Persécution des bahá’ís
La persécution des bahá’ís est l’ensemble des violences, discriminations et privations visant les membres de la communauté bahá’íe dans divers pays, en particulier en Iran[1], où la foi bahá’íe est née au XIXᵉ siècle et où vit encore une importante population bahá’íe, depuis l’émergence du babisme et la prédication de Bahá’u’lláh jusqu’à aujourd’hui. Religion issue d’un milieu chiite persan mais se présentant comme une révélation indépendante et universelle, la foi bahá’íe affirme l’unité de l’humanité, l’égalité des femmes et des hommes et la validité progressive des grandes religions, tout en reconnaissant en Bahá’u’lláh un nouveau messager de Dieu postérieur à Mahomet, ce qui est dénoncé par une grande partie du clergé chiite comme une hérésie et une contestation du « sceau des prophètes »[2].
Depuis le milieu du XIXᵉ siècle, les bahá’ís et leurs prédécesseurs bábís ont été à plusieurs reprises la cible de massacres, de lynchages et de campagnes de haine, encouragés par certains dignitaires religieux et relayés par les autorités, entraînant des milliers de morts, des exécutions publiques, des expulsions et des destructions de biens en Perse puis en Iran[3].
Après la révolution de 1979 et l’instauration de la République islamique, la foi bahá'íe — non reconnue par la Constitution qui ne protège que certaines minorités dites « religions du Livre » — est devenue l’objet d’une politique d’État systématique visant à priver les bahá’ís de droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, notamment par l’exclusion de l’enseignement supérieur, l’interdiction d’institutions communautaires, la confiscation de propriétés, la profanation de cimetières, les arrestations arbitraires, la torture et les exécutions[4].
Au tournant du XXIᵉ siècle, plusieurs instances internationales et organisations de défense des droits humains ont qualifié de plus en plus explicitement la répression contre les bahá’ís d’Iran de campagne systématique pouvant relever du crime contre l’humanité de persécution, en raison de son caractère prolongé, coordonné et fondé exclusivement sur l’appartenance religieuse. Des rapports successifs d’experts des Nations unies, d’organisations comme Human Rights Watch et d’organes étatiques spécialisés, tels que la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, documentent la poursuite de raids, d’arrestations collectives, de peines de prison lourdes, de destructions de terres agricoles, ainsi que des restrictions spécifiques visant les femmes bahá’íes, ce qui témoigne d’une intensification récente de la répression.
Si les persécutions restent particulièrement graves en Iran, où les bahá’ís constituent la plus importante minorité religieuse non reconnue, des formes de discrimination, de criminalisation et de limitation des droits civiques et religieux touchent également les communautés bahá’íes d’autres pays du Moyen-Orient et d’États à majorité musulmane, notamment en Irak[5], au Yémen[6], au Qatar[7], en Égypte, en Afghanistan et au Pakistan avec des variations dans l’ampleur et la violence des mesures répressives. Face à cette situation, les Nations unies, l’Union européenne, de nombreux gouvernements et des organisations non gouvernementales publient depuis plusieurs décennies résolutions et déclarations appelant les autorités concernées à mettre fin aux persécutions, à respecter la liberté de religion ou de conviction et à garantir l’égalité de traitement des bahá’ís en droit et en pratique[4],[8].
Les Bahá’ís en Iran
À travers toute l’histoire écrite de l’humanité, les adhérents d’une nouvelle religion qui se réclame du retour de la précédente ou de la doctrine des fins dernières et, ainsi, s’inscrit dans une perspective eschatologique, ont fait l’objet de persécutions. Il en va de même pour les bahá’ís [note 1]
Avec environ 300 000 fidèles, la foi bahá’íe constitue la principale minorité religieuse non musulmane d’Iran, mais elle ne bénéficie d’aucune reconnaissance en tant que religion dans la Constitution iranienne. Les autorités considèrent cette foi comme une hérésie, à la différence des communautés chrétienne, juive et zoroastrienne, explicitement mentionnées comme minorités reconnues dans le texte constitutionnel, de sorte que les bahá’ís sont rangés dans la catégorie des « infidèles sans protection » et, en l’absence de liberté de religion garantie par la Constitution, se trouvent privés de protection juridique et de droits légaux effectifs[10],[2].
Selon les estimations démographiques disponibles, environ 99,4 % de la population iranienne se réclame de l’islam, dont près de 90 à 95 % de fidèles du chiisme et entre 5 et 10 % du sunnisme. La doctrine centrale des Iraniens qui adhèrent au chiisme duodécimain repose sur l’avènement attendu d’une figure messianique connue sous le nom de Qa’im ou Imam Mahdi[11],[12].
