Rédemption de peines par le travail

La rédemption de peines par le travail est un système conçu par la dictature de Francisco Franco pour résoudre le problème de saturation des prisons tout en disposant de main d'oeuvre bon marché pour réaliser principalement des travaux destinés à la construction d'infrastructures ou à la réparation de celles endommagées lors de la guerre civile espagnole[1]. À travers le travail, le prisonnier pouvait réduire d'un tiers la durée de sa condamnation en prison et obtenait de petits revenus.
Tous les détenus qui faisaient preuve d'une bonne conduite et n'avaient pas essayé d'enfreindre la condamnation pouvaient être admis à la rédemption de peines par le travail. Par bonne conduite, on entendait la disposition de l'inculpé à assumer les principes du régime, ce qui fait que la rédemption était accordée majoritairement aux prisonniers les moins politisés, faisant l'objet de courtes peines ou ayant des contacts au sein du régime. Pendant la plus grande partie de l'existence du système, la rédemption a consisté en un jour de peine racheté pour deux jours travaillés, mais dans les années immédiatement postérieures à la guerre c'était l'inverse: rédemption de deux jours de condamnation par jour travaillé.
Les condamnés étaient assignés aux Bataillons de Travail et, sur le salaire qu'ils recevaient, l'entreprise à laquelle ils étaient destinés en gardait 75% au titre de «manutention et logement» et le reste allait à leurs familles, étant souvent le seul revenu qu'ils avaient. D'importantes entreprises de construction, travaux publics et minières (telles que Banús, Dragados, Duro Felguera, Marroquín, Molán, San Román, etc.) ont obtenu de grands bénéfices grâce à l'emploi du travail forcé des prisonniers, pour la plupart détenus politiques.
L'historien Francisco Moreno Gómez a assimilé la Rédemption de peines par le travail à la condamnation aux galères de l'Antiquité. «Sous la forme hypocrite de rédemption de peines on a infligé une indubitable exploitation du travail des vaincus de 1939», a-t-il écrit. Une estimation partagée par d'autres historiens comme Julián Casanova, Javier Rodrigo, Santiago Vega Sombría ou Gutmaro Gómez Bravo. Selon Casanova, cela a été «un excellent moyen de fournir une main d'oeuvre bon marché à de nombreuses entreprises et à l'État lui-même». Javier Rodrigo parle d'un système d'«exploitation du travail» et de «travail forcé des prisonniers politiques». Santiago Vega Sombría précise: «On mettait au service de l'état et des particuliers une énorme masse de travailleurs avec un salaire infime et sans possibilité de revendiquer aucune des conditions de travail. L'état recevait en plus un argent qui lui servait à financer le système pénitentiaire». De son coté, Gómez Bravo considère que les prisonniers qui ont participé à la rédemption de peines ne l'ont «pas fait volontairement» mais contraints par tout le réseau répressif qui prévalait dans les prisons espagnoles pour leur rééducation politique et religieuse et il souligne qu'ils ont été «utilisés comme main d'oeuvre esclave».
Antécédents
Jusqu'à l'établissement de la rédemption de peines par le travail, seuls les détenus gouvernementaux ont travaillé en dehors des prisons, dans des détachements pénaux sous la surveillance d'un fonctionnaire, puisqu'ils n'étaient soumis à aucune procédure pénale. Ils ont été dans la réparation de bâtiments et la réalisation de travaux publics, spécialement ceux qui avaient une utilité militaire.
