Présent absent

La catégorie légale de présent absent (nifkadim nohahim en hébreu[1]) s'applique en Israël aux déplacés internes palestiniens qui, au cours de la guerre de 1948, tout en restant « présents » sur le territoire devenu celui du nouvel État, se sont « absentés » de leurs foyers : bien que reconnus citoyens israéliens, ils se trouvent privés du droit de propriété sur leurs terres et leurs maisons, déclarées vacantes[2],[3],[4].

Depuis 1948, la loi sur la propriété des absents en confie la gestion au Gardien des propriétés des absents. Cette catégorie de citoyens est qualifiée d’orwellienne par Bethan Staton et d’autres auteurs[5],[6]. Ces Arabes israéliens bénéficient de tous leurs droits civils, dont celui de voter aux élections à la Knesset, sauf un : le droit de propriété (sur leurs biens d’avant la conquête israélienne). Environ 30 à 35 000 Palestiniens sont devenus des « présents absents »[7]. Cela concerne 12,8 % des Palestiniens dans le nord d’Israël, 20,5 % dans le centre et 22,7 % dans le sud[5]. La plupart des Palestiniens qui étaient restés dans leur village ont été réinstallés de force dans d’autres villages, afin de faciliter leur surveillance par l’armée israélienne, sous gouvernement militaire de 1949 à 1966[8].

Les Palestiniens qui se trouvent dans cette situation se désignent eux-mêmes comme muhajjarin (en arabe : les effacés de force). Le terme en hébreu moderne qui traduit présent absent est nokhehim nifkadim, en arabe hadirin gha'ibin[9]. Ils s’organisent au sein de l’association for the Defense of the Rights of the Internally Displaced Persons in Israel (ADRID) qui organise annuellement des marches du retour. L’association israélienne Zochrot organise régulièrement des visites des ruines des villages arabes et plante des panneaux indiquant ce qui existait à la place des ruines[10].


Notes et références

  1. Frédéric Boyer, « Israël-Palestine, la propriété des absents », La Croix, 24 mai 2021.
  2. « Le triste privilège des « présents-absents » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. Ilana Löwy, « Les « présents absents » : La situation impossible des Arabes d'Israël », Mouvements, vol. 13, no 1,‎ , p. 109 (ISSN 1291-6412 et 1776-2995, DOI 10.3917/mouv.013.0109, lire en ligne, consulté le ).
  4. Meiron Rapoport, « Ces Palestiniens qui se croyaient propriétaires à Jérusalem », Courrier international,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. Bethan Staton, « Palestinian citizens of Israel march against Independence Day », Middle East Eye, 25 avril 2015.
  6. Alain Dieckhoff, « Démocratie et ethnicité en Israël », Sociologie et sociétés, volume 31, no 2, automne 1999, p. 166.
  7. Benvenisti, Meron (2002): Sacred Landscape. University of California Press, p. 201
  8. Ziad Abu Zayyad, « Legalizing the Illegal », Palestine-Israel Journal of Politics, Economics & Culture, 2015, volume 20, no 2-3, p. 60.
  9. Rochelle A. Davis, Palestinian Village Histories. Geographies of the Displaced, Stanford : Stanford University Press, 2011, collection « Stanford Studies in Middle Eastern and Islamic Societies and Cultures ». (ISBN 978-0-8047-7313-3), p. 55.
  10. R. A. Davis, 2011, p. 56.

Bibliographie

Articles

Livres

  • Hillel Cohen, The Present Absentee : The Palestinian Internal Refugees in Israel since 1948 (hébreu, arabe)
  • (ar + fr) Mahmoud Darwich (trad. Farouk Mardam-Bey), Présente absence, Actes Sud, , 160 p. (ISBN 978-2-330-06078-7, présentation en ligne).
  • (he) David Grossman, Nokhehim Nifkadim נוכחים נפקדים [« Présents-absents »], Tel-Aviv, éditions Hakibbutz Haméouhad,‎ , 250 p. (présentation en ligne).
  • Elias Sanbar (texte) et Bruno Fert (photographies), Les Absents, Marseille, Le Bec en l'air, , 120 p. (ISBN 978-2-36744-101-6, présentation en ligne).
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