ibn Ali, fondateur et père de la tribu en question, est surnommé Sidi Hadjeres. Le terme "Hadjeres" est un laqab (surnom honorifique) qui pourrait signifier "renardeau" (هجرس) en arabe ancien[7]. Il est considéré comme un saint par ses grandes connaissances dans les sciences religieuses islamique. Son nassab (lignée) est : « Muhammad Ibn Ali Ibn Abu al-Fadl Ibn Musa Ibn Zughli Ibn Rizq Ibn Malik Ibn Abd al-Qawi Ibn Abdallah Ibn Muhammad Ibn Said Ibn Abdallah Ibn Muhammad Ibn Abdallah Ibn Mahdi Ibn Yazid Ibn Abs Ibn Zoghba Ibn Abi Rabi'a Ibn Nahik Ibn Hilal Ibn Amer Ibn Sa'sa'a Ibn Mu'awiya Ibn Bakr Ibn Hawazin Ibn Mansur Ibn Ikrimah Ibn Khasafa Ibn Qays Aylan Ibn Mudar Ibn Nizar Ibn Ma'ad Ibn Adnan »[5][8].

C'est un noble venant de la famille de Yazid Ibn Zoghba. Sidi Hadjeres est cité dans Kitab al-Ibar, un livre de l'historien Ibn Khaldoun, comme étant un shaykh de la tribu des Banu Yazid ayant rejoint le mouvement de Saadah al-Ryahi (shaykh des Ryah). Après la chute du califat almohade, un déclin général s’est produit dans différentes régions du Maghreb. Les régions du Zab, du Righ et d’autres encore étaient touchées par des affrontements tribaux et des guerres intestines, plongeant les populations locales dans la peur, l’immoralité ainsi que le désordre. C’est dans ce chaos que Cheikh Sa‘ada al-Riyahi apparaît, un savant arabe ayant acquis sa science auprès de maîtres soufis comme Abu Madyan. Il s’entoure de disciples et de compagnons, dont Sidi Hadjeres (Hadjeres Ibn Ali al-Yazidi). Ils sont surnommés les « Sunnites ». Il s’agit d’un mouvement armé ayant pour but de défendre et de faire revivre la sunna, d’éradiquer les mauvaises pratiques, de sauver les populations des injustices, mais aussi de combattre les brigands dans la région afin de sécuriser les routes [9]. Plus tard, le mouvement se dissipe à la suite de la mort de Cheikh Sa‘ada al-Riyahi lors d’un affrontement, mais ses préceptes ainsi que son mouvement participent à la transformation de la région au profit du sunnisme malikite et à l'encontre de l'ibadisme[10]. Depuis, les Ouled Sidi Hadjeres font partie de l'ordre des Rahmaniyya.

On sait aussi que différentes fractions tribales de la région ont formé une confédération, portant le nom des Aribs, sous l'autorité de Sidi Hadjeres. Cette confédération se rendit maîtresse de tout le Hodna jusqu'à la mort de Sidi Hadjeres, après quoi les Aribs se dispersèrent dans la région[11].

Une tribu puissante et privilégiée dans le Tell (XIIIeXVIIe)

Les Banu Yazid, fils de Zoghba, tenaient un haut rang parmi les autres tribus de la même origine, tant par leur nombre que par la noblesse de leur caractère. Les gouvernements établis cherchaient toujours à se les concilier; et parmi tous les Arabes, les Banu Yazid furent les premiers à obtenir de l'état la jouissance d'une certaine portion du territoire dans l'intérieur du Tell. Ainsi les Hafsides leur donnèrent des fiefs dans le Hamza, pays faisant partie du territoire de Bougie et touchant aux régions occupées par les Riyah et les Athbaj. Pour s'établir dans leurs nouvelles possessions, les Banu Yazid traversèrent les défilés qui mènent aux plateaux du Hamza et pénétrèrent jusqu'au Dehous et à Bani Hacen. Ils occupèrent ensuite les plaines et les pâturages de ces contrées, et prêtèrent leurs services à l'état quand il s'agissait de faire payer l'impôt aux populations berbères sanhadjiennes et zouaouiennes. Chaque fois que le gouvernement de Bougie se trouvait trop faible pour entreprendre le recouvre ment des impôts dans ce pays, les Banu Yazid se chargeaient de cette opération et s'en acquittaient très bien. Cette conduite leur mérita de nouvelles marques d'honneur, et la concession d'une grande partie du territoire où ils se trouvaient[5].

