Petit-Château (Bruxelles)

Petit-Château
Présentation
Type
Style
Architecte
Construction
Ouverture
Occupant
Propriétaire
Usage
Centre de rétention administrative (en) ( - ), registration office (en) (depuis )
Localisation
Adresse
2-27 boulevard du Neuvième de Ligne (d) , 2-4 rue de Passchendaele (d) , rue de Witte de Haelen (d) et rue de la Forêt d'Houthulst (d)
1000 Bruxelles
 Belgique
Coordonnées
50° 51′ 19″ N, 4° 20′ 40″ E
Carte

Le Petit-Château (en néerlandais : Klein Kasteeltje) est une ancienne caserne militaire située à Bruxelles, au bord du canal maritime de Bruxelles à l'Escaut. Son architecture imite celle d'un château. Malgré des modifications, son aspect général est inchangé.

Elle est aujourd'hui un centre d'accueil pour demandeurs d'asile en Belgique. Le centre est géré par Fedasil depuis 1986 ; il offre un logement à 800 demandeurs d'asile et à une quarantaine de mineurs non accompagnés.

Situation géographique

Le Petit-Château de Bruxelles est situé le long du canal de Charleroi (faisant partie de l'axe maritime Bruxelles-Escaut), au niveau 27 du boulevard du Neuvième de Ligne. Historiquement, cet emplacement acceillait des fortifications appartenant à la seconde enceinte de la ville.

Le site est bien desservi par les transports en commun. On peut y accéder via les lignes de bus De Lijn (212, 213, 214, 243, 271 et 351) ainsi que les lignes de la STIB (46, 57 et 58). Il est également accessible en train (via la gare du Nord toute proche) ou par les lignes 1 et 5 du métro bruxellois (station Sainte-Catherine ou Comte de Flandre)[1].

Historique

Le premier Petit-Château

La caserne doit son nom à la demeure d'un patricien, qui se trouvait juste derrière le bâtiment actuel, dans l'îlot actuel entre les rues de Paeschendaele et d'Ophem. Auparavant connu sous le nom de maison de Boots, elle est agrandie, embellie et entourée d'eau au XVIIe siècle, ce que lui vaut le nom Château d'Ansillon ou de Buysleden[2]. D'autres familles l'occupent : les t'Serclaes et les Verhulst[3]. Au début du XVIIIe siècle, on commence à l'appeler couramment Petit-Château, en néerlandais t'Slotje[4].

En 1775, les Autrichiens l'achètent pour l'utiliser comme caserne, les anciens jardins de la demeure étant occupés par une blanchisserie. Sous le régime français, il devient Caserne de la Réserve ; l'État la cède, le , à la ville, toujours à condition qu'elle reste disposition de l'armée. Après la bataille de Waterloo, la caserne accueille 9 000 prisonniers de guerre français. Avec la révolution belge, la caserne revient à l'infanterie du jeune État[5].

L'ancienne caserne est jugé « usée, décrépite, lézardée, étroite, indigne d'une capitale comme la nôtre », selon un commentaire de l'époque ; en , la construction d'une nouvelle caserne est commencée, entre l'ancienne et le canal. L'ancienne sera utilisée pour la distribution d'une soupe populaire, entre 350 et 600 litres par jour ; elle accueille des lessiveuses, et des officiers et sous-officiers mariés avec leurs familles. En 1868, une annexe est construite à la nouvelle caserne, les familles y sont installées, l'ancienne est détruite[6].

Construction du second Petit-Château

Canal à Bruxelles, peinture de François Stroobant (1819-1916).

Les plans de cet édifice sont imaginés par le capitaine Matthieu-Bernard Meyers (1811-1877)[7]. Il est bâti en 1852[8] en style néo-Tudor. Sa vocation de caserne militaire fait du Petit-Château un lieu adapté aux besoins de l'armée. Sa construction est en forme de « U ». Il est constitué d'une cour entourée de bâtiments formant un quadrilatère, comprenant des espaces destinés aux activités de l'armée. Ce style d'édifice se trouve à mi-chemin entre le château fort et la prison[9]. Pour soutenir les fondations du monument, 2 000 pieux ont été plantés.

