Une femme qui déteste son mari

Une femme qui déteste son mari
Auteur Delphine de Girardin
Genre Comédie
Nb. d'actes 1, 19 scènes
Version originale
Langue originale français
Lieu de parution originale Paris
Éditeur Plon
Date de parution 10 octobre 1856
Nombre de pages 36
Lieu de création en français Théâtre du Gymnase
Rôle principal Rose Chéri

Une femme qui déteste son mari est une comédie en un acte et en prose, écrite par Delphine de Girardin[1]. Elle est représentée pour la première fois à Paris, au théâtre du Gymnase, le 10 octobre 1856[1]. Cette pièce de théâtre est la dernière qu'écrira l'autrice, sa finalisation ainsi que sa publication sont posthumes[2]. L’œuvre, restée inachevée, a été retrouvée sous forme de manuscrit, puis confiée à Adolphe Dennery, qui en a modifié certains aspects afin de permettre sa représentation.

L'action se déroule à Rennes en 1794, pendant la Révolution française, dans le contexte de la Terreur. L'intrigue repose sur un jeu de dissimulation : Julie fait croire qu'elle rejette son mari, soupçonné d'être un ennemi politique, pour mieux le cacher et le protéger. Le dénouement intervient grâce à un retournement politique qui met fin au danger.

À sa création, la pièce rencontre un succès immédiat, particulièrement saluée pour son efficacité dramatique et émotionnelle, grâce à son mélange de comique et de pathétique. La performance des acteurs est aussi largement acclamée. Toutefois, la critique émet des réserves quant à la vraisemblance et à la construction de la pièce, parfois jugée trop simple ou incomplète, et pas assez réaliste. Si elle connaît un certain succès sur scène, elle ne s'impose pas durablement dans le répertoire.

Description

Genèse de l'oeuvre

Une femme qui déteste son mari de Delphine de Girardin est une oeuvre publiée à titre posthume en 1856. Restée inachevée par son autrice, elle a été retrouvée sous forme de manuscript dans ses papiers après sa mort en 1855[3]. Il s'agissait alors d'une esquisse, encore incomplète[4]. Afin de permettre sa représentation, le projet a été confié à Adolphe Dennery par Adolphe Lemoine-Montigny, directeur du théâtre du Gymnase[5]. Dennery a procédé à plusieurs modifications, nécessaires pour adapter le texte à la représentation sur scène[3]. Il est notamment présumé que le traitement du personnage de la petite fille, Jeanne, a été impacté : dans Le Figaro un journaliste indique[3]:

« La main d'une femme l'aurait [le rôle de Jeanne] touché avec plus de délicatesse et de vérité: il n'y a qu'un homme, et un homme du métier, qui a pu imaginer la serinette parisienne, l'enfant horriblement précoce, qui perd à dessein son bouquet et se donne une entorse, au dénoûment, comme la rusée pupille du docteur Bartholo. »

Ainsi, la pièce que le public a pu découvrir résulte à la fois du travail original de Delphine de Girardin et d'interventions ultérieures.

Inspiration

Pour le contexte, l'action se déroule à Rennes en 1794, Delphine de Girardin s'inspire directement du contexte historique et politique de la Révolution française, et plus précisément de la période de la Terreur[2]. Une des notions centrales de la Révolution est celle de la citoyenneté, ainsi que l'attitude qui lui est associée: le civisme[6]. Dans le contexte révolutionnaire, le civisme ne se limite pas au respect des lois, il implique un engagement profond pour la nation, allant parfois jusqu'à faire passer l'intérêt de la nation avant ses intérêts personnels[7]. Cette idée est poussée à l'extrême dans la pièce avec le personnage de Julie, qui prétend rejeter son mari et ses enfants au nom de son devoir de citoyenne[2].

