Art néolithique

Monument mégalithique.
Stonehenge (entre 3000 et 1100 avant l'ère commune (AEC)), site mégalithique.

L'art néolithique n'a été produit que par des cultures néolithiques : celles qui pratiquaient l'agriculture mais ne connaissaient ni le bronze ni le fer et n'avaient pas d'État. L'art se manifeste par l'évolution de formes déjà existantes auparavant, comme les représentations naturalistes d'animaux et d’humains dans les peintures et gravures, les sculptures taillées ou modelées. Mais on voit aussi l'apparition de formes géométriques complexes, grâce à l'invention et l'évolution de nouvelles techniques : le polissage des pierres, parfois précieuses comme le jade, mais aussi la céramique (statuettes et poterie) qui n’apparaît souvent que tardivement. Avec la poterie, l'esprit créatif des Néolithiques dans la création des formes et des décors est essentiel pour reconnaître et définir ces cultures, et souvent les dater[1]. Enfin de vastes ensembles architecturaux voient le jour.

L'art des cultures néolithiques offre des preuves d’une habileté remarquable. Pour prendre quelques exemples : l'art néolithique sur céramique, utilitaire ou funéraire, qu'il soit incisé, gravé ou peint, prend souvent la forme d'un art abstrait géométrique, ces objets imposant la contrainte de leur forme tridimensionnelle à l’artiste. Par ailleurs, la représentation des animaux - art rupestre peint ou gravé - est souvent plus "stylisée"[2] et moins naturaliste que l'art animalier du Paléolithique. Mais presque partout - sauf en Chine - les humains sont beaucoup plus présents qu'au Paléolithique, bien souvent sous forme de statuettes très stylisées. Les statuettes de femmes sont partout présentes et en proportion très largement supérieure à celles des hommes, ce qui n’est pas le cas sur les peintures pariétales. Ce phénomène reste une énigme. Tout aussi énigmatiques sont les figures hybrides, mi-humaines mi-animales, dites thérianthropes qui ont été souvent associées à des pratiques chamaniques, point encore en débat[3].

Les cultures néolithiques apparaissent après le Paléolithique froid et sec, au cours d’une période, au début de l'Holocène, où la température s'est élevée nettement : environ 10 000 ans avant l'ère commune (AEC) jusqu'au VIIIe millénaire AEC. Les précipitations augmentent entraînant la diminution des zones désertiques. Ces conditions ont favorisé l'apparition de cultures mésolithiques de chasseurs-cueilleurs comme ceux du Paléolithique. Cependant le climat a pu varier localement au point de conduire à des pratiques de production agricole néolithique. C’est dans ces nouveaux contextes que l'on voit apparaître ces formes artistiques nouvelles, dont l'architecture avec des monuments funéraires. On observe parfois les premières agglomérations. Après plusieurs millénaires, certaines cultures néolithiques, dites chalcolithiques, ont mis au point la métallurgie de l’or, de l’argent et du cuivre, mais en petites quantités. Au-delà du Néolithique, certaines cultures ont développé les technologies du bronze (âge du bronze) et - éventuellement ensuite - du fer (âge du fer), tandis que d'autres passaient directement au fer. De grandes cités ont pu apparaître et donner naissance aux premiers États. Parallèlement, d'autres cultures néolithiques gardaient intact leur mode de fonctionnement. Ailleurs, des cultures mésolithiques de chasseurs-cueilleurs conservaient leurs traditions adaptées à leur milieu naturel, et cela jusqu'à la colonisation occidentale à partir du XVe siècle de notre ère.

Cet article ne prétend pas évoquer toutes les sociétés concernées mais offre des exemples dans le monde, et plus nombreux en Europe en raison de l’abondance des recherches et de la documentation disponible.

Art néolithique et société

Deux phénomènes sociaux majeurs sont bien visibles dans l'art néolithique qui se constitue plus ou moins partout dès le Néolithique ancien, au contact des chasseurs-cueilleurs mésolithiques : l’apparition de hiérarchies et une multitude d’images de la femme.

Signes de hiérarchies

Statuette d’un personnage assis, un objet dans la main droite, visage au masque triangulaire
Homme (?) Hongrie v. 4800, paraît masqué, tient sur l'épaule un objet en forme de crosse ou de boomerang. Cette sorte d'insigne de pouvoir se retrouvera, bientôt, en différents points d'Europe[7].

Le Néolithique voit le nombre de tombes augmenter radicalement, les premiers cimetières[8], où les défunts sont inhumés avec des objets de plus moins grande valeur au sein de leur communauté. Les tombes des hommes se distinguent par des objets en matériaux rares, comme le jaspe pour une herminette. L’herminette et la hache en pierre polie sont les outils caractéristiques du Néolithique, comme le biface l’est au Paléolithique. Il s’agit ici de roches mises en forme selon les techniques et méthodes du Paléolithique inférieur et polies avec soin afin de rendre les tranchants plus résistants et efficaces[9]. Leur forme épurée est parfaitement adaptée pour les travaux du bois. La perfection de la forme de certaines herminettes dans un matériau particulièrement dur à travailler, mais la sélection d’une roche qui se poli bien, leur état parfait dans le dépôt funéraire, témoignent de la valeur attachée à ces objets au moment de l’inhumation. Cela témoigne aussi de la maîtrise et de l'idée de leurs auteurs : depuis le choix de la roche jusqu’à l’objet poli et son usage, ici funéraire[N 1]. Par ailleurs l’étude ethnoarchéologique des objets de pouvoir en Nouvelle-Guinée montre que certaines haches et herminettes d’exception (poli, couleur, dimensions) étaient hautement valorisées dans les échanges, comme pour les paiements de mariage[10]. Les objets d’exception étaient échangés, au Néolithique, parfois sur de longues distances et signalent l’apparition de nouvelles élites.

Le phénomène le plus visible que signale la bijouterie déposée dans les tombes c’est aussi l'émergence d’élites. Au néolithique ancien, plus précisément à la période du Rubané (v. 5500-4700) de la Champagne[N 2], des parures portées par certaines femmes[N 3], certains enfants et certains hommes, sont composées de coquillages (comme des natices, des pourpres petite pierre et des venericadia - des genres de coques), qui proviennent de la côte atlantique à plus de 300 km de là, une côte encore occupée par des sociétés mésolithiques[N 4].

Ces élites se signalent aussi - en France autour de 4000 avant l'ère commune - par la mise au travail de la populations de toute une région pour élever des dispositifs funéraires mégalithiques colossaux[11]. Les objets exceptionnels accumulés dans leurs tombes étant des signes manifestes d’une richesse et d’un pouvoir considérable, les autres défunts n’ayant presque rien dans leur tombe.

L'existence ou non de bijoux et la nature des matériaux employés font de ces objets funéraires des objets symboliques significatifs. On recherchait des matériaux étrangers, rares, qui supposent des réseaux d'échange à longue distance, jusqu’à plusieurs milliers de kilomètres. Les couleurs étaient essentielles : qu'il s'agisse des pierres polies, disques, haches... parfois en jadéite verte (le jade le plus précieux), ou qu'il s'agisse de coquillages d'origine lointaine, mais somme toute moins exceptionnels. Enfin, des études récentes ont montré que la valeur de ces objets d'art tenait, pour certains, à une réelle prouesse technique : comme ces grandes lames de silex allant jusqu'à 45 cm. de long, qui nécessitaient une pression de 400 kg. par centimètre carré et donc un appareil adapté[12].

En France, d'Ouest en Est, comme partout dans le monde néolithique, on rencontre donc une différenciation sociale plus ou moins remarquable, ce que révèlent les signes de prestige qui accompagnent les morts. L’herminette, l'objet en pierre polie le plus banal qui sert d’abord à couper le bois, déposé dans une tombe, peut acquérir cette valeur en raison de sa matière, de son poli impeccable, « neuf », mais aussi de sa taille[N 5]. La tombe et son contenu signalent, dès le Néolithique, le statut du défunt. En France les tertres géants de Carnac et leur contenu sont particulièrement exemplaires sur ce point[N 6]. Une étude de ce matériel archéologique, permet de montrer qu’avec leurs chefferies, des organisations dont les chefs possèdent un réel pouvoir politique fondé sur la coercition peuvent apparaître indépendamment des guerres de l’Âge du bronze ou du fer[13].