Le premier pas pour que puissent aussi travailler à l'extérieur les prisonniers politiques condamnés ou prévenus (prisonniers de guerre et prisonniers pour délits non communs) fut la promulgation du Décret 181 de 1937 dont le préambule contenait ce texte:
« Le droit au travail qu'ont tous les espagnols, comme principe de base... point 15 du programme de FET-JONS, ne doit pas être marchandé par le nouvel état aux prisonniers et aux rouges, tant qu'il ne s'oppose pas ... à la vigilance que méritent ceux qui ont oublié les devoirs les plus élémentaires de patriotisme... qu'ils puissent se nourrir par leur propre effort, qu'ils fournissent l'aide due à leur famille et qu'ils ne constituent pas un poids mort pour le Trésor public. Ce droit est présidé par l'idée de droit fonction ou droit devoir et, en l'occurrence, de droit obligation. »
L'historien Santiago Vega Sombría analyse ainsi ce préambule:
« On l'offre aux prisonniers rouges, dans une démonstration de charité chrétienne. Mais attention, sans manquer à la vigilance nécessaire envers ceux qui ont oublié d'être patriotes. L'objectif qu'il pose ensuite poursuit la ligne chrétienne et indique l'idée rédemptrice cristallisée avec le système de Rédemption des peines: que les prisonniers contribuent à la subsistance de leurs familles. Mais, au lieu de les libérer pour qu'ils puissent mieux aider leurs familles, celui-ci les maintient soumis, emprisonnés et exploités économiquement. Qu'ils ne constituent pas un poids mort sur le Trésor public aborde l'un des objectifs les plus importants, le plus matériel, c'est-à-dire que les prisonniers ne "coûtent pas d'argent" au nouvel état... La touche finale n'est pas moins juteuse: le droit au travail devient un droit obligation. Les prisonniers n'ont pas d'autre solution que de se mettre à travailler dans les strictes conditions imposées par la dictature, qui les emmène aux travaux qui lui conviennent, quand et comme elle le décide. »
Création du Patronat de Rédemption de peines par le travail
Le le général Franco a reçu à Burgos le cardinal primat Isidro Gomá pour lui commander l'élaboration d'un programme de régénération morale et patriotique «des milliers de prisonniers rouges». Gomá, pour faire part de la demande du Generalísimo, a écrit à monseigneur Ildebrando Antoniutti, chargé d'affaires du Saint Siège. Dans la missive il l'a informé de la préoccupation du «Chef de l'État» sur la «copieuse population pénitentiaire», «tant au sujet de la discipline et du travail auquel il faudra les soumettre, qu'à leur régénération morale et religieuse» et de ce que Franco lui avait demandé l'aide de l'Église, «par le prêt d'un certain nombre de prêtres habilités pour cette oeuvre». Le Saint Siège lui avait répondu en l'assurant de cette collaboration, «sous la forme qui serait stipulée», puisque l'Église «ne veut rien davantage que de faire de bons chrétiens pour qu'ils deviennent de très bons espagnols». Peu après Antoniutti informait le secrétaire d'État, le cardinal Pacelli (qui quelques mois plus tard deviendrait le pape Pie XII) qu'avait déjà été «entamée dans tous les diocèses l'organisation de l'assistance aux prisonniers» et «la tâche de [leur] réforme morale et sociale». Il lui indiquait de surcroît que «les condamnés à mort, sauf de rares exceptions, meurent réconciliés».
Dans le rapport transmis au cardinal Pacelli, Antoniutti signalait aussi les problèmes qu'ils avaient pour trouver des prêtres disposés à réaliser «ce travail, étant donnée la profonde aversion qui règne encore dans cet environnement envers ceux qui ont participé à la lutte contre les forces saines de la Nation». Mais ceci n'a pas été un obstacle pour que continue l'élaboration du plan de «régénération des vaincus», avec l'implication de trois propagandistes catholiques bien situés dans les hautes sphères du pouvoir franquiste (le comte de Rodezno, ministre de la justice; Mariano Puigdollers, directeur général des Affaires Ecclésiastiques du même ministère; et Maximal Cuervo, directeur général des prisons); un plan dont l'artisan a été le jésuite José Agustín Pérez del Pulgar, aumônier militaire qui avait manifesté à Rome sa préoccupation, «parce qu'une chose était vaincre et une autre convaincre»[2]. Selon lui, la guerre était gagnée mais la victoire totale ne pourrait jamais être obtenue par les armes, mais par «la foi et la restauration du Royaume du Christ».
