Traité de Sapienza
Le traité de Sapienza est un traité politique conclu en entre la république de Venise et la principauté d'Achaïe nouvellement établie, sous le prince Geoffroi Ier de Villehardouin concernant la division de la péninsule du Péloponnèse, conquise suite à la quatrième croisade. Aux termes de cet accord, Venise, à qui est accordée la majeure partie du Péloponnèse dans le Partitio Romaniae, reconnaît Villehardouin comme possesseur de toute la péninsule à l'exception des forts de Modon et de Coron, qui passent sous contrôle vénitien, et lui garantissent des privilèges commerciaux et fiscaux dans la principauté. Le texte du traité est également une source primaire précieuse pour l'histoire ancienne de la principauté d'Achaïe.
Contexte
Suite à la prise de Constantinople ainsi que la dissolution de l'Empire byzantin au cours de la quatrième croisade en 1204, les Croisés victorieux divisent les territoires byzantins entre eux. Le traité de division, le Partitio Romaniae, attribue la majeure partie du Péloponnèse, dans le sud de la Grèce, à la république de Venise, à l'exception des régions du nord-est de Corinthie et Argolide[1]. Lors de l'événement, Venise néglige de faire valoir immédiatement ses droits, et au cours de l'année 1205, quelques centaines de Croisés, commandés par Guillaume Ier de Champlitte et Geoffroi Ier de Villehardouin, commencent à conquérir la région pour leur propre compte. La conquête est assez rapide, et la résistance grecque la plus acharnée est brisée lors de la bataille de l'oliveraie de Kountouras à la fin de l'été. Des forteresses isolées telles que Monemvasia où les habitants des régions montagneuses de Tsakonie et Taygète résistent encore. Mais, à la fin de l'année 1205, Champlitte consolide suffisamment sa position pour que le pape Innocent III le désigne comme « prince d'Achaïe »[1].
Venise dans le Péloponnèse et le traité de Sapienza

Venise n'apparaît pas dans le Péloponnèse avant 1206 ou 1207, lorsqu'une flotte prend la péninsule messénienne, avec les forts de Modon et de Coron, aux hommes de Champlitte[2]. Fin 1208, Champlitte quitte le Péloponnèse afin de prendre possession de son héritage en Bourgogne et Villehardouin lui succède en tant que gouverneur du nouvel État franc, exploitant habilement le droit féodal pour empêcher le neveu de Champlitte de s'emparer du titre à sa place[1]. En , Geoffroi de Villehardouin participe au Parlement de Ravennika (1209), convoqué par l'empereur latin Henri Ier de Flandre. C'est probablement ici, et, probablement par la médiation de l'empereur, que les négociations commencent à parvenir à un règlement conciliant la possession de facto du Péloponnèse par Villehardouin et les revendications vénitiennes, menant à la signature d'un traité sur l'île de Sapienza, au large de Modon, en juin[1],[2].
Selon les termes du traité, Venise ne conserve que les deux forts de Modon et de Coron, et reconnaît Geoffroi de Villehardouin comme le maître de tout le Péloponnèse, « jusqu'à Corinthe ». En échange, Villehardouin devient un vassal de la République, avec laquelle il conclut une alliance perpétuelle. Lui, ainsi que ses descendants, devraient devenir citoyens vénitiens et seraient obligés d'entretenir une maison à Venise et d'envoyer chaque année un cadeau composé de deux brocarts de soie pour la basilique Saint-Marc et d'un autre pour le doge de Venise. Venise obtient également une exemption de tous les droits de douane pour ses marchands ainsi que le droit d'établir « une église, un marché et un tribunal » dans chaque cité de la principauté[1],[2].
Le traité satisfait les deux parties : Venise acquiert un avant-poste précieux en possession de Modon et de Coron et protège ses intérêts commerciaux, tandis qu'Achaïe acquiert un puissant allié sous la forme de la flotte vénitienne, en échange d'une suzeraineté vénitienne plutôt théorique[2]. Villehardouin lui-même obtient le soutien vénitien pour sa revendication du titre princier contre les prétendants Champlitte, et en 1210, il est reconnu comme princeps Achaiae par le pape[1].
Source historique
Le texte du traité est l'unique source révélant des informations concernant l'État de la principauté franque peu de temps après sa fondation. Tel que le fait remarqué le médiéviste français Antoine Bon, d'autres sources ultérieures, principalement la Chronique de Morée, présente l'organisation féodale de la principauté comme « complète et définitive » en 1209, voire 1210, or, le traité de Sapienza prouve que le processus de sa consolidation est toujours en cours et incomplet[2].
Plus notoirement, la principauté n'a pas encore atteint son étendue territoriale totale, car toute la partie sud-est du Péloponnèse, la plaine de Laconie bordée par les deux chaînes de montagnes du Taygète et du Parnon, reste insaisissable et aux mains des Grecs autochtones, tandis qu'au nord-ouest, les garnisons grecques des forteresses d'Árgos et Nauplie continuent de résister jusqu'en 1211, voire 1212. Ce n'est qu'au début des années 1220 que la plaine de Laconie passe sous contrôle franc, alors que le dernier avant-poste grec, Monemvasia, ne capitule qu'en 1248[2].
Le traité préserve également les noms des seigneurs féodaux et ecclésiastiques de la principauté l'ayant signé en tant que témoins, dont beaucoup ne sont attestés nulle part ailleurs[2].
Notes et références
- (en) Kenneth Setton, The Papacy and the Levant, 1204-1571 [« La papauté et le Levant, 1204-1571 »], , 512 p. (ISBN 9780871691149).
- Antoine Bon, La Morée franque : recherches historiques, topographiques et archéologiques sur la principauté d'Achaïe (1205-1430), .
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