Vito Panunzio

Vito Panunzio
Vito Panunzio en août 1936.
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Père
Mère
Anna Spadavecchia
Fratrie
Silvano Panunzio
Autres informations
Organisation
Parti politique

Vito Panunzio, né le à Casale Monferrato, est un journaliste, écrivain, syndicaliste et homme politique italien.

Biographie

Jeunesse et formation

Fils de Anna Spadavecchia et de Sergio Panunzio, intellectuel syndicaliste révolutionnaire devenu théoricien du corporatisme fasciste, Vito Panunzio naît en 1913 dans la commune de Casale Monferrato mais grandi à Rome où la famille s'était installé dans les années 1920[1]. Suivant les traces de son père, il obtient une licence en droit puis un diplôme.

Devenu fonctionnaire au sein de l'Union des travailleurs industriels de Trieste, ville où il s'est installé avec son frère Silvano, il est transféré à Rome au Bureau économique corporatif puis à l'Union des syndicats[1]. Dans les années 1930, il s'engage dans l'armée royale et participe comme sous-lieutenant d'infanterie à la campagne de Grèce. De retour en Italie en 1942, il est transféré dans une caserne située à Rome[1].

Corporatisme et polémique syndicale

Revenu à la vie civile, il se met à écrire dans plusieurs journaux et publie le livre Fedeltà al sindacato e alla corporazione (1942)[1].

Dans cette courte période séparant l'année de son retour et la fin du régime, il débattu longuement avec des syndicalistes et journalistes en raison de son approche non-conformiste du corporatisme. Il soutint en effet son ami Vincenzo Mazzei lors d'une polémique avec Ugo Indrio, directeur de Roma Fascista[2]. Ce dernier soutenait la proposition d'adopter également en Italie le système allemand du syndicat unitaire mixte lié au parti, qui abolissait la distinction entre employeurs et travailleurs. Panunzio rejeta cette hypothèse et proposa un dégraissage bureaucratique du syndicat au nom de la « démocratie syndicale » d'inspiration corridonienne[2]. Dans son livre mémoire publié en 1988, il écrira que ce fut à cette époque qu'il commença à entreprendre des recherches sur Filippo Corridoni, dont il situait la genèse de la pensée dans le Risorgimento de Mazzini et de Pisacane[3].

Panunzio fit en effet partie de cette jeune génération de « fascistes de gauche » préoccupés par les thèmes sociaux, les origines soréliennes du syndicalisme fasciste et le renouvellement d'un système qu'il jugeait vieillissant et inefficace. Dans un long article, Panunzio écrivit à ce propos :

« Notre système syndical est en crise […]. La crise réside-t-elle dans les idées et les institutions en tant que telles, c'est-à-dire dans l'incarnation même de ces idées, ou bien dans la fonctionnalité de ces institutions ? Je penche résolument pour la seconde hypothèse […]. Le syndicat n'a pas encore trouvé sa voie. [Il] n'existe qu'en tant qu'entité juridique pure ; en fait, en tant qu'association professionnelle, c'est-à-dire concrètement en tant que collectivité d'hommes, il n'a, dans la plupart des cas, que bien peu de consistance : il possède donc encore moins en lui-même les prémisses pour être, comme il le devrait, une cellule vivante, laborieuse et vivifiante du corps social. La vie associative y fait presque totalement défaut [...].

Pourquoi tout cela ? Parce qu'au syndicat, dès le début — je veux dire dès la loi du 3 avril 1926 — il a manqué en fait sa première raison d'être et sa fonction fondamentale, typique et essentielle : la représentation. [...]

Pourtant, la plupart des écrits et des polémiques qui se multiplient chaque jour davantage s'en prennent précisément aux idées et aux institutions qui les réalisent historiquement ; dès lors, le discours, se déplaçant sur le plan des idées, acquiert nécessairement une valeur politique marquée [...]. Ces tendances voudraient aboutir à une transformation totale de notre système institutionnel car, d'une part, elles jugent dépassée [...] la tâche du syndicat et donc le moment purement syndical, et d'autre part, elles voient dans notre corporatisme — en s'en scandalisant grandement — la survie du dualisme de classe de mémoire marxiste, voire la "codification", par l'œuvre du corporatisme, de ce même dualisme. On s'étonne ainsi de voir comment notre système, qui voulait dépasser les anciens modèles, puisse encore partir du présupposé qu'entre employeurs et travailleurs il existe un conflit d'intérêts.

