Yasser Abou Shabab

Yasser Abou Shebab
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Biographie
Naissance
Décès
(à 31 ans)
Beer-Sheva
Nom dans la langue maternelle
ياسر أبو شباب
Nationalité
Activité
Autres informations
Membre de
Arme
Conflit
Condamné pour

Yasser Abou Shebab, né le à Rafah et mort le à Beer-Sheva, est le chef de la milice « Forces populaires », une organisation criminelle palestinienne impliquée dans le détournement de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza et soutenue par Israël[1],[2].

Biographie

Yasser Abou Shebab est issu du clan des Abou Shebab de la tribu des Tarabin, une grande famille bédouine de Rafah, aussi présente dans le Néguev et dans le Sinaï[3],[4]. Il est emprisonné à plusieurs reprises pour des infractions pénales[4]. Au début de la guerre de Gaza, en , il purge une peine de 25 ans pour trafic de stupéfiants à la prison d'Asda, à Khan Younès. Il quitte la prison à la faveur des premiers bombardements israéliens sur la bande de Gaza, dans des circonstances floues : certaines sources affirment qu'il s'est évadé[5], d'autres qu'il a été libéré[6].

Un responsable de la sécurité israélienne a déclaré au journal israélien Yedioth Ahronoth que les activités principales du gang étaient « la contrebande, la prostitution et l'extorsion  »[7]. Selon Samuel Forey, journaliste au quotidien Le Monde : « Il est réputé être un criminel de modeste envergure et un trafiquant de drogue »[3].

Guerre de Gaza

Yasser Abou Shebab se fait connaitre pendant la guerre de Gaza comme le chef d’un important gang impliqué dans des attaques armées sur des convois d’aide humanitaire survenues entre et [4]. Il arrive que des chauffeurs soient tués dans ces attaques, et les cargaisons volées sont ensuite vendues sur le marché noir[8]. Le gang compterait entre 100 et 200 membres en 2025 et bénéficie de la protection de l'armée israélienne. Il opère depuis des zones de Rafah contrôlées par l'armée israélienne et interdites à la population palestinienne[4]. Il arrive aussi que l'armée israélienne ouvre le feu sur les escorteurs civils non armés accompagnant les convois ou les policiers palestiniens, facilitant ainsi les activités du gang[4].

Le Hamas crée en une force appelée « Flèche » (en) pour combattre les pilleurs mais elle ne peut pas intervenir dans les zones occupées par Tsahal[9]. Yasser Abou Shebab survit le à une attaque du Hamas dans laquelle son frère et d'autres membres de son groupe sont tués[10]. Le , la famille de Yasser Abou Shebab prend officiellement ses distances avec lui dans un communiqué[11],[12].

À partir de la fin du mois de , le gang commence à se faire appeler « Forces populaires » ou « Service antiterroriste » et prétend sécuriser les convois d'aide humanitaire et combattre le terrorisme[13],[14]. Yasser Abu Shebab se réclame alors de l'Autorité palestinienne[15]. Le , cette dernière dément tout lien avec ce groupe[16]. Le second de Yasser Abou Shebab est réputé avoir entretenu des liens étroits avec l’État islamique[17].

L'historien Jean-Pierre Filiu remarque que ce « gang opère sous les yeux de l’armée israélienne, peu après le passage de Kerem Shalom, et il est doté d'armes flambant neuves, un indice irréfutable de sa collaboration avec les occupants »[18],[3].

Le , l'opération secrète d'armement de la milice de Yasser Abou Shebab, selon les instructions du Premier ministre d'Israël Benyamin Netanyahou, est dévoilée par l'ex-ministre israélien Avigdor Lieberman[3]. Lieberman reprend les accusations de l'ONU[19] et accuse alors le gouvernement israélien de transférer des armes « à des groupes de voyous et de criminels qui s’identifient à l'État islamique »[3],[20]. Cependant, l'accusation d'affiliation d'Abou Shebab à l’État islamique n'est pas prouvée selon le journal Le Monde[3], même si « comme au Sinaï Nord, il y a une intersection entre les liens claniques, les réseaux criminels et les groupes djihadistes », analyse l’European council for foreign relations[3]. Netanyahou reconnaît, « sur les conseils des responsables de la sécurité », avoir « dirigé des clans à Gaza qui s’opposent au Hamas », mais il ne fait pas mention de livraison d'armes[15],[3]. Yasser Abou Shebab nie quant à lui avoir reçu des armes d'Israël[15]. Plusieurs sources sécuritaires israéliennes ont confirmé à des médias israéliens ces livraisons d'armes[21].

