Traumatisme thoracique
| Spécialité | Médecine d'urgence |
|---|
| CIM-10 | S20-S29 |
|---|---|
| CIM-9 | 875 |
| MeSH | D013898 |
Mise en garde médicale
Un traumatisme thoracique est la conséquence médicale d'un choc traumatique sur le thorax, pouvant s'intégrer dans un polytraumatisme. Les traumatismes du thorax représentent la deuxième cause de décès traumatique, après les traumatismes de la tête et du cou.
Toutes les structures du thorax peuvent être concernées : cage thoracique, poumons, cœur, médiastin. La gravité est variable, allant de la simple contusion sans conséquence, jusqu'au traumatisme grave avec détresse respiratoire et circulatoire aboutissant au décès.
La prise en charge d'un traumatisé du thorax est une urgence médico-chirurgicale par une équipe multidisciplinaire spécialisée. À plus long terme, le suivi d'un blessé thoracique est holistique, intégrant un soutien psychologique pour prévenir une douleur chronique ou un trouble de stress post-traumatique.
Types
Les traumatismes du thorax se divisent en deux grandes catégories[1],[2] :
- Les traumatismes fermés du thorax, sans ouverture des parois thoraciques, qui nécessitent une prise en charge d'abord médicale (évaluation et surveillance) et qui présentent des risques de lésions internes graves dans les heures qui suivent, avec chirurgie éventuelle.
- Les traumatismes ouverts du thorax, avec plaie ouverte ou pénétrante, qui sont des urgences chirurgicales immédiates avec un risque plus élevé de décès.
Un traumatisme thoracique peut être isolé, mais .il s'intègre le plus souvent dans un polytraumatisme (tête et cou, abdomen, membres).
La gravité et le pronostic des traumatismes du thorax dépend aussi du sujet (âge, comorbidité…) et du délai de prise en charge.
Causes et mécanismes
Les principales circonstances des traumatismes fermés du thorax sont les accidents de la route, les accidents de travail ou de la vie courante, les chutes de grande hauteur (plus de trois mètres). Les différents mécanismes, pouvant s'associer entre eux, sont le choc direct ou contusion, l'accélération/décélération, la compression ou écrasement et l'effet de souffle[3],[4].

Lorsque ces mécanismes s'exercent sur un thorax immobile, les lésions sont surtout pariétales. Dans le cas d'un thorax en mouvement, aux lésions de la paroi thoracique s'ajoute un plus grand risque de lésions internes par décélération. Les accidents par accélération/décélération doivent faire craindre, outre une contusion pulmonaire, des lésions cardiovasculaires[3].
Les lésions thoraciques dues aux accidents de la route se sont modifiées avec l'apparition de la ceinture de sécurité et de l'airbag. Les lésions par choc direct et écrasement avec décès immédiat ont été remplacées par des lésions internes plus insidieuses liées à la décélération[5].
Dans tous les cas, les conséquences principales d'un traumatisme thoracique est l'hypoxie avec détresse respiratoire, et l'hémorragie avec détresse circulatoire (choc hypovolémique)[3],[6].
Les traumatismes ouverts du thorax résultent le plus souvent d'agressions (arme blanche, projectiles d'arme à feu, éclats et débris d'explosions…)[2].
Chez le petit enfant, un traumatisme thoracique peut être lié à une maltraitance. Du fait d'une paroi thoracique souple, un enfant peut avoir des lésions internes importantes même en l'absence de fracture costale, avec un risque accru d'hypoxie[2],[3].
Chez les personnes âgées un traumatisme thoracique peut être lié à une chute banale, où pour un traumatisme similaire le risque mortel est doublé par rapport aux sujets jeunes[2].
Épidémiologie
Le traumatisme du thorax est la deuxième cause de décès, après les traumatismes crâniens, en traumatologie. Un tiers à 60 % des polytraumatisés présentent un traumatisme thoracique dont la mortalité est de l'ordre de 20 à 25 %[4],[7].
