Al-Sawafir al-Gharbiyya

| Pays | |
|---|---|
| Sous-district | |
| Superficie |
7,52 km2 |
| Coordonnées |
31° 42′ N, 34° 42′ E |
| Population |
1 030 hab. () |
|---|---|
| Densité |
137 hab./km2 () |

Al-Sawafir al-Gharbiyya est un village palestinien du sous-district de Gaza, victime de nettoyage ethnique le 18 mai 1948 comme les centaines de villages arabes détruits et dépeuplés lors de la guerre de Palestine, le 18 mai 1948, lors de l’opération Barak. Il était situé à 30 km au nord-est de Gaza. Il fait partie d‘un groupe de trois villages ayant des noms similaires, avec As-Sawafir ash-Sharqiyya et As-Sawafir ash-Shamaliyya.
Étymologie
Selon Palmer, le nom du village signifie « les nomades occidentaux »[1].
Géographie

Le village d’al-Sawafir al-Gharbiyya était situé dans le sous-district de Gaza, à 30 kilomètres au nord-est de Gaza[2]. Il était construit dans la plaine côtière de Palestine, au nord de la route principale allant d‘Al-Majdal au carrefour avec la route de Jaffa à Jérusalem. La ligne des chemins de fer de Palestine de Jaffa à Gaza passait au nord du village[2].
Les villages voisins d’al-Sawafir al-Gharbiyya étaient Bayt Daras et Beer Tuvya au nord, Qastina et al-Jaladiyya à l‘est, Ibdis et Bayt Affa au sud et Julis à l‘ouest[2]. Les villages les plus proches étaient cependant Es-Sawafir esh-Sherqiye (de l‘autre côté de l‘oued Qreiqi) et Es Sawafir esh-Shamaliyye[2].
La superficie totale des terres du village était, en 1945, de 7 523 dounams (7,5 km²)[3]. Sur cette superficie, 216 dounams (22 hectares) étaient des terres publiques, le reste appartenant à des Arabes[2]. Les terres incultes représentaient 275 dounams (27 hectares) ; les terres en culture étaient réparties entre 585 dounams (58 hectares) de plantations et de terres irrigables et 6663 dounams (666 hectares) de terres céréalières[4].
L‘oued Qreiqi est l‘actuel Lakhish.
Histoire
Les vestiges d’un pressoir à vin et d‘hypocaustes appartenant à un bain public, datant de la fin de l’Empire romain, ont été fouillés à proximité du village[5].
Deux cimetières d’époque byzantine, contenant de la céramique du Ve siècle ont aussi été fouillés[6]. Deux bassins, des restes de bâtiments, dont un atelier de potier, tous byzantins, ont aussi été fouillés[5]. Une inscription en grec, gravée sur une dalle calcaire[7] et les restes d’un mur et de céramiques des Ve – VIe siècles, ont aussi été mis au jour lors de fouilles archéologiques[8].
Des actes du XIIe siècle mentionnent une église catholique construite par les Croisés à Zéophir/al-Sawāfīr. Cependant, il est difficile de distinguer dans lequel des trois Sawafir elle était construite[9].
De la céramique datant de la période mamelouke a aussi été découverte à Sawafir[5].
Empire ottoman
La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.
En 1596, le defter (registre fiscal) ottoman[10] mentionne le village de Sawafir al-Gharbiyya comme relevant de la nahié (sous-district) de Gaza et de la liwa (district) ou sandjak de Gaza. Le même document recense 43 foyers, soit environ 237 habitants, tous musulmans. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 25% sur leurs récoltes, dont le blé, l‘orge, les légumes, les vignes, les arbres fruitiers, les chèvres et les ruches, pour un total de 8500 akçe[10],[11].
En 1838, les trois Sawafir sont indiqués comme étant situés dans le district de Gaza. Le plus occidental est décrit comme « en ruines ou abandonné », les deux autres comme musulmans[12],[13].