Images de femmes

Statuette de femme obèse, allongée, semblant dormir sur son bras droit replié. Elle porte une jupe à fronces
La Dame endormie, portant une jupe froncée[N 7]. Statuette de terre cuite, H. 12,2 cm.
Hypogée de Hal Saflieni. VIe millénaire.
Malte, Musée national d'archéologie

L'art du Néolithique est constitué, le plus souvent, des objets qui accompagnaient des défunts ou défuntes dans leur tombe ; les peintures et gravures sur roche sont réalisées dans d'autres contextes. La découverte de très nombreuses représentations féminines, sous forme de statuettes[14] a fait l'objet de plusieurs types de commentaires. Des archéologues et des philosophes y voient l'évocation d'une « Déesse Mère » et/ou symbolisant « la fertilité » mais cela sans preuve. On a pu imaginer aussi certains espaces architecturaux monumentaux comme des « sanctuaires » pour des « sociétés matriarcales du passé »[15]. Certains archéologues préfèrent parler de « figurines (ou statues) féminines » stéatopyges et de « bâtiments spéciaux », voire de « salles collectives polyvalentes », sans faire allusion à un culte[16].

Deux statuettes de femmes enceintes nues au corps stylisé couvert de motifs géométriques peints
Statuettes féminines nues. Hacılar, S-O Turquie, 5600-5300. Stéatite peinte, H. 21,8 cm. Neues Museum

La sculpture connaît un développement précoce et original : pratiquement dans toutes les cultures néolithiques - mais rarement en Chine - apparaissent des figurines féminines : en terre cuite, en pierre, en os ou en ivoire. Elles sont bien plus nombreuses que celles représentant des hommes. Un grand nombre de ces statuettes représentent des femmes obèses plus ou moins fortement stylisées. Par ailleurs les spécialistes remarquent, dès le stade le plus ancien, que la population augmente grâce à une natalité particulièrement dynamique. Souvent ces femmes aux hanches larges portent leurs mains sur leurs seins ou sur leur ventre plus ou moins rond. Claudine Cohen indique les possibilités que ces statuettes aient pu être des amulettes destinées à protéger la grossesse ou des talismans portés par les femmes désirant des enfants[N 8].

Les premiers temps de l'agriculture - celle des céréales, entre autres - sont contemporains pour les femmes d’une santé dégradée comparée à celle des sociétés Paléolithiques et Mésolithiques. Plus précisément, l’étude des ossements - en particulier au Levant et en Anatolie, ainsi qu’entre la Slovaquie et l'Alsace - montre un écart important entre la taille et la masse corporelle des femmes comparées à celles des hommes, probablement en raison d’une consommation insuffisante de viande et de lait[17]. En d’autres lieux les statuettes féminines présentent une silhouette élancée et on rencontre souvent dans les peintures pariétales du Sahara et au Levant espagnol - qui pratiquaient l'élevage - des figures féminines aussi élancées que celles des hommes. Partout, les figures masculines sculptées sont rares. Mais les hommes apparaissent bien plus souvent que les femmes sur les peintures pariétales. Enfin, très exceptionnellement, certaines statuettes associent deux personnages, dans un cas il s'agit clairement d'un couple, de même taille, reposant sur le même plan et qui se tient par l'épaule : le Couple de Gulmenitsa[N 9]. Mais le sexe peut être aussi indiscernable ou hermaphrodite[18].

Malgré l'image que donnent les statuettes, l’étude des squelettes montre qu’au moins au début du Néolithique le poids et la taille des femmes sont les plus faibles de toute la Préhistoire. On remarque d’abord que les figurines sont le plus souvent découvertes en contexte domestique ou parmi les déchets ménagers, rarement en contexte funéraire[19],[20],[21]. Pour ce qui est de l'Europe, une étude portant sur le Rubané avance plusieurs éléments qui permettent de se représenter cette société avec nuances : ici le contexte funéraire des parures et des herminettes offre la possibilité de comparer femmes entre elles et vis-à-vis des hommes, qui ont aussi des parures[N 10],[22]. Il apparait que, dans l’Europe du VIIe millénaire, même si quelque femmes décédées sont accompagnées d’objets du monde des hommes et ont pu jouer un rôle dominant, la richesse et le pouvoir semblent être entre les mains d’un petit groupe d'hommes[23]. Comparée à celle des chasseurs-cueilleurs, la taille des hommes a moins diminué que celle des femmes[24]. Enfin le régime alimentaire, pourtant peu différencié va aussi dans ce sens - avec plus de féculents pour les femmes et plus de viande pour certains hommes[25]. Mais l’aspect obèse des statuettes féminines, dès le Paléolithique, reste inexpliqué.

Proche-Orient

Anatolie

Göbekli Tepe. Pilier en T, bas-refief, à g.: renard et bras humain; à dr.: bras, mains et ceinture. Göbekli Tepe. Bâtiment D niveau II, 8800-8000. Musée de Şanlıurfa.
Maquette d’une pièce d’habitation : banquettes, pots au sol et des crânes d’aurochs aux murs
Reconstitution d’une maison du niveau 6. Çatal Höyük, tertre oriental (18 niveaux entre 7100 et 6000). Musée des civilisations anatoliennes, Ankara (MACA)[N 11]

Le site de Göbekli Tepe (d'environ 9300 à 7500 AEC), sur la commune de Şanlıurfa (Anatolie du sud-est, Turquie) et quelques autres comme Karahan Tepe (9400- AEC), correspondent au tout début du Néolithique précéramique PPNA[26]. Karahantepe est une structure architecturale centrée de 28 mètres de large, utilisée pendant plusieurs siècles. La coexistence de bâtiments domestiques, de petites huttes, et de structures communautaires démontre qu'il s'agissait bien de lieux de vie pour ces chasseurs-cueilleurs qui commençaient à pratiquer certaines cultures de céréales et cuisaient une sorte de pain. Le site de Göbekli Tepe, de beaucoup le plus vaste, tire sa célébrité du grand nombre de ses monolithes, la plupart en forme de T, dont certains comportent des représentations naturalistes d'animaux sauvages sculptées en haut et bas-relief dans la roche calcaire : une forme d'art monumental exceptionnel à cette très ancienne époque. Les monolithes ont été extraits sur place[27]. Certains monolithes évoquent des figures humaines - ou surhumaines en raison de leur taille - par un bras replié, en un grand V très fin qui parcourt le pilier dans sa largeur et une main dans la faible épaisseur du monolithe. Comme à Nevalı Çori, des statues et des statuettes ont été retrouvées dans ces « bâtiments spéciaux », des espaces communs semi souterrains, bien distincts des lieux d'habitation - plus petits - qui en sont dépourvus[28],[27].

Le village de Çatalhöyük (v. 7100-6000, Anatolie centrale) était composé de maisons contigües, la circulation se faisant par les toits. L'aménagement comportait des murets de partition et des banquettes, des fosses et des foyers. Certains murs, au niveau VI A étaient couverts de peintures et bas-reliefs avec des animaux de grande taille et des foules d'humains, bien plus petits et en pleine action. Un tiers de ces maisons - sur deux niveaux de fouille - avaient l'aspect, pour les découvreurs, de "sanctuaires" par l'omniprésence du taureau, avec des têtes de taureau en un "plâtre" archaïque - aux cornes en terre (ou naturelles) - qui pourraient sembler aujourd'hui comme des restes sacrificiels[29]. La céramique apparaît brutalement autour de 7000. La sculpture - en argile, en calcaire, en marbre blanc, en albâtre, en schiste ou en roche volcanique - a permis des représentations féminines d'aspect varié, dont des figures obèses et, en particulier, la célèbre « Femme trônant accoudée sur des fauves », une tête apparaissant entre ses jambes[N 12]. Elle a été trouvée dans un silo-coffre à grains. Ce type de représentation féminine reste énigmatique[30]. Notons que les fouilles ont permis de déterrer plus de 2 200 figurines dont la plus grande partie sont des représentations animales avec moins de 5% de figures féminines[31].

