Saris

| Nom local |
(ar) ساريس |
|---|
| Pays | |
|---|---|
| Superficie |
10,7 km2 |
| Altitude |
656 m |
| Coordonnées |
31° 47′ 53″ N, 35° 04′ 25″ E |
| Population |
560 hab. () |
|---|---|
| Densité |
52,3 hab./km2 () |
| Remplacé par |
|---|
![]() |
Saris (en arabe : ساريس) est un village arabe palestinien dépeuplé lors de l'Opération Nachshon, une grande offensive lancée par la Haganah le avant que les Britanniques ne quittent la Palestine. L'objectif était de prendre le contrôle des villages situés entre Jérusalem et la plaine côtière[1]. Il fait partie des centaines de villages détruits lors du nettoyage ethnique de la Palestine[2].
Histoire
Yaqut al-Hamawi signale dans les années 1220 que Saris est « un village du district de Jérusalem. Il se trouve à mi-chemin entre Jérusalem et Ar Ramlah, et à 4 heures de ces deux villes "[3].
Période ottomane

En 1596, Saris, situé dans le nahiya (sous-district) de Jérusalem, dans le liwa' (district) de Jérusalem compte 53 ménages musulmans, soit environ 292 personnes. Les villageois payent des taxes sur un certain nombre de produits agricoles, notamment le blé, l'orge, les olives, les fruits, les caroubes, ainsi que sur les chèvres, les ruches et les vignobles ; un total de 7 098 Akçe. Un quart des revenus revient à un Waqf[4].
En 1838, Saris est signalé comme un village musulman du district de Beni Malik, à l'ouest de Jérusalem[5].
En 1863, l'explorateur français Victor Guérin trouve à Saris un puits, apparemment ancien, les maisons semblent délabrées[6] D'après liste de villages ottomans de 1870 environ, on y trouve 57 maisons pour 169 hommes[7],[8]..
En 1883, une enquête du Palestine Exploration Fund décrit Saris comme étant situé au sommet d 'une colline, avec des oliviers poussant en contrebas[9].
En 1896, la population de Saris est estimée à environ 360 personnes[10].
Période du mandat britannique
De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Saris est conquise fin 1917 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
D'après le recensement de Palestine de 1922 mené par les autorités du Mandat britannique, Saris comte 373 habitants tous musulmans[11] et 470 en 1931, tous musulmans, habitant 114 maisons[12].
Selon les statistiques de 1945, Saris compte 560 habitants, tous musulmans et 10 699 dounams de terres[13]. Les plantations et terres irrigables occupent 366 dounams, 3 677 sont consacrés à la céréalculture[14],[15].
1948 et suites
Le , avant que le village ne soit attaqué, Israël Galili écrit à Yosef Weitz du Fonds national juif pour demander l'établissement d'une implantation à Saris « dans les meilleurs délais »[16].
Le , The Scotsman rapporte que « des juifs ont détruit une mosquée, une école de village et 25 maisons, tuant trois femmes lors d'une attaque sur le village arabe de Saris tôt aujourd'hui [le 16]. Il y avait environ 500 assaillants". Le New York Times publie le même rapport et compte sept morts arabes. Un communiqué de la Haganah est cité, il indique qu'un bataillon israélien est resté 5 h, a détruit 25 bâtiments et en a incendié d'autres[17],[18]. Uri Ben-Ari commande l’unité de sapeurs qui détruit à l’explosif le village, sans empêcher son pillage[19]. S. A. Jawad retient le chiffre prudent de quatre femmes abattues sans motif militaire, ce qui en fait selon lui un massacre[20].
Les habitants reviennent clandestinement de nuit, s’exposant à être abattus par l’armée israélienne, pour pouvoir faire les récoltes[21].
Après la guerre, la région est intégrée à l'État d'Israël. Le village de Shoresh est créé 1 km au sud-ouest des ruines de Saris en 1948, alors que Sho'eva est édifié à 500 m au nord-est du site en 1950, sur des terres ayant appartenu à Saris[13].
-
Membres de la brigade Harel démolissant des maisons à Saris, 1948 (légende originale : « Prise de Saris : les sapeurs s’occupent des maisons. »[22]). -
Brigade Harel démolissant des maisons à Saris, 1948. -
Membres de la brigade Harel s'entraînant à l'extérieur de Saris, 1948.
Dans son commentaire de photographies officielles israéliennes de la la guerre et de ses conséquences, Ariella Azoulay note à propos des photos de sapeurs détruisant le village (notamment celle de gauche) qu’« elles font partie d‘un effort systématique décrivant la destruction des villages arabes comme une conséquence nécessaire de la guerre, et pour cacher les raisons politiques que l’État avait [pour les détruire]. » Le prétexte politique était que le village était important du point de vue de la sécurité. Au moment où la photo est prise, le village a été vidé maison par maison, et les habitants sont à proximité, et assistent impuissants à la destruction de leur village[22]. Ce genre de photo contredit également le discours israélien selon lequel les habitants avaient fui et aurait pu rester, s’ils l’avaient voulu[23].
