Pyramides provinciales égyptiennes
Il existe sept pyramides égyptiennes dites provinciales car situées en dehors des grandes nécropoles de la région memphite[1] (comme Gizeh, Saqqarah). Le constructeur et la fonction de la pyramide restent inconnus.
Constructeur
Le ou les constructeurs et la fonction des pyramides provinciales restent inconnus. Günter Dreyer et Werner Kaiser les considèrent comme faisant partie d'un projet de construction planifié du roi Houni, dernier souverain de la IIIe dynastie. Cette hypothèse reposait uniquement sur l'idée que le cône de granit d'Houni découvert près de la pyramide d'Éléphantine était directement lié à cette dernière[2]. L'égyptologue polonais Andrzej Ćwiek a émis des doutes à ce sujet, car le texte du cône évoque un palais, et non une pyramide. Selon lui, si le cône a jamais fait partie de la pyramide, ce n'est qu'après avoir été réutilisé comme matériau de construction. Les découvertes de Seïlah ont incité Čwiek à suggérer que Snéfrou, successeur de Houni et fondateur de la IVe dynastie, d'en être le commanditaire[3]. Franck Monnier souligne également que, concernant les pyramides de Zaouiet el-Meïtin et d'Edfou, certains indices incient à penser que leur construction est à dater du règne de Snéfrou : pour la pyramide de Zaouiet el-Meïtin, il s'agit de matériaux de même composition que ceux employés pour les premières phases de la pyramide de Meïdoum[4] (premières phases généralement attribuées à Snéfrou[5]) ; pour la pyramide d'Edfou, il s'agit des fondations d'un petite structure, probablement une chapelle, sur la face est de la pyramide, position adoptée à partir de Snéfrou[4]. Quant à la pyramide de Sinki, près d'Abydos, le fait qu'elle soit restée inachevée pourrait être dû à l'abandon du programme de construction des pyramides provinciales selon l'égyptologue Michel Baud. Or, si ce programme a pris fin sous le règne de Snéfrou, alors cette pyramide pourrait être à dater de son règne également[6].
Fonction
La fonction de ces pyramides est discutée parmi les égyptologues ; ses hypothèses émises sont les suivantes : lieu de représentation du roi, représentation du Benben, symbole de l'unité politique et religieuse du pays, ou encore cénotaphes des épouses royales.
Jean-Philippe Lauer a suggéré que la pyramide de Seïlah pourrait être la tombe originale de la reine Hétep-Hérès Ire, mais cela n'est pas une opinion très partagée parmi la communauté scientifique, étant donné l'absence de chambre funéraire, pour cette pyramide mais aussi pour les autres[7]. De plus, la position de la pyramide de Zaouiet el-Meïtin à l'est du fleuve, mais aussi l'orientation des pyramides en parallèle du fleuve et non vers le nord confirmeraient l'hypothèse soutenue par la majorité des égyptologues selon laquelle ces monuments ne seraient pas des tombeaux.
Selon Michel Baud, la forme pyramidale étant le symbole de la puissance monarchique depuis le règne de Djéser, les pyramides provinciales serviraient à manifester la présence royale au sein des provinces. Formant un maillage régulier le long de la vallée du Nil et construites aux abords de villes importantes, par ailleurs capitales de nomes, elles se tiennt malgré tout à une distance raisonnable, à l'exception de celle de l'île d'Éléphantine, probablement dû à l'étroitesse des lieux, et à l'exception de celle de Seïlah, installée au sommet d'une colline, dominant ainsi une terre de colonisation agricole qu'est le Fayoum. Il est possible qu'elles étaient liées à des centres administratifs et économiques royaux, qui auraient pu également avoir comporté chacun une résidence temporaire du monarque, utilisée notamment lors des tournées royales lors des recensements bisannuels. La densité de ces monuments au sud (5 pyramides pour les 8 premiers nomes), le nombre plus faible en Moyenne-Égypte (2 monuments) et leur absence en Basse-Égypte (la pyramide d'Athribis est bien plus tardive) pourraient refléter le degré de contrôle de la monarchie sur les provinces : la Basse-Égypte semblant être fermement contrôlée par le pouvoir royal, l'absence de tels monuments sur ce territoire serait explicable par leur inutilité ; à l'inverse, le sud de la Haute-Égypte, territoire le plus éloigné de la capitale royale Memphis, aurait alors nécessité cette démonstration de la puissance royale[8].
Selon Stephen Quirke, les pyramides provinciales pourraient être liées au culte royal, d'abord de Houni avec la pyramide d'Éléphantine, puis de Snéfrou, avec la pyramide de Seïlah. Cette volonté de diffuser le culte royal à travers le pays serait lié à la solarisation de la royauté elle-même[9]. Le pyramidion, qui couronne les pyramides, s'appelle en effet en égyptien ancien benbenet, forme féminine du mot benben. Or le benben est à la fois le tertre originel de la cosmogonie héliopolitaine et la pierre sacrée d'Héliopolis[10].
Liste des pyramides provinciales
- Pyramide de Seïlah
- Pyramide de Zaouiet el-Meïtin
- Pyramide de Sinki
- Pyramide de Nagada
- Pyramide d'Al-Koula
- Pyramide d'Edfou
- Pyramide d'Éléphantine
Notes
Notes
Références
- ↑ Il y a cependant une exception. La pyramide de Seïlah se situe dans la région du Fayoum non loin de la pyramide de Meïdoum
- ↑ Dreyer et Kaiser 1980, p. 45f.
- ↑ Ćwiek 1998, p. 39–52.
- Monnier 2017, p. 60.
- ↑ Monnier 2017, p. 64-97.
- ↑ Baud 2002, p. 187.
- ↑ Baud 2002, p. 183-185.
- ↑ Baud 2002, p. 185-189.
- ↑ Quirke 2004, p. 166-167.
- ↑ Quirke 2004, p. 155-159.
Bibliographie
- Michel Baud, Djéser et la IIIe dynastie, Paris, Pygmalion, , 301 p. (ISBN 978-2857047797) ;
- (de) Jan Bock, « Die kleinen Stufenpyramiden des frühen Alten Reiches », Sokar, no 12 (1), , p. 20–29 ;
- (en) Andrzej Ćwiek, « Date and Function of the so-called Minor Step Pyramids », Göttinger Miszellen, no 162, , p. 39–52 (lire en ligne) ;
- (de) Günter Dreyer et Werner Kaiser, « Zu den kleinen Stufenpyramiden Ober- und Mittelägyptens », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Abteilung Kairo (MDAIK), no 36, , p. 45f ;
- Stephen Quirke (trad. de l'anglais), Le culte de Rê : L'adoration du Soleil dans l'Égypte antique [« The Cult of Ra. Sun-worship in Ancient Egypt (2001) »], Editions du Rocher, , 256 p. (ISBN 978-2268049267) ;
- (en) Mark Lehner, The Complete Pyramids, New York, Thames & Hudson, (ISBN 978-0-500-28547-3), p. 96 ;
- Franck Monnier, L'ère des géants : Une description détaillée des grandes pyramides d'Égypte, Paris VIe, Editions de Boccard, , 268 p. (ISBN 978-2-7018-0493-4) ;
- (de) Ali Radwan, « Die Stufenpyramiden », dans Zahi Hawass (dir.), Die Schätze der Pyramiden, Augsburg, Weltbild, (ISBN 3-8289-0809-8), p. 111 ;
- (de) Miroslav Verner, Die Pyramiden, Reinbek, près de Hambourg, Rowohlt, coll. « rororo-Sachbuch » (no 60890), (ISBN 3-499-60890-1), p. 198f.
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