Quasi-étoile

Une quasi-étoile comparée à certaines des plus grandes étoiles connues.

Une quasi-étoile ou étoile trou noir est une étoile hypothétique très massive qui aurait pu exister très tôt dans l'Univers. Bien que la taille et la masse des quasi-étoiles diffèrent selon les modèles, il est généralement admis que celles-ci seraient beaucoup plus élevées que celles des étoiles « ordinaires ». Contrairement aux étoiles classiques, où l'équilibre hydrostatique est maintenu par fusion nucléaire à l'intérieur du noyau, ce serait plutôt l'énergie libérée par le disque d'accrétion d'un trou noir en leur centre qui occuperait cette fonction pour les quasi-étoiles.

Les quasi-étoiles pourraient expliquer la présence de trous noirs supermassifs et de quasars possédant un décalage vers le rouge supérieur à 6[1], ainsi que de nombreuses sources de rayons gamma extragalactiques[2],[3],[4],[5],[6]. Le télescope spatial James Webb pourrait confirmer leur existence dans un futur proche.

Caractéristiques physiques

Représentation d'artiste de la structure d'une quasi-étoile.

La taille et la masse d'une quasi-étoile ne sont pas connues avec précision. En effet, ces données dépendent du modèle théorique utilisé. Les auteurs postulent généralement une valeur tournant autour de 8 × 105 rayons solaires de diamètre[7] pour une masse de 107 masses solaires (M)[8] à l'apogée de la vie de la quasi-étoile.

Les quasi-étoiles pourraient présenter des jets à leurs pôles. Ces jets émettraient en majorité des rayons gamma, grâce à la diffusion Compton inverse, ainsi que des ondes électromagnétiques de basse énergie, allant du domaine du visible à celui des infrarouges, grâce au rayonnement synchrotron[8]. Le ratio du flux de rayons gamma au flux de rayons infrarouges serait d'environ 60[8].

Évolution stellaire

Formation

La formation d'une quasi-étoile nécessiterait la présence d'un halo de matière noire, afin de permettre la formation d'un nuage de gaz possédant une température du viriel[9] supérieure à 104 kelvins (K)[10],[11],[12]. Le nuage devrait également être pauvre en H2[13],[14], bien que l'importance de ce critère soit encore incertaine[15]. L'auto-gravité (en) de ce nuage ainsi que les précédentes caractéristiques rendent le nuage propice aux instabilités dynamiques globales[16],[17], qui concentrerait alors la matière au centre du halo de matière noire tout en réduisant son moment cinétique[10],[11].

La quasi-étoile est donc constituée d'un noyau supporté par la pression du gaz et d'une enveloppe supportée par la pression de radiation[10],[11],[12]. Le haut taux de chute du gaz empêcherait la fusion nucléaire, et donc la formation d'une étoile classique[11].

Dissolution

Lorsque le noyau atteint une température de 109 K, il se mettrait à émettre des neutrinos par le processus Urca, ce qui engendre un refroidissement[10]. Lorsque la température chute à 5 × 108 K, la pression de radiation devient insuffisante pour contrecarrer la pression exercée sur le noyau par le gaz de l'enveloppe[11], ce qui mène à l'effondrement du noyau et à la naissance d'un trou noir de 10 à 20 M au centre de la quasi-étoile[10].

Schéma des forces à l'intérieur d'une quasi-étoile.

Un disque d'accrétion se forme à l'intérieur de la quasi-étoile, autour du trou noir. L'énergie libérée par ce disque devient ainsi la force s'opposant à la pression exercée par le gaz de l'enveloppe. L'énergie libérée est alors équivalente à l'énergie de liaison gravitationnelle, ce qui cause une expansion du rayon de l'enveloppe par un facteur supérieur à 100[12]. Durant cette phase, le trou noir central grossit rapidement en raison de l'apport en masse de l'enveloppe[10],[11],[12],[15]. Après quelques millions d'années, à la fin de la vie de la quasi-étoile, le trou noir central possèderait une masse située entre 103 et 106 M, pour une époque z située entre 10 et 20[10],[11]. Ces trous noirs auraient alors amplement le temps de grossir jusqu'à 109 M avant l'époque correspondant à z = 6[10],[12]. Certains scénarios nécessiteraient même que ce processus de formation de trou noir ne se produise que jusqu'à z = 18 pour aboutir à la densité de trous noirs supermassifs observés aujourd'hui[10].

Observations

Les quasi-étoiles présentent une température minimale de photosphère qui correspond à un rayonnement en majorité près du domaine infrarouge. Ainsi, une quasi-étoile ayant un décalage vers le rouge de 10 aurait un pic d'émissivité à environ 10 μm[11]. Le télescope spatial James Webb (JWST) a détecté depuis 2022 des centaines de « petits points rouges », des objets compacts émettant une lumière rouge et infrarouge au spectre particulier, dont l'interprétation dominante en 2025 est que ce sont des quasi-étoiles[18],[19],[20].