Pour une partie du clergé chiite conservateur, reconnaître la légitimité d’une communauté religieuse apparue après l’islam est théologiquement inacceptable, ce qui contribue à justifier, à leurs yeux, la mise à l’écart et la répression des bahá’ís, particulièrement marquées en République islamique d’Iran[2].
Des travaux historiques récents soulignent que les autorités iraniennes ont mis en œuvre, depuis l’instauration de la République islamique, une politique systématique de discrimination et de répression visant spécifiquement la communauté baha’ie, documentée par Yves Bomati et Davoud Pahlavi. Ils ont notamment souligné que l'un des exemples les plus connus de persécutions est la mort par pendaison, le , de dix femmes baha'ies à Chiraz, après avoir refusé d'abjurer leur foi. La plus jeune, âgée de dix-sept ans, Mona Mahmudnizhad, aurait été contrainte d'assister successivement à la mise à mort des autres condamnées avant d'être elle-même exécutée[13].
Origines et développement historique
En Iran, alors Perse, en 1844, le Báb affirma être l’Imam Mahdi, ce qui, aux yeux du clergé chiite, revenait à revendiquer un statut comparable à celui de Mahomet et le pouvoir d'abroger les dispositions finales de la loi islamique, pouvoir qu'il revendiqua effectivement[14].

Dès les années 1840–1850, les premiers disciples du Báb sont la cible de violentes campagnes de répression dans l’Iran qâdjâr[15]. Le Báb lui‑même est emprisonné à plusieurs reprises avant d’être publiquement exécuté à Tabriz en 1850, et des milliers de babis sont tués lors de soulèvements écrasés par les troupes gouvernementales, notamment lors du siège du fort de Tabarsí (1848‑1849) et des affrontements de Neyriz et de Zanjan[15],[16]. Après la tentative d’assassinat du chah Nassereddine Shah en par un petit groupe de babis, l'ensemble de la communauté bábie est tenu pour responsable et un vaste pogrom s'ensuit, au cours duquel des milliers de babis sont exécutés ou massacrés, leurs biens pillés et leurs quartiers détruits dans différentes régions du pays[17],[18]. En raison de son rôle en vue dans la cause babie, Bahá’u’lláh fut arrêté et enfermé au Síyáh-Chál de Téhéran pendant des mois[19].
Considérée par ses adhérents comme née en 1844 en Iran et enracinée dans l’eschatologie de l’islam chiite, la communauté bahá’íe a été la cible de persécutions depuis les débuts de cette nouvelle religion[20].
Bahá’u’lláh, né Mirza Husayn-‘Alí en Perse au XIXᵉ siècle, est reconnu par les bahá’ís comme le fondateur d’une religion indépendante, apparue plus de douze siècles après l’islam. En affirmant apporter une nouvelle révélation divine après le Prophète Mahomet, la foi bahá’íe se présente comme une religion « post-islamique », ce qui entre en tension avec l’interprétation majoritaire du verset coranique désignant Mahomet comme « Sceau des prophètes », compris par de nombreux théologiens comme l’affirmation de la clôture définitive de la prophétie[2].
Dépossédé de ses biens, Bahá’u’lláh quitta Téhéran avec sa famille en pour un voyage de trois mois jusqu’à Bagdad, marquant le début d’un exil d’environ quarante ans dans les territoires de l’Empire ottoman [21].
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Après la déclaration publique de Bahá’u’lláh en 1863 et l’émergence d’une communauté bahá’íe distincte, les persécutions se poursuivent sous les chahs qâdjârs : nouvel exil de Bahá’u’lláh hors d’Iran [23], exécutions de bahá’ís, pillages de maisons, confiscations de biens et attaques récurrentes contre les petites communautés locales, notamment en Mazandéran et à Yazd[24],[25].
Organisation communautaire

Après la mort de Bahá’u’lláh, son fils ʻAbdu'l-Bahá consolida la communauté en Iran et à l’étranger en envoyant des croyants iraniens et occidentaux en mission, en fondant des écoles, en promouvant l’égalité des femmes et en instituant des assemblées spirituelles élues, locales et nationales, chargées d’administrer la vie religieuse et sociale de la communauté et de diriger des œuvres éducatives et caritatives ouvertes à l’ensemble de la population[26]. Ces assemblées spirituelles, qui constituent la branche élue de l’administration bahá’íe, remplissent les fonctions habituellement dévolues au clergé dans d’autres religions et existent au niveau local comme au niveau national [9].

