Walter Ohmsen

| Naissance | |
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| Décès |
(à 76 ans) Kiel |
| Nationalité | |
| Activités |
Homme politique, militaire, officier de marine, Marineoffizier, marin |
| Parti politique | |
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| Grade militaire | |
| Conflit | |
| Distinctions |
Walter Ohmsen ( – ) est un officier de marine de la Kriegsmarine du Troisième Reich ayant servi durant la Seconde Guerre mondiale. Il atteint le grade d’Oberleutnant zur See et reçoit plusieurs distinctions militaires. Le , lors du débarquement allié en Normandie dans le cadre de l’opération Overlord, Ohmsen est considéré comme l’un des premiers défenseurs allemands du mur de l’Atlantique à repérer la flotte d’invasion. La batterie côtière placée sous son commandement, située à Crisbecq dans la Manche, participe à de violents combats contre les forces américaines de la 4e division d'infanterie débarquées sur Utah Beach. À la suite de ces affrontements, Walter Ohmsen reçoit la Croix de chevalier de la croix de fer, une décoration attribuée pour faits de guerre par l’Allemagne nazie. Cette distinction et ses différentes variantes constituaient les plus hautes récompenses militaires et paramilitaires du Troisième Reich pendant la Seconde Guerre mondiale.
Carrière
Walter Ohmsen naît le à Elmshorn. Il entre au service de la Reichsmarine, la marine de la république de Weimar, le à Stralsund[Note 1]. Il est promu Matrosengefreiter (matelot de première classe) le , puis Bootsmannmaat (second maître timonier) le . À partir du et jusqu’au , il occupe plusieurs fonctions à l’école d’artillerie navale de Sassnitz, notamment comme chef de section, commandant de compagnie puis responsable de la formation en télémétrie. Il est promu Oberbootsmannsmaat (maître timonier de deuxième classe) le , puis Bootsmann (maître timonier de première classe) le . Au cours de sa carrière, il sert à bord de plusieurs navires de la marine allemande, notamment le cuirassé Schleswig-Holstein, le navire-école Gorch Fock, le bâtiment d’instruction Carl-Zeiss, le torpilleur T-153 ainsi que le croiseur Königsberg. Le , il atteint le grade de Stabsoberbootsmann (maître principal), puis reçoit la Croix du Mérite de guerre de deuxième classe avec glaives le . Durant son affectation à l’école d’artillerie côtière, il est admis comme Kriegsoffiziersanwärter (aspirant officier) avant d’être promu Leutnant der Marineartillerie (lieutenant de l’artillerie côtière) le , puis Oberleutnant (M.A.), correspondant au grade de lieutenant de vaisseau adjoint[1].
Débarquement de Normandie
Walter Ohmsen prend le commandement de la batterie de Crisbecq, située près de Saint-Marcouf à la position 49°28.8′N 01°17.8′W / 49.4800°N 1.2967°W, le [2]. Cette position fortifiée est également connue sous les noms de Marine Küsten Batterie « Marcouf » (« batterie côtière navale Marcouf ») ou Seeziel Batterie « Marcouf » (« batterie navale de tir sur objectifs maritimes »). Au moment de sa prise de commandement, la garnison placée sous ses ordres comprend trois officiers, vingt-quatre sous-officiers et 287 marins de la Kriegsmarine. L’unité dépend du Marine-Artillerie-Abteilung 260 (260e bataillon d’artillerie côtière navale). Les effectifs de la batterie sont renforcés pour la défense terrestre par des soldats de la 6e compagnie du 919e régiment de grenadiers de la 709e division d’infanterie, commandés par le Leutnant Geissler. Grâce à ces renforts, la garnison atteint un effectif total d’environ 400 hommes[3].
Le , à 5 heures du matin, Walter Ohmsen repère la flotte d’invasion alliée grâce au télémètre de la batterie de Crisbecq[2]. Il transmet immédiatement l’information au quartier général de la Kriegsmarine à Cherbourg-Octeville, ce qui contribue au déclenchement de l’alerte allemande sur l’ensemble du littoral atlantique. L’annonce de l’attribution de sa Croix de chevalier de la croix de fer, publiée dans la presse allemande le , le présente également comme le premier officier allemand ayant signalé la flotte alliée au large de la Normandie[5]. À 05 h 52, Ohmsen reçoit l’ordre d’ouvrir le feu sur les navires alliés situés à environ 17 kilomètres des côtes. Quelques minutes plus tard, à 05 h 55, la batterie engage un duel d’artillerie avec les croiseurs américains USS Tuscaloosa et USS Quincy, ainsi qu’avec le cuirassé USS Nevada. Vers 06 h 30, les canons de la batterie prennent pour cible le destroyer américain USS Corry, qui est finalement coulé au cours des combats[6].