Le , le Wall Street Journal publie une tribune signé par Yasser Abu Shabab « promettant de construire un Gaza libéré du Hamas ». En août, il rencontre en Israël l’envoyé spécial des États-Unis, Steve Witkoff[22].

Mort

Le , une source sécuritaire israélienne, relayée par Haaretz, rapporte la mort de Yasser Abou Shabab « dans un conflit interne entre milices dans la bande de Gaza »[23]. Les médias israéliens Yedioth Ahronoth, Kan 11 et Canal 12 précisent qu'il s'agit d'un conflit au sein de son clan, et non d'une opération d'élimination menée par le Hamas[11],[24],[25]. Yasser Abou Shabab aurait emprisonné et fait torturer plusieurs membres du clan[22]. Canal 12 ajoute que Yasser Abou Shabab a succombé à ses blessures au centre médical Soroka (en), situé à Beersheba en Israel, ce que le personnel de l'hôpital conteste[11].

Environ une heure après l'annonce de sa mort, l'unité Rada'a du Hamas, chargée de traquer les collaborateurs de l'armée israélienne, publie une photo barrée de Yasser Abou Shabab accompagnée de la légende suivante : « Comme nous vous l'avons dit : "Israël ne vous protégera pas" »[11]. À la suite de l'annonce de la mort d'Abou Shabab, des scènes de liesse éclatent dans la bande de Gaza et dans le camp de réfugiés palestiniens de Aïn el-Héloué, où des distributions de friandises sont organisées[26],[27].

Ghassan al-Dahini, commandant opérationnel des « Forces populaires » et second d'Abou Shabab, lui succède[28].

