Surprotection (échecs)
Au jeu d'échecs, la surprotection consiste à défendre des pièces, des pions ou des cases de manière redondante, même si elles ne sont pas directement menacées. C'est une application concrète du principe plus général de prophylaxie de l'école hypermoderne : on prévient la création de faiblesses, et on empêche les attaques ennemies ainsi que la surcharge de ses pièces. Pour prendre un exemple, si trois pièces blanches « surprotègent » une pièce attaquée deux fois par les Noirs, toutes les pièces blanches gagnent un degré de liberté. La surprotection a été développée par Aaron Nimzowitsch[1].
La théorie selon Nimzowitsch
Pour Nimzowitsch, la surprotection n’est pas un simple détail technique, c’est toute une philosophie du contrôle positionnel[2]. Si les pièces remplissent ce rôle, elles seront « doublement récompensées »[3] ; Nimzowitsch indique en conclusion d'un exemple qu'il donne de surprotection par une pièce : « la récompense ne tarda pas : ce fut l'acquisition d'un grand rayon d'action pour le surprotecteur »[4].
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Selon Nimzowitsch, il faut surprotéger en priorité les points forts et les bases des chaînes de pions (points faibles)[5]. Un pion faible qui serait à la base d'une importante chaîne d pions peut et doit être surprotégé avec beaucoup de soins[6]. Cependant, les points faibles ne peuvent exiger d'être surprotégés que s'ils supportent d'autres points qui eux sont forts[6]. « Dans le cas du diagramme 129a, l'édification d'une surprotection ne promet aucune attaque dans un avenir proche ou lointain (...) et ainsi elle n'est qu'un placement passif des pièces de défense. Nous mettons vivement en garde contre un tel placement »[6].
Exemple pratique donné par Nimzowitsch
« On rejouera à titre d'exemple ma partie contre Tarrasch (tome 1), dans laquelle j'ai d'abord péniblement couvert d4, mais où j'ai obtenu, après avoir achevé ma surprotection, une très forte attaque qui devait me mener à la victoire. L'âme de cette attaque était le pion e5 qui pouvait s'appuyer en toute quiétude sur le pion d4 "en parfaite santé"[7] » (28. e5xf6 suivi de 30. g4-g5)
Nimzowitsch-Tarrasch, San Sebastián, 1912[8]
1. e4 c5 2. c3 e6 3. d4 d5 4. e5 Cc6 5. Cf3 Db6 6. Fd3 cxd4 7. cxd4 Fd7 8. Fe2 Cge7 9. b3 Cf5 10. Fb2 Fb4+ 11. Rf1
{ Le prochain coup des Noirs maintient la pression sur le pion d, mais Nimzowitsch montre que les Noirs auraient dû jouer 11...0-0! où 12. g4 (12. Fd3 f6 13. Fxf5 exf5) rencontre 12...Ch6 13. Rg1 f6 14. exf6 Txf6 ! 15. g5 Txf3 ! 16. Fxf3 (ou 16. gxh6 Tf7) 16...Cf5 17. Tg4 Fe8 18. De2 Ccxd4 19. Txd4 ! Cxd4 20. De5 Fb5+ 21. Rg2 Cf5 22. Fxd5 (si 22. Cc3 Fxc3 23. Fxc3 d4) 22...exd5 23. Dxf5 Tf8 24. Dxd5+ Tf7 ! 25. Dd4 Fc5 et les Blancs doivent abandonner. }
11...Fe7 12. g3 a5 {?} 13. a4 Tc8 14. Fb5 Cb4 15. Cc3
{ ! Dans la partie L. Paulsen–Tarrasch, Nuremberg 1888, les Blancs avaient joué 15. Fxd7+ ? Rxd7 16. Cc3 Cc6 17. Cb5 Ca7 18. Cxa7 ? Dxa7 19. Dd3 Da6 !, et Tarrasch gagna une belle finale après l’échange des dames. }
15...Ca6
{ Dans Dreihundert Schachpartien (Three Hundred Chess Games, Hays Pub., 1999, (ISBN 978-1880673188), 366 p., partie n° 116), Tarrasch donne 15...Fxb5+ 16. Cxb5 Cc2 avec la menace ...Ce3+ ; Nimzowitsch montre que cela est inoffensif : 17. Tc1 Ce3+ 18. fxe3 Cxe3+ 19. Re2 Cxd1 20. Txc8+ Rd7 21. Txh8 Cxb2 22. Tc1 et les Blancs gagnent. }
16. Rg2 Cc7 17. Fe2 Fb4 18. Ca2 Ca6 19. Fd3 Ce7 20. Tc1 Cc6 21. Cxb4 Caxb4 22. Fb1 h6 23. g4 Ce7 24. Txc8+ Fxc8 25. Ce1 Tf8 26. Cd3 f6 27. Cxb4 Dxb4 28. exf6 Txf6 29. Fc1 Cc6 30. g5 hxg5 31. Fxg5 Tf8 32. Fe3 De7 33. Dg4 Df6 34. Tg1 Th8 35. Rh1 Th4 36. Dg3 Txd4