Le , en pleine bataille de l'Èbre, le général Franco a promulgué l'arrêté de création du Patronat de Rédemption des Peines par le Travail, dans lequel il était écrit que sa finalité était «l'amélioration spirituelle des familles des prisonniers et des prisonniers eux-mêmes» moyennant «l'énorme tâche d'arracher des prisonniers et de leurs proches le poison des idées de haine et d'anti-patrie». Le , la bataille de l'Èbre étant décidée, Pérez del Pulgar était nommé directeur du Patronat et le gouvernement de Burgos le chargeait d'élaborer une synthèse du plan, qu'il fera connaître dans une petite oeuvre publiée en , intitulée La solution que l'Espagne donne au problème de ses prisonniers politiques. Il y justifiait ainsi la rédemption de peines par le travail:
« Il est très juste que les prisonniers contribuent par leur travail à la réparation des dommages auxquels ils ont contribué par leur coopération à la rébellion marxiste, que ce soit le condamné qui travaille pour l'ouvrier libre, dont on suppose qu'il n'a pas attenté contre l'État et la société... en aidant à reconstruire ce que par sa rébellion il a contribué à détruire. [...] Il n'est pas possible, sans prendre de précautions, de rendre à la société, ou pour ainsi dire, à la circulation sociale, des éléments abîmés, pervertis, empoisonnés politiquement et moralement, parce que leur réintégration dans la communauté libre et normale des espagnols, tels quels, représenterait un danger de corruption et de contagion pour tous, ainsi qu'un échec historique de la victoire obtenue au prix de tant de sacrifice. »
Selon l'historien Francisco Moreno Gómez, «la création du Patronat était la "sanctification" de l'invention, puisqu'à côté du grand objectif de l'exploitation de main d'oeuvre bon marché ou gratuite était l'objectif religieux: l'amélioration spirituelle et politique des prisonniers (extirper les idées marxistes en faveur des idées catholiques). Un indéniable travail de répression idéologique qui était confié à l'Église. Sur ce dernier point Moreno Gómez rappelle que les prisonniers «opposants irrécupérables», comme les franc-maçons et les communistes, étaient exclus du système de rédemption de peines. Ce point de vue est partagé par Santiago Vega Sombría: «dans une démonstration de plus de la parfaite union de la politique franquiste avec la doctrine spirituelle de l'Église Catholique, [l'arrêté de création du Patronat] établissait: "l'aide matérielle liée à l'objectif de l'amélioration spirituelle et politique des familles des prisonniers et des prisonniers eux-mêmes"».
Le Generalísimo Franco lui-même a exposé dans son message délivré à la fin de l'année 1939 le rôle essentiel qu'il accordait à la rédemtion de peines par le travail dans le cadre de sa politique à l'égard des vaincus, qu'il reliait à la repentance et à la pénitence, et qui n'envisageait ni l'amnistie ni la réconciliation.
« Il est nécessaire de liquider les haines et passions de notre guerre passée, mais non à la manière libérale, avec ses amnisties monstrueuses et suicidaires, qui contiennent plus d'arnaque que de pardon, mais plutôt par la rédemption de la peine par le travail, avec la repentance et la pénitence; qui pense autrement pêche par inconscience ou par trahison. Les dégâts causés à la Patrie sont si nombreux, les ravages causés aux familles et à la morale si graves, les victimes qui demandent justice si nombreuses, qu'aucun espagnol honnête, aucun être conscient ne peut s'éloigner de ces pénibles devoirs. »
Le lendemain, , le Diario Vasco publiait un entretien de Franco par son directeur, le journaliste Manuel Aznar, dans lequel il distinguait deux types de délinquants: «ceux qui nous appellerions des criminels invétérés, et ceux qui sont capables de sincère regret, qui sont rachetables, adaptables à la vie sociale du patriotisme»[3]. Dans la politique appliquée aux vaincus de la guerre s'établissent deux grands groupes: les «incitateurs au mal» et les «trompés». Une distinction que le pape Pie XII (qui lorsqu'il occupait le Secrétariat d'État du Vatican avait suivi de près l'élaboration du plan de «rédemption») bénit dans le message qu'émet Radio Vatican le , dans lequel il célèbre la fin de la guerre et «très spécialement l'idée du Generalísimo de justice avec le crime et de générosité bienveillante pour les trompés».
Dans une circulaire du Ministère de la Justice il était établi que, suivant «les déclarations données par le Chef de l'État le », la rédemption de peines par le travail ne serait accordée qu'à «ceux qui expriment sans équivoque adhérer résolument à l'excellente tâche nationale» et «pour que cette condition soit remplie, est jugée nécessaire une déclaration publique d'adhésion explicite et concrète au Glorieux Mouvement National».
