Paul Martine

Paul Martine
Paul Martine vers 1885 sur une photo de groupe du lycée Condorcet.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Pierre Paul Martine
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Conflit
Distinction

Paul Martine, né le à Saint-Cloud[1] et mort le à Asnières-sur-Seine[2],[3], est un professeur agrégé d'histoire et membre de la Commune de Paris.

Biographie

Formation et guerre de 1870

Élève à l’École normale supérieure (1865-1868)[4] agrégé d'histoire 1868, il enseigne au lycée de Colmar durant l’année 1868-1869 puis revient à Paris où il enseigne dans différents lycées.

Durant la guerre franco-prussienne de 1870, il n’est pas mobilisé car considéré comme soutien de famille. Dès le il s’engage dans le 155e régiment de la garde nationale du 17e arrondissement, quartier des Batignolles, puis dans la légion Schœlcher[5]. Il adhère également au comité révolutionnaire des Batignolles avec Ferdinand Buisson[6].

La Commune de Paris

Lorsque son ami Benoît Malon, devient maire des Batignolles, il accepte, par amitié, d’être maire-adjoint. Il est alors chargé de la statistique, des élections municipales du et du ravitaillement des combattants. C’est lui qui parle à Benoît Malon et à Charles Gérardin d’un jeune colonel du génie, Louis Rossel[7], qui, sur leur proposition, est nommé chef de la XVIIe légion le . La Commune le nomme, le , Délégué à la Guerre.

À la chute de la Commune, il s'enfuit en Suisse, puis part à Saint-Pétersbourg à l’invitation d’un ami pour écrire dans un journal en langue française La Neva. Puis il exerce comme précepteur dans deux grandes familles, alors qu'il est condamné en France au bannissement par contumace.

De retour en France

Il revient à Paris en 1880 grâce aux lois d'amnistie et participe, avec de nombreux autres co-rédacteurs, à la constitution du Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de Ferdinand Buisson[6]. Il enseigne l'histoire au lycée Condorcet, grâce à Ferdinand Buisson, durant une trentaine d'années. Il enseigne également comme maître de conférences à l'École normale supérieure de filles de Fontenay-aux-Roses et à l'École normale supérieure de garçons de Saint-Cloud et à l'École commerciale de Paris.

Son patriotisme républicain et socialiste au moment de la Commune devient germanophobe. Devenu partisan du général Boulanger, « le général Revanche », il adoptera, quelques années plus tard des positions antidreyfusardes au moment de l’Affaire Dreyfus. Martine en viendra, dans ses Souvenirs, à écrire que Dreyfus, « l'immonde Dreyfus », devait être fusillé « fut-il cent fois innocent », et que « ces tripoteurs odieux du Panama, ces défenseurs payés de l'immonde Dreyfus, ces destructeurs de la puissance et de la gloire française, à genoux devant les banquiers juifs, etc. »[8] : « Je suis intimement persuadé, quant à moi, que ce misérable Dreyfus était le dernier des traîtres. Mais eût-il été cent fois innocent, son exécution s’imposait. Car il fallait choisir entre ce Juif allemand, mal naturalisé, et l’avenir de la France ! On l’a sauvé, hélas ! (Dieu sait par quels moyens), mais on a perdu, du même coup 39 millions de Français ! »[9].

Ces préjugés antisémites sont néanmoins courants dans les milieux socialistes et ouvriers de l’époque. Au XIXe siècle, l'antisémitisme est répandu à gauche. Les Juifs sont souvent assimilés au capitalisme, aux banquiers, aux affairistes et sont présentés comme la personnification de la collusion entre le pouvoir politique et le Capital[10]. Martine se considéra toujours comme un révolutionnaire : « Devenu révolutionnaire sous le Second Empire, je le resterai, dans mon pays, jusqu'à la fin de mes jours ».