Comme la foi bahá’íe ne comporte pas de clergé, ses membres élisent, au niveau local ou national, une assemblée spirituelle chargée de la gestion des affaires de la communauté[26]. Au début des années 1980, les institutions de la République islamique ont systématiquement pris pour cible les organes dirigeants de la communauté bahá’íe, en particulier les Assemblées spirituelles locales et l’Assemblée spirituelle nationale. En 1980, les neuf membres de l’Assemblée spirituelle nationale ont été arrêtés par le Corps des gardiens de la révolution islamique et ont disparu sans laisser de traces ; les autorités n’ont jamais reconnu l’exécution de ce groupe, ni celle de deux autres personnes arrêtées en même temps qu’eux[27].
D’ici 1986, plus de la moitié des bahá’ís exécutés occupaient une fonction de direction, et les autorités avaient fait disparaître ou exécuté les membres de trois Assemblées spirituelles nationales successives ainsi que la plupart des Assemblées locales des grandes villes, tout en faisant exécuter au moins 183 bahá’ís sans responsabilités administratives entre 1980 et 1985 [9].

Pendant vingt‑cinq ans, un groupe informel de bahá’ís a géré les affaires religieuses et administratives de la communauté bahá’íe en Iran, après la dissolution de l’Assemblée spirituelle nationale en 1983 ; en 2008, ce groupe se composait de sept bahá’ís, connus sous le nom de Yárán, ou « Bahá’í 7 », arrêtés à partir du et considérés comme des prisonniers d’opinion détenus uniquement en raison de leurs convictions religieuses et de leurs activités pacifiques au service de leur communauté [28]. Parmi eux figurait Fariba Kamalabadi, plusieurs fois emprisonnée : arrêtée de nouveau le avec Mahvash Sabet et d’autres bahá’ís lors d’une vaste opération de perquisitions, elle a été condamnée le à dix ans de prison à l’issue d’un procès à huis clos d’une heure, sans avocat, marqué selon la Communauté internationale bahá’íe[note 2] par les insultes du juge, puis accusée à la télévision d’espionnage et d’« infiltration » avant d’être finalement libérée par anticipation en vertu d’une directive d’« amnistie »[29].
Racines de l’anti‑bahá’ísme moderne
Évolutions politiques au XXᵉ siècle
La Constitution iranienne de 1906 a jeté les bases de la persécution institutionnalisée des bahá'ís, selon le Centre de documentation sur les droits de l'homme en Iran [9].
Campagnes et violences pré‑révolutionnaires
Au milieu des années 1950, le prédicateur Mohammad‑Taqi Falsafi mena pendant le Ramadan 1955 une campagne de sermons anti‑bahá’ís, diffusés par la radio d’État avec l’assentiment du Chah et le soutien de l’ayatollah Hossein Borujerdi, qui contribua à la destruction du siège national bahá’í à Téhéran et à de nombreuses violences. La société Hojjatieh, fondée par Mahmoud Halabi avec l’aval de Borujerdi, bénéficia sous Mohammad Reza Chah Pahlavi (1919-1980) d’une tolérance pragmatique et d’une coopération avec la SAVAK, ce qui lui permit d’intensifier ses activités de propagande et d’infiltration contre les bahá’ís[30],[9].
À partir de la fin de 1978, dans le climat insurrectionnel précédant la révolution, les bahá’ís de dizaines de villes furent la cible d’attaques de foules, d’incendies criminels, de pillages et de destructions massives de lieux de culte, de biens communautaires et de centaines de maisons, tandis qu’en des membres de la Hojjatiyeh s’emparaient du siège national bahá’í à Téhéran et d’autres centres provinciaux, expulsant le personnel et s’appropriant les dossiers et listes de membres pour intensifier la campagne anti‑bahá’íe[30],[9].
De tous les groupes religieux minoritaires non reconnus et non musulmans en Iran, les bahá’ís constituent la principale minorité religieuse en Iran[3]. Selon la Communauté internationale bahá’íe (CIB), organisation non gouvernementale internationale représentant les fidèles de la foi bahá’íe auprès de l’ONU ainsi que d’instances régionales comme l’Union européenne, l’Union africaine et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, leur population était évaluée à environ 350 000 personnes au moment de la révolution iranienne de 1979[3],[31]. Le Congrès américain, citant Human Rights Watch en 2006, a déclaré que ce nombre était tombé à 300 000 [32].
Révolution iranienne de 1979 et redéfinition du statut des Bahá’ís
Si les persécutions des baháʼís en Iran remontent à l’époque pré-révolutionnaire, elles ont pris, après la révolution iranienne de 1979, la forme d’une politique répressive assumée par l’État[33].