L'historien Gutmaro Gómez Bravo a signalé que «la rédemption était un droit de grâce, une magnanimité que seul Franco pouvait exercer». «La formule était parfaite pour maintenir les formes dans un État militaire et confessionnel. Les "pardonnés" obéissaient et reconnaissaient leurs hiérarchies respectives. Ainsi, grâce à Dieu et au Caudillo, en Espagne les délinquants n'allaient pas être éliminés, mais transformés, convertis... en chrétiens, espagnols et travailleurs "nouveaux"», ajoute Gómez Bravo. Ainsi, poursuit cet historien, «le futur des vaincus dépendrait de leur disposition à collaborer, ainsi que de celle des membres de leur famille... S'ils reconnaissaient leurs erreurs, s'ils adhéraient sans fissures à la cause nationale, ils pourraient survivre. Eux et leurs familles. Il ne s'agissait pas d'un simple changement de camp, d'une table rase. Ils devaient se convertir, changer d'idées complètement et le démontrer en commençant par leur propre conduite, par leur mode de vie. Ceux qui n'observaient pas les devoirs de la cohabitation seraient considérés incorrigibles et, par suite, seraient sanctionnés durement».
Régulation ultérieure
Le Décret du a établi que les prisonniers disposeraient des mêmes bénéfices que la législation en vigueur établissait pour les travailleurs libres: salaire et prestations familiales, repos (pris en compte pour la rédemption) et couverture en cas d'accidents. Enfin, le Règlement du travail pénitentiaire de 1946 a établi que la journée de travail et les rémunérations, de même que les sujets relatifs à la sécurité, salubrité et hygiène au travail, seraient réglés comme il était prévu dans les lois en vigueur pour les ouvriers libres.
Tout ce réseau normatif sur la réduction des peines serait consolidé dans l'article 100 du Code Pénal de 1944, mettant fin à l'étape administrativiste antérieure. À partir de ce moment il a fallu une norme ayant rang de loi pour la modification de la Rédemption de peines par le travail, dont l'application allait avec celle du bénéfice de la liberté conditionnelle.
À partir de 1948 le Règlement des prisons a modifié sa terminologie et sa rédaction pour le rendre homologable à ceux existant dans les pays démocratiques. Ainsi, le terme «rédemption», avec sa claire rhétorique religieuse, a été remplacé par celui de «régénération», plus aseptique et technicien, où le délinquant était considéré comme une personne susceptible de régénération.
Le système de Rédemption de peines s'est maintenu, avec cette rédaction, dans les codes pénals des années 1963, 1973, 1983 (pour en appliquer le bénéfice l'approbation préalable du Juge de surveillance est requise), et dans l'actualisation de 1989, étant abrogé définitivement dans le Code Pénal de 1995. Un régime transitoire a été appliqué aux condamnés auxquels étaient applicables les dispositions antérieures[4].
Caractéristiques
Le Décret ministériel du affirmait que la Rédemption de peines par le travail allait transformer la nature des prisons, lesquelles, «sans perdre un iota leur caractère pénitentiaire ni leur discipline, seraient transformées en ateliers de production et écoles de travail».
La rédemption de peines, d'après ce que proclamait le régime franquiste, apportait au prisonnier divers bénéfices: réduction du temps de condamnation, dignité personnelle, aide à la famille absente et la collaboration à l'«élévation de la patrie». L'expiation de la peine imposée et son caractère rédempteur qui permettra au détenu de revenir à la société, donnait un sens aflictif et utilitariste à la peine de réclusion de «ceux qui avaient ravagé l'Espagne».
Comme l'a signalé Gutmaro Gómez Bravo, «dans son essence» le système consistait en ce que «celui qui obéissait recevait la réduction proportionnelle de condamnation et deux jours de condamnation étaient commués pour chaque jour travaillé. L'amélioration du sort lors de cette première phase était automatique: davantage de nourriture, de communication avec la famille, de correspondance... La deuxième phase de la condamnation passait à un régime adouci, où le détenu passerait de l'isolement total au contact progressif avec la vie à l'air libre, en fonction de la sentence qui lui eût été imposée».
Selon cet historien, les prisonniers qui ont été admis à la rédemption de peines par le travail ont été «utilisés comme main d'oeuvre esclave». Il en veut pour preuve l'appel fait par le Patronat de Rédemption de peines «aux chefs d'entreprise espagnols et aux institutions officielles pour employer les prisonniers de guerre et les détenus» qui a été publié dans la presse catalane le , quelques jours à peine après l'occupation de Barcelone par les troupes franquistes, et qui terminait par ceci: "Il est juste que les prisonniers aident à la reconstruction matérielle de l'Espagne et puissent pourvoir par leur travail aux frais de leur propre entretien."
Les travaux qui étaient qualifiés pour la rédemption de peines se sont étendus peu à peu à tout type d'activités, comme celles réalisées dans les ateliers de la prison, des travaux de nettoyage et entretien ou tout type d'activités culturelles, artistiques ou d'instruction élémentaire, dans le contexte de prosélytisme et d'endoctrinement existant dans les prisons franquistes. Dans le cas de la construction ou réparation d'infrastructures, les prisonniers étaient assignés aux entreprises adjudicataires[5].