{ « Désespoir ! 37. Fg5 était menacé, ainsi que 37. Dxg7 » — Nimzowitsch. }
37. Fxd4 Cxd4 38. Dxg7 Df3+ 39. Dg2 Dxg2+ 40. Txg2 Cxb3 41. h4 1-0.
Postérité
Parodie
Il existe une parodie par Hans Kmoch des écrits de Nimzowitsch sur la surprotection. Cette parodie est une œuvre humoristique initialement publiée dans le numéro de février 1928 de la Wiener Schachzeitung, revue autrichienne dirigée par Kmoch lui-même. Elle prend la forme d'une partie fictive disputée à Copenhague en 1927 entre Aaron Nimzowitsch (avec les Blancs) et un adversaire imaginaire nommé "Systemsson" (fils du Système), soi-disant annotée par Nimzowitsch en personne.
Toute la partie est basée sur l'obsession pour un unique concept positionnel, la surprotection, même au prix de la perte de matériel pour les Blancs, et de la perte de la partie par échec et mat pour les Noirs. Les deux camps manquent de grandes possibilités tactiques, et finalement les Blancs tendent un piège grossier dans lequel les Noirs tombent. Les Noirs auraient pourtant pu mater leur adversaire ou en tout cas obtenir très facilement un énorme avantage.
Cette "Partie immortelle de surprotection" est une satire bon enfant où Kmoch, grand admirateur de Nimzowitsch, se moque gentiment du style souvent pompeux de ce dernier. Il fournit des annotations fallacieuses avec pléthore de points d'exclamation ("coup remarquable") pour les mouvements de celui-ci.
Les annotations humoristiques de Kmoch sont présentées entre guillemets ; des annotations plus objectives figurent en appels de notes, même si commenter des coups absurdes est déjà, en soi, absurde[9].
11. b3
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The Best of Chess Life and Review Vol. 1 (ISBN 978-0671-61986-2) indique (p. 436) 11. b4 dans le corps du texte en notation descriptive, mais fait figurer un diagramme après 11. b3. Il existe donc un doute sur le coup initialement prévu par Kmoch.
La partie qu'on peut animer sous Chessgames.com fait figurer 11. b3.
1. e4
« UN EXEMPLE INGÉNIEUX DE MON SYSTÈME, par Aaron Nimzowitsch – Anderssen inaugura le style sacrificiel, Morphy et Grünfeld le pur style d’attaque, Steinitz le style positionnel, Tarrasch le style scientifique, Lasker le style des styles, Capablanca le style mécanique, Alekhine un style brillant comme la lumière du soleil. Mais il est universellement reconnu que l’originalité et le modernisme furent introduits par moi, comme mes propres inventions personnelles, et imités avec enthousiasme (sans être pleinement compris) par l’ensemble du monde des échecs. Pour la somme dérisoire de dix marks, le lecteur peut vérifier tout cela dans mon œuvre monumentale Mon Système, publiée chez B. Kagan. Avant mon époque, les échecs étaient d’une naïveté et d’une médiocrité affligeantes ! Un ou deux coups d’ouverture brutaux, chacun comportant une menace vulgaire et évidente, un sacrifice commun et banal, un mat péniblement élémentaire, bestialement grossier : tel était, à peu près, le cours des parties avant mon âge d’or. Puis j’entrai en scène et le monde des échecs prêta l’oreille. L’hégémonie de la matière fut brisée d’un seul coup, et l’ère du spirituel commença. Sous ma direction créatrice, les pièces d’échecs, jusque-là simples bandits de grand chemin, pirates et garçons bouchers, devinrent des artistes sensibles et de subtils instruments d’une profondeur incommensurable. Mais pourquoi gaspiller des mots ? — accompagne-moi, cher lecteur, vers les hauteurs vertigineuses de la partie suivante. »
1… e6 2. h4 !