Résistance face aux invasions étrangères (XVIIeXIXe)

Dans son histoire, la tribu des Ouled Sidi Hadjeres, réputés pour leur maîtrise équestre, se distinguent par leur impressionnante cavalerie, forte de 2 000 chevaux (1853)[12], a toujours su avoir un rôle contre les invasions étrangères en Algérie. On peut recenser des affrontements entre la tribu et les Turcs ottomans[13] mais aussi contre les troupes françaises. La tribu était vassal de la régence d’Alger et plus précisément du Beylik du Titteri.

Ce n’est qu’en 1843 que l’occupation française entre en contact avec la tribu des Ouled Sidi Hadjeres, treize ans après le début de la colonisation. On recense en 1862 le meurtre d’un Français dans les montagnes de Tirzaz, sur le territoire de la tribu, après que celui-ci s’était rendu à M'Sila pour y faire des achats de bétail[14]. Mise à part cela, ils restèrent relativement soumis à l’autorité française jusqu’en 1864, date à laquelle une partie de la tribu rejoignit les rangs du cheikh Si Slimane Ben Hamza, caïd des Ouled Sidi Cheikh al-Ghraba, pour se révolter contre l’autorité française. Cependant, les dissidents qui avaient rejoint leurs rangs furent battus par les généraux français Liebert et Margueritte à Djelfa[15].

Par la suite, en 1871, les Ouled Sidi Hadjeres se rallièrent avec ardeur à la cause des kabyles des Aït Mokran lors de leur insurrection, connue sous le nom de révolte de Mokrani. C’est le caïd Lamri Ben Lamri, chef de la tribu des Sidi Hadjeres, qui décida de rejoindre les rangs de Boumezrag après la mort du cheikh al-Mokrani afin de poursuivre la révolte. Lors du conflit, c’est la colonne Cerez, de l’armée française, qui mit un terme au soulèvement des Ouled Sidi Hadjeres et rétablit l’autorité française sur la tribu. Quelques rixes et protestations après la défaite furent constatées, mais sans gravité majeure[15]. Comme beaucoup de ceux qui se révoltèrent en 1871, y compris Boumezrag, des membres de la tribu de Sidi Hadjeres furent déportés en Nouvelle-Calédonie à la fin de la révolte[16].

Une tradition de travail dans les travaux publics (XIXeXXe)

La population des Ouled Sidi Hadjeres est attachée aux mœurs nomades et à sa terre, mais beaucoup d’entre eux décidèrent de quitter le territoire en raison de la misère. C’est à la suite de cet exode et de cette pauvreté que les membres de la tribu se spécialisèrent comme « casseurs de pierres ». Cependant, il est constaté que, malgré tout, aucun d’entre eux n’oublie son ascendance, qui le lie à son ancêtre : Sidi Hadjeres[15]. Ils travaillèrent beaucoup dans les travaux publics du pays[6].

Tout de même, malgré cet exode rural, on retrouve toujours des descendants de la tribu dans de grandes villes comme Alger, tout en conservant leurs traditions. D'après "Recherche sur les attitudes du sous-prolétariat algérien à l'égard de la société urbaine", écrit par Robert Descloitres et Jean Reverdy, les Ouled Sidi Hadjeres des villes sont décrits ainsi : ils parlent avec un fort accent des hommes du Sud, malgré vingt ou trente années passées en ville. Ils portent toujours des chèches, même au travail, et portent habituellement une gandoura. Ils accordent une grande importance à leur lignée, allant même jusqu'à éviter les mariages avec des personnes étrangères à la tribu. Une femme doit se marier avec un homme de la même fraction tribale qu'elle, sous peine d'être ostracisée, tandis qu'un homme peut se marier avec une femme de la tribu, quelle que soit la fraction. On peut donc voir que dans certaines villes, les Ouled Sidi Hadjeres agissaient comme une communauté renfermée, prenant pour point commun leur ascendance, qui les rattache à Sidi Hadjeres[17].