En 1863, Victor Guérin visite Saouafir el-Gharbieh, dont il relève un autre nom : Saouafir Ibn A’oudeh ou Saouafir A’oudeh. Il visite le koubbeh ou sanctuaire consacré au cheikh Muhammed, dont la cour était ombragée par un grand pin. Il relève que de nombreuses pierres et tronçons de colonne de marbre provenant de bâtiments antiques ont été utilisés pour sa construction. Un puits était utilisé par les habitants pour leur alimentation en eau[14].
En 1882, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit ce Suafir comme construit en adobe. Les trois Suafir ont de petits jardins et des puits[15].
Période du mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d‘Al-Sawafir al-Gharbiyya est conquise fin 1917 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Al-Sawafir al-Gharbiyya a une population de 572 habitants, tous musulmans[16], population qui augmente au recensement de 1931 à 723 habitants dans 134 maisons[17]. Le village avait une mosquée et un sanctuaire consacré à cheikh al-Baz, ainsi qu’un poste de police[2]. Al-Sawafir al-Gharbiyya partageait une école primaire avec les deux autres Sawafir ; cette école avait 280 inscrits en 1945[18]. Un pont en béton est construit sur le Lakhish en 1933, à proximité du village.
Dans les statistiques de Village (1945), cette population est estimée à 1030 musulmans[19][3]. L‘économie était principalement agricole, avec les cultures de céréales, des agrumes, de la vigne et des abricots[2].


Guerre de 1948 et nettoyage ethnique
Début mai 1948, les habitants des trois Al-Sawafir reçoivent l‘ordre de ne pas prendre la fuite de la part du comité national d‘Al-Majdal[20]. Selon l‘Encyclopédie de la Question palestinienne, le village a pu tomber le 10 mai, lors des opérations contre Bayt Daras, ou le 18 mai[2].
Le 18 mai, la brigade Guivati s‘empare pour la deuxième fois d’Al-Sawafir al-Sharqiyya et d’Al-Sawafir al-Gharbiyya. Ses ordres opérationnels étaient de « conquérir les villages, de les nettoyer de leur population (femmes et enfenats doivent [aussi] être expulsés), de faire quelques prisonniers [...] brûler le plus grand nombre possible de maisons »[21],[22]. Les unités israéliennes incendient et détruisent à l‘explosif plusieurs maisons, mais les Palestiniens reviennent dans leurs villages après leur départ[21]. Des rapports israéliens indiquent, le 23 mai 1948, que les habitants des trois Sawafir dormaient dans les champs mais retournaient travailler au village le jour[23]. Fin juin, aussi bien Al-Sawafir al-Sharqiyya que Al-Sawafir al-Gharbiyya sont à nouveau « pleins d‘Arabes »[21]. D‘après Gamal Abdel Nasser, le village n‘est pas tombé avant le mois de juin, deux semaines après le début de la trêve (soit vers le 25 juin), l‘état-major égyptien ayant préféré retirer ses troupes. Le 9 juillet, une opération est menée pour leur reconquête, mais échoue à cause de l‘échec des militaires soudanais à se maintenir à Bayt Daras où ils avaient réussi à pénétrer[2].
Période israélienne
Après la guerre, les villages israéliens de Merkaz Shapira et Masu'ot Yitzhak sont construits sur les terres d‘Al-Sawafir al-Gharbiyya[24]. Merkez Shapira est fondé dès 1948 et Masu'ot Yitzhak en 1949. En Tzurim est fondé en 1949 sur les terres d‘Es-Sawafir esh-Sharqiyya, puis rejoint par Deganim ; l‘historique de ces fondations et déménagements des colonies israéliennes est compliqué par leurs nombreux déménagements et changements de noms[2].
Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsiste du village en 1992 : « Toutes les maisons ont disparu. Des figuiers de Barbarie, des figuiers et des sycomores poussent sur le site. Une route est clairement visible. Le cimetière est recouvert par la végétation. On peut voir ce qui ressemble aux débris du bâtiment d‘une pompe dans le verger d‘al-Baz. »[2].