Notes et références

  1. (en) Xiaohui Fan, Joseph F. Hennawi, Gordon T. Richards et al., « A Survey of z > 5.7 Quasars in the SLOAN Digital Sky Survey. III. Discovery of Five Additional Quasars », The Astronomical Journal, vol. 128, no 2,‎ , p. 515-522 (DOI 10.1086/422434).
  2. (en) J.-M. Casandjian et I. A. Grenier, « A revised catalogue of EGRET γ-ray sources », Astronomy & Astrophysics, vol. 489, no 2,‎ , p. 849-883 (DOI 10.1051/0004-6361:200809685).
  3. (en) A. A. Abdo, M. Ackermann, M. Ajello et al., « Fermi Large Area Telescope First Source Catalog », The Astrophysical Journal, vol. 188,‎ , p. 405-436 (DOI 10.1088/0067-0049/188/2/405).
  4. (en) A. J. Bird, A. Bazzano, L. Bassani et al., « The Fourth IBIS/ISGRI Soft Gamma-Ray Survey Catalog », The Astrophysical Journal, vol. 186,‎ , p. 1-9 (DOI 10.1088/0067-0049/186/1/1).
  5. (en) K. Maeda, J. Kataoka, T. Nakamori et al., « Unraveling the Nature of Unidentified High Galactic Latitude FERMI/LAT Gamma-Ray Sources With SUZAKU », The Astrophysical Journal, vol. 729, no 2,‎ , p. 1-14 (DOI 10.1088/0004-637X/729/2/103).
  6. (en) N. Masetti, P. Parisi, E. Palazzi et al., « Unveiling the nature of INTEGRAL objects through optical spectroscopy », Astronomy & Astrophysics, vol. 519,‎ , p. 1-21 (DOI 10.1051/0004-6361/201014852).
  7. (en) Dominik R. G. Schleicher, Francesco Palla, Andrea Ferrara, Daniele Galli et Muhammad Latif, « Massive Black Hole factories: Supermassive and quasi-star formation in primordial », Astronomy & Astrophysics, vol. 558,‎ (ISSN 0004-6361, e-ISSN 1432-0746, DOI 10.1051/0004-6361/201321949).
  8. (en) Bozena Czerny, Agnieszka Janiuk, Marek Sikora et Jean-Pierre Lasota, « Quasi-Star Jets as Unidentified Gamma-Ray Sources », The Astrophysical Journal, vol. 755, no 1,‎ (DOI 10.1088/2041-8205/755/1/L15).
  9. (en) « An Etymological Dictionary of Astronomy and Astrophysics », sur obspm.fr (consulté le ).
  10. Begelman, Volonteri et Rees 2006
  11. Begelman, Rossi et Armitage 2008
  12. Volonteri et Begelman 2010
  13. (en) S. Peng Oh et Zoltán Haiman, « Second-Generation Objects in the Universe: Radiative Cooling and Collapse of Halos with Virial Temperatures above 104 K », The Astrophysical Journal, vol. 569, no 2,‎ , p. 558-572 (DOI 10.1086/339393).
  14. (en) Volker Bromm et Abraham Loeb, « Formation of the First Supermassive Black Holes », The Astrophysical Journal, vol. 596, no 1,‎ , p. 34-46 (DOI 10.1086/377529).
  15. Ball et al. 2011
  16. (en) Isaac Shlosman, Juhan Frank et Mitchell C. Begelman, « Bars within bars: a mechanism for fuelling active galactic nuclei », Nature, vol. 338,‎ , p. 45-47 (DOI 10.1038/338045a0).
  17. (en) Isaac Shlosman, Mitchell C. Begelman et Julian Frank, « The fuelling of active galactic nuclei », Nature, vol. 345,‎ , p. 679-686 (DOI 10.1038/345679a0).
  18. (en) Jenna Ahart, « Mysterious ‘little red dots’ are baffling astronomers. What are they? », Nature,‎ 15 octobre 2025 pages= (DOI 10.1038/d41586-025-03352-6 Accès libre).
  19. (en) Adrienne Berard, « Mysterious ‘red dots’ in early universe may be ‘black hole star’ atmospheres », sur Université d'État de Pennsylvanie, (consulté le ).
  20. (en) Anna de Graaff, Hans-Walter Rix, Rohan P. Naidu, Ivo Labbé, Bingjie Wang et al., « A remarkable ruby: Absorption in dense gas, rather than evolved stars, drives the extreme Balmer break of a little red dot at z = 3.5 », Astronomy & Astrophysics, vol. 701,‎ , p. 1-20 doi=10.1051/0004-6361/202554681, article no A168.

Bibliographie

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Articles connexes

Liens externes

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