The Dial (magazine)
| The Dial | |
| Pays | États-Unis |
|---|---|
| Langue | anglais |
| Périodicité | mensuelle |
| Genre | Revue littéraire |
| Date de fondation | Juillet 1840 |
| Date du dernier numéro | Juillet 1929 |
| Ville d’édition | Boston (1840-1844), Chicago (1880-1919), New York (1920-1929) |
The Dial est un magazine littéraire américain, fondé en 1840 et disparu en 1929.
Durant une première période (1840-1844), The Dial, animé par Margaret Fuller, est lié au mouvement transcendantaliste.
Une deuxième époque (1880-1919) met l'accent sur la littérature et la politique.
La troisième et dernière époque (1920-1929) fait du magazine l'étendard de la littérature moderniste et voit la naissance d'une maison d'édition, The Dial Press.
The Dial eut durant près d'un siècle une influence sensible sur l'évolution des idées aux États-Unis, sa diffusion était également assurée en Europe et dans toute la sphère anglophone, ses pages accueillant des auteurs du monde entier.
Histoire du périodique
Première époque (1840-1844, 1860)

Frederic Henry Hedge (en), Ralph Waldo Emerson, Theodore Parker, principaux membres d'une communauté intellectuelle que la presse de l'époque qualifie de « transcendantaliste », décident de fonder en octobre 1839 à Boston leur propre magazine, après avoir essuyé durant plus de trois ans de nombreux refus de la part de publications telles que la North American Review et The Christian Examiner. Seul Orestes Brownson qui venait de fonder la Boston Quarterly Review semblait disposé à leur ouvrir ses colonnes. Le 20 octobre, Margaret Fuller accepte le poste de rédactrice-en-chef du premier numéro de The Dial, sous-titré « Magazine for Literature, Philosophy, and Religion », qui sort des presses, après plusieurs mois de retard, en juillet 1840, introduit par Emerson qui le qualifie de « Journal in a new spirit ». Le titre du périodique avait été suggéré par Amos Bronson Alcott, en référence à un cadran solaire ((en) sundial). Le 4 août suivant, Emerson, en fait le bilan, et écrit à Fuller[1] :
« Je commence à souhaiter une revue différente de celle que j'avais imaginée au départ. Je ne voudrais pas qu'elle soit trop purement littéraire. Je souhaite que nous puissions créer une revue si vaste et si prestigieuse qu'elle influence l'opinion de cette génération sur tous les grands sujets d'intérêt et qu'elle fasse jurisprudence en matière de propriété, de gouvernement, d'éducation, ainsi que d'art, de lettres et de religion. Une grande revue se doit d'être lue. Et il ne me semble pas judicieux de poursuivre d'autres objectifs que la souveraineté. Aussi, je souhaite que nous courtisions quelques fervents défenseurs de l'art de vivre et que nous publiions des chapitres sur tous les sujets qui le composent… Je connais le danger d'une telle liberté de programmation dans toute revue qui n'est pas parfaitement gérée. Elle devient favorable à des formes de réforme particulières, partisanes, sectaires, voire capricieuses ; et non universelle et poétique. Mais notre table ronde n'est pas, à mon avis, menacée de sectarisme et de bigoterie, et nous saurons contrer les caprices des uns et des autres par la confrontation de nos idées. »
Ouvrant ses pages à Henry David Thoreau, The Dial fut vivement critiqué, même par certains des transcendantalistes. Cette première mouture ne connut jamais de stabilité financière. En 1843, Elizabeth Peabody, qui en assurait la gestion, constata que les revenus de la revue ne couvraient pas les frais d’impression et que le nombre d’abonnements s’élevait à peine à plus de deux cents. Malgré cela, Peabody y publia elle-même des articles. En 1844, un chapitre du Sūtra du Lotus, traduit du français vers l’anglais par ses soins, parut dans The Dial ; ce chapitre constitue, historiquement, la première traduction anglaise d’un texte bouddhiste[2].
La revue cesse de paraître en avril 1844. Horace Greeley, dans le numéro du 25 mai du New-York Weekly Tribune, annonça la fin de « la publication la plus originale et la plus profonde jamais publiée dans ce pays ».