Levant

Dès l'Épipaléolithique moyen, au Levant (Proche-Orient), le feu sert à produire un plâtre, par calcination du gypse, et ce plâtre est utilisé alors comme adhésif; au PPNB il a des utilisations variées en architecture, pour le décor ou dans des cadres rituels. Vers 8000 le modelage en chaux ou plâtre semble être préféré à la sculpture sur pierre. Le site d'Ain Ghazal contenait ainsi une trentaine de statues de plâtre sur âme de roseaux, jusqu'à 1 m de haut, ayant été enfouies volontairement et soigneusement. Les deux sexes semblent représentés avec quelques rares détails par des rehauts de peinture et des incrustations de bitume pour les yeux. Sur les sites d'Ain Ghazal, Abou Gosh, tell Ramad (en), Jéricho et Kfar-Hahoresh, ce sont des crânes surmodelés en plâtre avec incrustation de coquillages pour les yeux et peinture qui ont été découverts. Mais un travail similaire sur les crânes s'est rencontré en Anatolie (Nevalı Çori et Çayönü). Les humains se trouvent ainsi représentés à plus grande échelle qu'avec les petites statuettes en usage auparavant[33]. Des masques ont été retrouvés à Hebron et dans la grotte de Nahal Hemar. Ces faces sculptées dans la pierre et soigneusement polies ont des trous sur les côtés : elles devaient, donc, être portées en tant que masques[34].

Statuette. Femme assise construite par boulettes de terre, yeux en grains de café. Tête cônique. Ébauches de petits quadrupèdes.
Statuette féminine, H. 10 env.; petits quadrupèdes. Yarmoukien, v. 5500. Site de Munhata. Musée d'Israël

Les statuettes d'animaux sont nombreuses au Levant à cette époque. La statuette de gazelle de Tell Abu Hureyra nous indique que, vers 6800–6500, la chasse à la gazelle était encore centrale pour cette culture néolithique, néanmoins productrice de céréales. Mais, à cause de la surexploitation de ce gibier les générations suivantes furent contraintes, entre 6500 et 6000, de devenir aussi éleveurs de chèvres et de moutons. C'est à peu près à cette dernière époque - Néolithique céramique ou tardif- que l'usage de la céramique se répand au Levant sud, depuis le Yarmoukien, pour un usage quotidien sans décor ni recherche de forme autre que pratique ; un décor sommaire apparaît sur certains vases par des rythmes d'incisions simples. Les premières céramiques sont, en effet, apparues au Proche-Orient entre, environ, 7500 et 6000 ; c'est-à-dire lorsque tous les autres éléments qui participent au processus de la néolithisation étaient déjà en place[36]. La culture de Shaar Hagolan (site premier du Yarmoukien) présente la singularité de statuettes féminines de terre cuite en boulettes d'argile pressées - avec des yeux « en grain de café » - et, par ailleurs, des galets, à peine incisés ou /et percés qui offrent le plus strict minimum d'anthropomorphisme[37]. Au Chalcolithique, des populations vivant dans un cadre écologique florissant ont travaillé l'ivoire d'hippopotame avec une bien plus grande efficacité dans le naturalisme. Plusieurs statuettes de Beer-Sheva (Beersheba) ont été ainsi découvertes, dont la statuette féminine, ou Vénus enceinte : « Bien qu'acéphale, cette Vénus devait offrir un visage identique aux autres ; sur une face très plate, où la bouche reste toujours absente (...) »[38].

1: Tout petit objet ovoïde, sur le plat une grille de losanges taillés en creux. 2: Le motif, parfait, imprimé.
Petit objet pour imprimer. Stéatite, H. 2,5 cm. Néolithique récent, 6900-5300. Ras Shamra. Syrie

Enfin, la région a produit des sceaux ou tampons à Ras Shamra et Bouqras, en Syrie ; on en a trouvé, à peu près de la même période, en Anatolie, à Çatal Hüyük. Chaque fois il s'agit pour le créateur de construire un jeu de motifs géométriques creusés dans une toute petite surface plate. Ces objets pourraient avoir servi de sceaux mais aussi pour des décors corporels ou pour des impressions sur tissus[39].

Mésopotamie et Haute Mésopotamie. Plateau iranien

Statuette en terre cuite polie.
Figurine. Terre cuite. Tappeh Sarab. Kermanshah, Zagros central ouest. Iran, 7000-6100. Musée national d'Iran
Une bande de chèvres à longues cornes court, coincée des lignes doubles en haut et en bas, entrecroisées entre les deux.
Jarre peinte. Tappeh Esmaeel Abad. Plateau iranien. 5200-4800
Musée national d'Iran

La statuette féminine de Tappeh Sarab, curieusement stylisée, vers 7000-6100, indique la présence d'une culture néolithique au Zagros central iranien, dont les premiers signes remontent environ à 9000 ans. L'image féminine, comme ailleurs dans ces sociétés néolithiques, prend une forme stylisée où les parties du corps sont réinventées et d'une très grande variabilité d'une culture à l’autre : ici, les solutions retenues peuvent être évoquées ainsi : des seins énormes se dressent sur un buste très court mais qui déborde sur une bande de tissus, avec des hachures pour les plis. Le bas du corps est résumé par deux cônes rebondis. Le cou et la tête se suffisent d'une épaisse tige terminée par deux ébauches de pointes pour les yeux[40]. Cette culture du Zagros central permettra l'extension de pratiques néolithiques au Plateau central Iranien, toujours plus vers l'Est, vers le Pakistan actuel (où le site de Merhgarh offre, lui aussi, des figurines féminines stylisées) et même bien au-delà, jusqu'en Asie centrale ; le motif de la femme stylisée - en terre cuite de 10 à 20 centimètres de haut - est réinterprété chaque fois, comme en Europe néolithique. L'interprétation de ce motif comme l'indice d'un soi-disant "culte de le Déesse Mère" et d'un culte primitif de la fertilité, hypothétique au Néolithique, a été vivement critiqué par de nombreux historiens. Le fait est que nous n'en avons aucune preuve[41].

Sur le plateau iranien néolithique les décors des poteries jouent avec des motifs graphiques qui peuvent se référer à ceux de la vannerie ou à des filets, pour piéger les animaux sauvages, comme la chèvre sauvage, elle-même motif décoratif et bientôt animal domestiqué.

Ces cultures néolithiques du Moyen-Orient ont su travailler diverses pierres que l'on peut polir parfaitement pour en faire les éléments d'une vaisselle de pierre aux fonctions les plus diverses. Dans la culture de Sawwan (Tell es-Sawwan, Irak, Mésopotamie centrale) - mais ce n'est pas la seule - ce sont des objets de prestige circulant sur de longues distances[42]. On retrouve ce soin attaché au travail de pierres tendres , de petites tailles - autour de 10 cm de diamètre - comme ce petit vase d'albâtre découvert au Moyen-Euphrate (v. 6300) mais provenant de Bouqras, en Syrie ; ce qui suppose des échanges à cette époque entre la Mésopotamie et le Levant du nord-est. Nous savons, par ailleurs, que le désert a pu bénéficier d'un temps doux et humide localement et temporairement, donc de conditions qui permettaient le développement d'une steppe que l'on pouvait traverser aisément[43].