Instauration de la République islamique

En janvier–, le départ du Chah Mohammad Reza Pahlavi, l’effondrement du gouvernement Bakhtiar et le retour d’exil de l’ayatollah Rouhollah Khomeini (1902-1989), qui nomma le religieux nationaliste Mehdi Bazargan à la tête d’un gouvernement provisoire dominé par des figures du Front national, s’accompagnèrent de l’entrée en scène d’un Conseil de la révolution que Khomeini avait constitué en secret pour préparer un nouveau régime fondé sur des principes islamiques[9]. Dans ce nouveau cadre, où Ali Khamenei deviendra par la suite président (1981‑1989) puis Guide suprême — chef de l'État de l'Iran en tant que plus haut responsable politique et religieux de la République islamique — les protégés des grands prédicateurs anti‑bahá’ís des années 1950‑1960 accèdent aux plus hauts niveaux de l’État et peuvent mettre en œuvre les lois et politiques anti‑bahá’ís jusque‑là bloquées, les bahá’ís perdant le peu de reconnaissance informelle dont ils bénéficiaient comme minorité religieuse et étant désormais rangés parmi les opposants politiques, ce que Khomeini explicite dès en les qualifiant de « faction politique » « néfaste » qui « ne sera pas acceptée » et en refusant toute liberté religieuse à leurs fidèles[9].
Politiques d’« encadrement » de la communauté bahá’íe
Sous Ali Khamenei de 1989 jusqu'à sa mort en 2025, la situation des bahá’ís ne s’est pas améliorée : elle a été codifiée, structurée et, à bien des égards, aggravée.[3] Sous la direction de Khamenei, la persécution est passée des exécutions massives du début des années 1980 à une politique plus graduelle visant à miner durablement la base économique, éducative et sociale de la communauté bahá’íe, au point que les données disponibles montrent que les bahá’ís concentrent régulièrement près de la moitié – voire la majorité – des violations documentées des droits des minorités religieuses en Iran [3].
Une note interne confidentielle datée de 1991, connue sous le titre « La question bahá'íe » et élaborée par le Conseil suprême de la révolution culturelle à la demande du Guide suprême de la République islamique d’Iran, définit une politique d’État visant explicitement à « bloquer le progrès et le développement » de la communauté bahá’íe dans le pays. Rendue publique en 1993 dans un rapport du rapporteur spécial des Nations unies à la Commission des droits de l’homme, elle constitue une preuve directe de l’orientation centralisée de la répression. Le mémorandum prévoit notamment l’exclusion des bahá’ís de l’enseignement supérieur par leur expulsion des universités dès que leur appartenance religieuse est connue, le refus de tout emploi aux personnes se déclarant bahá’íes, leur écartement de tout poste d’influence — en particulier dans le domaine éducatif — ainsi que la mise en œuvre de mesures destinées à affaiblir leurs bases culturelles, y compris à l’étranger[34].

La persécution des bahá’ís en Iran se distingue par son caractère systématique et planifié, comme l’atteste la révélation, au début de l’année 1993, d’un document officiel secret définissant une stratégie de « strangulation » progressive de cette communauté[34].
Selon Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits humains, 202 bahá’ís ont été mis à mort depuis l’instauration de la République islamique[36]. De nombreux autres ont été emprisonnés, exclus des établissements scolaires et de leurs emplois, privés de divers droits sociaux ou empêchés d’enregistrer légalement leurs mariages[36]. Par ailleurs, plusieurs lieux saints bahá’ís ont été détruits dans la période qui a suivi la révolution[8] Amnesty International a fourni ces informations générales comme contexte à sa déclaration officielle du appelant à une action urgente peu après l'arrestation: Fondée en Iran au XIXᵉ siècle, la foi bahá’íe s’est implantée dans le monde entier et compte encore aujourd’hui plusieurs centaines de milliers d’adeptes dans ce pays. Depuis la révolution islamique de 1979, les persécutions visant la communauté bahá’íe se sont intensifiées et structurées contre cette minorité religieuse en Iran [37].
En 2009, l’absence de protection constitutionnelle de la communauté bahá’íe, non reconnue comme religion contrairement à l’islam, au christianisme, au judaïsme et au zoroastrisme, se traduisait par de nombreuses discriminations touchant la liberté de culte, l’accès à l’éducation et à l’emploi, la protection sociale et la vie familiale, ainsi que par des arrestations et détentions motivées par l’appartenance religieuse, régulièrement signalées par des organisations internationales. Selon Amnesty International, cinq hommes bahá’ís étaient alors détenus dans la section 209 de la prison d’Evin, dans une même cellule d’environ 10 m² dépourvue de lits[38].