Annexes
Bibliographie complémentaire
- Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
- Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)
Articles connexes
Liens externes
- Welcome To al-Sawafir al-Gharbiyya
- al-Sawafir al-Gharbiyya, Zochrot
- Survey of Western Palestine, Map 16: IAA, Wikimedia commons
Notes
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Al-Sawafir al-Sharqiyya » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Palmer, 1881, p. 274.
- « al-Sawafir al-Gharbiyya — السَوافِير الغربية », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consultée le 17 mai 2026.
- Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 46.
- ↑ Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 88.
- Eisenberg-Degen, 2016, Es-Sawafir el-Gharbiya.
- ↑ Baumgarten, 2005, Es-Sawafir el-Gharbiya.
- ↑ Dauphin, 1998, p. 869.
- ↑ Fraiberg, 2014, Es-Sawafir el-Gharbiya.
- ↑ Roy Marom et Itamar Taxel, « Ḥamāma: The historical geography of settlement continuity and change in Majdal 'Asqalan's hinterland, 1270–1750 CE », Journal of Historical Geography, vol. 82, , p. 49–65 (ISSN 0305-7488, DOI 10.1016/j.jhg.2023.08.003
).
- Hütteroth, Abdulfattah, 1977, p. 149.
- ↑ Hütteroth, Abdulfattah, 1977, p. 149, estimation de Khalidi, 1992, p. 133.
- ↑ Robinson, Smith, 1841, vol 3, appendice 2, p. 118.
- ↑ Robinson and Smith, 1841, vol. 2, p. 370.
- ↑ Guérin, 1869, p. 82.
- ↑ Conder, Kitchener, 1882, SWP II, p. 413.
- ↑ Barron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, p. 8.
- ↑ Mills, 1932, p. 6.
- ↑ Khalidi, 1992, p. 132.
- ↑ Department of Statistics, 1945, p. 32
- ↑ Morris, 2004, p. 179.
- Morris, 2004, p. 257 et 306
- ↑ Morris, 2004, p. xix, village #284.
- ↑ Morris, 2004, p. 257-258.
- ↑ Khalidi, 1992, p. 133.
Bibliographie
- Ya‘aqov Baumgarten, « Es-Sawafir el-Gharbiya Final Report », Hadashot Arkheologiyot – Excavations and Surveys in Israel, no 117, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- Palestine: Report and General Abstracts of the Census of 1922, Government of Palestine, (lire en ligne)
- C.R. Conder et H. H. Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 2, London, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- C. Dauphin, La Palestine byzantine, Peuplement et Populations, vol. III : Catalogue, Oxford, Archeopress, coll. « BAR International Series 726 », (ISBN 0-860549-05-4, lire en ligne)
- Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, Government of Palestine, (lire en ligne)
- Davida Eisenberg-Degen, « Es-Sawafir el-Gharbiya Preliminary Report », Hadashot Arkheologiyot – Excavations and Surveys in Israel, no 128, (lire en ligne)
- Alexander Fraiberg, « Es-Sawafir el-Gharbiya Final Report », Hadashot Arkheologiyot – Excavations and Surveys in Israel, no 126, (lire en ligne)
- V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine., vol. 1: Judee, pt. 2, Paris, L'Imprimerie Imp., (lire en ligne)
- S. Hadawi, Village Statistics of 1945: A Classification of Land and Area ownership in Palestine, Palestine Liberation Organization Research Center, (lire en ligne [archive du ])
- W.-D. Hütteroth et K. Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5. Erlangen, Germany: Vorstand der Fränkischen Geographischen Gesellschaft, (ISBN 3-920405-41-2, lire en ligne)
- W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
- Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne)
- B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
- Nasser, G.A. (1955–1973): "Memoirs" in Journal of Palestine Studies
- " “Memoirs of the First Palestine War” in 2, no. 2 (Win. 73): 3–32, pdf-file, downloadable
- E. H. Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- E. Robinson et E. Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea: A Journal of Travels in the year 1838, vol. 2, Boston, Crocker & Brewster, (lire en ligne)
- E. Robinson et E. Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea: A Journal of Travels in the year 1838, vol. 3, Boston, Crocker & Brewster, (lire en ligne)
- Portail de la Palestine
- Portail du conflit israélo-arabe
- Portail d’Israël