Les traumatismes thoraciques sont en augmentation, en lien avec la vogue des loisirs à risque ou de sport extrême. Les traumatismes ouverts ou pénétrants sont en rapport avec le niveau des violences urbaines et des législations sur les armes[5]. Si les plaies thoraciques par armes à feu sont très minoritaires en France[7], aux États-Unis elles peuvent représenter plus de 40 % des décès traumatiques selon les séries (hôpitaux de Los Angeles, de Denver…). Au Nigeria, les traumatismes thoraciques pénétrants sont plus fréquents que ceux par accident de la route[8].
Dans la plupart des pays les moins avancés et des pays à revenu intermédiaire, les traumatismes thoraciques pénétrants (arme blanche, arme à feu) sont au moins aussi fréquents que les traumatismes thoraciques fermés, et souvent mortels avant même d'atteindre un hôpital[9].
Clinique et bilan
Prise en charge initiale
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La prise en charge, depuis le lieu de l'accident jusqu'à la structure de soin, répond aux règles de la réanimation traumatologique avancée. L'urgence immédiate est que le patient respire en ayant une pression artérielle correcte[2],[4].
Dans le cas d'un traumatisme thoracique fermé, il faut identifier une dyspnée majeure (volet costal, pneumothorax, obstruction ou rupture des voies aériennes…) et une hypotension sévère (hémopéricarde, hémothorax…) pouvant nécessiter des premiers gestes thérapeutiques d'urgence[6],[7].
Dans le cas d'un traumatisme ouvert, il faut analyser en outre les caractéristiques des plaies : situation et orientation (orifices d'entrée, éventuellement de sortie, région cardiaque ou pulmonaire dans la trajectoire), caractère soufflant (atteinte pleurale), caractère plus ou moins hémorragique[6].
Les blessés thoraciques inconscients peuvent l'être par hémorragie grave, hypoxie prolongée, lésion cérébrale. Les blessés agités ou non coopératifs peuvent être sous l'emprise d'alcool ou de drogues[2].

Le choix du centre de transfert se fait en fonction du bilan initial, des lésions suspectées et du degré de gravité. Les critères de gravité font l'objet de recommandations d'experts (scores révisés au niveau national ou international)[9],[10].
Un exemple d'échelle de gravité (1 mineure, 2 modérée, 3 sévère et 4 très sévère)[9] :
- respiration normale avec stabilité cardiovasculaire ;
- gêne respiratoire avec stabilité cardiovasculaire ;
- détresse respiratoire avec stabilité cardiovasculaire ;
- arrêt respiratoire avec instabilité cardiovasculaire.
Le transfert du blessé au centre hospitalier doit être le plus rapide possible, en raison d'un risque d'aggravation secondaire d'un traumatisme apparemment mineur ou sans signes de gravité immédiate. C'est particulièrement le cas des patients âgés de plus de 65 ans, qui présentent une comorbidité, qui ont plus de deux fractures de côte, ou qui sont victimes d'accident à forte énergie cinétique (« signe de la ceinture de sécurité »[11], abrasion ou ecchymose produite par celle-ci)[2],[7]. Ces blessés doivent bénéficier d'une surveillance en centre spécialisé d'au moins 24 heures[7].
Bilan hospitalier
À l'arrivée, la poursuite d'une réanimation appropriée en cas de détresse respiratoire ou cardiovasculaire est prioritaire.
Si le blessé est en état de mort apparente ou en arrêt cardiaque, une thoracotomie d'extrême urgence dite de sauvetage, sans examens complémentaires, est réalisée en salle d'opération pour un massage cardiaque interne et le contrôle hémorragique des plaies intrathoraciques. Les indications exactes sont discutées[10],[12].
Lorsque l'état du blessé est stable ou stabilisé, un bilan d'imagerie et d'examens de laboratoire est effectué selon la situation clinique. Il peut comporter radiographie thoracique, échographie, scanographie, bilan sanguin et de la coagulation, gazométrie, électrocardiographie. Selon les cas, angiographie, thoracoscopie, bronchoscopie peuvent être nécessaires[2],[12]. Les processus de décisions selon différentes situations font l'objet de recommandations régulièrement révisées de sociétés savantes[9],[10].