Une lettre confidentielle du , émise par l’état‑major des forces armées iraniennes et adressée aux services de sécurité, affirme que le Guide suprême Ali Khamenei a ordonné d’identifier les bahá’ís et de collecter des informations sur leurs activités[39].
Situation actuelle et évolutions récentes
Selon un rapport de Human Rights Watch publié en 2024, les autorités iraniennes poursuivent une politique répressive systématique à l’encontre des bahá’ís, constituant un crime contre l’humanité au regard du droit international. Cette répression se manifeste par des arrestations arbitraires, des confiscations de biens, des restrictions dans l’accès à l’éducation et à l’emploi, ainsi que la privation de sépultures dignes pour les membres de la communauté. Human Rights Watch souligne que ces mesures, inscrites dans la législation et la politique officielles de l’État iranien, visent exclusivement l’appartenance religieuse des bahá’ís[3].
Les femmes bahá’íes sont particulièrement visées : en 2024, elles constituaient les deux tiers des bahá’ís emprisonnés, d’après la Communauté internationale bahá’íe (BIC). Des dizaines d’entre elles ont été arrêtées, jugées et condamnées à des peines de prison pour des motifs comme « propagande contre l’État » ou « activités éducatives et de propagande trompeuses contraires aux lois sacrées de l’islam »[40].
Depuis , plus de quinze résolutions et rapports relatifs aux violations généralisées des droits civils et politiques des bahá’ís en Iran ont été publiés par divers acteurs internationaux, parmi lesquels des rapporteurs spéciaux, des organisations internationales de défense des droits humains, des entités affiliées à l’ONU et des représentants parlementaires de l’Union européenne[41].
Dans ce contexte de répression accrue et de tensions régionales, la guerre Iran–Israël de juin 2025, parfois désignée comme « guerre de douze jours », vient encore accroître la vulnérabilité des prisonniers politiques et des minorités religieuses incarcérés [42].
La guerre Iran-Israël de juin 2025 accroît la vulnérabilité des prisonniers politiques et des minorités religieuses incarcérées[42]. La prison d'Evin, connue pour l'incarcération de dissidents politiques, de journalistes et de membres de minorités religieuses telles que les bahá’ís, est bombardée par l'aviation israélienne le , faisant environ 80 morts parmi les détenus et le personnel[43].
Débats contemporains sur la qualification juridique des faits
Human Rights Watch et la Communauté internationale bahá'íe ont signalé que l'Iran avait intensifié sa répression contre les bahá'ís en 2025, utilisant les tribunaux pour prononcer des peines de prison sévères et confisquer des biens ; entre juin et , ils ont recensé plus de 750 actes de persécution, soit trois fois plus qu'au cours de la même période en 2024[42],[44].
En 2025, plusieurs développements témoignent d’une intensification des persécutions ainsi que d’une réaction internationale accrue. Le rapport annuel 2025 de Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale consacre de nouveau une place importante à l’Iran et continue de désigner les bahá’ís comme l’une des principales cibles d’une politique systématique de persécution d’État, offrant des données largement reprises par les médias et les éditorialistes[1],[45]. Le , la Chambre des représentants des États-Unis présente la résolution H.Res. 925 condamnant explicitement la persécution d’État de la minorité bahá’íe en Iran, rappelant les décennies de répression, les exécutions, les destructions de biens et les discriminations structurelles, et appelant les autorités iraniennes à libérer les prisonniers détenus pour leur foi et à mettre fin à la propagande de haine[46].
Quelques jours plus tard, le , Human Rights Watch publie un communiqué détaillé décrivant l’« instrumentalisation » du système judiciaire iranien pour persécuter les bahá’ís, en collaboration avec la Communauté internationale bahá’íe. L’organisation y recense plus de 750 actes de persécution commis entre juin et , soit trois fois plus que sur la même période en 2024, incluant plus de 200 descentes dans des domiciles et des commerces, des confiscations de biens, des interrogatoires, au moins 110 arrestations, de nouvelles peines de prison de deux à dix ans et des cas d’exil interne, y compris de mères séparées de leurs jeunes enfants. Human Rights Watch estime que l’ampleur et la systématicité de ces violations, menées depuis plus de quatre décennies contre les bahá’ís en raison de leur seule appartenance religieuse, atteignent le seuil du crime contre l’humanité de persécution au sens du droit pénal international[42].
La persécution s'étend à d'autres pays
Ces persécutions sont en premier lieu concentrées en Iran, mais s’étendent à plusieurs pays[5],[6],[7].
