Ve congrès du Front national

Ve congrès du Front national
Image illustrative de l’article Ve congrès du Front national

Type Congrès
Édition 5e
Localisation Rueil-Malmaison
Organisateur Front national
Date 11 et 12 novembre 1978
Résultat Réélection de Jean-Marie Le Pen.

Le Ve congrès du Front national se tient à Rueil-Malmaison les et . Il intervient dans un contexte interne compliqué suite à l’échec des dernières élections législatives. Le parti souhaite par ce congrès réaffirmer sa doctrine économique en vue de la préparation de la prochaine élection européenne. Il est marqué par la reconduction de Jean-Marie Le Pen à la tête du mouvement et la restructuration des cadres suite à la mort de François Duprat.

Contexte

En le FN mène la campagne des législatives autour d'un slogan d'une rare violence xénophobe  : « 1 million de chômeurs c’est 1 million d’immigrés de trop ! La France et les Français d’abord ! ». Les élections sont décevantes pour le parti qui ne récolte que 0,3% des voix. Quelques jours plus tard, le , entre les deux tours des élections législatives, François Duprat meurt dans l’explosion de sa voiture piégée, près de son domicile en Normandie[1].

Cette disparition précipite l’évolution du Front national qui, pour sortir du ghetto politique, prononce dès l’été 1978 plusieurs exclusions de proches de Duprat issus de la mouvance nationaliste-révolutionnaire[2].

Lors du IVe congrès, réuni en 1976 à Bagnolet, Jean-Marie Le Pen avait souhaité « abattre le mur qui sépare le Front national de l'opinion publique », objectif toujours à l'ordre du jour à l'approche de ce congrès, pour lequel le président du parti estime qu'il est plus que jamais privé d'un accès normal à la radio et à la télévision, malgré les assurances qui lui avaient été données[3].

Election et renouvellement du bureau politique

Jean-Marie Le Pen est réélu président avec 89 % des voix par les 350 congressistes présents le [4].

Un nouveau bureau politique est composé, avec un certain rajeunissement des cadres du parti marquant une volonté de réorganisation destinée à restaurer la crédibilité du mouvement vis-à-vis des différentes oppositions à l'extrême droite. Le bureau politique comprend Jean-Marie Le Pen comme président ; Jean-François Chiappe, Henri David et Dominique Chaboche comme vice-présidents ; Alain Renault comme secrétaire général, ainsi que d'autres membres comme Pierre Durand, Pierre Bousquet, Jean-Pierre Stirbois, Jean-Claude Nourry (en charge du FNJ), Frank Timmermans, Alain Jamet et Michel Bayvet[5].

Déroulement du congrès

Tribune du Ve congrès du Front national (Jean-Marie Le Pen au centre avec Alain Renault à sa droite.)

Le cinquième congrès est l’occasion de la publication de ce qui doit être considéré comme le véritable programme économique du parti. Il vient prolonger la partie rédigée par Gérard Longuet dans le premier programme du FN, Défendre les Français de 1973. Sorte de manifeste « libéral-national », le livret de 49 pages reprend les thèses poujadistes et fait l’apologie des libertés économiques[1].

Les cadres du parti manifestent lors du congrès l'hostilité du Front national à l'égard du président de la République, coupable à leurs yeux de s'inspirer d'une philosophie de gauche. Ils critiquent alors l'échec de la politique économique et sociale du gouvernement et réaffirment les points centraux du programme : lutte contre l'immigration, combat contre le communisme et « la marxisation du pays »[5].

Les principaux débats du congrès concernent l'Europe, la politique économique et sociale et la jeunesse. Le Front national se prononce alors pour une « Confédération de l'Europe libre qui s'appuie sur les patriotismes nationaux [...] afin d'assurer la défense de l'Occident ». La motion votée à ce sujet indique que l'Europe doit lutter contre le chômage en « mettant fin à la main-d'œuvre extra-européenne ». La résolution relative à la politique économique et sociale du gouvernement précise sur ce point : « La présence massive de travailleurs étrangers sur notre sol est la cause première du chômage, elle coûte 100 milliards chaque année à notre pays, elle représente un danger pour la sécurité et la santé de nos compatriotes, et risque à moyen terme de mettre en cause, la dénatalité aidant, l'existence même de notre peuple. » Enfin la motion relative à la jeunesse s'oppose à la fois la loi Veil dépénalisant l'avortement, ainsi qu'à l' « inspiration freudo-marxiste » de l'Université, et promeut la mise en place d'une politique familiale[5].

Analyses

C’est la préparation des européennes de 1979 qui occupe la majeure partie des esprits lors de ce congrès. En effet le mode de scrutin devient favorable au parti car il n’y a plus, comme aux élections passées, de scrutin uninominal à deux tours mais plutôt une représentation proportionnelle intégrale. Cependant le FN est concurrencé par le PFN qui lance, du 19 au , le congrès fondateur de « l’eurodroite » avec ses alliés italiens du MSI avec pour tête de liste en France Jean-Louis Tixier-Vignacourt[6].

Pour l'historienne Valérie Igounet, des critiques se font entendre lors de ce congrès. Elles se concentrent sur la décision prise par Jean-Marie Le Pen pour le second tour des législatives de désister des candidats FN en faveur de ceux de la majorité et la mauvaise préparation des élections. La crise interne, consécutive à la mort de François Duprat, est encore vive, d'autant que les solidaristes prennent de l'importance au sein du mouvement, notamment avec l'entrée de Jean-Pierre Sitrbois au sein du bureau politique. Selon les GNR, la direction du parti s’efforce de les exclure mais Alain Renault assure qu’ « aucune épuration n’est dirigée contre les véritables nationalistes révolutionnaires [qui] continuent d’avoir toutes leur place au sein du Front à l’unique condition qu’ils admettent la présence d’autres composantes. »[7]

Pour l'historien Nicolas Lebourg, Jean-Marie Le Pen fait monter Jean-Pierre Stirbois au bureau politique lors de ce congrès pour contrer Alain Renault, devenu secrétaire général de facto après le départ de Victor Barthélémy et nommé officiellement au poste après l'assassinat de Duprat[8].

Références

  1. Valérie Igounet, « L'auteur de la première doctrine économique et sociale du FN est... », France Info,‎ (lire en ligne)
  2. ↑ Jean-Yves Camus, Le Front national, Olivier Laurens, , 279 p. (ISBN 2-911838-01-7), p. 37-38
  3. ↑ Jean-Marie Colombani, « Le Front national se prononce pour une Confédération européenne " fondée sur les patriotismes nationaux " », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  4. ↑ Valérie Igounet, Le Front national de 1972 à nous jours, Seuil, , 495 p. (ISBN 978-2-02-107826-8), p. 106
  5. Jean-Marie Colombani, « Le Front national se prononce pour une Confédération européenne " fondée sur les patriotismes nationaux " », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  6. ↑ Géraud Durand, Enquête au cœur du Front national, Jacques Grancher, , 249 p. (ISBN 2-7339-0514-7), p. 38
  7. ↑ Valérie Igounet, Le Front national de 1972 à nous jours, Seuil, , 495 p. (ISBN 978-2-02-107826-8), p. 107
  8. ↑ Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, Dans l'ombre des Le Pen, Nouveau Monde, , 390 p. (ISBN 978-2-36583-327-1), p. 119
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