« Ma pensée la plus ancienne et la plus récente dans cette ouverture. Pour l’adepte des échecs nourri de conventions sans ossature, ce coup arrive comme une gifle en plein visage — mais calme-toi, cher lecteur ; après tout, on ne peut exiger de toi que tu comprennes de tels coups. (Pardonne-moi — ce n’est pas ta faute : jusqu’ici, personne ne t’avait ouvert les yeux et les oreilles.) Attends encore un peu, et il défilera devant toi un miracle de surprotection d’une beauté plus que terrestre. (Je suppose que tu connais parfaitement ma grande théorie de la surprotection.) »[note 1]
2… d5
« Les Noirs, bien entendu, n’ont aucun soupçon de ce qui s’annonce et poursuivent sereinement dans le style classique. »
3. e5 !
« Un coup d’une délicatesse élémentaire. (Nous détestons par principe des mots comme « puissance » et « force » ; d’abord parce que ces expressions banales nous mettent mal à l’aise, et ensuite parce que nous détestons encore plus la tendance brutalisante qu’elles impliquent.) Où réside la beauté de 3. e5 ? Pourquoi ce coup est-il si fort ? La réponse est aussi simple qu’étonnante : le coup est fort parce qu’il est faible ! Faible, c’est-à-dire seulement au sens traditionnel ! En réalité, ce n’est pas le coup mais le pion e5 qui est faible — une différence énorme ! Autrefois, il était d’usage de rejeter tout coup créant une faiblesse. Aujourd’hui, grâce à moi, ce point de vue est dépassé. Car vois, cher lecteur : le fait que le pion e5 soit faible oblige les Blancs à le protéger toujours davantage jusqu’à ce qu’apparaisse, pour ainsi dire d’elle-même, la situation de surprotection. Or, comme nous l’avons vu (cf. Mon Système), la surprotection équivaut pratiquement à la victoire. Il s’ensuit automatiquement que le « faible » coup 3. e5 est une route certaine vers le triomphe. Le reste n’est plus ou moins qu’une question de technique. »
3… c5
« Conformément à un précédent célèbre. »
4. d4
« Il est ici parfaitement clair qu’il est plus profitable pour les Blancs de provoquer d’abord …c5 puis de jouer d4, plutôt que l’inverse, qui est la procédure habituelle. Car si les Blancs jouent d4 d’abord, il suit …c5 et le pion d est attaqué. Mais ma transposition ingénieuse change complètement la situation : maintenant, c’est soudain le pion c noir qui est attaqué par le pion d blanc ! »[note 2].
4… cxd4
« Que peuvent faire d’autre les Noirs ? »
5. h5 !
« Tout cela est très intelligent, original et décisif ! Bien sûr, les gens ordinaires, qui envient chacune de mes étincelles de génie mais sont incapables de suivre mon raisonnement sur trois pas, se surpassent dans leurs sarcasmes et me gratifient de l’épithète venimeuse « bizarre ». Le coup du texte jette la confusion dans toute l’armée noire et prépare l’invasion annihilante de la Dame dix-huit coups plus tard »[note 3].
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5… Db6 « Certainement pas 5…Cc6 6.Fb5! etc. Pourquoi jouer la défense française pour permettre finalement le coup du Fou de l'espagnole ? »[note 4].
6. h6 !