La pièce s'inspire des conflits internes à la Révolution, en particulier l'opposition entre les Girondins et les Montagnards[8]. Les Girondins, républicains modérés, s'opposent aux Montagnards, plus radicaux, dont fait partie Maximilien Robespierre[9]. Dans la pièce, le mari de Julie, De Langeais, est soupçonné d'être un ennemi politique, « un émigré, un girondin, un ennemi de la patrie », ce qui le met en danger de mort[10]. La violence de la Terreur est également une source majeure d'inspiration. Pendant la Terreur, Rennes est un centre républicain marqué par les tensions politiques[11]. Les autorités répriment les réfractaires et les opposants au régime, la ville subit les contrecoups de la Chouannerie[12], avec des exécutions par guillotine et une forte présence de la Garde Nationale pour maintenir l'ordre[13]. Cette menace constante explique l'atmosphère de peur dans la pièce, les cachettes, les dénonciations et les perquisitions. Enfin, la pièce fait référence à la chute de Robespierre, guillotiné en juillet 1794[14]. Cet événement marque la fin de la Terreur et constitue le retournement politique qui va servir de dénouement à la pièce[15]. La chute du pouvoir révolutionnaire radical permet la libération des personnages, liant directement l'actualité politique à l'intrigue théâtrale[2].

De manière générale, la Révolution française constitue un thème littéraire majeur pour les auteurs du XIXe siècle, qui en sont les héritiers directs[16]. De Honoré de Balzac à Victor Hugo, le sujet se retrouve dans de nombreuses œuvres[17]. Il s'agit d'une histoire récente qui a façonné la France et qui occupe une place essentielle dans l'imaginaire des écrivains romantiques, pour qui la Révolution devient une source d'inspiration centrale[18].

Intrigue

La pièce comprend 1 acte et 19 scènes.

À Rennes, en 1794, Julie fait croire à tout le monde qu'elle a quitté son mari, De Langeais, à cause de ses opinions politiques. Pendant ce temps, elle affiche un engagement révolutionnaire irréprochable, allant jusqu'à entretenir une relation avec Rosette, un commissaire du gouvernement, pour éloigner tout soupçon. En réalité, Julie cache son mari dans sa propre maison, où il vit clandestinement depuis des mois. La situation devient de plus en plus précaire: les dénonciations se multiplient, le domestique Finot remarque des indices importants et Rosette annonce une perquisition. Pour garder les apparences et protéger son mari au mieux, Julie rédige un faux acte de divorce destiné à tromper Rosette, elle traite durement sa belle-mère, et va même jusqu'à renier ses enfants. Lors de la perquisition, le danger atteint son comble lorsque la cachette de De Langeais est découverte. Cependant, grâce à un concours de circonstances, il échappe temporairement aux recherches. Plus tard, leur jeune fille Jeanne débarque dans la maison et force sa mère à lui témoigner de l'attention en faisant semblant de se blesser, provoquant des retrouvailles émotionnelles. De Langeais n'y tenant plus, sort de sa cachette pour les rejoindre. Mais ils sont surpris et Julie est contrainte d'avouer la vérité. Alors que la situation semble perdue pour De Langeais, un retournement politique survient et met fin aux poursuites. Le mari est sauvé.

Thèmes

Julie: centralité féminine

Le personnage de Julie occupe une place centrale dans la pièce. Elle[19]:

« joue un rôle absolument dominant sous tous les aspects : constamment présente sur la scène, c’est elle qui dirige l’action et qui exerce un pouvoir déterminant sur tous les autres personnages. »

Concrètement, elle organise les situations, cache son mari, manipule les autres personnages et prend les décisions essentielles, déjouant les hommes au pouvoir[20]. Les autres figures, notamment son mari, dépendent largement d'elle. Cette disposition correspond à une caractéristique plus générale du théâtre de Delphine de Girardin, où « les personnages féminins sont les moteurs de l'action », ce centralisme féminin constituant « l'un des points de force et des éléments d'originalité » de son théâtre[21]. La pièce met en scène un type particulier de conflit. Il ne s'agit pas d'une opposition entre mari et femme, comme le laisse penser le titre et comme on peut le voir dans d'autres pièces de Delphine de Girardin, mais plutôt d'une opposition entre le couple et le monde extérieur[22]. L’œuvre met en avant la solidité du couple, plutôt que les disputes ou autres problèmes conjugaux, à contre-courant de la tendance qui s'affirme après 1848, et qui privilégie une représentation plus critique du mariage[23]. Elle se concentre sur leur amour et leur relation dans la difficulté, avec au premier plan Julie qui se voit obligée d'endosser la responsabilité de la survie du couple[19]. Cette attention particulière que l'autrice porte à l'intériorité des personnages et aux relations de couple témoigne d'un changement dans sa production dramaturgique tardive, présent dans d'autres pièces comme C'est la faute du mari ou Lady Tartuffe[24].