À 8 heures du matin, le cuirassé américain USS Nevada atteint la casemate abritant le canon le plus avancé de la batterie de Crisbecq. Peu après, les cuirassés USS Texas et USS Arkansas, initialement chargés de soutenir le débarquement sur Omaha Beach, interviennent également afin de réduire au silence la position allemande. Vers 9 heures, les tirs combinés des trois cuirassés mettent hors de combat une seconde casemate lorsque l’un des obus du Nevada traverse l’embrasure du bunker et tue l’ensemble des servants du canon. Le dernier canon encore opérationnel, installé derrière la casemate n° 24, résiste au bombardement naval. Toutefois, il ne peut plus atteindre les navires alliés au large. À partir de 11 heures, il ouvre alors le feu en direction des plages proches du point fortifié WN 5 (Widerstandsnest 5, « nid de résistance no 5 »), situé à environ 10 kilomètres. Ces tirs provoquent des pertes importantes parmi les forces américaines et compliquent le débarquement du matériel ainsi que l’arrivée de renforts sur Utah Beach[6].
Le à 7 heures du matin, le 1er bataillon du 22e régiment d’infanterie de la 4e division d'infanterie américaine lance son avance en direction de Saint-Marcouf et de la batterie de Crisbecq. Après un premier assaut, les forces américaines parviennent à pénétrer dans le village de Saint-Marcouf, mais leur progression est stoppée devant la batterie par des canons antiaériens de 75 mm réparés puis réorientés contre des objectifs terrestres. Une contre-attaque allemande menée sur les flancs des troupes américaines, avec l’appui des canons de 105 mm de la batterie d’Azeville située à proximité (49°27.7′N 01°18.42′W / 49.4617°N 1.30700°W), oblige le Captain américain Tom Shields à ordonner le repli de ses unités. Parallèlement aux combats terrestres, les échanges d’artillerie entre la batterie de Crisbecq et la flotte alliée se poursuivent. L’un des canons Škoda de 210 mm K39/41 (en), remis en service pendant la nuit précédente, reprend brièvement le combat avant d’être de nouveau endommagé et réduit au silence pour le reste de la journée. Dans l’après-midi, les forces américaines mettent en batterie plusieurs pièces d’artillerie de campagne et ouvrent immédiatement le feu contre les positions allemandes. À partir de ce moment, la batterie de Crisbecq est soumise à des bombardements de harcèlement chaque nuit[7].
Le matin du , Walter Ohmsen reçoit la Croix de fer de deuxième classe (Eisernes Kreuz 2. Klasse) en récompense de la défense de sa position face aux attaques américaines. Le soir même, il est informé par téléphone depuis Cherbourg qu’une nouvelle distinction vient de lui être attribuée : la Croix de fer de première classe (Eisernes Kreuz 1. Klasse), venant s’ajouter à la décoration reçue quelques heures auparavant. Le , au cours d’un bombardement de la batterie de Crisbecq, Ohmsen est blessé à la main gauche[2].
Le à 10 heures, le 1er bataillon américain lance une seconde attaque contre la batterie de Crisbecq et reprend le contrôle du village de Saint-Marcouf. À 13 h 30, après une préparation d’artillerie navale de vingt minutes accompagnée d’un barrage roulant, les forces américaines poursuivent leur offensive contre la position allemande. Elles parviennent à pénétrer dans le périmètre de la batterie tandis que les défenseurs allemands se replient dans les abris fortifiés. Au cours de l’assaut, le dernier canon de 210 mm encore en état de fonctionner est détruit. Vers 16 heures, les soldats américains commencent à faire sauter les bunkers et installations défensives. Constatant que ses hommes risquent d’être submergés, Walter Ohmsen ordonne alors à la batterie d’Azeville de tirer sur sa propre position avec ses quatre canons de 105 mm afin de repousser les assaillants. L’effet de ce tir est immédiat : les troupes américaines se replient dans la confusion. Profitant de la situation, Ohmsen mène une contre-attaque avec l’appui de la 6e compagnie du lieutenant Geissler et repousse les Américains jusqu’à Dodainville, situé à environ 1,2 kilomètre au sud-sud-est de la batterie. Les pertes américaines représentent environ 15 % des effectifs engagés dans l’attaque, et 98 soldats sont faits prisonniers par les défenseurs allemands[8].