La Rédemption de peines par le travail a représenté pour le régime franquiste la parfaite symbiose entre la régénération spirituelle et physique du reclus, l'État en obtenant, en plus, un bénéfice. Le travail était vu comme un élément d'utilité et comme conversion du péché. Dans ce système pénitentiaire étaient fusionnées l'idée de pardon avec celle de charité chrétienne, et en même temps la collaboration à fin sociale réparatrice était imposée aux prisonniers. Derrière cette conception chrétienne était l'Église qui essayait d'apporter quelques teintes humanitaires au système pénitentiaire.
La rédemption de peines par le travail a commencé à s'appliquer en et à la fin de cette année un nombre peu significatif y était inscrit (4,56 %; 12.781 prisonniers). À l'automne 1943 le nombre de 44.925 prisonniers a été atteint, dont 2.170 étaient des femmes.
Départements
Outre les départements chargés du travail des reclus, le Patronat comptait deux autres départements: le Patronat national de San Pablo pour les prisonniers et condamnés, chargé de la gestion des familles et enfants des reclus, et le Patronat national de liberté surveillée, chargé du contrôle des prisonniers après l'accomplissement de leur peine[6].
Rémunération
Le Patronat central de Rédemption de Peines était celui qui établissait le salaire que devaient toucher les prisonniers: deux pesetas par jour (lorsqu'en 1936 le salaire quotidien moyen était de 10 pesetas). Mais sur les deux pesetas seuls 50 centimes allaient au prisonnier, car l'entreprise à laquelle il était assigné gardait les 1,50 pesetas restantes au titre de «manutention et logement». Lorsque le prisonnier était marié il percevait 4 pesetas et une de plus pour chaque enfant âgé de moins de quinze ans.
Travaux pour lesquels ont travaillé les prisonniers admis à la rédemption de peines
- Le Valle de los Caídos
Le Valle de los Caídos a été bâti en ayant recours aux prisonniers admis à la rédemption de peines par le travail, pour la plupart détenus politiques républicains, au moins jusqu'à 1950.
Pourtant, Alberto Bárcena Pérez, de l'Université CEU San Pablo, ne considérant pas la rédemption de peines par le travail comme une forme de travail forcé, au contraire d'autres historiens tels que Francisco Moreno Gómez, Julian Casanova ou Gutmaro Gómez Bravo, affirme dans son livre Les Prisonniers du Valle de los Caídos (2015) que tous les travailleurs du Valle de los Caídos ont été "volontaires", aussi bien ceux qui étaient libres que les prisonniers. Il assure également que le nombre de 20.000 prisonniers ayant travaillé à ce chantier est très exagéré, bien que ce chiffre donné par certains historiens se rapporte au total de travailleurs qui sont passés sur ce chantier tout au long des années, libres comme détenus.
En ce qui concerne le taux d'accidents du travail, Bárcena Pérez estime qu'il a été sensiblement moindre que celui habituel à l'époque. Mais quelques sources présentes à l'époque, comme le médecin détenu Àngel Lausín qui a travaillé sur le chantier pendant dix-huit ans et a examiné 14 des 15 travailleurs morts par accident du travail documentés pendant toute la période de construction, reconnaît qu'il ne connaît pas le nombre de morts par blessures graves qui ont été déplacés en dehors de l'enceinte et le nombre de travailleurs morts pour avoir contracté la silicose pendant les travaux[7],[8].
- Autres chantiers
Le chantier du Canal du Bas Guadalquivir a été mené à terme par des prisonniers politiques de la dictature franquiste, à la force des bras, suivant lui aussi la politique de Rédemption de peines par le travail. Le chantier a compté jusqu'à 2.000 prisonniers. Tout au long de son parcours s'échelonnaient les camps de travail: Los Merinales, El Arenoso et La Corchuela à Dos Hermanas, et les familles ont aussi créé des peuplements à Torreblanca et Valdezorras, à Séville, Quintillo à Dos Hermanas ou El Palmar de Troya, à Utrera.