Julie s'inscrit dans un type féminin récurrent chez l'autrice, celui de « l'épouse », dont elle représente un exemple « pur »[25]. Elle incarne des valeurs attendues comme « la loyauté et la fidélité envers l'époux »[25]. Cependant, cette fidélité n'est pas passive : Julie organise, ment et prend tous les risques pour protéger son mari. Son rôle d'épouse devient particulièrement actif, ce qui introduit une forme d'inversion des rôles traditionnels dans le couple. La relation conjugale est déséquilibrée : Julie agit et décide, tandis que son mari subit et dépend d'elle. Malgré cette valorisation, le personnage de Julie présente des limites[19]. Certains critiques jugent qu'il « apparaît assez simpliste et trop schématique »[26]. En effet, les motivations de Julie restent les mêmes tout au long de la pièce, introduisant très peu de variations dans sa psychologie et limitant son développement[26]. Cette remarque peut s'expliquer en partie par le fait qu'il s'agit d'une comédie d'intrigue. Les comédies d'intrigues, fondées sur une succession d'incidents, de rebondissements et de ruses, privilégient l'action, ce qui peut amener à sacrifier le développement psychologique des personnages[27].

Dérision du civisme révolutionnaire

Cette pièce propose une dérision du civisme révolutionnaire mise en évidence grâce au comique. Sans tomber dans la satire, la pièce tourne en ridicule les excès de la société révolutionnaire et en offre une critique indirecte. L'un des éléments les plus évidents est l'abus des termes « citoyen » et « citoyenne ». À noter que l'utilisation du terme « citoyen » correspond à une réalité historique[28]. En effet, sous la Révolution, on abolit les « Monsieur » et « Madame », tous les titres honorifiques disparaissent et chacun s'adresse à l'autre comme un égal[28]. Ce type de référence, fréquent dans les comédies historiques, permet de renvoyer à une époque précise, tout en donnant une « saveur d'époque » à la pièce. Dans Une femme qui déteste son mari, l'utilisation de cette appellation permet donc à la fois de situer clairement le contexte et de participer au comique. Finot, à la fois naïf et inquiétant, justifie avec enthousiasme des comportements extrêmes, en érigeant le civisme comme principe responsable. Dans sa tirade pour expliquer à la petite Jeanne pourquoi sa mère ne l'aime plus[29] :

« "–C'est son civisme, que j'ai répondu. –Son civisme, qu'est-ce que c'est que ça? qu'elle a fait. – C'est le contraire de la nature, quoi! " Et là-dessus, je lui ai dit des choses plus à la portée de son âge : on aimait niaisement ses parents pour obéir à la nature, on les sacrifie par amour pour la chose publique, comme le citoyen Brutus !...Il fait mourir ses deux fils sur la place du marché... civisme ! Un autre, encore plus Brutus que celui-là, poignarde son père devant la statue d'un pompier... civisme ! Bref, on immole tout à la patrie, même la nature, toujours par civisme... La nation a remplacé la nature. »

La pièce met ainsi en évidence une opposition fondamentale entre la nature et le devoir civique. Le civisme révolutionnaire apparait comme contraire aux sentiments naturels, notamment à l'amour familial. Julie en est l'exemple central : elle prétend renier son mari et ses enfants pour se conformer aux exigences politiques. À travers l'humour et l'exagération, la pièce critique une société où les valeurs sont inversées. Aimer sa famille devient suspect, tandis que dénoncer est valorisé. Le genre de la comédie permet à l'autrice d'échapper à la censure et de dénoncer les dérives du civisme, tout en évitant un discours frontalement politique[30].