Matthieu-Bernard Meyers était en concurrence avec des architectes reconnus tel que Louis Spaak, mais Meyers a été choisi : l'apparence comptait peu, il fallait imposer une présence militaire dans la ville de Bruxelles[9].

Évolution

Le canal de Charleroi et la caserne du Petit-Château, début du XXe siècle.

Le Petit-Château a eu différentes affectations au fil du temps. D'abord utilisé pour des besoins militaires, il est devenu une prison puis un centre de recrutement, et enfin un centre d'accueil pour demandeurs d'asile.

Le , le régiment des carabiniers du Petit-Château déménage dans la nouvelle caserne Prince Baudouin à la Place Dailly. Ils traversent la ville en cortège, en passant par un arc de triomphe enguirlandé à hauteur de la rue de Brabant, accueilli par Schaerbeek en grande pompe. Ils sont remplacés par les fantassins du 9e régiment de ligne, jusque-là casernés à Etterbeek[10].

D'abord considéré comme un lieu prestigieux, son manque de modernité et d'adéquation deviennent ses principaux défauts. C'est d'ailleurs à chaque fois pour ces raisons que les occupants quittent les lieux.

De 1944 à 1950 ou 1951 il sert comme prison pour inciviques[3],[9] et de prison temporaire pour les immigrants italiens refusant de descendre dans les mines de charbon, en attendant leur renvoi en Italie[11],[12].

De 1950 ou 1951 au 1985, l'armée l'utilise comme centre de recrutement. Des générations des jeunes hommes belges y font leurs « trois jours ». En ce centre déménage à Neder-Over-Hembeek[9],[3].

Le , le Ministère de la Défense Nationale, celui des Affaires Bruxelloises et la Société Nationale du Logement signent une convention pour transmettre six casernes à la Société du Logement : Rolin, l'Arsenal du Charroi, l'hôpital militaire d'Ixelles, le Petit-Château, Prince Albert et Dailly. 1 400 000 000 francs belges sur les 2 400 000 000 francs belges que coûte l'opération est à charge du budget de la Région Bruxelloise. Il est prévu que les payements s'échelonnent sur cinq ans, mais, la SNL étant en difficultés financières, après dix ans, seulement les casernes Rolin, prince Albert et 2/3 de Dailly se trouvent dans ses mains[13].

Le Petit Château est donc vide. La Commission Française de la Culture de l'Agglomération de Bruxelles demande alors aux architectes Hervé Gilson et Maurice Tilmans d'élaborer un projet de reconversion. Ils proposent, en 1987, de transformer le bâtiment principal en logements et de remplacer les annexes ultérieures par un espace vert[14]. Le projet ne se réalise pas.

En 1986, le complexe devient un centre d'accueil pour candidats réfugiés (fourniture des aides de base : nourriture, vêtements et un logement décent). Des informations sur la procédure qui concerne la protection internationale y sont délivrées. Il y a aussi un accès aux soins médicaux[15].

Il est devenu, depuis 2018, le seul point d'entrée pour les demandeurs d'asile, l'Office des étrangers et Fedasil ayant établi leurs bureaux dans l'édifice[15]. En , le centre d'enregistrement déménage Boulevard Pacheco[16], et fin 2024 vers la Rue Belliard[17]. Mais Fedasil enregistre régulièrement moins de monde que se présente. Des hommes seuls sont systématiquement mis sur des « listes d'attente ». En 2022/23 2000 demandeurs d'asile dorment dans les rues de Bruxelles en attendant de pouvoir enregistrer leur demande. Un camp de fortune s'installe pendant quelques mois devant le Petit Château[18],[19].

Architecture

Porte d'entrée.