Fait prisonnier dans le port d'Alicante à la fin de la guerre, Félix Paredes, l'un des poètes anarchistes les plus représentatifs, adhérent à la CNT, a été condamné à mort avec d'autres rédacteurs de La Libertad, y compris Eduardo Haro Delage, pour “responsabilité intellectuelle dans la lutte politique”; mais la peine lui a été commuée par l'incarcération. Pendant son séjour dans la Prison centrale de San Miguel de los Reyes, à Valence, il a collaboré au Semanario Redención de l'Association catholique nationale de propagandistes, qui avait pour objectif de “purifier” les prisonniers politiques et d'exalter le nouveau régime franquiste. Avec des textes publiés par les reclus dans la section poétique de Redención, le Patronat de Rédemption de peines par le travail a célébré le premier anniversaire de la revue avec la publication d'une anthologie, Muse rachetée. Poésies des prisonniers dans la nouvelle Espagne, où l'on remarque l'inclusion de deux compositions de Paredes: “Gratitude au Caudillo” et “Marche de Tanhauser”[9].

Le dernier tronçon de la ligne ferroviaire Madrid-Burgos entamé dans les années 1920 qui reliait Lozoya à Madrid-Chamartín, a été bâti par des prisonniers divisés en 9 détachements pénals. L'un des mieux conservés est celui du Détachement pénal de Bustarviejo, connu comme “Los Barracones”, situé dans la Sierra Nord de la Communauté de Madrid, sur les flancs de la Sierra de Guadarrama. Le détachement était à 1,5 km du village de Bustarviejo; bâti pour 250 prisonniers, il logeait en moyenne annuelle une centaine de prisonniers politiques ainsi que des détenus de droit commun, de 1944 à 1952, sous la responsabilité de l'entreprise Hermanos Nicolás Gómez, qui a bénéficié ainsi de la politique de Rédemption de peines par le travail. La construction du chemin de fer a été un chantier d'importance nationale, qui a eu un impact sur le développement du centre urbain du Nord de Madrid et sur l'amélioration des communications dans les zones de la meseta.
La construction du Barrage de l'Alberche et du Canal Bas de l'Alberche a été un autre chantier de génie civil réalisé par des prisonniers républicains du Détachement Pénal Barrage de l'Alberche. La construction a servi pour irriguer une zone de 10.000 hectares dans la plaine alluviale de Talavera de la Reina.
La construction de l'Académie d'Infanterie de Tolède a été confiée au 5e Groupement de colonies pénitentiaires militarisées (1942-1946), par laquelle sont passés plus de 3.000 prisonniers. Le journaliste Enrique Sánchez Lubián a entrepris récemment de retrouver leurs noms dans son oeuvre "Les prisonniers qui ont bâti l'Académie de Tolède. Avec cette odeur de guerre".
En Asturies des camps ont été établis autour des mines pour y faire travailler les prisonniers. Cela a eu lieu aussi dans les mines de mercure d'Almadén et de charbon du Pays Basque et de León. Les prisonniers de la rédemption de peines par le travail ont aussi été utilisés pour la construction de barrages, ceux des Pyrénées d'Huesca ou le barrage de Yesa à Saragosse[10]. Ils ont également été employés à la reconstruction de villages, comme celui de Belchite, commandée par la Direction de Régions dévastées.
Notes et références
- ↑ (es) « El sistema franquista de Redención de Penas por el Trabajo en la segunda mitad de los años cuarenta: de los presos políticos a los comúnes » (consulté le )
- ↑ (es) « El sistema franquista de Redención de Penas por el Trabajo en la segunda mitad de los años cuarenta: de los presos políticos a los comunes » (consulté le )
- ↑ (es) « Las Memorias del Patronato de Redención de Penas por el Trabajo » (consulté le )
- ↑ (es) « Redención de penas por trabajo en España » (consulté le )
- ↑ (es) « REDENCIÓN DE PENAS: DESTACAMENTOS PENALES » (consulté le )
- ↑ Ricard Vinyes, Irredentas, Temas de Hoy, (ISBN 978-84-8460-230-9, lire en ligne)
- ↑ « "Los presos del Valle de los Caídos" » [archive du 4 de marzo de 2016] (consulté le )
- ↑ Daniel Sueiro, La verdadera historia del Valle de los Caídos, Sedmay, (ISBN 84-7380-215-2, lire en ligne), p. 34 à 36
- ↑ Julio Rodríguez Puértolas, Historia de la literatura fascista española, Barcelona, (lire en ligne), p. 540
- ↑ (es) « Redención de penas: destacamentos penales, campos y colonias penitenciarias » (consulté le )
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