« Un esprit avide et obtus ne songerait jamais à ce sacrifice de pion profondément conçu. »
6… Cxh6
« Après 6…gxh6, les Blancs auraient une position encore plus confortable. »
7. Dh5 !
« La raison en devient claire après le coup suivant. »
7… g6
« Les Noirs menacent d’entamer un siège victorieux du faible pion e5 avec Fg7. Mais les Blancs prennent les devants. »
8. Dh2 !
« Pour tout observateur équitable, ce coup doit apparaître comme une révélation ! Toutes les manœuvres précédentes s’éclairent soudain. Les Blancs ont brillamment achevé leur développement et entreprennent la surprotection de e5. Face à cela, les Noirs sont impuissants. »
8… Cf5 9. Fd3
« Notez la splendide coopération des forces blanches : tandis que le pion e5 et le Fou roi bloquent complètement la position noire, le développement des forces de surprotection s’effectue derrière le dos large de ces solides bloqueurs. »
9… Cc6 10. Cf3
« En règle générale, c’est un coup routinier. Mais ici, il est d’une originalité frappante et mérite à ce titre une place dans le trésor de ma propriété intellectuelle. »
10… h5
« Vues désuètes ! »
11. b3
« Un piège profond, comme on le verra bientôt ! »
11… Fg7
« Comme les Noirs ont dû se réjouir en croyant devancer leur redoutable adversaire dans l’occupation de la grande diagonale. Mais… »
12. Ff4 !
« … quelle amère déception lorsqu’ils comprirent que 11. b3 n’était qu’un piège et que Fb2 n’avait jamais été envisagé. La position du Fou noir en g7 est désormais totalement inutile. 11…Fe7 aurait été relativement meilleur. »
12… Fd7 13. Cbd2 Tc8
« Les Noirs n’ont plus aucun bon coup ! »
14. Re2 !
« Encore un coup d’une profondeur extraordinaire. Les Blancs voient clair dans les plans noirs et, de surcroît, préparent une continuation particulièrement puissante de leur stratégie de surprotection »[note 5].
14… Cb4
« Exactement ce qu’attendaient les Blancs. »
15. Ce1 !
« Voilà le but du coup précédent ! Les Noirs sont maintenant forcés d’échanger le Fou attaquant en d3. Mais ce faisant, même le Cavalier roi blanc entre dans la mêlée avec un effet redoutable en d3, tandis que la case f3 devient disponible pour le Cavalier dame. Une stratégie véritablement grandiose. Le fait est que je suis un joueur merveilleux, même si tout le monde des échecs éclate de jalousie »[note 6].
15… Cxd3 16. Cxd3 !
« Bien sûr pas 16. cxd3 ? ce qui aurait été tout à fait incohérent. Le pion c2 est sans importance, et les Noirs ne font que perdre un temps précieux en le capturant. »
16… Txc2 17. Tae1 !
« Les Blancs poursuivent leur surprotection sans manières inutiles. »
17… a5
« Cette contre-attaque manque totalement de mordant. Les Noirs aimeraient évidemment obtenir un pion passé et une Tour sur la septième rangée, mais il est trop tard pour cela »[note 7].
18. Rd1 !
« La Tour menacée doit maintenant battre en retraite, car la prise en a2 serait bien trop dangereuse. »
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18… Tc6 ! « Enfin, les Noirs ont la bonne idée : surprotéger leur pion e6. Mais il est déjà trop tard »[note 8].
19. Te2 Re7 « Introduit en pratique de tournoi par moi-même. Voir la note au 14e coup des Blancs. Le Roi surprotège e6. »
20. The1 Te8 ! 21. Cf3 ! « Achève la surprotection de e5 et décide ainsi le sort de la partie. Les Noirs n’ont aucune défense. Notez l’effet esthétique produit par la position blanche »[note 9].
21… Ff8
« Les Noirs menacent maintenant de compléter la surprotection de e6 par Cg7. Mais les Blancs ont préparé une combinaison brillante. »
22. g4 !
« Bien plus fort que l’évident Fg5+ etc. »
22… hxg4 23. Dh7 !
« On réalise maintenant clairement la compréhension magistrale de la position qui a inspiré le huitième coup des Blancs (Dh2 !). »
23… gxf3
« Si les Noirs avaient poursuivi la surprotection par 23…Cg7, il aurait suivi 24. Fg5+ f6 25. Fxf6+ Rf7 26. Cg5# . L’erreur fondamentale des Noirs fut d’avoir commencé la surprotection beaucoup trop tard » [note 10].
