Pretzel Logic

Pretzel Logic

Album de Steely Dan
Sortie mars 1974
Enregistré 1974
Durée 37:49
Genre Jazz-Rock
Producteur Gary Katz
Label ABC
Critique

Albums de Steely Dan

Pretzel Logic est le troisième album studio du groupe de rock américain Steely Dan, sorti le 20 février 1974 chez ABC Records. Il est enregistré au Village Recorder à West Los Angeles (Californie), avec le producteur Gary Katz et l'ingénieur du son Roger Nichols. L’album est le dernier réalisé et publié par le groupe alors qu’il est encore actif en tournées, et le dernier à présenter la formation complète du quintette original, composé de Walter Becker, Donald Fagen, Denny Dias, Jim Hodder et Jeff 'Skunk' Baxter (qui quitte ensuite le groupe pour rejoindre les Doobie Brothers), bien qu’il comporte également des contributions importantes de nombreux musiciens de studio de Los Angeles. En conséquence, les cinq membres du groupe y tiennent des rôles réduits par rapport aux albums précédents. Aucun titre de Pretzel Logic n’utilise l’ensemble des cinq membres de Steely Dan, et certains n’en mobilisent que deux ou trois.

Succès critique et commercial, le single Rikki Don’t Lose That Number contribue au retour de Steely Dan sur les ondes radiophoniques, après les performances décevantes de son prédécesseur et devient leur plus grand succès. La tournée accompagnant la sortie de Pretzel Logic est extrêmement éprouvante pour Becker et Fagen, qui décident ensuite de mettre fin à Steely Dan en tant que groupe de tournée et de dissoudre la formation originale. L’album est réédité en CD en 1987, puis remasterisé en 1999, avec un accueil rétrospectivement très favorable.

Enregistrement et production

Comme pour les précédents albums de Steely Dan, Pretzel Logic est enregistré au Village Recorder à West Los Angeles[2], produit par Gary Katz et principalement composé par Walter Becker et Donald Fagen[3].

L’album marque le début d’une évolution majeure dans le fonctionnement du groupe, Becker et Fagen devenant de facto les seuls membres permanents de Steely Dan pour les enregistrements. Le duo fait appel à de nombreux musiciens de studio basés à Los Angeles pour enregistrer de multiples overdubs. Avant le début de la production, Becker et Fagen rencontrent Jim Hodder, batteur fondateur de Steely Dan, pour lui annoncer leur intention d’utiliser le batteur de session Jim Gordon pour l’album[4]. Bien que Hodder continue de percevoir une rémunération en tant que membre du groupe, sa mise à l’écart le bouleverse profondément[5] a, et il assiste souvent aux sessions d’enregistrement de Pretzel Logic sans avoir le droit de jouer[6]. Becker et Fagen lui accordent néanmoins une chance de jouer sur un titre, « Night by Night », mais malgré de nombreuses prises, sa performance ne les satisfait pas et ils décident de recourir à un autre batteur. Au milieu de la nuit, Denny Dias suggère alors le jeune Jeff Porcaro, âgé de dix-neuf ans, qui arrive en session accompagné de son ami et collaborateur fréquent aux claviers, David Paich[7]. La seule contribution de Hodder à Pretzel Logic sera des chœurs sur « Parker’s Band »[4].

Faute de nouvelles compositions suffisantes, Becker et Fagen réutilisent également trois morceaux plus anciens, écrits avant la formation de Steely Dan : « Barrytown », « Parker’s Band » et « Charlie Freak »[8]. Bien que crédité conjointement à Becker et Fagen, « Barrytown » est en réalité écrit uniquement par Fagen et fait référence à Barrytown (New York), petite ville proche de son université, Bard College[9]. « Parker’s Band » comporte des parties de batterie jouées à la fois par Porcaro et Jim Gordon, ce dernier étant l’un des héros musicaux du jeune Jeff Porcaro. La structure de « Charlie Freak », elle, est restée identique à la démo enregistrée par Becker et Fagen dans les années 1960, mais son arrangement sur Pretzel Logic est plus élaboré[10]. En plus de la guitare électrique, Jeff Baxter joue de la guitare pedal steel guitar ainsi que des percussions[3] . Les sonorités proches d’une section de cordes sur « Charlie Freak » sont obtenues grâce à la pedal steel de Baxter, traitée avec de la distorsion[10].

Becker s’était déjà amusé depuis plusieurs années avec le titre de Duke Ellington « East St. Louis Toodle-Oo ». Pour l’enregistrement, il utilise une guitare électrique avec talk box afin d’imiter la trompette bouchée de Bubber Miley, tandis que Baxter reproduit le solo de trombone de Tricky Sam Nanton à la pedal steel. Fagen, de son côté, joue la partie de clarinette au piano[11] Après que les coûts commencent à devenir trop élevés au Village Recorder, le projet est transféré vers les nouveaux Cherokee Studios à Chatsworth, Los Angeles[11]. Becker et Fagen souhaitaient initialement donner à l’album un titre évoquant le côté trouble et sexuel de la vie, mais ne trouvant rien de satisfaisant, ils finissent par le nommer simplement d’après l’une des chansons du disque[8].

Musique et paroles

Pretzel Logic contient des morceaux plus courts et plus concis que ceux du précédent album de Steely Dan, Countdown to Ecstasy,[1] , le groupe ayant décidé de tenter de produire des « discours musicaux complets » dans le format de la chanson pop de trois minutes[3]. Le critique Robert Christgau écrit que les solos de l’album sont « fonctionnels plutôt que personnels ou expressifs, intégrés au fonctionnement de la musique »[12]

La musique de l’album est caractérisée par des harmonies, des contre-mélodies et des phrasés inspirés du bebop, et repose souvent sur des influences pop relativement directes. L’album intègre des éléments de funk (notamment « Night by Night » et « Monkey in Your Soul ») et de shuffle (sur « Pretzel Logic »), deux styles jusque-là peu explorés par Steely Dan. La ligne de piano syncopée qui ouvre « Rikki Don’t Lose That Number » évolue vers une mélodie pop, tandis que le morceau-titre passe d’une structure blues à un chorus plus jazzy.