Margaret Fuller, pionnière en matière de féminisme, assura un rôle prépondérant au sein de la revue en y cultivant et en diffusant la pensée transcendantaliste. Durant son séjour à Boston, Fuller animait des « conversations », réunissant des femmes pour discuter de philosophie et de questions sociales. Ces initiatives offraient aux femmes un espace de participation à la réflexion intellectuelle et révélaient l’ambition de Fuller d’inclure les femmes dans les forums et les discussions éducatives, plutôt que de les cantonner à un rôle passif d’observatrices. Si les « conversations » ne pouvaient toucher toutes les femmes, The Dial, malgré un espace restreint, constituait une plateforme permettant d’amplifier la voix des femmes et d’accroître les ressources éducatives. Son article majeur, « Women in the Nineteenth Century », paru pour la première fois dans The Dial en 1845, il ouvrit la voie à ses idées sur l’égalité des sexes. Dans cet essai, Fuller mettait l’accent sur des principes spécifiques du transcendantalisme, tels que l’individualisme et l’épanouissement personnel, également promus dans The Dial, tout en encourageant les idées de réforme sociale. Bien que certains lecteurs aient jugé son œuvre dense et difficile d'accès, sa publication dans The Dial lui a permis de toucher un public familier avec la pensée progressiste, amplifiant ainsi son impact sur la communauté. Même après sa transition vers le journalisme au New York Tribune, où elle a acquis une reconnaissance nationale, le lectorat et les bases qu'elle s'était constitués grâce à The Dial sont restés essentiels à son influence intellectuelle[3].
Quinze ans plus tard, durant l'année 1860, The Dial reparaît et produit douze livraisons, éditées par Moncure Daniel Conway (1832-1907), basé à Cincinnati[4].
Deuxième époque (1880-1919)

The Dial renaît de ses cendres en mai 1880, cette fois-ci en mêlant politique et critique littéraire. Cette nouvelle version du magazine est fondée par Francis Fisher Browne à Chicago. Browne la revendique comme l'héritière légitime du magazine d'Emerson et de Fuller. Il en fut le rédacteur en chef pendant plus de trente ans, transformant le support à partir de 1892 en magazine bimensuel. Il envisagea sa nouvelle revue littéraire dans la pure tradition de ses prédécesseurs, proposant des comptes rendus de livres, des articles sur les tendances actuelles en sciences et lettres, ainsi que sur la politique, et de longues listes de titres de livres récents. C'est durant cette période que Margaret Caroline Anderson, future fondatrice de The Little Review, travailla pour le magazine. Bien que Chicago fût réputée indifférente aux activités littéraires, The Dial acquit une renommée nationale, absorbant The Chap-Book en 1898.
Au début des Yellow Nineties, Charles Ricketts et Charles Haslewood Shannon, lancent The Dial: An Occasional Publication ; amorcée en 1889, la publication qui n'a aucun lien avec son homologue américain, comprend cinq livraisons, jusqu'en 1897[5].
Francis Browne décède en 1913 après avoir hissé le magazine au rang de référence grâce à son exigence constante en matière de conception et de contenu. La direction du magazine passe à ses frères et sœurs, mais sous leur autorité, The Dial perd de son prestige, faute de compétences en matière d'édition et de gestion. En 1916, plutôt que de poursuivre l'aventure d'un magazine en difficulté, la famille Browne vend le titre à Martyn Johnson, qui « oriente le magazine vers une ligne éditoriale libérale, voire de plus en plus radicale, tant sur le plan politique et artistique que littéraire »[6]. Johnson décide de s'installer à New York en 1918 afin de renouer avec une ville, où nombre des nouveaux rédacteurs et collaborateurs avaient des liens. Mais le support rencontre rapidement des difficultés financières, quand Scofield Thayer, futur rédacteur en chef et héritier d'une fortune lainière de Nouvelle-Angleterre, investit dans le magazine. C'est à cette époque que Thayer fait la connaissance de Randolph Bourne, collaborateur régulier de The Dial. Le pacifisme inébranlable et les conceptions esthétiques de Bourne inspirèrent sensiblement Thayer. Après avoir contribué au magazine et investi des sommes considérables dans la société éditrice, Thayer espérait obtenir un certain contrôle éditorial. Johnson, cependant, refusa de lui céder la moindre responsabilité, ce qui contraignit Thayer à quitter le comité éditorial fin 1918. Thorstein Veblen et d'autres personnes intéressées par sa pensée jouèrent un rôle important au sein de la rédaction et dans les pages de The Dial durant ses premières années à New York. L'ouvrage de Veblen, paru en 1921, The Engineers and the Price System, est un recueil d'essais prépubliés dans The Dial en 1919[6].