Notes et références

  1. (en) « «Ils veulent délibérément créer le chaos»: à Gaza, le soutien d'Israël à des groupes criminels n'étonne personne », rfi,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. Adam Shatz, De l’Iran à Gaza, la guerre sans fin d’Israël, Orient XXI, 25 août 2025.
  3. Samuel Forey, A Gaza, Israël promeut des milices anti-Hamas liées à des réseaux criminels, Le Monde, 7 juin 2025.
  4. Enzo Quenescourt, « A Gaza, le rôle trouble de Yasser Abu Shabab, chef de gang et pillard, accusé d’opérer avec l’aval de l’armée israélienne », Libération,
  5. (ar) « الجزيرة نت تكشف الملفات الجنائية لـ"عصابة أبو شباب" في غزة » [« Al Jazeera Net révèle les dossiers criminels du « gang Abu Shabab » à Gaza »], Al Jazeera,‎ (consulté le )
  6. « Que sait-on sur Yasser Abu Shabab, l’homme accusé de pillage à Gaza ? », sur Les Observateurs - France 24, (consulté le )
  7. (en) Yoav Zitun, « 'No guarantee weapons won't target troops': Inside Israel's operation to arm Gaza militia », sur Ynet, (consulté le )
  8. Samuel Forey, « A Gaza, le pillage de l’aide humanitaire sous l’œil de l’armée israélienne », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. (ar) « “وحدة السهم”.. درع المقاومة لملاحقة لصوص المساعدات وكشف المتعاونين مع الاحتلال » [« « Unité Flèche »… le bouclier de la résistance pour traquer les voleurs d'aides et débusquer les collaborateurs de l'occupation »], Al Jazeera,‎ (consulté le )
  10. (ar) « "ياسر أبو شباب ينجو وشقيقه يُقتل".. تفاصيل جديدة من عملية سهم جنوب قطاع غزة » [« « Yasser Abou Shabab survit tandis que son frère est tué »… nouveaux détails de l'opération de la Flèche au sud de la bande de Gaza. »], Quds News Network (en),‎ (consulté le )
  11. (ar) « ما الذي نعرفه عن مقتل أبو شباب؟ » [« Que savons-nous de la mort d'Abou Shabab ? »], Al Jazeera,‎ (consulté le )
  12. (ar) « بعد اتهام المقاومة الفلسطينية له بالتعاون مع إسرائيل.. عائلة ياسر أبوشباب تتبرأ منه (تفاصيل) » [« Après que la résistance palestinienne l'a accusé de collaborer avec Israël… la famille de Yasser Abou Shabab se désavoue de lui (détails) »], Al-Masri al-youm,‎ (consulté le )
  13. (ar) « من نهب المساعدات إلى التنسيق مع الاحتلال.. “عربي بوست” يتتبع صعود مجموعة “أبو شباب” في غزة بضوء أخضر إسرائيلي » [« Du pillage des aides à la coordination avec l'occupation… « Arabic Post » retrace la montée du groupe « Abou Shabab » à Gaza avec le feu vert israélien »], sur Arabic Post (en),‎ (consulté le )
  14. (ar) « ملف كامل متجدد عن ياسر ابوشباب عرجاني غزة" زعيم مشروع الصحوات وعراب فوضى المساعدات » [« Dossier complet mis à jour de Yasser Abou Shabab, « Arjani de Gaza », chef du projet des Sahawat et instigateur de la désorganisation des aides »], sur ougaret.com,‎ (consulté le )
  15. Gautier Cruchaudet, « Gaza : Netanyahou affirme avoir armé une milice opposée au Hamas », Le Figaro, (consulté le )
  16. Ahmed Asmar, « Gaza : L'Autorité palestinienne nie tout lien avec la milice armée qui pille l'aide humanitaire », Agence Anadolu, (consulté le )
  17. Stanislas Poyet, « À Gaza, la mort de Yasser Abou Shabab, seigneur de guerre et supplétif encombrant d’Israël », Le Figaro, (consulté le )
  18. « « Je suis à peine de retour que me submerge déjà la tragédie de ce territoire assiégé » : l’historien Jean-Pierre Filiu raconte son séjour à Gaza », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  19. Stanislas Vasak, « Israël financerait un groupe criminel armé dans la bande de Gaza », France culture,‎ (lire en ligne, consulté le )
  20. (en) Jonathan Lis et Nir Hasson, « Netanyahu Says Israel Fighting Hamas 'In Various Ways' Amid Claims It Armed ISIS-affiliated Gaza Militia », Haaretz,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  21. Patrick Angevin, « Dans la bande de Gaza, Israël arme des Palestiniens contre le Hamas », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  22. Louis Imbert et Marie Jo Sader, « A Gaza, la mort de Yasser Abu Shabab, un chef de milice allié d’Israël », Le Monde, no 25174,‎ , p. 5 (lire en ligne)
  23. (he) Yaniv Kubovich, Eden Solomon, Rowan Sleiman et Jack Khoury, « מקור ביטחוני: ראש המיליציה העזתית יאסר אבו שבאב נהרג בסכסוך פנימי » [« Source sécuritaire : Yasser Abou Shabab, chef de milice à Gaza, tué dans un conflit interne »], Haaretz,‎ (consulté le )
  24. (en) Yossi Yehoshua (he), Einav Halabi, Itamar Eichner (he) et Yoav Zitun, « Gaza militia leader working with Israel in Rafah killed in shooting », sur Ynet,‎ (consulté le )
  25. (he) Itay Blumental (he), « ההערכה בישראל: אבו שבאב נרצח על ידי חבריו ומאבטחיו » [« Évaluation en Israël : Abou Shabab a été assassiné par ses amis et ses gardes »], Kan 11,‎ (consulté le )
  26. (en) Sally Ibrahim, « Traitor, collaborator, gangster: Palestinians in Gaza are relieved Yasser Abu Shabab is dead », sur The New Arab (en), (consulté le )
  27. « Yasser Abou Shabab, chef d'un clan anti-Hamas à Gaza, succombe à ses blessures dans un hôpital israélien », L'Orient-Le Jour, (consulté le )
  28. (ar) « أخطر المطلوبين لحماس.. من هو غسان الدهيني خليفة ياسر أبو شباب؟ » [« Parmi les principaux recherchés par le Hamas… qui est Ghassan al‑Dahini, successeur de Yasser Abou Shabab ? »], sur Erem News (ar),‎ (consulté le )
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