Dans les années 1830, le développement de l'armée exige de construire des casernes[9]. Afin d'accueillir au mieux les carabiniers, le projet du capitaine Mathieu-Bernard Meyers est choisi[9]. Le style se démarque des autres édifices, suscitant son lot de critiques et de compliments[9]. L'urgence et la nécessité d'avoir des casernes a permis la construction.

Il est assimilé au style néo-Tudor[8], un genre de gothique tardif en Angleterre[9]. Son nom « Petit-Château » est dû à son aspect. Ce bâtiment est considéré comme une innovation dans la conception des édifices publics, à cause notamment de ses « pigeons à redents »[9] et ses « jeux de briques »[9].

Sa structure interne a changé avec les divers changements d'affectation. Les changements apportés pour convenir à sa dernière fonction, c'est-à-dire un centre d'accueil pour les candidats réfugiés, sont externes et internes[20] : une zone supplémentaire et séparée a dû être créée afin de répondre à certains besoins spécifiques.

Le bâtiment, érigé en trois niveaux, se compose de différents blocs. Ces derniers ont également vu leur structure interne modifiée. Ce sont les blocs A (« zone de détermination du droit à l'accueil »), C (« zone d'enregistrement »), D (« zone d'examen médical ») et G (« zone d'accueil ») qui sont concernés par ces changements[20].

On peut y accéder par deux entrées[20] : par la rue de Passchendaele pour l'enregistrement des demandeurs d'asile ; ou par le boulevard du Neuvième de Ligne pour ceux qui y séjournent.

Actualités

En 1986, la caserne est devenue un centre d'accueil pour les candidats réfugiés. Il peut accueillir environ 800 demandeurs et est géré par Fedasil[15].

Cependant, depuis quelques années, l'adéquation des lieux à cette dernière utilisation est remise en question. En 2017, il était question de vendre le bâtiment. La ville voulait et devait répondre aux problèmes de délabrement et de surpopulation du centre. La solution semblait être l'hôpital militaire Reine Astrid, mais elle n'a pas été approuvée par la ville, qui l'estimait inadéquate et irrespectueuse envers sa population. En effet, plusieurs structures affectaient déjà le quotidien des riverains de cet hôpital. La proposition du gouvernement fédéral a été refusée[21].

En , le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort parlait de transformer le Petit-Château en musée régional de l'Immigration[22], alors que le MigratieMuseumMigration, une initiative du Immigratiecentrum Le Foyer (nl) venait de s'ouvrir un an auparavant à Molenbeek[23]. Le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration de l'époque, Sammy Mahdi, a confirmé, au nom du gouvernement fédéral, la volonté de fermer le centre d'accueil, inadapté à ses fonctions actuelles[24]. La crise sanitaire de la Covid-19 a également marqué la structure. Le centre a fermé, puis rouvert en . Les mesures de sécurité n'étaient pas appliquées[25].

Le centre reste actif, essaye de se renouveler dans son fonctionnement et ses activités. Il propose des activités culturelles et sportives. Les dons de jouets et de vêtements ont été importants en 2020 et a permis de couvrir les besoins pour cette année-là. Il existe également la volonté d'associer les riverains et les quartiers aux activités du centre[15].