Dramaturgie

La pièce respecte en grande partie la règle des trois unités du théâtre classique. L'unité de lieu est stricte, puisque toute l'action se déroule dans un seul espace, « un salon chez Julie »[31]. Pour l'unité d'action, la pièce est centrée sur un seul enjeu, celui de sauver De Langeais. L'unité de temps est également respectée, l'intrigue se déroulant sur une seule journée. La pièce propose une construction dramatique simple et efficace. Pour ce qui est de la vraisemblance, elle est globalement respectée, bien que parfois mise à l'épreuve par certaines situations invraisemblables, notamment les scènes avec la petite fille, jugée trop intelligente pour son âge[32]. La bienséance est également respectée malgré le contexte sanglant, avec des scènes de violence qui restent hors scène. L'intrigue s'organise autour de plusieurs fils narratifs hiérarchisés. Le fil principal est celui de la dissimulation et protection de De Langeais par son épouse, qui structure toute la tension dramatique. À cela s'ajoute un premier fil secondaire, la relation entre Julie et Rosette. Un second fil concerne la relation entre Julie et ses enfants. Enfin, un troisième fil repose sur le personnage de Finot, ses soupçons, son enquête et finalement son soutient. Tous ces fils convergent vers un même point : la présence de De Langeais dans la maison, et tendent soit à préserver ce secret, soit à le mettre en danger.

La pièce relève de la comédie historique, inspiré du drame historique. Sylvain Ledda, enseignant et écrivain, explique que « la comédie historique attire les dramaturges, parce qu’elle apparaît comme un bon moyen de parler autrement de l’Histoire et d’instiller un discours polémique »[33]. Toutefois, elle dépasse ce cadre par un mélange des genres, des tons et des registres, caractéristique de l'esthétique romantique, telle que formulée par Victor Hugo dans sa préface de Cromwell[34]. En effet, elle combine le registre comique, notamment à travers le personnage de Finot et les situations absurdes, avec un registre pathétique, lié à la souffrance de Julie et à la séparation familiale. Le pathétique joue un rôle essentiel, puisqu'il vise à la fois à exprimer la douleur et à susciter la compassion du spectateur[35]. Le goût du pathétique se développe dès le XVIIe siècle, mais il s'intensifie fortement au XVIIIe siècle[36], on parle d'une véritable « lacrymomanie »[36] dans la production dramatique. Comme le souligne la critique de l'époque, « il n'est pas plus grand succès que le "succès de larmes"»[36] : émouvoir devient un critère essentiel, et le pathétique s'impose comme une exigence pour les spectateurs[36]. Dans Une femme qui déteste son mari, cette intensité émotionnelle est particulièrement visible dans les répliques de Julie: « ces émotions si violentes me brisent »[37] ou encore « quelle épreuve!...Je n’ai plus de force, je suis brisée »[38]. La scène des retrouvailles avec Jeanne constitue un sommet pathétique, lorsque De Langeais s'écrie: « Cette petite voix…ah !...ma fille !...Je n’y tiens plus !...Cela m’est égal, je serais guillotiné, mais je l’embrasserai !...elle est trop gentille !... »[39]. La pièce se caractérise donc par un mélange constant de registres. L'aspect dramatique de la pièce est présent à travers la menace de mort, la séparation familiale et l'oppression politique, qui suscitent pitié et crainte. Le comique se manifeste sous différentes formes : comique de caractère avec Finot, comique de situation avec le mari caché dans l'armoire et comique de geste avec les déplacements et cachettes. Ce mélange produit une tension, où le rire coexiste avec l'angoisse. Le dénouement illustre bien ce mélange : après un danger extrême, la situation se résout brusquement grâce à un événement historique extérieur[15]. Les critiques de l'époque sont d'ailleurs nombreuses à relever cette tension en utilisant des expressions comme « très touchant, très terrible »[40], « surprenant et cruel chef-d’œuvre »[41], et le plus explicite « un drame et non une comédie »[4].

