Parasitisme social (délit)

Le parasitisme social (en russe : тунеядство) était, en URSS et d'autres pays du Bloc communiste, le crime politique consistant à « vivre aux dépens des autres ou de la société ».

Plusieurs opposants soviétiques (principalement intellectuels et refuzniks) ont été accusés de « parasitisme social » — notamment[2] Andreï Amalrik, Joseph Brodsky, Vladimir Voïnovitch, Lev Kopelev et Iosif Begun (ru) — mais aussi de nombreux mendiants [3].
Chaque citoyen adulte et valide devait travailler pour l'« État ouvrier ». Selon la discours officiel, le chômage était « aboli ». Toute personne refusant de « servir la communauté » par son travail, ses études, ou autrement, est alors passible de condamnation pour crime de parasitisme social, conformément au principe « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »[4].
En 1961, en République socialiste fédérative soviétique de Russie, ce sont 130 000 personnes qui sont identifiées comme « menant un mode de vie antisocial et parasitaire »[5].
En Roumanie communiste
Le régime communiste de Nicolae Ceaușescu a criminalisé le parasitisme social par décret en 1970. La dictature considérait les jeunes comme des individus potentiellement déstabilisateurs et ciblait ceux qui ne correspondaient pas aux normes socialistes. Les citoyens pourraient être arrêtés s'ils étaient trouvés dans les rues à des heures où ils auraient dû être au travail ou à l'école. Les peines encourues allaient d'un emprisonnement d'un à six mois ou une amende de 1 000 à 5 000 lei.
Une loi de 1976 a élargi la lutte contre le parasitisme, déclarant que si une personne apte au travail refusait un emploi, elle pouvait être contrainte par décision de justice à travailler pendant un an sur des chantiers de construction, dans des fermes, dans des forêts ou dans des usines. La milice était chargée du respect des mesures et ses actions étaient souvent arbitraires.
En Biélorussie au XXIe siècle
En 2015, le dictateur Alexandre Loukachenko décrète un texte, qu'il appelle « sur la prévention du parasitisme social », et que beaucoup rebaptisent « décret sur les parasites » : les individus doivent travailler plus de six mois par an ou payer une taxe annuelle de 158 euros.
Le décret qualifie de « parasites sociaux » environ 470 000 personnes, soit 5% de la population du pays : entrepreneurs indépendants, retraités, sans-emploi, mais aussi l’écrivaine Svetlana Alexievitch, lauréate du prix Nobel de littérature en 2015[6],[7],[8].
Des manifestations massives au printemps 2017[6] poussent Loukachenko à amender, en son décret, sans l'abroger : les personnes « aptes au travail mais économiquement inactives », doivent payer au plein tarif les services collectifs communaux subventionnés par l’État (eau, logement, chauffage) [9].
Notes et références
- ↑
« Saint-Pétersbourg : le 18 février 1964, Joseph Brodsky le poète exilé », Le Figaro, (lire en ligne, consulté le ) :
« Ni la fonction de poète ni les petits métiers qu'il exerçait ne sont alors considérés par la république soviétique de Russie comme constituaient une contribution suffisante à la société. »
- ↑ (ru) « Кто не работает, того под арест (Ceux qui ne travaillent pas sont arrêtés) : Кого преследовали за тунеядство (Qui a été persécuté pour parasitisme?) », Kommersant, (lire en ligne)
- ↑ Elena Zubkova, Larissa Zakharova et Grégory Dufaud, « Les exclus : Le phénomène de la mendicité dans l'Union soviétique d'après-guerre », Annales. Histoire, Sciences Sociales, Édition de l'EHESS, vol. 2013 (68e année), no 2, , p. 357-388 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑
(en) Paul R. Gregory et Robert C. Stuart, Comparing Economic Systems in the Twenty-First Century, Southwestern University, (ISBN 0-618-26181-8), p. 118 :
.« Under socialism, each individual would be expected to contribute according to capability, and rewards would be distributed in proportion to that contribution. »
- ↑ (ru) Yevgenii Zhirnov, « Внушить полезный страх », Kommersant, (lire en ligne).
- « En Biélorussie, la révolte des « parasites » fait plier le pouvoir », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Veronika Dorman, « Biélorussie : bras de fer entre le pouvoir et les "parasites" », Libération, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « En Biélorussie, la révolte des "parasites" », La Croix, (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Situation sociale et syndicale au Belarus », sur CGT, (consulté le ).
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