Égypte
En Égypte, le décret de 1960 demeure en vigueur en 2025 et la discrimination institutionnelle se poursuit et s’est récemment intensifiée. En vertu de la politique égyptienne relative aux documents d’identité, les citoyens doivent déclarer leur appartenance religieuse en choisissant l’une des trois religions officiellement reconnues — Islam, christianisme, ou judaïsme. En 2006, la demande d’un couple bahá’í visant à faire inscrire leur religion sur leurs documents officiels et ceux de leurs enfants, a déclenché un vif débat national sur la liberté de religion[47].
Le , un tribunal administratif a jugé que l’État devait délivrer au couple des cartes d’identité mentionnant correctement la foi bahá’íe, même si celle-ci n’est pas reconnue officiellement. Sous la pression de critiques d’acteurs religieux et politiques, le gouvernement a interjeté appel, et, le , la Cour administrative suprême a annulé ce jugement et confirmé la politique limitant les documents d’identité aux trois religions reconnues[47].
Cette politique a eu pour effet de contraindre les bahá’ís à soit mentir sur leur religion, soit renoncer à toute carte d’identité, ce qui les privait en pratique de l’accès à de nombreux droits liés à la citoyenneté, notamment l’éducation, l’emploi, les services financiers et les soins médicaux. L’affaire a suscité une vaste couverture médiatique dans le monde arabe et l’attention soutenue d’organisations de défense des droits humains, en raison de ses implications pour la liberté de religion et l’égalité devant la loi en Égypte[47].
Yémen
Selon des rapports de la Communauté internationale bahá'íe, de Human Rights Watch et d'autres sources, la persécution des bahá'ís au Yémen a commencé en 2008 lorsque les autorités de Sanaa ont arrêté plusieurs croyants et en ont expulsé d'autres[48]. Le harcèlement s'est intensifié après 2013 avec l'arrestation de Hamed Kamal bin Haydara sur la base d'accusations d'espionnage fabriquées de toutes pièces. En 2017, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction, Ahmed Shaheed, a déclaré que « la récente escalade du phénomène persistant des persécutions de la communauté bahá’íe à Sanaa est à l’image des persécutions endurées par les Bahá’ís qui vivent en Iran », soulignant ainsi que la répression au Yémen fait écho, comme en miroir, à celle subie en Iran[49],[50]. À la suite de prise de contrôle de Sanaa par les Houthis en 2014, la répression s'est intensifiée[50]. Des rapports récents d'Amnesty International, de Human Rights Watch et d'experts du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme appellent le gouvernement du Yémen à libérer sans condition les membres de la communauté bahá’íe et d’autres croyants détenus par les autorités houthies, de cesser les disparitions forcées ainsi que la torture et autres mauvais traitements, et d’abroger les pratiques et discours de haine qui incitent à la violence contre ces minorités[51], [6], [52].
Qatar
Depuis au moins le début des années 2000, les autorités qataries appliquent à l’encontre des bahá’ís une politique de discrimination « sponsorisée par l’État », marquée par des décennies d’intimidation, de refus de dialogue et d’absence de voies de recours effectives pour la communauté[53]. Entre 2003 et 2025, Human Rights Watch documente au moins quatorze expulsions de bahá’ís, présentées comme des mesures d’ordre public mais en réalité fondées uniquement sur leur appartenance religieuse, entraînant séparations familiales, perte d’emploi et interdictions de retour par le biais de listes noires[54]. Selon un rapport publié en 2025 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, la pratique récurrente des détentions arbitraires : plusieurs bahá’ís auraient été arrêtés ou détenus sans base légale claire et sans explication écrite, ce qui accentue un climat de peur et dissuade les victimes de rendre publiques les violations subies.[55]. En , la United States Commission on International Religious Freedom (USCIRF) a condamné la peine de cinq ans de prison infligée à Remy Rowhani, dirigeant bahá’í au Qatar, pour avoir prétendument promu une croyance « suscitant des doutes » sur les principes fondamentaux de l’islam, estimant qu’il s’agissait d’une accusation infondée de blasphème et d’une restriction alarmante à sa liberté de religion ou de conviction. La Commission a replacé cette affaire dans un « schéma plus large et préoccupant » de traitement différencié de la minorité bahá’íe, citant le non‑renouvellement de titres de séjour, la destruction d’un cimetière bahá’í, la discrimination à l’emploi, et les séparations familiales [56].