L’historien palestinien Walid Khalidi décrit ainsi ce qui subsiste du village en 1992 : "Le site est recouvert de gravats; des barres de fer dépassent des toits effondrés. Il y a beaucoup de puits ouverts et plusieurs caves voûtées. Un grand nombre d'arbres, notamment des cyprès, des figuiers et des amandiers, poussent sur le site. Un bosquet d’amandiers abandonné se trouve du côté est. Au milieu de la pente se trouvent les restes d'un bassin artificiel. Le cimetière du village, entouré d'arbres, est situé au sud-ouest du site. Il contient plusieurs grandes tombes, dont l'une est entourée d'une petite enceinte sans toit ; un amandier pousse en son centre. " Il note également que deux forêts ont été établies dans la zone par le Fonds national juif[13].
Voir aussi
Bibliographie complémentaire
- Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
- Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)
Articles connexes
Liens externes
- Bienvenue à Saris
- Saris, Zochrot
- Enquête sur la Palestine occidentale, carte 17: IAA, Wikimedia commons
Références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Saris » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Palestine Remembered - Saris
- ↑ Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3), p. 130.
- ↑ Le Strange, 1890, p. 531
- ↑ Hütteroth and Abdulfattah, 1977, p. 112. Cité dans Khalidi, 1992, p. 315
- ↑ Robinson and Smith, 1841, vol 3, Appendix 2, p. 123
- ↑ Guérin, 1868, pp. 62, 281 -283
- ↑ Socin, 1879, p.160
- ↑ Hartmann, 1883, p. 118
- ↑ Conder and Kitchener, 1883, SWP III, p. 18. Cité dans Khalidi, 1992, p. 315
- ↑ Schick, 1896, p. 125
- ↑ Barron, 1923, Table VII, Sub-district of Jerusalem, p. 14
- ↑ Mills, 1932, p. 43
- Khalidi, 1992, p. 316
- ↑ Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, avril 1945. Cité dans Hadawi, 1970, p. 104
- ↑ Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, avril 1945. Cité dans Hadawi, 1970, p. 154.
- ↑ Khalidi, 1992, p. 316, citant Benny Morris.
- ↑ Khalidi, 1992, p. 315-316. Le recensement de 1931 dénombre 114 maisons dans le village.
- ↑ Morris, 2004, p. 234-235, 240.
- ↑ Illan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. (ISBN 978-221363396-1). Version électronique, p. 126.
- ↑ Saleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, p. 106.
- ↑ Fareed Taamallah, « The abandoned harvests of 1948: Palestinian farmers remember the Nakba », Middle East Eye, 14 mai 2020.
- Ariella Aïsha Azoulay, « Architecture of Destruction, Dispossession, and Appropriation », Scapegoat, été-automne 2013, no 5, p. 153.
- ↑ Azoulay, op. cit., p. 154.
Bibliographie
- Palestine: Report and General Abstracts of the Census of 1922, Government of Palestine, (lire en ligne)
- C.R. Conder et H.H. Kitchener, The Survey of Western Palestine : Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 3, Londres, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- Department of Statistics, Village Statistics, avril 1945, Government of Palestine, (lire en ligne)
- V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 1: Judee, pt. 1, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne)
- S. Hadawi, Village Statistics of 1945 : A Classification of Land and Area ownership in Palestine, Palestine Liberation Organization Research Center, (lire en ligne)
- M. Hartmann, « Die Ortschaftenliste des Liwa Jerusalem in dem türkischen Staatskalender für Syrien auf das Jahr 1288 der Flucht (1871) », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 6, , p. 102–149 (lire en ligne)
- (en) Wolf-Dieter Hütteroth et Kamal Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlangue, Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5. Erlangen, Germany: Vorstand der Fränkischen Geographischen Gesellschaft, , 225 p. (ISBN 3-920405-41-2, lire en ligne)
- (en) W. Khalidi, All that remains : the Palestinian villages occupied and depopulated by Israel in 1948, Washington, Institute for Palestine Studies, , 636 p. (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
- G. Le Strange, Palestine Under the Moslems : A Description of Syria and the Holy Land from A.D. 650 to 1500, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne)
- B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, , 640 p. (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
- E.H. Palmer, The Survey of Western Palestine : Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- E. Robinson et E. Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea : A Journal of Travels in the year 1838, vol. 3, Boston, Crocker & Brewster, (lire en ligne)
- C. Schick, « Zur Einwohnerzahl des Bezirks Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 19, , p. 120–127 (lire en ligne)
- A. Socin, « Alphabetisches Verzeichniss von Ortschaften des Paschalik Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 2, , p. 135–163 (lire en ligne)
- J. Zuallart, Il devotissimo viaggio di Gervsalemme, Rome, (lire en ligne)
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