Pierre-Robert Le Cornier de Cideville

| Naissance | Rouen (paroisse de Saint-Lô) |
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| Décès |
(à 82 ans) Paris |
| Formation | |
| Activités |
Magistrat, homme de lettres, magistrat |
| Parentèle |
Jacques Le Cornier de Sainte-Hélène (d) |
| Propriétaire de | |
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| Membre de |
Pierre-Robert Le Cornier de Cideville, né le à Rouen et mort le à Paris, est un magistrat, homme de lettres français.
Bibliophile, il est cofondateur de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen.
Biographie
D'une famille de parlementaires, descendant du prévot des marchands Jean Luillier et du conseiller d'État Jacques Le Cornier de Sainte-Hélène (d), commissaire en la chambre de justice et un des juges de Fouquet, Pierre-Robert Le Cornier de Cideville est le fils de Robert Le Cornier, seigneur de Cideville, conseiller au parlement de Normandie, et de Louise Le Cornier de Sainte-Hélène. Il descendait également, par sa mère, de Chapelle[1].
Il effectue ses études au collège Louis-le-Grand, où il a Voltaire pour condisciple, et remporte, en 1709, son premier prix d’allégorie latine à l’Académie des Palinods. De retour à Rouen, en 1716, il succède à son père dans la charge de conseiller au Parlement de Normandie. Cependant, Le Cornier, qui n’a fait que déférer à la volonté paternelle, écrit, en 1736, à Voltaire : « Peste soit du Palais, de la chicane et des plaideurs. On vient de m’affubler de deux énormes sacs : j’en suis assommé et je n’en relèverai jamais. C’en est fait de votre malheureux ami[2]. » Aussi, dès que son père meurt, la même année, il s’empresse de résigner sa charge pour mener la vie d’honnête homme des Lumières à laquelle il aspirait, cultivant les lettres, la musique et la peinture[3].
Désormais consacrer de consacrer son temps aux arts, il partage sa vie entre la capitale et Rouen, entretient une correspondance suivie avec de multiples interlocuteurs, fréquente des lieux de sociabilité culturelle, en crée de nouveaux et se lance dans le mécénat, où il laissera l’essentiel de sa fortune[3]. Intime de Voltaire, qui a été, de l’aveu de ce dernier, son ami plus de cinquante ans, il a eu avec lui pendant plus de trente ans, la correspondance la plus suivie[4]. Faisant grand cas de son jugement, celui-ci n’hésitait pas à soumettre ses écrits à son jugement[5]. Voltaire, qui l’appelle son « cher Ovide de Neustrie[1] », est même venu chercher refuge chez lui, rue de l’Écureuil[6], en 1730 alors qu’il était poursuivi pour certaines de ses œuvres.
Au printemps et à l’automne de 1723, Voltaire compose, chez lui, Hérode et Mariamne, tandis que Cideville s’essaie au genre pastoral. De mi-juin à la mi-aout 1724, il y compose l’Indiscret[7]. En 1730, Cideville accueille de nouveau, au 76 de la rue Ganterie, Voltaire, qui a l’intention bien arrêtée de publier, à Rouen, haut lieu des éditions clandestines[1], son Histoire de Charles XII, dont l’édition de Paris a été saisie avant même d’avoir paru et mise au pilon. L’entremise de Cideville lui permettra de le faire, chez Claude-François Jore.
La correspondance de cette figure majeure des Lumières en province, avec Voltaire constitue une mine pour les spécialistes de cette époque. Une de ses lettres donne l’occasion de juger du talent épigrammatique de Cideville : « Vous n’aviez garde de trouver M. de Voltaire, écrit-il à un correspondant à son sujet, il est parti très précipitamment de Déville, le jour même que vous êtes venu l’y chercher ; il s’est avisé de guérir un paysan de la fièvre, et on l’a pris pour un sorcier :
- Pour avoir délivré
- Un manant de la fièvre tierce,
- Le village s’est figuré
- Que notre homme était en commerce
- Avec quelque diable juré.
- Bien est vrai qu’au talent de guérir les malades,

- Surnaturel en ce canton,
- Contes de loup-garou s’étaient joints, ce dit-on.
- On entendait, la nuit, aubades
- Aux alentours de la maison,
- Et de dessous les palissades
- Sortaient donneurs de sérénades,
- Crus de Satan les camarades,
- Qui donnaient à tous le frisson
- Par infernales mascarades.
- Sans doute on aura pris les ébats des Dryades
- Qui faisaient fête au moderne Apollon.
- Bref, le curé, plus sot que sa séquelle,
- Parlait de faire un bon procès,
- Et qu’il fallait que la Tournelle
- L’interrogeât sur tous ces faits.
- Bien entendu que certaine valise
- Qu’on n’osait regarder trop sans frayeur,
- Ès mains du greffe avec soin serait mise
- Comme boutique d’enchanteur.
- Et j’eus bien craint qu’à maint de mes confrères
- (À qui Dieu fasse paix !)