En avril 2026, la Communauté internationale bahá'íe alerte sur une vague d'expulsions visant plus de 40 % des bahá'ís résidant au Qatar, qualifiant cette campagne d'« effacement religieux » d'une minorité présente dans le pays depuis plusieurs décennies. Selon cette organisation, les non-renouvellements de permis de séjour et les pressions administratives s'inscrivent dans un schéma de discrimination de longue date, incluant emprisonnements, séparations familiales et refus d'emploi. La Communauté internationale bahá'íe appelle les autorités qataries à mettre fin aux expulsions et à respecter les garanties constitutionnelles qataries en matière de liberté de croyance [57].
Réactions internationales
Depuis 1980, les organes onusiens chargés des droits humains expriment régulièrement leur inquiétude face à la situation tragique de la minorité religieuse bahá’íe en Iran ; en 1981, la Sous‑commission de la prévention de la discrimination et de la protection des minorités signale ainsi à la Commission des droits de l’homme la gravité particulière de la situation des bahá’ís et demande au secrétaire général d’en rendre compte, une mobilisation internationale qui, selon la Communauté Internationale Bahá’íe, a joué un rôle essentiel pour freiner certains excès des autorités iraniennes et offrir à cette communauté un minimum de sécurité.
La situation de la communauté bahá’íe en Iran attire aussi l’attention de plusieurs mécanismes internationaux de protection des droits humains.
Résolutions et déclarations des Nations unies
En 1981, la Sous‑commission de la prévention de la discrimination et de la protection des minorités signale à la Commission des droits de l’homme la situation jugée particulièrement grave des bahá’ís en Iran et lui demande de charger le secrétaire général d’en rendre compte. À partir de 1983, la pression internationale s’intensifie et conduit, en 1984, à la nomination d’un rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits humains en Iran, mais les rapports de Reynaldo Galindo Pohl déclenchent une réaction virulente de la délégation iranienne, qui refuse de reconnaître les bahá’ís comme minorité religieuse et les présente devant l’ONU comme une organisation politique créée par les puissances étrangères ou liée au sionisme, afin de justifier leur persécution[58],[59]. Dans l’Iran post‑révolutionnaire, « beaucoup croyaient que le bahá’ísme était un faux mouvement fondé par les colonialistes britanniques pour détruire le chiisme et les mouvements progressistes » et les autorités se disaient « déterminées à écraser les repaires d’espionnage sionistes agissant sous le couvert du bahá’ísme », de sorte que la foi bahá’íe était présentée non comme une religion authentique, mais comme un mouvement anticlérical créé par les Britanniques et soutenu par Israël, ses adeptes étant accusés d’avoir soutenu le régime Pahlavi, d’être anti‑islamiques, de comploter avec Londres et Washington et de tirer profit de la monarchie, la présence du centre mondial bahá’í à Haïfa étant brandie comme << preuve >> de leurs liens avec le sionisme alors même qu’il résulte des exils successifs de Bahá’u’lláh par les autorités qajares et ottomanes jusqu’à la colonie pénitentiaire d’Acre, puis de l’implantation historique du sanctuaire du Báb et de l’administration bahá’íe sur le mont Carmel[58],[30],[59]
En , la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction exprime son inquiétude face à la surveillance exercée sur des personnes uniquement en raison de leur appartenance à une religion autre que la religion d’État, soulignant le risque que ces informations servent à intensifier encore la discrimination et la persécution visant les bahá’ís, en contradiction avec les normes internationales relatives aux droits des minorités religieuses[39].
La Communauté internationale bahá'íe, qui dispose d'un bureau au siège des Nations Unies à New York, a soumis une liste de questions au Comité des droits de l'homme des Nations Unies en 2020, pour examen lors de la 130e session, avant la présentation du rapport de la République islamique d'Iran en 2021. Les articles pertinents du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) concernant la situation des bahá'ís en Iran ont été abordés. L'Iran est partie au PIDCP. En 2011, l’Iran a soutenu avec fermeté que la foi bahá’íe[note 3].[note 4]
Prises de position d’États et d’organisations internationales
Quelques mois plus tard, lors d’une audition du Congrès des États-Unis intitulée « The Plight of Religious Minorities: Can Religious Pluralism Survive? », la situation des bahá’ís en Iran et en Égypte est régulièrement citée comme un cas emblématique de remise en cause de la liberté de religion et du pluralisme religieux[62].