Références

  1. ↑ « comment aller à Petit-Château à Brussel en Bus, Train ou Métro? », sur Moovit (consulté le )
  2. ↑ Jacques Dubreucq, Bruxelles, une histoire capitale, t. 4 la section du Canal, Bruxelles, , p. 389
  3. Jean-Claude Vantroyen, « Le nom d'un stotje a traversé es siècles », Le Soir,‎
  4. ↑ Dubreucq 1997, p. 389.
  5. ↑ Dubreucq 1997, p. 390.
  6. ↑ Dubreucq 1997, p. 390-391.
  7. ↑ Henri Schuermans, « Notice nécrologique du général Matthieu-Bernard Meyers », Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie, t. 16e année,‎ , p. 383-385 (lire en ligne)
  8. « Le Petit Château », sur visit.brussels (consulté le )
  9. Benoit Mihail, Le patrimoine militaire, Belgique, Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, 48 p. (ISBN 978-2-930457-57-4, lire en ligne)
  10. ↑ Jacques Dubreucq, Bruxelles, une histoire capitale, t. 4 la section du Canal, Bruxelles, , p. 394-396
  11. ↑ Journal Solitaire 4.08.2016
  12. ↑ Tony Coenjaerts, « Les déportations économiques », Trends/Tendances,‎ , p. 37 (lire en ligne Inscription nécessaire)
  13. ↑ ARC, « La caserne de la place Dailly », dans Jean Breydel, Livre blanc n°3 de la campagne et de l'action pour la réaffectation du patrimoine archtictural Bruxelles 1985-1986, Bruxelles, Commission Française de la Culture de l'Agglomération de Bruxelles, , p. 161
  14. ↑ « La caserne du Petit-Château, reconversion en logements et fonctions annexes », dans Jean Breydel, Livre blanc n°4 de la campagne et de l'action pour la réaffectation du patrimoine archtictural Bruxelles 1987-1988, Bruxelles, Commission Française de la Culture de l'Agglomération de Bruxelles, , p. 118-136
  15. « Bruxelles (Petit-Château) », sur fedasil.be (consulté le )
  16. ↑ Maxime Biermé, « Chaos au Petit-Château: Un «nouveau» centre et un déménagement pour commencer », Le Soir,‎ (lire en ligne Inscription nécessaire)
  17. ↑ (nl) « Veel asielzoekers overnachten tot eind januari in de kou: “Alle alleenstaande mannen worden wandelen gestuurd” », Nieuwsblad,‎ (lire en ligne Inscription nécessaire)
  18. ↑ « Face à la saturation du réseau Fedasil, l’État belge choisit de laisser les hommes seuls à la rue », La Libre Belgique,‎ , p. 4 (lire en ligne Inscription nécessaire)
  19. ↑ « “L’Arizona risque de bafouer les droits fondamentaux des personnes migrantes” », La Libre Belgique,‎ , p. 8 (lire en ligne Inscription nécessaire)
  20. « Centre d'accueil Petit-Château », sur regiedesbatiments.be (consulté le )
  21. ↑ BX1, « Never-over-Hembeek: le fédéral et Bruxelles restent opposés sur le destin du Petit-Château », sur youtube.com, (consulté le )
  22. ↑ K.F., « La piste du Petit Château pour le futur grand musée de l'Immigration de Bruxelles », rtbf,‎ (rtbf.be)
  23. ↑ Sarah Freres, « Un musée de l'immigration ouvre ses portes à Molenbeek », La Libre,‎ (lalibre.be)
  24. ↑ Belga, « Le secrétaire d'Etat Mahdi confirme la volonté fédérale de fermer un centre d'accueil bruxellois », LaLibre,‎ (lalibre.be)
  25. ↑ Belga, « Le Petit-Château rouvre et les travailleurs de Fedasil s'inquiètent », BX1,‎ (bx1.be)

Voir aussi

Bibliographie

  • « La caserne du Petit-Château, reconversion en logements et fonctions annexes », dans Jean Breydel, Livre blanc n°4 de la campagne et de l'action pour la réaffectation du patrimoine archtictural Bruxelles 1987-1988, Bruxelles, Commission Française de la Culture de l'Agglomération de Bruxelles, , p. 118-136
  • Benoit Mihail, Le patrimoine militaire, Belgique, Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, 48 p. (ISBN 978-2-930457-57-4, lire en ligne)
  • (nl) Bob Pleysier, Het Klein Kasteeltje, een kwart eeuw asielopvang, (ISBN 978-94-6190-703-5)
  • (nl) Klein Kasteeltje, Bruxelles, Klein Kasteeltje, , 44 p.
  • Jean-Claude Vantroyen, « Le nom d'un slotje a traversé les siècles », Le Soir,‎

Liens externes

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