En Haute Mésopotamie (ou Djézireh), Tell Hassuna est un petit site, d'environ 200 par 150 mètres du VIe millénaire : un village d'agriculteurs-éleveurs parmi d'autres semblables, et dont la fouille a révélé divers récipients et poteries, dont certaines, après 6000, de grande qualité et au décor remarquable. Les dessins y produisent de puissants effets de mouvement comme sur le plat aux oiseaux mais aussi sur un plat avec un décor d'échassiers attrapant des poissons[44]. Cette vaisselle participe à ce vaste réseau d'échanges au Moyen-Orient, et à un ensemble de lieux de production qui diffèrent par leur technologie céramique mais qui partagent certains aspects de leur décoration. La céramique d'Hassuna est soigneusement peinte au pinceau, d'une couleur noire qui vire parfois au rougeâtre à la cuisson, sur une terre couverte d'un engobe clair. Cette culture est contemporaine de la culture de Samarra (6150-5900) et précède la culture de Halaf, néolithiques elles aussi[45].

À la fin du Néolithique, des chefferies se multiplient en Mésopotamie. La culture d'Obeid, vers 5300-4500/4300 se distingue dans un premier temps par des faucilles de terre-cuite, moulées d'une seule pièce - manche et lame - dont la pâte est quasi vitrifiée à la cuisson, avec des éclats de sable quartzeux incrustés qui en améliorent le tranchant[47]. En un second temps, la basse-Mésopotamie (le site d'Ur, par exemple) perd son caractère marécageux ; la céramique est moins raffinée mais on rencontre ces petites statuettes féminines à silhouette élancée, munie d'un haut « bonnet », aux yeux incisés en « grain de café » et présentant un décor incisé, pastillé et peint. Les deux cultures, Samarra et Obeid, en Mésopotamie, ont su bénéficier d'échanges à longue distance, non seulement pour ce que nous pouvons voir aujourd'hui, avec la vaisselle miniature mais aussi avec la céramique peinte et avec des quantités significatives d'obsidiennes[48] alors que l'on constate une stagnation dans le Levant. Dans le domaine de l'architecture le phénomène est spectaculaire : c'est au Tell es-Sawwan (culture de Samarra) que l'on rencontre les toutes premières très grandes constructions pluricellulaires, de 10 à 15 pièces, en briques crues, moulées, de petite taille qui pouvaient être produites en séries, en grandes quantités. La circulation en enfilade, semble y reprendre celle de Bouqras, situé bien plus au Nord-ouest sur l'un des deux grands axes de communication en Mésopotamie. Ces innovations étaient donc probablement le résultat d'échanges répétés depuis longtemps. On était arrivé au passage possible à une autre culture, celle des cités.

Europe

Art mobilier

Vue d'ensemble

Outre de nombreux éléments ornementaux et cérémoniels, l’art mobilier néolithique comprend une large gamme de formes de poteries et autres objets en céramique utilitaires, ou ayant une autre fonction, et dont la décoration repose déjà sur des procédés variés (impression, incision, polissage, lustrage...)[49]. Ces objets en céramique ont été le plus souvent préservés dans les tombes. Mais les défunts sont, pour certain(e)s, accompagné(e)s, par des objets qu'ils soient utilitaires, de prestige ou décoratifs, et en raison du genre de la personne : avec le Néolithique apparaît néanmoins clairement la domination masculine grâce à l'étude de ces dépôts funéraires.

Petite pierre polie à marbrures noires, blanches et filaments rouge orangé.
Hache polie en sillimanite. Manzat, Puy-de-Dôme. H. 85 mm. Muséum de Toulouse

Si la céramique se retrouve dans les tombes d'hommes et de femmes, les objets en pierre taillée ou polie se retrouvent essentiellement dans les tombes d'homme. On y rencontre parfois des objets où la matière, étonnante, a été choisie et travaillée avec le plus grand soin : c'est le cas de cette hache de Mazat, en sillimanite. On y rencontre aussi des objets façonnés manifestement avec art, par des « maîtres-tailleurs » dans des matières « nobles ». C'est le cas des grandes lames de la région du Grand-Pressigny, à la fin du Néolithique, entre 3000 et 2400[50], tirées de grands blocs de silex homogène - qui n'existent que dans quelques régions en Europe - retrouvées jusqu'à plusieurs centaines de kilomètres, régularisées et appointées sous forme de « poignards ». L'un d'entre eux a même fait l'objet d'une remarquable retouche par pression en écharpe, après polissage, ce qui donne à cette lame cintrée une décoration en ondes obliques et manifeste une intention esthétique évidente : un « chef-d'œuvre »[51].

Le choix du jade pour la fabrication de haches - qui apparaît, pour les élites masculines, dans toute l'Europe à la fin du Néolithique[52] - serait lié à trois facteurs : leur aspect esthétique, souvent d'un vert intense, translucide, lumineux et où le poli peut être très poussé jusqu'à un effet miroir ; c'est une matière extrêmement résistante aux chocs pour le travail du bois, mais qui nécessite un très long investissement en temps pour sa confection, peut-être par un spécialiste ; enfin c'est une matière extrêmement rare, avec seulement une vingtaine de gîtes connus sur la planète, tandis qu'en Europe le principal site du mont Viso se situe dans un vallon entre 1 800 m et 3 300 m[53]. Certaines haches présentent enfin un très grand format - jusqu'à 40 cm - encore plus difficile à fabriquer, ce qui en fait un objet de très grand prestige[54]. Cet objet d'art, parce qu'il est en jade, devient un signe de richesse manifeste et correspond à l'apparition de fortes inégalités dans ces cultures néolithiques.

À la fin du Néolithique apparaissent les premiers objets ornementaux en cuivre natif ou en or natif martelé : le Chalcolithique est considéré comme la période finale du Néolithique.

À partir du milieu du Ve millénaire, les objets en cuivre et en or jouèrent un rôle de plus en plus important dans le bassin des Carpates. Parmi les bijoux en or typiques figurent les disques d'or de type Stollhof, ainsi nommés d'après un trésor découvert près de Vienne. Ces disques sont constitués d'une fine feuille d'or et présentent trois bossages disposés en triangle, ainsi que de fines décorations poinçonnées sur les bords. Les deux doubles perforations latérales suggèrent que ces disques étaient probablement cousus sur des vêtements[57].

Céramique

La céramique permet d'identifier chaque culture (en fonction des formes et de la décoration imprimée, gravée ou peinte). L'art abstrait géométrique multiplie les structures, parfois simples, parfois très complexes et parfaitement maîtrisées dans l'espace contraignant tridimensionnel du vase. On peut citer à titre d’exemple, en Europe :

  • la culture rubanée, que l’on trouve en Thessalie et Macédoine dès 5800-5300 soigneusement lustrée, souvent aussi peinte en rouge sur beige ; puis au cœur du continent, de 5500 à 4700 du Bassin parisien aux Carpates, et dont la décoration est gravée avec des motifs géométriques, dont certaines sous forme de rubans aux courbures sinueuses caractéristiques. La culture de la céramique décorée au poinçon enrichit les solutions décoratives au poinçon entre 4900 et 4400 en Europe centrale et du sud - comme en Tchéquie - à l'époque des mégalithes armoricains.
  • la céramique imprimée de la culture de la céramique cardiale, au VIe sur certaines régions donnant sur de la Méditerranée et l’Adriatique, porte des décors par impressions, réalisées avec des coquilles de coque.
  • Dans le sud-est de l'Europe, surtout à la fin du Néolithique, la céramique peinte prédomine avec la parfaite maitrise d'un art abstrait géométrique très complexe.

Sculpture

La sculpture connaît un développement précoce et original : pratiquement dans toutes les cultures néolithiques d'Europe orientale apparaissent, dès les phases anciennes, des figurines féminines de terre cuite mais aussi de pierre, supposées représenter une hypothétique « Déesse Mère » symbolisant la fertilité. Quelques exemplaires remarquables ont été mis au jour à Khirokitia[64] dans le Néolithique précéramique de Chypre, à Sesklo et Dímini, en Grèce, et surtout, dans les cultures de Vinča, Serbie et de Cucuteni ou Hamangia en Roumanie. À Lepenski Vir en Serbie, des sculptures de pierre grossièrement taillées représentent des personnages d'aspect si particulier qu'ils ont été interprétés comme des êtres hybrides mi-hommes, mi-poissons.