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24. Fg5#
« L’une de mes meilleures parties ! J’en suis fier, ne serait-ce que parce que Herr Systemsson est l’un des plus forts joueurs scandinaves. La partie produisit une impression écrasante sur les joueurs, les spectateurs et mon adversaire lui-même. Elle est devenue célèbre au Danemark sous le nom de "la partie immortelle de la surprotection". »
Finalement, les Blancs tendent un piège grossier dans lequel les Noirs tombent à pieds joints, par ce qui a tout d'un mat aidé.
11. b4
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La partie présentée sous Chess.com fait figurer 11. b4. Si les Blancs jouent ce coup[note 11], la partie devient totalement grotesque : … Cxb4 s'impose alors au 11e, 12e ou 13e coup, alors que les Blancs devraient jouer a2-a3 au 12e, 13e ou 14e coup. Qui plus est, 21… Db1+, 22… Db1+ ou 23… Db1+ conduirait à la victoire des Noirs par échec et mat (21. Cf3 Db1+ 22. Cc1 Txc1+ 23. Fxc1 Fa4+ 24. Rd2 Dc2 mat ; 22. g4 ou 23. Dh7 pourrait être suivi de 22/23… Db1+ 23/24. Cc1 ou 23/24. Fc1 23/24… Txc1+ 24/25. Fxc1 ou 24/25. Cxc1 24/25. Fa4+ et mat au coup suivant).
Héritiers de Nimzowitsch
- Dans une interview accordée à Conel Hugh O'Donel Alexander pendant le tournoi de Hastings 1972/73, Bent Larsen a révélé que la partie Johner - Nimzowitsch, Dresde 1926[10] l'a grandement influencé pendant ses premières années. Par ailleurs, il a rapporté : « Quand j'étais très jeune, je « surprotégeais » tout le temps, à la Nimzovitch (Mon système). Quand je ne savais pas quoi faire, j'effectuais un coup de « surprotection », car au moins j'avais un principe »[11].
- Voici une partie où Anatoli Karpov a surprotégé massivement e4 (15. Cg3, 22. Dc2, 24. Ff2 et 33. Ta4) :
- Anatoli Karpov-Jan Timman, Montréal 1979[12],[13]
- 1. e4 d6 2. d4 Cf6 3. Cc3 g6 4. g3 Fg7 5. Fg2 0-0 6. Cge2 e5 7. 0-0 Ca6 8. Te1 c6 9. h3 Te8 10. Fg5 h6 11. Fe3 Dc7 12. Dd2 Rh7 13. Tad1 Fd7 14. g4 Tad8 15. Cg3 Fc8 16. f4 b5 17. a3 b4 18. axb4 Cxb4 19. Cce2 exd4 20. Cxd4 a5 21. c3 Ca6 22. Dc2 Fd7 23. Cf3 Te7 24. Ff2 Fe8 25. Dd3 Db7 26. Ta1 Cc7 27. Txa5 Tdd7 28. b4 Ce6 29. Fe3 c5 30. f5 Cd8 31. b5 Rh8 32. Ff2 Dc7 33. Ta4 Db8 34. c4 Ta7 35. Txa7 Txa7 36. e5 dxe5 37. Cxe5 Ta2 38. Fxc5 1-0.
- Dans cette partie, Karpov se contente d'améliorer sa position coup après coup : chaque mouvement resserre l’étau et réduit un peu plus les ressources de Timman. Peu à peu, à la manière de Tigran Petrossian, il étouffe son adversaire et le domine par la seule force du jeu positionnel.
Dans les échecs modernes
Dans son ouvrage Secrets of modern chess strategy, traduit en français sous le titre Les secrets de la stratégie moderne aux échecs, où il analyse les nombreuses avancées de la stratégie échiquéenne depuis la mort de Nimzowitsch en 1935, John Watson évoque la théorie de la surprotection, mais il affirme que cette théorie très chère à son auteur est la moins utile de toutes celles que Nimzowitsch a énoncées, étant devenue très limitée dans son application pratique[14],[15]. De fait, l'approche du jeu d'échecs par Nimzowitsch, basée sur des principes, est un peu tombée en désuétude depuis le décès de celui-ci
Notes et références
Notes
- ↑ La partie débute par une Défense française (1. e4 e6) mais vire à l'absurde avec 2. h4!!, censé préparer une invasion de la dame... 18 coups plus tard ! La fin est ridicule : les Blancs gagnent par mat après avoir surprotégé e5 avec reine, tours, cavaliers et même le roi !