Au matin du , Walter Ohmsen ne dispose plus de munitions ni de matériel médical pour soigner les blessés, tandis que l’ensemble des canons de la batterie de Crisbecq est désormais hors d’usage[9]. Dans l’après-midi, il reçoit un appel téléphonique du contre-amiral Walter Hennecke, qui lui ordonne de tenter une percée avec les survivants de la garnison. Après avoir laissé sur place 21 soldats allemands blessés ainsi que 126 prisonniers américains, Ohmsen quitte la batterie avec 78 hommes. Le groupe parvient à traverser l’encerclement américain et rejoint les lignes allemandes à Aumeville-Lestre, situé à environ 8 kilomètres de la position fortifiée.
Le , les soldats de la 9e division d'infanterie américaine, débarqués la veille en Normandie, se préparent à lancer une nouvelle attaque contre la batterie de Crisbecq. À 08 h 30, les hommes du 2e bataillon du 39e régiment d’infanterie commencent leur assaut, mais découvrent une position abandonnée : la garnison allemande avait évacué les lieux au cours de la nuit précédente. Les combats autour de la batterie de Crisbecq ont entraîné de lourdes pertes des deux côtés. Environ 307 soldats allemands auraient été tués lors de la défense de la position, tandis que les pertes américaines auraient été d’un ordre comparable au cours des opérations destinées à s’emparer de la batterie[9].
Le , Walter Ohmsen et les hommes qui l’accompagnent atteignent la batterie de Morsalines. C’est à cet endroit qu’il reçoit la Croix de chevalier de la croix de fer en récompense de la défense de la batterie de Crisbecq[10]. Par la suite, Ohmsen et ses hommes sont intégrés à une compagnie d’infanterie et participent aux derniers combats de la bataille de Cherbourg. Le , Walter Ohmsen est fait prisonnier par les forces américaines à Cherbourg. Il reste en captivité jusqu’au , date de sa libération[11].
Après-guerre
Après la Seconde Guerre mondiale, Walter Ohmsen travaille d’abord comme fonctionnaire au ministère de l’Agriculture du Land de Schleswig-Holstein. En 1954, il se présente aux élections régionales du Landtag du Schleswig-Holstein comme candidat du Schleswig-Holstein-Block. Au cours d’un discours électoral, il critique publiquement le ministre-président du Land, Friedrich-Wilhelm Lübke. À la suite de ces déclarations, il est immédiatement révoqué de son poste au ministère de l’Agriculture pour avoir insulté le chef du gouvernement régional[12]. Le , Ohmsen réintègre le service militaire au sein de la Bundesmarine, la marine de la république fédérale d’Allemagne, avec le grade de Kapitänleutnant, équivalent de capitaine de corvette adjoint. Il est promu Korvettenkapitän (capitaine de corvette) le , puis Fregattenkapitän (capitaine de frégate) le . Il prend sa retraite militaire le [10].
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Entre 1968 et 1978, Walter Ohmsen participe à l’organisation des épreuves de voile des Jeux olympiques d'été ainsi que de nombreuses régates et compétitions nautiques d’envergure. De 1970 à 1978, il siège également au conseil consultatif de la ville de Kiel et s’implique dans des actions d’aide aux victimes de guerre. Pour son engagement dans ces domaines, il reçoit la médaille commémorative Freiherr-von-Stein ainsi que la Croix fédérale du Mérite de deuxième classe (Bundesverdienstkreuz 2. Klasse), une distinction honorifique de la RFA.
Père de trois filles, Walter Ohmsen meurt à Kiel le [10].
Décorations et distinctions
- Croix du mérite de guerre de 2e classe avec glaives ()[1]
- Croix de fer de 2e classe ()[2]
- Croix de fer de 1re classe ()[2]
- Croix de chevalier de la croix de fer (), attribuée pour la défense de la batterie de Crisbecq pendant la bataille de Normandie[Note 3][14]
- Médaille commémorative Freiherr-von-Stein[10]
- Croix fédérale du Mérite de 2e classe de la RFA[10]
Promotions
| Kriegsmarine | |
|---|---|
| 1er avril 1933 : | Matrosengefreiter[15] |
| 1er septembre 1934 : | Bootsmannsmaat[15] |
| 1er septembre 1936 : | Oberbootsmannsmaat[15] |
| 1er novembre 1936 : | Bootsmann[15] |
| 1er juillet 1937 : | Oberbootsmann[15] |
| 1er juillet 1940 : | Stabsoberbootsmann[15] |
| 29 septembre 1941 : | Kriegsoffiziersanwärter[15] |
| 1er janvier 1942 : | Lieutenant [15] |
| 1er juillet 1942 : | Oberleutnant [15] |
| Bundesmarine | |
| 17 mars 1956 : | Kapitänleutnant[15] |
| 15 novembre 1957 : | Korvettenkapitän[15] |
| 13 août 1965 : | Fregattenkapitän[15] |
Notes et références
- Notes
- ↑ La Reichsmarine, marine militaire de la république de Weimar, est renommée Kriegsmarine le 1er juin 1935.