Vers la fin de la Première Guerre mondiale, les disciples de Bourne au sein de The Dial s'opposèrent à John Dewey, qui préconisait la violence absolue comme seul moyen de mettre fin au conflit. Cette prise de position, conjuguée à des difficultés financières croissantes, faillit entraîner la disparition de la revue. Ces conflits internes sur l'idéologie et les finances ont poussé Johnson à mettre le magazine en vente en 1919. Thayer s'était associé à un ami de Harvard, James Sibley Watson, pour acheter The Dial à la fin de 1919. Watson, étant l'héritier de la fortune de Western Union — il a épousé la petite-fille du fondateur Hiram Sibley —, avait suffisamment d'argent pour acheter le magazine avec Thayer[6].
Troisième époque (1920-1929)



Scofield Thayer et James Sibley Watson relancent The Dial en janvier 1920 et l'oriente suivant une ligne éditoriale strictement littéraire, ouvrant même ses colonnes à des formes avant-gardistes d'expressions. Le siège de la société s'établit au 152 West Thirteenth Street (Manhattan).
Durant la seule année 1920, The Dial, vendu 35 cents, propose en ses sommaires des textes de Sherwood Anderson, Djuna Barnes, Kenneth Burke, William Carlos Williams, Hart Crane, E. E. Cummings, Charles Demuth, Khalil Gibran, Gaston Lachaise, Amy Lowell, Marianne Moore, Ezra Pound, Arthur Wilson (Winslow Wilson), Bertrand Russell, Carl Sandburg, Van Wyck Brooks, et William Butler Yeats.
Outre des essais et de la poésie ouverts à la littérature moderniste, The Dial publie également des reproductions artistiques en hors-texte (peintures, dessins, gravures), de plasticiens tels que Vincent van Gogh, Auguste Renoir, Henri Matisse, Odilon Redon, ainsi que d'Oskar Kokoschka, Constantin Brâncuși, Edvard Munch, Georgia O'Keeffe, Carl Sprinchorn (en) et Joseph Stella.
Le magazine s'efforce également de rester en phase avec la vie culturelle des capitales européennes, avec des correspondants réguliers tels que T. S. Eliot à Londres, John Eglinton à Dublin, Ezra Pound à Paris, Thomas Mann à Berlin, et Hugo von Hofmannsthal à Vienne.
Prenant ses distances, Ernest Hemingway publie en 1924 son poème The Soul of Spain With McAlmon and Bird the Publishers dans la revue allemande Der Querschnitt, y attaquant The Dial non sans férocité[7].
Scofield Thayer demeura rédacteur en chef du magazine de 1920 à 1926, Watson en fut l'éditeur et le président de 1920 jusqu'à sa disparition en 1929. Plusieurs rédacteurs en chef adjoints se succédèrent à la tête de The Dial durant les années 1920 : Gilbert Seldes (1920-1923), Kenneth Burke (1923) et Alyse Gregory (1923-1925). À la suite d'une dépression nerveuse, Thayer quitte The Dial en 1925 et démissionne officiellement en 1926. Marianne Moore, collaboratrice et conseillère du magazine, devient rédactrice en chef adjointe en 1925. Elle lui succède à la tête de la rédaction.