Ainsi, on s'émerveille du fait qu'il existe un dualisme de classe, qu'il existe un conflit d'intérêts entre entrepreneurs et travailleurs. On dirait presque que le conflit d'intérêts et la lutte sociale qui en découle sont une invention de Karl Marx et du marxisme ; alors qu'en réalité, ils les ont trouvés et constatés dans l'histoire comme faits, tout comme tant d'autres avant et après nous […] les trouveront dans des termes plus ou moins inchangés. Le marxisme […] a eu le tort de bâtir un système économico-social compliqué et métaphysique qui prétendait s'ériger en formule résolutoire de la lutte en exaspérant la lutte elle-même et en élevant un fait au rang d'idée. Et il s'est trompé. Rien d'autre.

Mais ce n'est pas pour autant qu'une fois que le fascisme a déclaré […] vouloir s'opposer au marxisme et vouloir le dépasser, la lutte entre les classes est ipso facto éliminée, qu'elle n'existe plus et qu'elle n'est plus enregistrable dans la société et dans l'histoire. Il est malheureusement vrai, au contraire, qu'elle est contemporaine de l'homme, qu'elle est aux racines de la vie humaine […] et qu'elle est un fait extérieur et incompressible, l'une des sources pérennes — peut-être la plus grande et la plus riche — dans laquelle l'histoire puise la matière de son déploiement dynamique et de son devenir […]

Un syndicat qui regrouperait, sous l'angle de la dimension de l'entreprise, les entrepreneurs et les travailleurs, où, compte tenu du lien hiérarchique nécessaire et inévitable, les premiers en viendraient fatalement à avoir sur les seconds une nette prévalence, y compris politique [...]

En cela, on ignore le fait que notre syndicalisme n'est rien d'autre que la résultante de tout un vaste et long processus historique qui embrasse successivement la crise du socialisme, le syndicalisme révolutionnaire sorelien et national, la guerre, l'après-guerre et enfin le fascisme ; résultante non pas statique, mais dynamique, car elle est elle-même un processus historique en cours qui se déroule aujourd'hui et qui devra s'accomplir demain. Notre syndicalisme n'est donc pas une abstraction, modifiable et remplaçable par une autre abstraction au gré des envies comme dans un jeu de construction pour enfants, mais il est né de l'histoire et il est lui-même l'histoire »[4].

Après la guerre : la revue Pagine libere

Dans l'immédiate après-guerre, en 1946, il relance, avec l'aide de son frère Silvano, la revue Pagine libere, revue historique du syndicalisme révolutionnaire fondée en 1907 par Angelo Oliviero Olivetti (sa fille Livia Olivetti sera secrétaire de rédaction à partir de 1946). En plus de collaborations venues du monde universitaire et intellectuel comme Nino Tripodi, Alberto Asquini, Gioacchino Volpe et Eugenio Zolli, la revue devient un important lieu de débats sur les questions liées au corporatisme. Dans un article intitulé « Quattro anni di lotta » la revue écrivait :

« La formule corporative est la seule formule vraiment organique qui, loin de nier le socialisme, le résout dans un nouveau droit et dans un nouveau État : l'État précisément corporatif, qui est le chef-d'œuvre de plus d'un demi-siècle de ce travail laborieux qui, du syndicalisme anarchiste, a finalement conduit au syndicalisme national »[5].

En 1947, Panunzio rejoint le Movimento sindacalista (Mo.Si.), groupe autonome fondé par Giuseppe Landi et les rescapés du syndicalisme fasciste comme Luigi Fontanelli et Ugo Clavenzani[3]. De 1961 à 1968, il édite à Rome le mensuel Pagine libere di Azione Sindacale[6].

Il publie ses mémoires Il “secondo fascismo” 1936-1943 en 1988 avant de mourir en 1994 à l'âge de 81 ans.

Publications

  • Fedeltà al sindacato e alla corporazione, Roma, L’Economia italiana, 1942.
  • Il “secondo fascismo” 1936-1943. La reazione della nuova generazione alla crisi del movimento e del regime, Milano, Mursia, 1988.

Notes et références

  1. Aldo La Fata, Silvano Panunzio pour tous. Sa vie et sa pensée, L'Harmattan,
  2. Paolo Palma, « Alla ricerca del socialismo possibile. Vincenzo Mazzei, dalla sinistra sindacale fascista alla sinistra democratica », Rivista calabrese di Storia del ’900,‎ (lire en ligne)
  3. Paolo Buchignani, Ribelli d’Italia. Il sogno della rivoluzione da Mazzini alle Brigate rosse, Marsilio, (lire en ligne)
  4. Alberto De Bernardi, Operai e nazione. Sindacati, operai e Stato nell'Italia fascista, FrancoAngeli,
  5. Il movimento sindacale in Italia. Rassegna di studi (1945-1969), Torino, Fondazione Luigi Einaudi, (lire en ligne), « Sindacalismo fascista e corporativismo »
  6. Cinquant'anni di stampa e propaganda della destra italiana (1945-1995), Senato della Repubblica, (lire en ligne)

Bibliographie

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