Rikki Don't Lose That Number reprend notamment le motif de basse de « Song for My Father » de Horace Silver (1965). « Parker’s Band » s’inspire des riffs de Charlie Parker et lui rend hommage dans ses paroles. Bien que certains auditeurs aient interprété le morceau comme évoquant une orgie homosexuelle en raison des thèmes sexuels fréquents chez Steely Dan et de certaines lignes comme « You won’t believe what the boys are blowing » ou « We will spend a dizzy weekend smacked into a trance », il s’agit en réalité d’un hommage au jazz et à l’univers de Charlie Parker. Les paroles contiennent de nombreuses références directes à ce dernier, notamment « Savoy sides » (référence au label Savoy Records), « Kansas City born and growing » (lieu de naissance et de jeunesse de Parker), les morceaux « Groovin’ High » et « Relaxin’ at Camarillo », ainsi que l’expression « dizzy weekend », qui renvoie à sa dépendance à l’héroïne.

Jeff Baxter apporte des influences jazz et rock dans son jeu de guitare. Plusieurs morceaux utilisent également des instrumentations additionnelles : percussions exotiques, sections de violons, cloches et cuivres. Victor Feldman joue un solo de flapamba pour introduire « Rikki Don’t Lose That Number » sur l’album, mais cette introduction est retirée de la version single sur ordre de Geffen Records.

Donald Fagen décrit « Through with Buzz » comme un morceau au son très doux mais aux paroles très cyniques, traitant d’une relation platonique qui se termine lorsque l’un des protagonistes se sent exploité et devient paranoïaque. L’hostilité du narrateur envers Buzz est volontairement infantile : dans le dernier couplet, il le traite notamment de « fairy » (terme péjoratif), alors même qu’il l’accuse peu auparavant d’avoir volé sa petite amie.

Le biographe de Steely Dan Anthony Robustelli estime que « With a Gun » est le morceau le plus influencé par la country du répertoire du groupe. Les paroles sont racontées à la deuxième personne et décrivent un individu inadapté qui répond à tous ses problèmes par le meurtre.

« Charlie Freak » raconte l’histoire d’un vagabond toxicomane qui vend son seul bien — une bague en or — au narrateur pour une somme modique afin d’acheter sa drogue, dont la consommation entraîne une overdose mortelle. Apprenant la nouvelle, le narrateur se rend à la morgue et rend la bague au défunt. Le morceau se distingue dans la discographie de Steely Dan par son ton sincère et émouvant. Comme l’ont souligné plusieurs critiques, le groupe utilise habituellement l’ironie pour évoquer les failles humaines, mais ici il n’y a pas d’humour, seulement une ironie lourde et grave, avec une conclusion à la fois triste et légèrement porteuse d’espoir, offrant une facette plus rare de leur écriture.



Titres de l’album

Compositions de Becker et Fagen, sauf indication contraire

  1. Rikki Don’t Lose That Number- 4:30
  2. Night by Night - 3:36
  3. Any Major Dude Will Tell You (en) - 3:05
  4. Barrytown - 3:17
  5. East St. Louis Toodle-Oo (Duke Ellington, Bubber Miley) - 2:45
  6. Parker's Band - 2:36
  7. Through With Buzz - 1:30
  8. Pretzel Logic (en) - 4:28
  9. With a Gun - 2:15
  10. Charlie Freak - 2:41
  11. Monkey in Your Soul - 2:31

Musiciens

Steely Dan

Autres musiciens

  • Ben Benay - Guitare
  • Wilton Felder - Basse
  • Victor Feldman – Percussion, Clavier
  • Jim Gordon - Batterie
  • Plas Johnson - Saxophone
  • Lew McCreary - Cor
  • Ollie Mitchell - Trompette
  • Michael Omartian - Clavier
  • David Paich - Clavier
  • Dean Parks - Guitare
  • Jeff Porcaro - Batterie
  • Jerome Richardson - Saxophone
  • Timothy B. Schmit – Basse, Chant
  • Ernie Watts - Saxophone

Production

  • Gary Katz - Producteur
  • Roger Nichols – Ingénieur du son
  • Daniel Levitin - Consultant
  • Jimmie Haskell - Orchestration
  • David Larkham - Design
  • Ed Caraeff – Direction artistique, Photographie
  • Raenne Rubenstein – Photo pochette

Notes et références

  1. (en) Stephen Thomas Erlewine, « Pretzel Logic - Review », sur allmusic.com (consulté le ).
  2. « Steely Dan - Pretzel Logic CD Album »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?), CD Universe et Muze
  3. Bud Scoppa, « Pretzel Logic », Rolling Stone, New York,‎ (lire en ligne Accès payant)
  4. Robustelli 2017, p. 49.
  5. Robustelli 2017, p. 95.
  6. Robustelli 2017, p. 50.
  7. Robustelli 2017, p. 98-99.
  8. Robustelli 2017, p. 96.
  9. Robustelli 2017, p. 100.
  10. Robustelli 2017, p. 104.
  11. [vidéo] « Pretzel Logic », Donald Fagen, , Geffen Records
  12. Robert Christgau, Christgau's Record Guide: Rock Albums of the Seventies, Ticknor & Fields, (ISBN 089919026X), « Consumer Guide '70s: S »

Liens externes

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