Huit visages des notables des Ouled Sidi Hadjeres publiés en 1968 dans un journal hebdomadaire algérien.
Notables des Ouled Sidi Hadjeres en 1968

Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. Louis Vivien de Saint-Martin et Louis Rousselet, Nouveau dictionnaire de géographie universelle contenant 1o La géographie physique ... 2o La géographie politique ... 3o La géographie économique ... 4o L'ethnologie ... 5o La géographie historique ... 6o La bibliographie, (lire en ligne)
  2. صلاح, « ترجمة الولي الصالح سيدي محمد بن علي المعروف بـ:سيدي هجرس », sur ترجمة الولي الصالح سيدي محمد بن علي المعروف بـ (consulté le )
  3. Farid Benramdane, « Espace, signe et identité au Maghreb. Du nom au symbole », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, no 9,‎ , p. 1–4 (ISSN 1111-2050, DOI 10.4000/insaniyat.8250, lire en ligne)
  4. Jean Despois, Le Hodna, (lire en ligne)
  5. « ص56 - كتاب تاريخ ابن خلدون - بنو يزيد بن زغبة - المكتبة الشاملة », sur shamela.ws (consulté le )
  6. (en) « EL- OULAD SIDI-HADJERES », sur Quintessences (consulté le )
  7. (ar) Ibrahim al-Adhab, Farāʾid al-Lāl fī Maǧmaʿ al-Amṯāl (فرائد اللآل في مجمع الأمثال),‎ , 908 p. (lire en ligne), p. 51
  8. (ar) محمد ظاهر عبد الرحمن بن نوح, الذَّوْاوْدة الهِلاَلية أمراءُ رِيَاحُ, E-Kutub Ltd,‎ , 400 p. (ISBN 9781780585871, lire en ligne), p. 135-136
  9. (ar) Muhammad Sulaiman Al-Tayyib, Encyclopédie des tribus arabes : Recherches de terrain et historiques par Muhammad Sulaiman Al-Tayyib, 5526 p. (lire en ligne), p. 2444
  10. Allaoua Amara, « Entre le massif de l’Aurès et les oasis », Entre le massif de l’Aurès et les oasis: apparition, évolution et disparition des communautés ibâḍites du Zâb,‎ , p. 17 (lire en ligne Accès libre)
  11. Eugène Daumas, Georges Yver, Les correspondances du Capitaine Daumas, consul de france à Mascara, Editions el Maarifa, , 640 p., p. 75
  12. Melchior Joseph Eugène Daumas, Les chevaux du Sahara Augmentée de nombreux Documents par l‛Emir Abd - el - Kader, Paris, M. Levy Fréres, , 432 p. (lire en ligne), p. 221
  13. Gaston Bourjade, Histoire de l'occupation française dans la région d'Aumale - Notes chronologiques (1846-1887), Collection XIX, (ISBN 978-2-346-12155-7, lire en ligne)
  14. G. BOURJADE, Notes chronologiques pour servir à l'histoire de l'occupation française dans la région d'Aumale, 1846-1887, LIBRAIRIE ADOLPHE JOURDAN, 38 p. (lire en ligne), p. 3
  15. Dossier n°184 : Tribu des Ouled Sidi Hadjerès douar Hadjerès, 161 p. (lire en ligne), p. 26
  16. Mélica Ouennoughi, Les déportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie et la culture du palmier dattier, 374 p. (lire en ligne), p. 52
  17. Descloitres, R Reverdy, J.-C., Recherche sur les attitudes du sous-proletariat algérien a l'égard de la société urbaine, 1963 p., p. 37 à 55
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