Diagnostic et pronostic
Les principales lésions traumatiques du thorax sont[1],[4],[8] :
- Fracture costale et volet thoracique, fracture du sternum, fracture du rachis thoracique ;
- épanchement pleural traumatique : pneumothorax, hémothorax, chylothorax ;
- contusion pulmonaire ;
- lésions cardiovasculaires : contusion cardiaque (lésions du myocarde, lésions valvulaires), commotio cordis, hémopéricarde, rupture de gros vaisseaux (aorte thoracique) ;
- autres atteintes médiastinales : lésions trachéobronchiques, de l'œsophage, pneumomédiastin ;
- rupture du diaphragme.
Les fractures costales isolées (pas plus de deux) sont de bon pronostic. Les contusions pulmonaires ou cardiaques sont longues à récupérer. Les lésions de l'aorte thoracique sont en général de mauvais pronostic. Les complications les plus graves après un traumatisme thoracique se voient aux deux extrêmes de la vie (petit enfant et personne âgée). La plupart des décès surviennent avant d'arriver dans un service d'urgence, ou dans le premier jour d'hospitalisation[2].
Principes de traitement

Dans les premières 48 heures
La recherche de lésions traumatiques associées (extra-thoraciques) est systématique. Un traumatisé du thorax, même s'il ne présente pas de signes de gravité, doit bénéficier d'un bilan clinique et paraclinique, d'un traitement antalgique et d'une surveillance[7].
La prise en charge d'un traumatisme thoracique est multidisciplinaire, associant médecin, chirurgien, anesthésiste-réanimateur et radiologue pour les prises de décisions[5]. Le rôle des infirmières est essentiel pour les soins de première urgence et la surveillance des patients stabilisés[2]. Ces équipes spécialisées exercent dans des services d'urgence et de traumatologie organisés et préparés à surveiller et prévenir la survenue de complications[9].
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La douleur est un facteur aggravant qui perturbe la respiration, ce qui nécessite selon les cas : analgésiques, anesthésie loco-régionale, analgésie péridurale thoracique. Un mauvais contrôle de la douleur augmente le risque de douleur chronique, de dépression et de syndrome post-traumatique après traumatisme thoracique[4].
La détresse respiratoire peut nécessiter une exufflation à l'aiguille, une oxygénothérapie, une ventilation assistée, la fixation chirurgicale d'un volet thoracique. Une détresse circulatoire peut demander un remplissage vasculaire, une transfusion[7].
La plupart des traumatismes fermés sont traités de façon non chirurgicale (par exemple drainage pleural et surveillance médicale), mais 10 à 15 % devront être opérés. Les traumatismes à plaies pénétrantes peuvent nécessiter une antibiothérapie préventive, en étant plus souvent opérés que les traumatismes fermés[9],[12].
Les indications chirurgicales se font en fonction du mécanisme traumatique et de la nature (situation et gravité) des lésions. La prise de décision s'effectue selon des algorithmes issus de la comparaison d'expériences. En général, depuis les années 1970, dans les traumatismes thoraciques, les indications de la ventilation mécanique se sont restreintes et les indications chirurgicales se sont élargies[12], notamment avec la chirurgie thoracique vidéo-assistée (en)[13].
L'utilisation de l'intelligence artificielle pour analyser rapidement les données d'imagerie thoracique, trier les blessés et prioriser les interventions paraît prometteuse[9]. Cependant malgré les avancées, des progrès restent à faire, notamment pour le diagnostic et le traitement des lésions trachéo-bronchiques et aortiques[1].
À plus long terme
Le rôle des kinésithérapeutes et spécialistes de la réhabilitation respiratoire est essentiel. Il en est de même pour le suivi psychologique[2],[4].
À moyen et long terme, il faut détecter et traiter la survenue de complications[6] :
- Infections : abcès de paroi, pleurésie purulente, médiastinite… ;
- hémothorax par récidive hémorragique ;
- vasculaires (anévrysme, pseudo-anévrysme…) ;
- syndrome restrictif ;
- syndrome douloureux pariétal (névralgie intercostale, pseudarthrose de la cage thoracique…) ;
- syndrome post traumatique.