Les deux figurines - homme et femme - de Hamangia, en Roumanie vers 5000-4600, qui ont été vues comme en train de penser, et bien que ne formant pas une paire de sculptures au moment de leur création - d’autres figures de « penseurs » existent dans cette culture [65] - et témoignent clairement d'une société inégalitaire patriarcale, l'homme étant assis sur un tabouret tandis que la femme n'en bénéficie pas[66]. Par ailleurs, les prétendues « scènes de culte » découvertes en Bulgarie et plus généralement en Europe du Sud-Est correspondent à des groupes de figurines dont la fonction reste inconnue. Ce sont souvent des figurines féminines, rarement le genre n'est pas identifiable, très rarement des hommes, mais on trouve aussi de très nombreuses figurines d'animaux, enfin du mobilier (sièges, bassins, vases...) et parfois à l'intérieur de maquettes architecturales. Dans le cas représentatif de Dikili Tash en Macédoine orientale, au Néolithique récent, l'attention s'est toujours fixée sur le décor des figurines, peintes avec soin[67]. Quant aux figurines féminines de la culture de Cucuteni-Trypillia, à la tête cônique et au corps strié, ponctué, ou au corps « tatoué », elles se trouvent aussi bien en Roumanie qu'en Ukraine.

La fin du Néolithique, c'est aussi le début de la période des grandes stèles gravées, ou statues-menhirs aux figures, le plus souvent, guerrières, comme celles que l'on trouve dans le sud de la France (au musée Fenaille) et dans le nord de l'Italie (au Castello del Piagnaro à Pontremoli). On rencontre, parmi elles, quelques femmes comme la Dame de Saint-Sernin et celle de la Lunigiana. Les statues-menhirs du groupe rouergat, étaient placées à proximité des tombes mégalithiques dont elles paraissaient assurer la garde. Datées entre le IVe et le IIIe millénaire, ces personnages voient leurs attributs s’enrichir d’une profusion de motifs géométriques évoquant les vêtements et les armes de l’époque, dont les poignanrds de cuivre que l’on retrouve dans les tombes. Elles finissent brisées, décapitées, emportées par l’époque suivante comme par une fin de règne[68].

Art rupestre : Levant espagnol

Faute d'arguments incontestables, l'art du Levant espagnol n'est pas attribuable ni aux Mésolithiques ni aux Néolithiques[69].

Certaines représentations rupestres mettent en scène des animaux domestiques (à Cogul notamment) et certains objets figurés (faucilles) permettent de supposer que ces peintures-là ont entre 8 000 et 5 000 ans. Il s’agit de peintures murales qui apparaissent dans les falaises rocheuses et les abris-sous-roche peu profonds en montagne et dans les zones escarpées des provinces méditerranéennes espagnoles, depuis Lérida jusqu'en Andalousie ; les sites de Cogull, Alpera et Barranco de la Valltorta peuvent être mentionnés, parmi tant d'autres.

Aucun art mobilier ne semble associé à ces peintures rupestres, réalisées avec des pigments naturels broyés et dilués dans des matières grasses animales. La thématique principale est liée à l'être humain et ses activités quotidiennes (scènes montrant le bétail, chasse, danses rituelles) ou même des scènes de luttes violentes. Les styles sont très spontanés : les personnages ont des attitudes expressives, vivantes et forment des scènes dynamiques et animées. Les personnages sont représentés par des silhouettes stylisées et monochromes (rouge ou noir), plates et sans modelé ou par un tracé linéaire.

Exceptionnellement, dans l'art macro-schématique de la région néolithique d'Alicante, on trouve une figure anthropomorphe aux bras levés qui fait la célébrité d'une paroi du Pla de Petracos (Alicante) et on retrouve une figure similaire sur un vase de la céramique cardiale de la Cova de l'Or (Alicante)[70]. Ce qui permet de dater, à peu près, la peinture rupestre en question du VIe millénaire. Georges Sauvet fait remarquer, à ce propos, les contacts probables entre Mésolithiques et Néolithiques et souligne que ces images pérennes, peintes ou gravées, permettaient de fournir des éléments d'identification et de différenciation aux membres de ces communautés : ici néolithiques, mais ailleurs ce pourrait être l'œuvre de Mésolithiques, de plus en plus refoulés par les nouveaux arrivants, très envahissants[71].

Mégalithes

Le phénomène mégalithique pourrait être considéré comme la première manifestation architecturale monumentale en Europe. Sa naissance paraît avoir lieu à la fin du Ve millénaire dans plusieurs foyers simultanés le long de la façade atlantique, depuis Huelva (en Espagne), jusqu'aux Shetland et au Jutland. Chronologiquement, le mégalithisme perdure bien au-delà de la phase néolithique, pendant l'âge du bronze, notamment dans le nord. Il s’accompagne alors d’une évolution des procédés de construction.

Au Néolithique moyen, autour de 4600, au sud-est du Bassin parisien et en Basse-Normandie, les longs tumulus de la culture de Cerny - des enclos étroits et allongés jusqu'à près de 300 m de long - sont les premières manifestations de ces structures funéraires monumentales mégalithiques. Peut-être un peu plus tard, les monuments souvent gigantesques autour du golfe du Morbihan - dont, à Carnac, le tumulus Saint-Michel et celui du Mané er Hroëk à Locmariaquer - constituent « la première architecture pérenne de l'histoire de l'humanité »[72]. On y avait déposé des quantités d'objets dont certains exceptionnels : haches polies, voir sur-polies, anneaux en jade, perles et pendentifs en variscite qui signalent la captation de richesses immenses par les élites de ces confins du monde terrestre, face à un océan sans fin. Ce déploiement irrationnel de richesses semble avoir asséché tout désir semblable chez les élites de l'intérieur[73].

Un mégalithe peut être défini comme une construction en pierres de grandes dimensions. Si la typologie se diversifie au cours des périodes postérieures, au Néolithique, il existe essentiellement quatre types de monuments mégalithiques :

  • le menhir, qui consiste en une grande pierre brute dressée à la verticale, isolée ;
  • l'alignement, qui correspond à une association de plusieurs menhir en lignes ;
  • le cromlech, qui correspond à l'association de plusieurs menhir en cercles ; ces cercles de pierre connaissent un développement important durant les Âges des métaux dans les îles Britanniques, où ils reçoivent le nom de henges ;
  • le dolmen, tombe mégalithique collective composée d'au moins une chambre funéraire couverte à l’origine par un tumulus, qui a le plus souvent disparu depuis. Ce schéma est le plus commun, mais il existe de nombreuses variantes plus complexes ou plus simples. La chambre funéraire abritait généralement les restes de nombreux cadavres avec leur mobilier funéraire.

La décoration des mégalithes est généralement abstraite même si certains présentent aussi des figures schématiques. Trois régions principales ont livré ce type de monument décoré : la Bretagne (cairn de Barnenez et dolmens de Mané-Kerioned par exemple), l'Irlande (Newgrange ou Loughcrew (en), entre autres) et le Nord-Ouest de la péninsule Ibérique (Antelas et Padrão au Portugal[74], Granja de Toriñuelo (es) et le dolmen de Soto en Espagne).

Les premières phases décoratives sont généralement abstraites (formes curvilignes et géométriques, cupules), gravées ou peintes. Avec le temps apparaissent des formes schématiques identifiables (armes, anthropomorphes, zoomorphes…). Ces décorations paraissent être néolithiques même si, dans certaines représentations, il est possible de reconnaître des objets métalliques impliquant une longue survivance dans l'usage de ces monuments.

Grosse pierre, sur un côté, couverte de reliefs: spirales, ondes, et quelques quadrilatères.
Décor de spirales, ondes et quadrilatères à l’entrée de Newgrange (Irlande)

Les pétroglyphes atlantiques sont associés aux monuments mégalithiques, dans les zones rocheuses de la façade atlantique, depuis l'embouchure du Tage, au Portugal, jusqu'aux Orcades au Royaume-Uni en passant par la Galice, la France et l'Irlande. Les motifs semblent les mêmes : motifs curvilignes, méandres, cupules, spirales, labyrinthes, carrés… Les représentations anthropomorphes ou zoomorphes étant peu nombreuses. L’apogée de cet art correspond toutefois au IIe millénaire, c'est-à-dire à l’âge du bronze. Il n'est, en effet, pas rare de rencontrer des réalisations semblables bien plus tard, comme avec les henges britanniques jusqu'au cours de l'âge du bronze.