Toujours pendant l'Affaire Dreyfus, Martine s'attaque à Maxime Vuillaume, ancien communard comme lui et rédacteur d'articles anticléricaux dans Le Radical : « Vuillaume, que je n'ai jamais vu, est aujourd'hui rédacteur au Radical. Je ne l'en félicite pas car ce journal est attaché a la fortune de ce vieux fou, de ce sinistre fanatique, ancien abbé défroqué, toujours aveuglé par la haine cléricale, le triste Combes qui a fait tant de mal a la France ! »[11].

En 1906, il est décoré de la Légion d'honneur par Aristide Briand, alors ministre de l'Instruction publique.

La publication des Souvenirs d'un insurgé

Dans les dernières années de sa vie, Paul Martine rédigea ses mémoires que son fils déposa à la Bibliothèque nationale le . Conservé sous la forme de six volumes, intitulés Mémoires d'un indépendant[5], la partie consacrée à la Commune sera publié en 1971, par Jacques Suffel, sous le titre Souvenirs d'un insurgé. La Commune 1871. Cependant, comme le note Marc Vuilleumier, le texte publié, en comparaison au manuscrit d'origine, « révèle des suppressions pour le moins étonnantes »[12]. Bien que notant l'« annotation soigneusement faite et l'introduction, fort bien conçue », Vuilleumier critique des suppressions arbitraires :

« Autant de coupures qui nous semblent d'autant plus injustifiées qu'on a conserve des pages entières où Martine se borne à raconter des évènements archiconnus dont il n'a pas été témoin, en utilisant les mêmes sources que tous les historiens de la Commune ! Puisqu'on éditait ce texte, il fallait le faire selon les règles communément admises et non avec une telle absence de méthode et des critères aussi flottants »[12].

Distinctions

Publications

  • Histoire du monde oriental dans l'antiquité
  • Histoire du monde grec
  • Souvenirs d'un insurgé. La Commune 1871, Préface et notes de Jacques Suffel, Paris, Librairie académique Perrin, 1971 ; Martine Brunet-Giry, Mes années à l'Ecole normale supérieure, 1865-1868 : Paul Martine, 1845-1913 / transcription du manuscrit, introduction et notes, Nouv. impr. Laballery, 2024 ; Mémoires d'un communard. Paul Martine 1870-1871, BnF, 2025.

Notes et références

  1. « Acte de naissance n°18 p7/28 cote E_NUM_SCL60 - 1845 », sur Archives départementales des Hauts-de-Seine
  2. Au no 1 rue Pilaudo.
  3. « Acte de décès n°649 p171/190 cote E_NUM_ASN_D1913 », sur Archives départementales des Hauts-de-Seine (consulté le )
  4. Martine Brunet-Giry, Paul Martine (1845-1913), Mes années à l’École normale supérieure, 1865-1868, Nouvelle imprimerie Laballery, Clamecy, , 243 p. (ISBN 9782959714108)
  5. Martine Brunet-Giry, Mémoires d’un communard Paul Martine 1870-1871, Nouvelle imprimerie Laballery, Clamecy, , 502 p. (ISBN 9782959714115)
  6. Martine Brunet-Giry, Ferdinand Buisson et les socialistes libertaires, Nouvelle imprimerie Laballery, Clamecy, , 285 p. (ISBN 9782954984902)
  7. Édith Thomas, Rossel, Paris, Gallimard, , 495 p.
  8. Michel Winock, Le Socialisme en France et en Europe. (XIXe-XXe siècle), Seuil, (lire en ligne)
  9. Michel Winock, Le XXe siècle idéologique et politique, Perrin, (lire en ligne)
  10. Michel Winock, « La gauche et les juifs », La revue l'Histoire, no 34,‎
  11. Marcel Cerf, « Les "Cahiers rouges" de Maxime Vuillaume », Cahiers des Amis de la Commune,‎ , p. 26 (lire en ligne)
  12. Paul Martine, Souvenirs d'un insurgé. La Commune 1871. Préface et notes de Jacques Suffel. Paris, Librairie académique Perrin, 1971

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