Histoire
Paléopathologie
La cage thoracique osseuse se conserve moins bien que le crâne et les os longs des membres. Cependant, il est possible de retrouver des traces ou des signes de traumatismes du thorax comme la pointe de flèche en silex fichée dans une vertèbre dorsale du mésolithique (site de Téviec, sépulture K, sujet n°16) « à l'endroit même où chemine l'artère thoracique, on peut imaginer une mort très rapide corroborée par l'absence de réactions osseuses autour du projectile »[14].
D'autres cas semblables de projectiles fichés dans des vertèbres thoraciques ou dans le sternum ont été retrouvés aux îles Canaries, en Catalogne et au Danemark (sites du néolithique), ainsi qu'en Californie (central California site Ala-329, daté 500-1700 ap. J.C)[15],[16].
L'homme de La Chapelle-aux-Saints présentait une fracture de côte avec col osseux[14]. Lorsque le blessé survit, on peut noter une reconstruction osseuse (cal osseux) parfois avec exostose post-traumatique et myosite ossifiante post-traumatique[15]. Un squelette britto-romain présentait un écrasement du thorax avec fracture de la clavicule et volet costal, l'individu a survécu comme l'indique la fusion osseuse entre côtes adjacentes[15],[17].
En 1910, Elliot Smith publie une série de 160 momies égyptiennes (de la période prédynastique au début de l'ère chrétienne) présentant des fractures osseuses, dont 14 % étaient des fractures de la clavicule et 6 % des fractures de côte. La plupart des fractures de côte et du sternum ont été traitées avec de bons résultats[18].
Textes médicaux antiques et médiévaux
Les premières mentions chirurgicales de traumatismes thoraciques se trouvent dans le papyrus Edwin Smith du XVIe siècle av. J.-C. : luxation et fracture de la clavicule (cas 34 et 35), fractures de côte et plaies abcédées de la poitrine (cas 39 à 46)[19]. Les atteintes cardiopulmonaires ne sont pas mentionnées[20]. Les plaies thoraciques sont traitées par application de viande fraîche le premier jour, puis de miel, graisse animale, tampons végétaux ou substances minérales (poudre de malachite ou d'albâtre) selon l'état des plaies[19].
Dans l'Iliade d'Homère, 151 blessures de guerre sont répertoriées par des médecins historiens qui dénombrent 54 traumatismes thoraciques dont 34 par pointe de lance, les autres par pointe de flèche, javelot et épée, jet de pierre. La mortalité immédiate est de 70 %. Le passage le plus souvent cité est celui du chant XIII où Idomonée tue Alcathoos[21] :
Le frappant de sa lance en plein torse, Idoménée le héros lui rompit sa cotte de bronze, qui jusque-là préservait sa chair de la mort odieuse. Elle fit un bruit sec en se déchirant sous la pointe. Il tomba pesamment, le cœur traversé par la lance. Et son cœur palpitant encore, le bois de la hampe oscilla, jusqu'à ce que l'âpre Arès se relâche[22].
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Ce type de description a fait dire qu'Homère était plus qu'un poète, mais aussi un témoin direct, voire un soignant de la guerre de Troie[25],[21]. D'autres considèrent qu'il faut attribuer à l'imagination poétique le fait qu'un cœur battant puisse transmettre des vibrations à une lourde hampe[26].
Au Ve siècle av. J.-C., Hippocrate établit un principe de base de l'empyème thoracique : l'évacuation du pus qu'il réalise par incision et drainage chirurgical par mèche. Les techniques de drainages de l'empyème thoracique post-traumatique seront discutées tout au long des siècles (mèches, tubes ou canules diverses…)[27]. D'Aristote à Galien (et jusqu'au XIXe siècle), les blessures cardiaques sont considérées comme constamment fatales[25], cependant Galien rapporte un cas d'une blessure au sternum mal soignée avec infection osseuse : il pratique une résection de l'os pour vider le pus, le cœur est mis à nu, le péricarde est en partie nécrosé, et contre toute attente, le blessé guérit[28].