La santé mentale de Scofield Thayer se dégrade, et il est hospitalisé en 1927, bientôt diagnostiqué schizophrène. Au cours de cette époque, James Sibley Watson porte son intérêt sur le cinéma d'avant-garde, laissant à Margaret Moore le contrôle de la rédaction littéraire. En juillet 1929, l'ensemble de la rédaction reste confiante dans l'avenir du magazine, espérant une continuité, un nouveau souffle, mais la crise financière qui survient en octobre, et la mise sous curatelle de Thayer, sonnent le glas du projet d'une éventuelle quatrième époque.
The Dial Award
En juin 1921, Thayer et Watson annoncent la création du Dial Award, un prix de 2 000 dollars, destiné à récompenser l'un de leurs contributeurs, en reconnaissance des « services rendus aux lettres », dans l'espoir d'offrir au récipiendaire « le loisir qui lui permette au moins de servir Dieu (ou de se tourner vers le diable) selon sa propre conscience ». Le premier de ces prix fut décerné en janvier 1922 à Sherwood Anderson pour un article qu'il avait publié dans le magazine en 1921. Sept autres prix sont ensuite décernés à T. S. Eliot (1922), Van Wyck Brooks (1923), Marianne Moore (1924), E. E. Cummings (1925), William Carlos Williams (1926), Ezra Pound (1927), et Kenneth Burke (1928).
The Dial Press
The Dial Press est une maison d'édition fondée in 1923 par Lincoln MacVeagh ; elle partage ses locaux newyorkais avec The Dial. Scofield Thayer y investit des capitaux. Le premier ouvrage sort des presses en 1924 : intitulé Stories of The Dial, il s'agit d'un recueil de nouvelles dans lequel on compte entre autres Paul Morand[8] et D.H. Lawrence[9].
La maison poursuit ses activités après 1929 et demeure indépendante. Entre 1959 et 1960, elle édite The Dial: A Magazine of Fiction, reprenant en trois livraisons quelques textes publiés dans la dernière mouture du défunt magazine[10].
En 1963, Dell Publishing acquièrent 60 % de la société, mais Dial Press conserve son indépendance éditoriale[11].
Depuis 2013, c'est une filiale de Penguin Random House[12].
Notes et références
- ↑ (en) Ralph Waldo Emerson, Emerson's Prose and Poetry: A Norton Critical Edition, Joel Porte & Saundra Morris (éd.), p. 549.
- ↑ (en) James Ishmael Ford, Zen Master Who? : A Guide to the People and Stories of Zen, Wisdom Publications, , 262 p. (ISBN 0-86171-509-8, lire en ligne), p. 60.
- ↑ (en) Joel Myerson, The New England transcendentalists and the « Dial »: a history of the magazine and its contributors, Rutherford (N.J.), Fairleigh Dickinson university Press / London & Toronto, Associated university Presses, 1980 — extraits et résumé de l'ouvrage sur Decadent Serpent.
- ↑ (en) The Dial, 1860, édition numérisée sur Hathi Trust.
- ↑ (en) Lorraine Janzen Kooistra, General Introduction. The Dial: An Occasional Publication (1889-1897) (2019), sur Yellow Nineties 2.0.
- (en) Nicholas Joost, The Dial (1912-1920). Years of Transition, Barre (Mass.), Barre Publishers, 1967, p. 4-15.
- ↑ (en) The Soul of Spain With McAlmon and Bird the Publishers, poème avec annotations reproduit dans Representative Poetry Online, Université de Toronto.
- ↑ Paul Morand, Lettres de Paris , lettres parues dans The Dial (1923-1929), trad. de l'anglais par Bernard Delvaille, Paris, Salvy, 1996 — notice de la BnF.
- ↑ (en) « Lincoln MacVeagh Papers », Bibliothèque de l'université de Princeton.
- ↑ (en) « The Dial; a magazine of fiction », notice de la bibliothèque de l'université de Stanford.
- ↑ (en) Dial Press records, Archives at Yales.
- ↑ (en) The Dial Press, site officiel.
Liens externes
- Archives conservées par : New York Public Library Main Branch (Berg Coll MSS Watson Dial, 19099)
- Ressource relative à la littérature :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- (en) The Dial, numéros en ligne de 1880 à 1929 at HathiTrust
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