- ↑ Le 21 août 1944 vers midi, une violente explosion se produit dans la casemate n° 19 de la batterie de Crisbecq, où étaient stockés des obus de 210 mm et leurs charges propulsives. La déflagration projette les murs du dépôt de munitions vers l’extérieur et soulève la dalle de béton du bunker, d’un poids estimé à 1 200 tonnes, avant de la faire basculer vers l’arrière. L’explosion tue une douzaine de soldats américains et projette plusieurs véhicules militaires, dont deux jeeps et un camion GMC, de l’autre côté de la route. L’enquête menée après l’accident conclut que l’explosion aurait été provoquée par un soldat ayant pénétré dans la casemate avec une cigarette allumée[4]
- ↑ Selon l’historien Veit Scherzer, Walter Ohmsen commandait la batterie côtière Seeziel-Batterie « Marcouf », rattachée au Marine-Artillerie-Abteilung 260[13].
- Références
- Tanne, p. 66.
- Tanne, p. 67.
- ↑ Tanne, p. 36.
- ↑ Tanne, p. 61.
- ↑ « Soldat aus Elmshorn: Walter Ohmsens längster Tag », Elmshorner Nachrichten, SHZ.de, (lire en ligne)
- Tanne, p. 49.
- ↑ Tanne, p. 54.
- ↑ Tanne, p. 55.
- Tanne, p. 56.
- Tanne, p. 68.
- ↑ Tanne, p. 58.
- ↑ (de) « Walter Ohmsen », Der Spiegel 36/1954, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Scherzer 2007, p. 577.
- ↑ Fellgiebel 2000, p. 329.
- Dörr 1996, p. 103.
Voir aussi
Bibliographie
- (de) Manfred Dörr, Die Ritterkreuzträger der Überwasserstreitkräfte der Kriegsmarine—Band 2: L–Z [« The Knight's Cross Bearers of the Surface Forces of the Navy—Volume 2: L–Z »], Osnabrück, Germany, Biblio Verlag, (ISBN 978-3-7648-2497-6)
- (de) Walther-Peer Fellgiebel, Die Träger des Ritterkreuzes des Eisernen Kreuzes 1939–1945 — Die Inhaber der höchsten Auszeichnung des Zweiten Weltkrieges aller Wehrmachtteile [« The Bearers of the Knight's Cross of the Iron Cross 1939–1945 — The Owners of the Highest Award of the Second World War of all Wehrmacht Branches »], Friedberg, Germany, Podzun-Pallas, (1re éd. 1986) (ISBN 978-3-7909-0284-6)
- Penrose, Jane (2004). The D-Day companion: leading historians explore history's greatest amphibious assault. Osprey Publishing. (ISBN 1-84176-779-4).
- (de) Veit Scherzer, Die Ritterkreuzträger 1939–1945 Die Inhaber des Ritterkreuzes des Eisernen Kreuzes 1939 von Heer, Luftwaffe, Kriegsmarine, Waffen-SS, Volkssturm sowie mit Deutschland verbündeter Streitkräfte nach den Unterlagen des Bundesarchives [« The Knight's Cross Bearers 1939–1945 The Holders of the Knight's Cross of the Iron Cross 1939 by Army, Air Force, Navy, Waffen-SS, Volkssturm and Allied Forces with Germany According to the Documents of the Federal Archives »], Jena, Germany, Scherzers Militaer-Verlag, (ISBN 978-3-938845-17-2)
- (fr + en) Philippe Tanne, Batterie de Crisbecq — The Crisbecq Battery, Album Memorial by Editions Aubert'Graphic
Liens externes
- Der Spiegel 36/1954
- Deutsche Marinearchiv
- BBC h2g2 - the Defenders' Story
- Sinking of the USS Corry (DD-463)
- (de) « Marinestützpunktkommandos », Das Bundesarchiv (consulté le )
- (de) Knuth Penaranda, « Erinnerungen an den D-Day: Soldat aus Elmshorn: Walter Ohmsens längster Tag », Elmshorner Nachrichten, (consulté le )
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