Au XIIIe siècle, contrairement à l'idée que les blessures pulmonaires sont incurables, Roland de Parme (fl. 1210-1250) affirme dans sa Cyrurgia avoir traité avec succès un blessé présentant une plaie intercostale donnant issue à un bout de poumon pris entre deux côtes, en élargissant la plaie pour libérer le poumon. Cette priorité a été contestée par Théodoric Borgognoni (1205-1298) pour qui cette opération était déjà pratiquée par son père Ugo de Lucca ou Hugo de Lucques[29],[30].
Dans sa propre Chirurgia, Théodoric distingue deux types de fractures de côtes selon la direction de l'angulation (vers l'intérieur ou vers l'extérieur). Celles qui se dirigent vers l'intérieur sont les plus dangereuses car susceptibles de blesser les poumons ou le diaphragme[30].
De l'Antiquité jusqu'au Moyen-âge, les principes de base sont la distinction entre plaie fraîche et plaie chronique purulente ; le nettoyage (eau, vinaigre, vin) des plaies, leur débridement, l'extraction des corps étrangers ; incision et drainage des collections purulentes ; bandages de lin et cataplasmes. Il y a des divergences d'écoles entre les plus grands chirurgiens sur le moment et le type d'intervention (tentative de ligature vasculaire ou cautérisation, suturer ou pas et quand, pansement sec ou humide etc.)[30],[31].
Pour les historiens classiques (courant XXe siècle), il y aurait des précurseurs ou progressistes, pour les historiens plus modernes (fin XXe siècle), les résultats concrets dépendaient plus du type et de la nature d'une blessure que des différences de traitement[29].
De la Renaissance au XIXe siècle

En 1514, Giovanni da Vigo (1450-1525) publie le premier traité de chirurgie abordant le problème des blessures par arme à feu, considérées alors comme « venimeuses » à cause de la poudre noire. Il propose de les cautériser par fer rouge ou huile bouillante de sureau[30],[24].
Ambroise Paré (1510-1590) reprend les travaux de Guy de Chauliac (1300-1368) et de da Vigo sur les plaies de poitrine. Dans le traité d'Ambroise Paré Des plaies en particulier, le chapitre 32 intitulé Des plaies du Thorax ou Poitrine commence ainsi[30] :
Des plaies du Thorax ou Poitrine, les unes sont faites par devant, les autres par derrière : d'aucunes pénètrent au dedans et profondément, les autres non : aussi d'aucunes sont avec lésion des parties contenues, comme médiastin, poumons, cœur, diaphragme, veine cave et grande artère ascendante, et quelquefois pénètrent de part en part tout au travers du corps, avec fracture d'os poussés au dedans, par l'entrée de la plaie, et à la sortie chassés au dehors : par quoi d'aucunes sont mortelles, les autres non. Les signes qu'elles pénètrent au dedans, sont connus, quand l'air sort de la plaie avec un sifflement[32].
En rejetant la cautérisation de ces plaies, Paré pose un problème débattu jusqu'au XIXe siècle, celui des plaies à laisser ouvertes ou à fermer, par rapport au risque d'hémorragie, de suffocation (« perte d'esprit vital ») ou d'infection (« fièvre hectique » par fistule pulmonaire à la peau). Il cherche à déterminer les conditions particulières (état évolutif du blessé) où une méthode vaut mieux que l'autre, plutôt que d'imposer une seule méthode intangible dans tous les cas. Il est aussi le premier à décrire la hernie diaphragmatique traumatique[30],[24].
À partir du XVIIe siècle, les chirurgiens sont plus nombreux à signaler l'excision de fragments pulmonaires extériorisés d'une plaie thoracique comme Fabricius Hildanus (1560-1634), Nicolaes Tulp (1593-1674) et Lorenz Heister (1683-1758). Ce dernier pose clairement la nécessité de garder étanche la cavité pleurale, un principe fondamental de chirurgie pulmonaire[30].