- ↑ Ainsi, les Blancs renoncent à l’occupation du centre — en particulier au pion d4 — afin de faciliter la surprotection du pion e5. Vers la fin de la partie, toutes les pièces blanches à l'exception du roi surprotègent e5.
- ↑ Pendant son apprentissage par auto-jeu, AlphaZero a développé ses propres stratégies, comme cloîtrer le roi adverse et des pièces environnantes en avançant le pion-tour très profondément en avant du côté du roque ennemi. Cependant, AlphaZero avait pour but de restreindre l'espace vital adverse, et non d'échanger ce pion ou de le sacrifier comme dans cette parodie.
- ↑ De fait, 5… Cc6 6. Fb5 ("!") aurait perdu ce fou "espagnol" sur 6… Da5+.
- ↑ Au 14e coup, de même qu'au 19e et 20e, les Blancs auraient dû jouer g2-g4.
- ↑ En fait, au 15e coup, de même qu'au 17e, 18e, les Blancs auraient dû jouer a2-a4.
- ↑ En fait, du 17e au 23e, tous les coups des Noirs sont très fautifs. Surtout, 22… Tec8 et 23… Rd8 évitaient le mat.
- ↑ Aux 18e, 19e, 20e et 21e coups, les Noirs auraient dû jouer … Tc3.
- ↑ 21. Cb1 était bien meilleur que 21. Cf3??.
- ↑ De fait, au lieu de « surprotéger » le pion e6 (par 18… Tc6 et 19… Re7), les Noirs auraient dû créer des cases de fuite pour leur roi. Le simple 23...Fg7 aurait paré l'attaque des Blancs.
- ↑ 1. e4 e6 2. h4 d5 3. e5 c5 4. d4 cxd4 5. h5 Db6 6. h6 Cxh6 7. Dh5 g6 8. Dh2 Cf5 9. Fd3 Cc6 10. Cf3 h5 11. b4 Fg7 12. Ff4 Fd7 13. Cbd2 Tc8 14. Re2 Cb4 15. Ce1 Cxd3 16. Cxd3 Txc2 17. Tae1 a5 18. Rd1 Tc6 19. Te2 Re7 20. The1 Te8 21. Cf3 Ff8 22. g4 hxg4 23. Dh7 gxf3 24. Fg5# 1-0.
Références
- ↑ Aaron Nimzowitsch, Mon système, t. 2, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot » (no 158), , 154 p. (ISBN 978-2-228-88697-0), p. 18-21.
- ↑ Aaron Nimzowitsch, Pratique de mon système, Payot, , 294 p. (ISBN 978-2-228-88952-0).
- ↑ Nimzowitsch 1993, p. 18-19.
- ↑ Nimzowitsch 1993, p. 20.
- ↑ Nimzowitsch 1993, p. 18.
- Nimzowitsch 1993, p. 21.
- ↑ Mon Système, Éd. Payot, Tome 1, parties n° 19 & 20 et Tome 2 (ISBN 978-2-228-88697-0), p. 21.
- ↑ Partie commentée sous Chessgames.com.
- ↑ :"Chess Note" n° 4772 par Edward Winter.
- ↑ Cette partie est reprise dans le tome 2 de Mon système.
- ↑ Larry Evans, Jeremy Silman et Betty Roberts, How to get better at chess : Chess masters on their art, Summit Publishing, (ISBN 978-0945-80605-9).
- ↑ Partie commentée sous Chessgames.com
- ↑ Partie commentée par Anatoli Karpov lui-même dans son ouvrage Learn from your defeats (Batsford, 1985, (ISBN 0-71344-803-2), pp. 21-24).
- ↑ (en) Alex Dunne, Great Chess Books of the Twentieth Century in English, McFarland, , 200 p. (ISBN 978-0786-42207-4), p. 189.
- ↑ John Watson, Secrets of Modern Chess Strategy : Advances since Nimzowitsch, Gambit, 1988, (ISBN 978-1901-98307-4), pp. 211 & 214.
Bibliographie
- Aaron Nimzowitsch, Mon Système Tome 2, Payot, (ISBN 978-2-228-88697-0), p. 17-21.
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