Pharsamon, ou les Nouvelles Folies romanesques

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Louis-François Prault (d) |
Pharsamon, ou les Nouvelles Folies romanesques est un roman de Marivaux paru en 1737.
Argument
Pharsamon raconte l’histoire de Pierre Bagnol, jeune homme qui tombe amoureux de Mademoiselle Babet, dite « Princesse Cidalise ». Accompagné de son ami et « écuyer » Colin, dit « Cliton », il est incapable de distinguer la réalité de l’imaginaire et se perd dans ses propres fantasmes.
Résumé
Pierre Bagnol, beau garçon, élevé chez son oncle gentilhomme, est un grand lecteur de romans, que s’intéressent pas les jeunes filles du voisinage, trop peu romanesques, à son gout. Il décide de partir, sous le nom de « Pharsamon », en compagnie de son valet, Cliton[a], à la recherche d’amours plus courtoises. Il rencontre bientôt Babet, qui se fait appeler Cidalise, grande lectrice de romans comme lui. Promise par sa famille à un jeune homme du voisinage, elle est fermement décidée à n’épouser qu’à un héros de roman.
Lorsque Pharsamon trouve Babet-Cidalise soupirant dans son parc, il soupire, de concert avec elle, au grand déplaisir du fiancé qu’on a choisi à Cidalise, lorsqu’il survient. les deux jeunes gens se battent et Pharsamon est blessé. Porté dans la maison de sa bienaimée, il est rapidement congédié, mais il revient bientôt pour enlever Cidalise. Cliton fait de même avec Fatime, sa femme de chambre. En chemin, ils s’arrêtent pour demander l’hospitalité dans une maison ou l’on célèbre une noce. Cliton s’attire une querelle dans la cuisine avec un cuisinier. Arrivé à sa rescousse, Pharsamon ne récolte que horions. Cidalise elle-même, ayant voulu intervenir, a été renversée d’un coup de poing. Comme elle a disparu s’enfuit on ne sait ou. On apprend plus tard qu’elle a été retrouvée, reconduite à sa famille, et que des fumées d’herbes aromatiques ont dissipé les fumées romanesques de son esprit. On applique le même traitement à Pharsamon, qui guérit également et fait un mariage de raison.
Pharsamon contient plusieurs épisodes romanesques enchâssés[1]. En courant la campagne, le chevalier et son écuyer sont reçus avec beaucoup d’amabilité par deux jeunes gens, qui se trouvent être deux jeunes femmes. Une de ces femmes, Clorine, leur raconte ses aventures. Son père et sa mère s’étaient mariés sans le consentement de leurs parents, et elle avait été mise en pension chez une paysanne. Une marquise l’ayant vue, l’a prise en amitié et l’a fait élever chez elle. Dans un projet de tragédie où Clorine devait jouer le rôle d’amoureuse, nombre de jeunes gens ont postulé au rôle de l’amoureux. Le rôle devant être adjugé, pour ne pas faire de jaloux, à celui qui le saurait le premier, l’un des aspirants, Oriante, l’avait déjà joué. Le rôle lui échoit, mais il le prend tellement au sérieux qu’il devient réellement amoureux de sa partenaire. Lorsqu’il demande Clorine en mariage, il faut avouer que celle-ci n’est pas la fille de la marquise. Oriante s’en moque, mais ni sa mère, ni la marquise, ne voulant consentir à cette union, et Clorine se retrouve séquestrée à la campagne dans une maison isolée au milieu des bois.
Quand Oriante parvient à la découvrir, il lui propose de l’enlever. Les amants sont d’accord, l’enlèvement doit se faire à minuit. Oriante monte à l’échelle de cordes que Clorine a accrochée au balcon, mais il est pris pour un voleur. On lui tire un coup de fusil, et il tombe raide mort au moment où l’on venait rendre à Clorine sa liberté et lui apporter le consentement que ses parents, heureusement retrouvés, donnaient à ce mariage. Clorine, au désespoir, a pris des habits d’homme et s’est retirée dans ce château avec sa suivante, également déguisée. Or, Pharsamon ressemble prodigieusement à Oriante, et, en causant avec lui, Clorine, comme Didon, reconnait les vestiges de son ancienne flamme. Elle voudrait retenir Pharsamon, la suivante voudrait retenir Cliton. Mais Pharsamon ne se laisse pas fléchir.
Un autre récit enchâssé relate l’histoire d’une femme poursuivie par un rustre. Enlevée par des corsaires et conduite en Barbarie, Termiane est vendue à un maitre qui tombe amoureux d’elle. Lorsqu’une déclaration qu’il lui adresse est surprise par son épouse légitime, celle-ci se venge de lui en tentant de l’empoisonner, mais c’est elle qui finit empoisonnée, grâce à une esclave de son mari. Elle est ensuite menée chez les sauvages et ne rentrera en France qu’après une longue série d’aventures. Le troisième épisode est le récit que fait Cliton de son enfance.
Genèse et publication

Pharsamon appartient aux œuvres de jeunesse de Marivaux. Il s’agit principalement de textes comiques, burlesques ou parodiques en prose ou en vers, rédigés entre 1712 et 1715. On y trouve par exemple aux côtés du Pharsamon un Télémaque travesti qui parodie le roman de Fénelon, ou encore une version en vers burlesque de l'Iliade sur le modèle du Virgile travesti de Scarron.
L’histoire de la publication du Pharsamon est complexe. Commencé en 1712, rédigé en 1715[2], mais n’a paru qu’en 1737[3], en deux volumes chez l’imprimeur parisien Prault, deux ans après le Paysan parvenu et en même temps que certaines parties de la Vie de Marianne. Dès sa parution, Marivaux a immédiatement nié être l’auteur de Pharsamon[4]. Ce roman divisé en dix parties est considéré comme une œuvre importante du mouvement littéraire baroque.