Au XVIIIe siècle, Gerard van Swieten (1700-1772) anticipe les concepts de drainage postural, de drainage par aspiration, d'injection de produits facilitant l'évacuation d'un hémothorax[30].
Durant les guerres napoléoniennes, les premières statistiques militaires apparaissent. La létalité des plaies thoraciques pénétrantes était de l'ordre de 80 à 90 %. Au cours du XIXe siècle, l'utilisation de drains en caoutchouc et de seringue aspirante à l'aiguille creuse constitue une amélioration très significative de la chirurgie thoracique. Lors de la guerre de Sécession (1861-1865) et de la guerre de 1870, la létalité est de l'ordre de 60 %[27].
À la fin du XIXe siècle, le développement de l'anesthésie et de l'asepsie, l'apparition de nouvelles techniques de thoracocentèse, de la décortication pleuropulmonaire , etc. engendrent de nouveaux progrès : jusqu'à 14 % de létalité chez les britanniques lors de la seconde guerre des Boers (1899-1902) mais près de 40 % lors de la première guerre balkanique (1912-1913). Ici la différence tient surtout aux services de santé et de transports militaires[27].
XXe siècle
Durant la première Guerre mondiale, les plaies thoraciques représentent 2 à 6 % de l'ensemble des blessures. Il s'agissait surtout d'éclats d'obus, de balles de shrapnel et de projectiles à haute vélocité. Il est probable que les traumatismes thoraciques les plus graves ne parvenaient pas aux hôpitaux de campagne où la mortalité globale des plaies thoraciques était de l'ordre de 10 à 20 %, d'abord par hémorragie et plus tardivement par infection[33]. Les attitudes thérapeutiques variaient selon les nationalités, les équipes et les années de guerre, mais par comparaisons d'expériences de nouvelles procédures standards apparaissent à la fin de la guerre : dont de meilleures thoracotomies rendant les organes thoraciques aussi accessibles que les organes abdominaux, notamment grâce aux travaux de Pierre Duval et d'Evarts Graham[24],[27].
Lors de la guerre d'Espagne, du côté républicain, l'importance de la transfusion sanguine en chirurgie de guerre est reconnue par Norman Bethune qui organise sa logistique (unité mobile de transfusion sanguine)[27].
Durant la seconde guerre mondiale, la mortalité globale des blessures thoraciques dans les armées américaines a été de l'ordre de 10 % (contre près de 24 % lors de la première guerre mondiale). Les progrès reposent entre autres sur de meilleures indications chirurgicales, les techniques anesthésiques, et l'apparition des antibiotiques[27]. Ceci a été obtenu par une concentration d'expériences et de moyens où la chirurgie thoracique militaire devient une spécialité à part entière lors de la campagne d'Afrique du Nord (premier centre de chirurgie thoracique près de Bizerte en juillet 1943)[34].
Dans ces circonstances, l'œdème aigu du poumon d'origine traumatique est décrit pour la première fois lors de la campagne d'Italie, plus tard renommé en syndrome de détresse respiratoire aigu[35]. En janvier 1944, lors de la bataille de Monte Cassino, le premier appareil d'oxygénothérapie à pression positive intermittente est utilisé comme moyen de traitement[34],[36].
Durant la guerre de Corée, la mortalité des blessés thoraciques chute à 5 % dans les troupes américaines, grâce à des évacuations plus rapides vers des hôpitaux de campagne spécialisés, où opèrent de jeunes chirurgiens nouvellement formés à la chirurgie thoracique et cardiovasculaire, représentés dans le film culte MASH[34].
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Liens externes
- Ressources relatives à la santé :
- Z. Chaari, M. Nasri, A. Ben Ayed, W. Abid, A. Hentati & I. Frikha. Traumatisme thoracique : facteurs de risque associés de morbi-mortalité ? Revue des Maladies Respiratoires Actualités 2022 ; 14 (1) : 230.
- Bernard Vermeulen & Philippe Konstantinidis. Le traumatisme thoracique a priori simple : de quoi faut-il se méfier ? Revue médicale suisse, 10 aout 2005.
Voir aussi
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