Autres pratiques

Les tombes ont conservé de nombreux objets où nous reconnaissons des formes d'art. Des artistes des XXe et XXIe siècles y ont trouvé la confirmation de ce qu'ils cherchaient, gestes et procédés artistiques comme la stylisation[75]. Et dans un mouvement similaire, le public actuel reconnait des qualités artistiques aux objets anciens en fonction de ce que les artistes qui leur sont contemporains leur ont appris à voir. Or certains gestes rituels du néolithique ont pu aussi laisser des traces signifiantes qui ne s'incarnent pas dans des objets : les cultures néolithiques du rubané - en Europe, de 5 500 à 4 700 - ont ainsi fait usage d'une couleur, le rouge, dans le rituel funéraire quel que soit l'âge ou le genre du défunt. Ils ont ainsi reproduit une pratique constante au Mésolithique et au Paléolithique européen : faire intervenir dans le rituel funéraire la couleur rouge (sous forme d'ocre ou d'hématite, en poudre ou en nodules : des oxydes de fer). Cette couleur aurait pu être répandue sur le défunt ou sur des objets qui l'accompagnaient, ou déposée dans des poches en matière périssable. Ce geste - étendre, répartir la couleur réelle, en abondance ou parcimonieusement, en poudre ou sa forme virtuelle, sous forme de nodule - peut donc être vu comme un geste artistique significatif ; d'autant plus que certaines tombes n'en ont pas bénéficié [76].

Afrique

Égypte prédynastique

Dans la vallée du Nil, aux crues souvent bénéfiques, des populations vont se mettre à produire pour elles-mêmes en élevant des animaux domestiqués et en cultivant des plantes sélectionnées dès le VIe millénaire en Moyenne-Égypte. Ces sociétés vont produire les premiers souverains d'Égypte.
Pour la culture prédynastique de Nagada, la vaisselle, essentiellement en terre cuite, constitue l'essentiel du mobilier funéraire et peut recueillir des offrandes alimentaires, réelles ou fictives. Mais elle n'est pas représentative, pour autant, de la batterie de vaisselle domestique. Cependant, le bol personnel du défunt pouvait être placé à côté de sa tête ou à portée de main, comme la faucille de silex l'était pour le paysan. En fait, ces objets représentaient la personne défunte. Par contre, les vases en céramique décorée - dont ceux à décor de bateau funéraires[N 19] - et ceux à anses ondulées étaient plutôt réservés aux pratiques funéraires. Certains ayant servi à recevoir l'offrande, d'autres, seulement en tant que vase et pour ce qu'il représentait[78]. Au cours de la phase Nagada IIa, la célèbre statuette de femme qui semble danser appartient à un type, presque toujours brisé, dont la fonction reste une énigme[79], bien que l'on ait remarqué des figures semblables sur le bateau du mort, sur certains vases peints[N 20]. On peut noter aussi quelques objets d'art comme :
- Un de ces bols (le bol du Met) qui a des pieds pour se déplacer.
- Un grand nombre de vases funéraires à décor de bateau. Le bateau est déjà associé au voyage au-delà de la mort, comme sur un des vases funéraire, de Nagada II au Met.

Le plus ancien cimetière néolithique africain en 2011, sur un site voisin de Kerma, au Soudan, conservait la tombe d'un enfant qui portait un bracelet en os d'hippopotame et un collier en perles d'os et d'amazonite[N 21].

Sahara vert

Paroi rocheuse sculptée en creux.
Bovidés qui s'abreuvent à l'oued Edjeriou. « Les taches de leur pelage, évoquées par des formes diverses, sont profondes de plusieurs centimètres et polies avec soin ». Terarart ou Tegharghart (Djanet). Tassili n'Ajjer, Algérie. Gravures polies[N 22].

Les habitants du « Sahara vert » - plus exactement : Période humide africaine - d'abord chasseurs-collecteurs ont connu ensuite des cultures néolithiques de pasteurs qui pratiquaient l'élevage de bovins et de caprins. Les traces peintes de leurs passages, souvent superposées au fil des millénaires sur les parois rocheuses, posent de nombreux problèmes aux archéologues ; mais ce ne sont pas les seuls indices qu'ils ont laissés :

  • En effet, les peintures rupestres, les gravures, ainsi que des objets (outils de chasse, meules, outils de travail - silex taillés ou polis, grattoirs, racloirs, couteaux, perçoirs - témoignent de nombreuses activités humaines au Néolithique, telles que la confection d'objets en céramique, la taille du silex, la chasse, l'agriculture (troupeaux, qu'il faut distinguer des animaux sauvages, représentés, eux aussi).
  • Les bétyles : On trouve surtout des bétyles[N 23] à Tan Khadija (Tassili Azguer) : ce sont des pierres dressées, de petite taille. Certains furent découverts par Henri Lhote (1969)[N 24]. Ces bétyles (edbaden) seraient recouverts de tissus par les Touaregs qui les maquillaient comme des idoles, parfois à tête de chouette. Ils marquent l'emplacement d'une sépulture (adebni ou edebni) et incarneraient des hommes et des femmes pétrifiés par les divinités[80]. L'un[81], signalé en 1987 pour la première fois, fait 65 cm de hauteur : il est gravé, et se trouve à Tarahamt, Tassili de l'Immidir, entre Tamanrasset et In-Salah, dans le Parc National du Hoggar : il représente une silhouette d'homme debout, les deux bras en l'air, légèrement pliés.

Art rupestre

L'art rupestre est l'unique source dont on dispose pour se représenter la vie des néolithiques, au plus près de leurs activités, de leurs objets et de leur environnement animalier. Néanmoins, ces images nous restent encore énigmatiques. Le Sahara offre la plus abondante source d'art rupestre au monde[84].

Visage de profil, buste de face, bouche ouverte, s’exprime avec les mains.
Gravure rupestre du Sud-oranais, R'cheg Dirhem, Algérie.

En Afrique, de très nombreuses régions abritent diverses écoles d'art rupestre qui offrent chacune plusieurs styles. Du Nord au Sud, on rencontre : les écoles pastorales sahariennes (dont le style des Têtes Rondes), les écoles géométriques de l'Afrique du Centre et de l'Ouest, les écoles Sandawe et des Grands Lacs, les écoles pastorales de la Corne de l'Afrique, les écoles Twa, puis les écoles San, au Sud (avec les écoles géométriques non-San)[85].

Si l'on ne prend que le Sahara central[N 25] deux groupes de datations ont été émis par les chercheurs : des dates "hautes", depuis le Pléistocène ou depuis la charnière Pléistocène-Holocène[86], et pour d'autres, aux dates "basses", toutes les peintures et gravures sont de culture néolithique ou postérieures[87]. Des milliers de peintures et gravures rupestres que révèle actuellement le traitement de l'image numérique sont ainsi datées, selon le deuxième groupe, depuis 6000-5 500 ans avant notre ère jusqu'au premier siècle de notre ère[N 26]..

Enfin, les peintures sont parfois associées à des inscriptions en tifinagh dites « inscriptions lybico-berbères »[88]. La palette « Art rupestre du Sahara » ne présente que les articles actuellement créés sur Wikipédia. D'autres sites existent néanmoins[N 27]

Une chronologie en cours
Campement: installation. 16 figures, actions diverses. Certains bovins placés devant d’autres: profondeur.
Groupe en déplacement : troupeau aux robes tachetées et structures d'habitat mobile. Site de Jabbaren, Tassili-n-Ajjer, Algérie

Les recherches sur le Sahara ont donné lieu à de nombreuses recherches et publications[N 28].