Au cours du XVIIIe siècle, certaines rééditions adapteront le titre pour souligner la filiation avec Cervantes : en 1791, à Paris, la Veuve Duchesne fait, par exemple, paraitre le roman, dans son édition des œuvres complètes de Marivaux, sous le titre de Don Quichotte Moderne[5]
Sources et modèles
L’ouvrage, dans l’esprit du roman baroque, est inspiré du Don Quichotte de Cervantes[6]. Comme son modèle, le livre est conçu comme un antiroman dont les personnages s’efforcent d’imiter des modèles dépassés[7]. Si la source principale de Marivaux est donc le roman espagnol, son œuvre s’inspire aussi du Berger extravagant de Charles Sorel, aussi appelé L’Anti-roman dans des éditions antérieures, et qui reprenait déjà la trame de Don Quichotte.
La cible de la parodie de Marivaux est ici le roman héroïque et galant du XVIIe siècle, représenté par des auteurs comme Madeleine de Scudéry. Le titre Pharsamon, nom choisi par le héros Pierre Bagnol au moment de sa première expédition chevaleresque, est une référence parodique à Faramond, roman de La Calprenède.
Structure et thèmes
Divisé en dix parties, le roman adopte la structure du roman picaresque et les procédés du roman burlesque. Marivaux reprend aussi des éléments de la narration baroque, notamment la présence de récits enchâssés[8],[9]. Dans une série d’épisodes, Pharsamon, accompagné de son écuyer Cliton (sur le modèle de Sancho Panza) cherche à retrouver Cidalise et sa servante Fatime, qui, atteintes de la même pathologie, croient aussi vivre un roman galant[10].
Analyse
Comme son modèle, Don Quichotte de Cervantes, ce roman baroque héroïco-galant est conçu comme un antiroman dont les personnages s’efforcent d’imiter des modèles dépassés[7].
Pharsamon innove par la façon dont le narrateur s’interroge sur la façon de présenter les événements au lecteur. Ses réflexions sur son art instaurent une distanciation par rapport au sujet apparent du roman[7].
Postérité
Pharsamon a été traduit en anglais en 1750[2], en italien en 1751[11], et en allemand en 1762[12]. On compte dans la suite du XVIIIe siècle de nombreuses autres variations sur le thème du Quichotte reprenant certains éléments de Pharsamon, notamment The Female Quixote de Charlotte Lennox ou encore Don Sylvio von Rosalva (es) de Christoph Martin Wieland.
Éditions
- Pharsamon : ou Les nouvelles folies romanesques, première et seconde parties, avec approbation et privilège du Roy, Paris, Prault père, , vi-714 p., 2 vol. ; in-12º (OCLC 44821675, lire en ligne sur Gallica).
Notes et références
Notes
- ↑ Personnage récurrent présent dans Les Aventures de *** ou les Effets surprenants de la sympathie et La Voiture embourbée.
Références
- ↑ (en) Felicia B. Sturzer, « Narration and the Creative Process in Pharsamon ou les nouvelles folies romanesques », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, no 249, , p. 175-82 (ISSN 0435-2866, lire en ligne).
- (en) Robert J. Hartwig, « Pharsamon and Joseph Andrews », Texas Studies in Literature and Language, vol. 14, no 1, , p. 45–52 (ISSN 1534-7303, lire en ligne).
- ↑ (en) English Showalter, Jr, The Evolution of the French Novel, 1641-1782, Princeton, Princeton University Press, , 382 p. (ISBN 978-0-691-64640-4, OCLC 1175621723, lire en ligne sur Gallica), p. 96.
- ↑ Ferdinand Brunetière, Manuel de l’histoire de la littérature française, Paris, Ch. Delagrave, , 3e éd., vii-531 p., 20 cm (OCLC 301619741, lire en ligne), p. 288.
- ↑ Marivaux, Œuvres complètes, t. xi, Paris, Vve Duchesne, (lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Jean-Paul Sermain, Le Singe de don Quichotte : Marivaux, Cervantes et le roman postcritique, Oxford, Voltaire Foundation, , vi, 288 p., illustr. ; in-8º (ISBN 978-0-72940-626-0, OCLC 41213961, lire en ligne), p. 76.
- Estelle Doudet, Marivaux, Levallois-Perret, Studyrama, , 238 p., in-16 (ISBN 978-2-84472-499-1, OCLC 1181379159, lire en ligne), p. 99-101.
- ↑ (en) Vivienne Mylne, « Dialogue in Marivaux’s Novels », Romance Studies, vol. 8, no 1, , p. 51-61 (ISSN 1745-8153, DOI 10.1179/026399090786620977).
- ↑ Michèle Mat, « L’Intrigue et les voix narratives dans les romans de Marivaux », Romanische Forschungen, vol. 89, no 1, , p. 18-36 (ISSN 1864-0737, lire en ligne).
- ↑ Catherine Gallouët, Marivaux : journaux et fictions, Orléans, Paradigme, , 166 p. (ISBN 978-2-86878-223-6, OCLC 237442350, lire en ligne), p. 94.
- ↑ (it) Javier Gutierrez Carou, « Carlo Gozzi traduttore del Pharsamon di Marivaux : nuove prospettive euristiche », Seicento e Settecento, vol. V, , p. 109-18 (ISSN 1971-8330, lire en ligne).
- ↑ Frédéric Deloffre, « Notice de Pharsamon », dans Marivaux, Œuvres de jeunesse, Paris, Gallimard, , xix, 1405 p., in-16º (OCLC 1400837882), p. 1191-2
Liens externes
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