Comique et inversion

Le titre lui-même est évidement ironique: Julie ne déteste pas son mari, elle l'aime au contraire profondément et met tout en œuvre pour le sauver. Comme le remarque la plupart des critiques, ici Albert Monnier dans le Journal amusant, « Une Femme qui déteste son mari, vous devinez qu’en style d’affiche cela veut dire une femme qui ne le déteste pas »[5], ou E. D. De Biéville dans Le Siècle[32] :

« Quand l’affiche vous annonce une pièce intitulée : l’Homme qui bat sa femme, soyez sûrs qu’il s’agit d’une femme qui bat son mari ; la Femme qui trompe son mari, lisez : la femme qui est fidèle à son mari ; la Femme qui déteste son mari, lisez : la femme qui adore son mari. »

Le journaliste continue en expliquant pourquoi ces titres inversés fonctionnent : l'usage de l'antiphrase rend le titre plus vif et original qu'une formulation directe et permet, en outre, de susciter un effet de surprise chez les spectateurs qui sont ravis de pouvoir démontrer leur perspicacité[32]. Cette antiphrase initiale annonce tout le fonctionnement de la pièce, fondé sur le mensonge nécessaire[2]. Le vocabulaire participe aussi à ce « comique d'inversion ». Les personnages appellent constamment Julie « citoyenne », mettant en avant son engagement révolutionnaire, alors que le spectateur sait pertinemment que ce terme est en contradiction avec ses véritables actions. La scène du divorce illustre particulièrement ce jeu d'opposition[2]. Pour éviter les soupçons, Julie promet d'épouser Rosette et prépare un acte de divorce avec l'aide de son propre mari[42]. Cette situation paradoxale mêle ironie et tendresse. Comme le souligne Théophile Gautier, cette scène est faite de « caresses » et de déclarations d'amour, malgré le sujet sérieux du divorce[2]. Plus largement, la pièce renverse un schéma traditionnel : ce n'est plus l'amant qui est caché dans l'armoire, mais le mari. De Langeais le souligne avec humour, « C'est drôle, l'amant dans la chambre et le mari caché dans l'armoire... C'est nouveau »[43]. En effet, ce type de comique de situation est bien connu, en particulier dans les vaudevilles, où l'amant y est un archétype classique, fréquemment caché dans un placard pour échapper au mari. Le renversement de ce modèle est déjà exploité, par exemple dans Hernani de Victor Hugo, où dès le premier acte, le roi d'Espagne se cache dans une armoire. Le rire du public est suscité par l'inversion de ce schéma familier et par l'absurdité de la situation.

Création et réception

Personnages

  • De Langeais
  • Rosette
  • Finot
  • Un commissaire
  • Un serrurier
  • Julie
  • Jeanne
  • Madame de Langeais Mère
  • Hilarine
  • Deux parents
  • Deux gendarmes

Distribution

  • M. Berton : De Langeais
  • M. Dupuis : Rosette
  • M. Lesueur : Finot
  • M. Tony Blondel : Un commissaire
  • M. Numa Fils : Un serrurier
  • Rose Chéri : Julie
  • La petite Clara : Jeanne
  • Mme Mélanie : Madame de Langeais mère
  • Mme Laurent : Hilarine
  • ---- : Deux parents
  • ---- : Deux gendarmes

Réception

La réception d'Une femme qui déteste son mari se caractérise par un accueil globalement favorable, bien que traversé par des réserves critiques récurrentes. Les journaux contemporains soulignent une tension entre le succès immédiat de la pièce sur scène[41] et certaines limites perçues, notamment dans sa construction dramatique[3] et sa vraisemblance[44]. Un élément important de contexte est que de nombreux articles mêlent la critique de la pièce à un hommage plus générale à son autrice, décédée en 1855[45]. Par exemple ici dans La Presse[41] :