En 2004 et 2019 Ginette Aumassip (pour ne citer que cet auteure du groupe des dates "hautes") a publié : Préhistoire du Sahara et de ses abords : Tome 1 - le Paléolithique ou de temps des chasseurs, et Tome 2 - Le Néolithique ou le temps des producteurs[89].

En 2023, lors d'une conférence, une vue chronologique présentée par Jean-Loïc Le Quellec (pour n'en citer qu'un du groupe des "dates basses") sur le Sahara central (Tassili et Messak). Ses recherches présentaient l’aspect détaillé ci-dessous[N 29] :
- La période pré-pastorale correspond à l'optimum humide qui s'achève avec deux évènements arides. La grande faune africaine occupe cet espace jusque vers 2000.

- Moments arides : événement climatique de 6200 AEC ; événement climatique de Bougdouma-Oyo, v. 5200 (sur 2 siècles) ; événement climatique de 2200 AEC ; vers 3500 début de la chute du nombre de lacs aujourd’hui asséchés ; vers 2000, fin du pastoralisme des bovins domestiqués, et vers 1000, fin du pastoralisme des caprinés domestiqués.
Avec les données de Le Quellec en 2023 on peut donner ces datations :
Messak :

Plateau du Messak, Acacus (ou Akakus, ou Acucas), Tadrart, Aramat
- v. 4500 ? - v. 4000 : Style du Messak
- v. 4000 ? - v. 2200 : Style de Tazina

Tassili:

Azzar, Acacus, Aramat, Tadrart, Immidit, Tefedest (N. du Hoggar) : - v. 5500 ?[90] - v. 3900 : Style des Têtes Rondes |v. 3700/3000 - v. 2200 Style d’Iheren (ou Eheren)[91] | v. 2000 Caballin / Ti-N-Annéwen (Tadrart Akakus)
Azzar : v. 5200 ? - v. 3900 : Style d'Ozan Ehare (ou Ozan Ehere)[92] | v. 3700 - v. 2200 Style d’Abañher | v. 2000 Caballin / Ti-N-Annéwen

- Vers 2000, la grande faune sauvage disparait. Au début de l'ère commune, probablement vers le Ve siècle le style camelin apparait.

Par ailleurs, on peut remarquer qu'en 2023, pour certains auteurs, deux catégories ne sont plus utilisées : le « bubalin » et le « bovidien »[93].

Peintures et gravures

Les gravures sont réalisées à la pointe (un trait fin), ou au trait large et poli ; dans ce cas, après un premier tracé par une série de trous, puis par un polissage très long. Les peintures sont des dessins peints sur la surface rocheuse, d'un trait ferme, sans retouche. Dans le style d'Eheren (ou Iheren), le trait fin peut détailler les figures, les accessoires et jouer de lavis qui détachent un plan derrière un autre. Dans tous les cas, les caractères du lieu, les fractures dans la roche peuvent être intégrées à l'espace suggéré par la scène. Enfin, les plus récentes gravures (avec chars et chameaux) ont été réalisées par piquetage[94].

Afrique de l'Ouest, Afrique Centrale, du Sud et de l'Est

Fragment d’une sculpture en terre cuite à grains blancs: visage, bouche et yeux ouverts, repris sur trois faces.
Tête à trois visages, Ier millénaire AEC. Culture Nok. Terre cuite, H. 25,5 cm. Usage funéraire. Musée du Quai Branly.

L'agropastoralisme s'est répandu en Afrique centrale et du sud au premier millénaire avant l'ère commune. En Afrique de l'Ouest les trois complexes néolithiques sont Dhar Tichitt, dans le sud de la Mauritanie, Kintampo, au Ghana et Gajiganna, dans le nord-est du Nigeria, dont la poterie est décorée selon les techniques d'incision, de gravure et de bande de berceau (RSW), ainsi que d'impressions de nattes. Dès la fin du premier millénaire avant l'ère commune la technologie du fer - donc après le Néolithique - était déjà connue au nord de l'équateur : la culture Nok de cultivateurs (mil à chandelle et haricot) célèbre pour ses sculptures en terre cuite en fait donc partie, mais la poterie avait commencé avant : avec le Nok ancien : 1500-1000 AEC et le Nok moyen : 1000-500 AEC. Les premières sculptures en céramique apparaissent vers 900 AEC et la technologie du fer vers 800 AEC. Cette technologie-là n'atteindra le sud de l'équateur qu'à la fin du premier millénaire de l'ère commune. Cependant des dates encore plus anciennes ont été annoncées au Rwanda et au Burundi : avant le second millénaire avant notre ère. Enfin l'usage du fer se répand au nord-ouest de la Tanzanie dans la seconde moitié du premier millénaire avant l'ère commune, en Égypte un peu avant Méroé (avant le IVe siècle avant l'ère commune), et au Soudan, où le fer est produit et utilisé vers 700−500 AEC[97].

À propos de l'art rupestre sud-africain et d'Afrique centrale, le British Museum regrette qu'il y ait une absence flagrante de chronologies régionales sécurisées. Cela pourrait concerner l'art des peuples d'agriculteurs de parlé Bantou, avec certaines gravures rupestres de Thaba Sione (Afrique du Sud) de l'Âge du fer[98]. Par ailleurs, l'art rupestre de style Twa (Pygmée) remonte à environ entre 1 000 AEC et 1 000 EC et a été réalisé par des groupes de chasseurs-cueilleurs en Afrique orientale et centrale[99]. Le peuple San - des chasseurs-cueilleurs - a aussi laissé de nombreuses et complexes peintures rupestres au Zimbabwe[100].

Iran - Asie centrale - Asie du Sud

Pakistan. Le site néolithique de Mehrgarh est situé au Baloutchistan pakistanais, dans la plaine de Kachi, près de la passe de Bolan, à l'ouest de la vallée de l'Indus. Selon les dernières études, l'occupation néolithique initiale n'aurait débuté que vers 5000, et aurait duré seulement deux à cinq siècles. Parmi les vestiges, datés par le radiocarbone, les figurines présentent des similarités avec des productions provenant de sites néolithiques et chalcolithiques, également datés d’il y a environ 7 000 ans, situés à l’ouest, notamment en Iran tout comme les espèces animales et végétales domestiquées à Mehrgarh[106].

Inde (Néolithique : 3000-1200). En Inde du Sud, au Karnataka dans le district de Raichur, une étude portant sur un cimetière néolithique éclaire l'évolution progressive de cette culture - alors que l'on pensait auparavant à une évolution brutale causée par une invasion. Ainsi les rites funéraires voient l'introduction progressive de nouveaux matériaux, de nouvelles technologies et de nouvelles pratiques d'inhumation, et une évolution des vases funéraires ou utilitaires. Des distinctions sociales apparaissent donc progressivement dans ce contexte[107]. En ce qui concerne la céramique, on voit apparaître des vases utilitaires en céramique fine, polie et engobée, puis, plus tard, des objets en cuivre. Ces différentes pratiques sont des signes de relations d'appartenance et de différence au sein de groupes et de réseaux sociaux, probablement des réseaux de parenté, ou liés au lieu de vie, ou en raison d'autres associations coopératives. Ce cimetière contenait dans des sépultures en fosse du troisième quart du {{III}}, pour les plus anciennes, des céramiques grises unies et polies et de formes variées (par exemple, des jarres à bord évasé et des jarres à bec), soit dans les dépôts environnants, soit en petit nombre comme mobilier funéraire.
Au tournant du IIe millénaire, à côté de sépultures en fosse on rencontre des sépultures en sarcophage de terre cuite, et des sépultures en cercueil organique incinéré qui présente principalement des céramiques à engobe poli (par exemple, la céramique noire et rouge, et les céramiques noires et rouges à engobe poli) ; ces dernières sont plus souvent associées aux pratiques funéraires mégalithiques et aux déchets ménagers de l'âge du fer qui a suivi. Elles indiquent la possibilité de festins funéraires au début du IIe millénaire[108].
Ici l'évolution du style des céramiques prouve une lente évolution de la culture néolithique vers l'âge du fer en Inde.