Organisations non gouvernementales et mécanismes de droits humains
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Dans les années 2010, cette préoccupation se traduit aussi par des mobilisations interreligieuses. En , des chefs religieux britanniques adressent une lettre ouverte au ministre du Bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth pour demander la libération de sept dirigeants bahá’ís emprisonnés en Iran, appel qui s’inscrit dans une série d’interventions publiques en faveur de prisonniers d’opinion bahá’ís. Parallèlement, des organisations comme Amnesty International, Human Rights Watch et des organes onusiens poursuivent leur documentation des arrestations arbitraires, des procès inéquitables et des longues peines de prison infligées à des membres de cette minorité religieuse[63].
Au début des années 2020, une nouvelle vague de répression est décrite par les grands médias internationaux et par les ONG. En , un article du New York Times qualifie de « répression généralisée » la campagne d’arrestations massives, de perquisitions et de destructions de biens visant les bahá’ís en Iran, texte qui devient une référence fréquemment citée dans les analyses ultérieures de la situation[64].
Réponse du Canada dans les années 1980 : programme de réinstallation des réfugiés bahá’ís
À la fin des années 1970, la situation des bahá’ís iraniens a interagi de manière particulière avec l’évolution de la politique canadienne de l’immigration et de l’asile[65]. L’Immigration Act de 1976, mise en œuvre à partir de 1978, a introduit la possibilité d’une admission pour motifs humanitaires ainsi qu’un cadre formel pour le parrainage privé des réfugiés, qui a été rapidement mobilisé pour accueillir des bahá’ís fuyant l’Iran après la révolution de 1979[65]. Au début des années 1980, le gouvernement canadien a mis en place, en collaboration avec l’Assemblée spirituelle nationale des bahá’ís du Canada, un programme spécifique de réinstallation des bahá’ís iraniens, combinant parrainage privé et prise en charge gouvernementale[65],[66],[67]. Environ 2 300 réfugiés ont ainsi été installés dans quelque 220 communautés à travers le pays, et ce dispositif a servi de modèle pour l’accueil d’environ 6 000 autres bahá’ís dans une vingtaine de pays[65],[66],[68].
La communauté bahá’íe canadienne a joué un rôle central dans ce processus en coordonnant l’acheminement, l’accueil et l’intégration sociale des réfugiés, notamment par l’intermédiaire de l’« Iranian Bahá’í Refugee Office » à Toronto[65],[66],[68]. La dispersion des réfugiés dans de petites et moyennes localités, plutôt que dans les seules grandes villes, ainsi que leur participation rapide à la vie économique et associative ont souvent été mises en avant comme des indicateurs de la réussite de leur intégration au Canada[65],[67].
Notes
- ↑ Pour une présentation d’ensemble de l’histoire et de la persécution des bahá’ís en Iran, voir notamment [3],[9].
- ↑ La Communauté internationale bahá’íe est une ONG qui représente les bahá’ís du monde entier (plus de cinq millions de fidèles, organisés en quelque 182 assemblées spirituelles nationales ou régionales et plus de 12 500 communautés locales dans 235 pays et territoires). Accréditée comme ONG auprès de l’ONU en 1948, elle bénéficie d’un statut consultatif (dit « spécial ») auprès de l’ECOSOC, de l’UNICEF, de l’UNIFEM et entretient des relations de travail avec l’OMS, l’UNESCO, le PNUE, le PNUD et d’autres organes des Nations unies. Elle dispose de bureaux permanents à New York, Genève et dans plusieurs capitales régionales, ainsi que d’un bureau d’information rattaché au Centre mondial bahá’í à Haïfa qui publie le bulletin trimestriel One Country en plusieurs langues, diffusé dans plus de 170 pays.
- ↑ Les autorités iraniennes, ainsi qu’un certain nombre de dignitaires religieux, emploient le terme « bahaïsme » pour désigner cette confession, une appellation que la communauté bahá’íe mondiale considère comme inexacte et péjorative et à laquelle elle préfère l’expression « foi bahá’íe » [60]. Les autorités disaient que le « bahaïsme » ne constituait pas une religion mais un mouvement politique, affirmant en outre qu’aucune personne n’aurait été arrêtée ou poursuivie pour le seul motif de son appartenance bahá’íe[61]
- ↑ Le terme « bahaïsme » apparaît dès la fin du XIXᵉ et le début du XXᵉ siècle dans deux contextes convergents : d’une part, chez des polémistes musulmans qui l’emploient pour désigner la nouvelle religion comme une « secte » dissidente issue du babisme ; d’autre part, dans la littérature orientaliste et missionnaire occidentale, où il sert souvent d’étiquette doctrinale (« Bahaism ») sur le modèle de « Mahométisme », ce qui contribue à le charger progressivement d’une connotation réductrice et péjorative par rapport aux appellations internes « foi bahá’íe » ou « Bahá’í Faith ».
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Articles connexes
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