« Nous pensions à cette idéale image de celle qui n'est plus, en écoutant hier au Gymnase la merveilleuse petite comédie posthume que l'admiration de tous à proclamée dès le premier soir le pendant de la Joie fait peur. Elle aussi ne vit que des plus délicates sensations du cœur. Elle a le charme mélancolique d'un dernier sourire, elle se joue comme une jeune Ombre parmi les simulacres et les pensées de la mort. Comment toucher sans la flétrir, cette sensitive sortie d'un tombeau ? »

La réception est donc marquée par un ton élogieux qui dépasse parfois l'analyse stricte de l’œuvre.

Dans un premier temps, la pièce connait un succès immédiat. La presse évoque un « véritable événement, où l'on rit, où l'on pleure »[40], un « succès immense »[41] ou encore un « brillant succès »[46]. Cette réception met en avant l'efficacité émotionnelle de l’œuvre, fondée sur un mélange de comique et de pathétique. Cependant, cette reconnaissance s'accompagne d'une forme de minoration. Les journalistes parlent souvent de « merveilleuse petite comédie »[41], de « petit chef-d’œuvre »[47] ou de « petit drame »[48]. L'usage fréquent du diminutif traduit à la fois une admiration réelle et une tendance à considérer l’œuvre comme légère, brève ou de portée limitée. Le succès repose également sur la qualité de la représentation. Le jeu des acteurs est largement salué, principalement celui de Rose Chéri dans le rôle de Julie[40], mais aussi celui d'autres comédiens comme Lesueur[3]. Leur talent et leur rôle décisif dans la réussite de la pièce sont particulièrement mis en avant[5]. Les critiques replacent aussi la pièce dans l'ensemble de l’œuvre de l'autrice. Elle est souvent rapprochée de La joie fait peur et de Le chapeau d'un horloger[32]. Dans ce cadre, certains reconnaissent le même système d'un « péril conjuré sans cesse, grâce à une foule de petits moyens ingénieux et de jeux de scènes pittoresques », soulignant l'efficacité et l'ingéniosité scénique[32].

Parmi les principales réserves figures la question de la vraisemblance, le personnage de la petite fille est particulièrement critiqué, jugée « inimaginable » et « trop précoce », elle apparait comme peu crédible[32]. Elle représente ainsi une critique plus large : si l'on reconnaît à l'autrice finesse, esprit et imagination, ces qualités semblent parfois éloigner l’œuvre du réalisme[32]. De manière générale, l'idée qu'une mère puisse rejeter ses enfants est jugée excessive, voire inacceptable, comme le résume une formule critique : « jamais le civisme n'a exigé qu'une mère chassât de chez elle ses petits enfants »[32]. D'autres critiques portent sur la simplicité de la pièce. On la jugent « trop simple », « vide », on parle « d'ébauche »[4], regrettant une situation unique qui en deviendrait lassante et limitante[47]. Le Journal des débats politiques et littéraires précise : « ces plaisanteries de la conversation intime, si amusantes qu'elles soient, ne suffisent pas toujours aux besoins de la comédie »[49]. Enfin, la pièce comporte une dimension politique qui suscite un certain malaise[44]. Les allusions à la Révolution française renvoient à un souvenir sensible que certains préféreraient laisser dans le passé[32].

À court terme, la pièce connaît un succès relativement durable, avec plusieurs représentations[49]. Toutefois, à plus long terme, la réception évolue vers des jugements plus réservés, Alphonse Daudet allant même jusqu'à la qualifier « d'insignifiante »[50]. Ce développement témoigne d'une évolution défavorable: œuvre très efficace sur scène, Une femme qui déteste son mari ne parvient pas à s'imposer durablement comme un classique du répertoire.

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages

  • Michel Biard, Philippe Bourdin et Silvia Marzagalli, 1789-1815. Révolution, Consulat, Empire, Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire de France », , 960 p. (ISBN 9782072799334). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Articles de presse

Article académique

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Références

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Voir aussi

Liens externes

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