- Certains écrits d’Eschyle et Sophoclès
- N’eussent paru magiques caractères ;
- Car on l’a dit — et ce n’est pas chimères —
- Est à Rouen président, conseiller,
- Qui va croyant au sorcier
- Par la raison qu’il ne l’est guères[1]. »
Le Cornier de Cideville a cofondé, avec Fontenelle, l’Académie de Rouen, dont il a rédigé les statuts et dont il obtenu les lettres patentes lui conférant le titre d’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts, en 1744[8]. Il a également doté Rouen d’une école de dessin à la tête de laquelle il a fait placer le peintre Jean-Baptiste Descamps, qu’il a su retenir à Rouen[9]. Bien qu’il n’ait jamais rien fait imprimer, il existe parmi les manuscrits qu’il a légués à l’Académie de Rouen, un recueil intitulé Poésies diverses et curieuses. Une seconde partie de ce recueil intitulé Journal depuis jusqu’en 1775 se trouve, avec le portrait de l’auteur, à la Bibliothèque publique de Rouen.
Ce bibliophile a légué la riche bibliothèque du château de Launay qu’il s’est fait construire[10], et où il passait de longues heures à ranger ses 2 000 ouvrages, à l'Académie de Rouen, où son éloge a été prononcé par Haillet de Couronne. En 1708, Jacques Bacheley a dessiné et gravé pour l’Académie de Rouen une vignette destinée à perpétuer le souvenir de ce don ; elle représente les armoiries de ce littérateur surmontant un bureau, et, en forme d’inscription, on lit : « Dx libris P. R. Le Cornier de Cideville, dono dedit academic Rothomugensi, anno 1708 ». Cette bibliothèque est aujourd’hui fondue dans celle de la ville, qui possède de M. de Cideville un ms. intitulé : Journal depuis 1743 jusqu’en 1775.
Iconographie
Guillaume Voiriot a peint le portrait de Cideville. Celui-ci a été finement gravé par Jacques Bacheley, d’après le tableau de Guillaume Voiriot ; il a été également gravé par J.-B. Hayard (d), qui a reproduit à s’y méprendre, le dessin de Jean-Baptiste Descamps, fait au crayon, en 1752[11].
Bibliographie
- Voltaire inédit (billets à Cideville, contrefaçon de ses œuvres à Rouen, correspondance de Cideville avec Voltaire, de Mme Du Châtelet avec Cideville), Jean Noury (éd.), Paris, Impr. nationale, 1895.
- À Monsieur de Voltaire, historiographe de France, Paris, Prault fils, 1745.
Notes et références
- Jean Noury, « Voltaire et la société rouennaise », Bulletin de la Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure, Paris, , p. 96-127 (ISSN 0248-8795, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Henry Soulange-Bodin, Les Châteaux de Normandie, Paris, Vanoest, , 2e éd., 154 p. (OCLC 1426787, lire en ligne), p. 86.
- Fatiha El Khelfi, Pierre-Robert Le Cormier de Cideville (1693-1776), un relais culturel au temps des Lumières, Rouen, Université de Rouen, .
- ↑ Noémi Noire-Oursel, « Cideville (Pierre-Robert Le Cornier de) », dans Nouvelle Biographie normande, Paris, A. Picard, , 544 p., 2 vol. en 1. ; 26 cm (OCLC 10424817, lire en ligne), p. 216.
- ↑ Christiane Mervaud, « La Chimère de la gloire ou la chimère du bonheur : Cideville, lecteur et critique de Voltaire », Études normandes, vol. 46, no 1 « La Vie Littéraire à Rouen au XVIIIe siècle », , p. 69-83 (ISSN 0014-2158, lire en ligne).
- ↑ Joseph Daoust, « Voltaire et la marquise Châtelaine de Quevillon (1723-1726) », Études normandes, vol. 54, no 176, , p. 1-16 (lire en ligne).
- ↑ Jean Clogenson, « Voltaire, jardinier à Cirei et aux Délices : (1754-49-1755-65) », Précis analytique des travaux de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Rouen, Pierre Périaux, , p. 5-23 (ISSN 1154-7707, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Théodore-Éloi Lebreton, « cideville (Pierre-Robert Le Cornier de) », dans Biographie normande : recueil de notices biographiques et bibliographiques sur les personnages célèbres nés en Normandie et sur ceux qui se sont seulement distingués par leurs actions ou par leurs écrits, vol. 1er, Rouen, A. Le Brument, , 548 p. (OCLC 832080388, lire en ligne), p. 314-315.
- ↑ Aude Henry-Gobet, « Cideville conseiller artistique », Revue Fontenelle, Mont-Saint-Aignan, Publications des Universités de Rouen et du Havre, no 5, (ISSN 1762-5300, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Base Mérimée, « Château de Launay », sur POP, (consulté le ).
- ↑ Édouard Frère, « Cideville (Pierre-Robert le Cornier, seigneur de) », dans Manuel du bibliographe normand : ou Dictionnaire bibliographique et historique, t. 1, Rouen, A. Le Brument, , xiii-491, 632 p., 2 vol. : ill. ; 24 cm (OCLC 7059146, lire en ligne sur Gallica), p. 245.
Liens externes
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