Asie centrale. Dans l'environnement particulièrement contrasté du centre de l'Asie centrale, au Néolithique local (Xe-IIIe millénaires), les échanges - de biens artistiques, en particulier - mettent en jeu des objets en silex et les techniques pour les produire mais aussi, pour ce qui concerne cet article, des motifs et des thèmes décoratifs sur céramique, voire des figurines féminines. Ces échanges se font entre des populations de chasseurs-pêcheurs-éleveurs, comme la culture de Kel'teminar - culture d'Ouzbékistan, en partie nomade - et des populations plus ou moins éloignées, jusqu'en Iran : des agriculteurs sédentaires dans les oasis du Turkménistan - comme l’ensemble Anau-Namazga III-IV[109]. L'existence de ces témoins visibles attestent donc l'existence d'échanges, mais pas uniquement. En effet il ne s'agit pas, ici, de transfert d'objets mais de leur imitation - comme les figurines d'Altyn-depe et celles de Kel'teminar - et de leur réappropriation : l'objet ou le motif est réinterprété pour être intégré à l'autre culture, réceptrice[110]. Il en résulte un phénomène d'hybridation culturelle[111]. Ainsi telle technique utilisée initialement aura été abandonnée pour une autre tout en produisant un objet ou un décor similaire, mais avec un écart très net, par une opération de réinvention[112]. Le monde des agriculteurs sédentaires prépare, alors, l'émergence de grandes civilisations urbaines, interculturelles, du bassin de l'Oxus, tandis que celui des pasteurs évoluera vers le monde complexe « des steppes », à l'âge du bronze[113].

Extrême-Orient

Chine

Terre cuite brune fortement altérée. Bassine au bord (marli) courbé vers l'extérieur.
Bassin, terre cuite. Site de Shangshan, 9400-6600[114]. Musée du Zhejiang.
2 anneaux d’oreille jaunes, translucides, identiques.
Anneaux d'oreille, jade jaune, D~ 4 cm
Culture de Xinglongwa, 6200-5400[115]. China Arch. Museum.

Le Néolithique en Chine ne ressemble pas à ce qui s'est passé au Proche Orient et en Europe ; il est un peu moins ancien. Par-contre les tout premiers usages de la poterie datent de la fin du Paléolithique (v. 16000-12000 AEC : Yuchanyan, avec un décor cordé) ; pour les chasseurs-collecteurs les déplacements ne favorisaient pas la conservation de ces poteries modelées et fragiles car cuites à basse température[116]. Ensuite, au début de l'Holocène (9700-7000 AEC) chaud et humide les ressources étaient abondantes. Des chasseurs-cueilleurs d'alors ont réduit leurs déplacements. Avec la première expérience d'exploitation du millet sur le site de Nanzhuangtou des fragments de céramique portent des motifs festonnés. La néolithisation, avec les premières cultures, commence vers 7000[117].

Les premiers usages du riz sauvage apparaisent dans la culture de Shangshan (9000-6000), dans la région de Shanghai. Les bassins en céramique, à fond plat, que montent, au colombin, les habitants sont bien représentatifs de leurs créations essentiellement pratiques. Peu après, leurs voisins, les habitants de Kuahuqiao, ont domestiqué la culture du riz ; une production qui reste très réduite. Or, certains vases de terre cuite de cette culture manifestent un tel raffinement pour l'époque que l'on a pu penser qu'ils auraient servi à contenir une boisson de riz fermentée (une forme de bière) pour les fêtes, et que le riz était réservé à produire cette boisson très valorisée[118] : cela semble bien prouvé sur le site de Jiahu. Par ailleurs, des lignes en relief régulières sont visibles sur certains types de vases, suggérant un façonnage sur des tours à rotation lente. D'après les expériences, les céramiques de Kuahuqiao étaient cuites à des températures relativement basses, entre 750 °C et 850 °C[119].

Les premiers objets en jade - de couleur - sont des bijoux, des anneaux d'oreille réalisés dans la culture de Xinglongwa (Mongolie-Intérieure)[120] : une société de tout premiers agriculteurs (leur régime comportait 85% de plantes : millet, maïs et sorgho) qui ne présente aucun signe de hiérarchie, les maisons, toutes semblables, étant plus ou moins alignées en rangs très serrés derrière un fossé[117]. Les premiers objets laqués (culture de Hemudu, v. 5200-4200, au Néolithique moyen) sont des objets utilitaires ; on s'en sert alors pour protéger le bois : le premier objet laqué est un bol (v. 5000). Un objet en ivoire de cette culture, semble évoquer une figure emblématique de la culture chinoise : taillé en forme de pagaie et orné d'éléments multiples dont la partie supérieure comporte des yeux et un bec, ce curieux objet ressemble à un oiseau-hybride, ce qui nous évoque la tradition du "phénix", le Fenghuang, dans la culture chinoise ultérieure. Au Néolithique moyen la culture de Yangshao, produit des céramiques aux formes variées, pratiques et solides montées sur un tour à rotation lente, la tournette. Les coupes et bassins du Yangshao moyen - de la phase Miaodigou, v. 4000-3500 - sont, alors, soigneusement peintes en noir, éventuellement sur engobe, avec des motifs naturalistes - comme des fleurs - ou non figuratifs.

Les céramiques peintes en Chine à cette époque multiplient les motifs non naturalistes, quoique le naturalisme trouve aussi d'admirables solutions comme de décorer le bord interne d'un vase par des lignes de danseuses[123]. Le naturalisme peut prendre un aspect très stylisé comme pour cette bouteille peinte, recouverte de son "gobelet" - mais soudé à lui - avec un genre de visage tatoué divisé verticalement en deux. Le travail, apparemment libre de toute figuration, abstrait, joue sur la tension entre lignes souples et aplats noirs tout au long de la surface courbe et parfois sans aucune frise, sans motif répété, un jeu de lignes. Cette céramique peinte est particulièrement visible dans la culture de Banpo (dès 4500-4000), sur le moyen Fleuve Jaune, à 10 km à l'est de Xi'an[124].

La statuette représentant une femme enceinte appartient à un ensemble de figurines féminines découvertes en fragments dans les sépultures de l'élite et dans des fosses sur le site de Niuheliang (v. 3650-3150) appartenant à la culture de Hongshan (v. 4500-3000), en Mongolie Intérieure. Dans cette culture, les villages et leurs cimetières étaient séparés des centres cérémoniels[N 32]. À Niuheliang un espace est désigné comme « temple de la Déesse » en raison de deux structures semi enterrées - la plus grande, de 18,4 m x 6,9 m - qui contenaient des sculptures fragmentaires humaines et animales (griffes et dragons-cochons). Les sculptures humaines, de la taille humaine à trois fois cette taille, correspondent à 7 personnages, un seul fragment - une poitrine - indiquant une figure féminine. Une trouvaille singulière a été remarquée : un visage d'argile à taille humaine et dont les yeux sont deux boules de jade vert[125].

Coupe à haut pied, étroite et profonde, à bord large en coupe presque plate : très petite épaisseur bien visible.
Coupe, ép 0,5 mm. H env 20 cm. Culture de Longshan, Shandong, v. 2000. Céramique lustrée, pied creux ajouré. Université de Pékin

Le Néolithique final voit se transformer les rituels pratiqués par les élites au Shandong, la vaisselle suit : ainsi un nouveau type de céramique, noire, lustrée et extrêmement fine, la céramique « coquille d'œuf » de la culture de Longshan, vers 2000-1800, utilisée en contexte rituel[128][129]. Elle aurait été fabriquée à partir d'une argile noire uniforme, non dégraissée. Les pièces étaient tournées séparément sur un tour rapide avant d'être assemblées, grattées, polies, lustrées. Cette céramique exceptionnelle qui peut atteindre un demi centimètre d'épaisseur offre une grande variété de formes. Les pieds étaient creux et larges pour une prise en main aisée, et ornés de motifs ajourés. Le long rebord évasé de la coupe permettait de refroidir rapidement le vin chaud avant de le déguster[130].

Au cours du Néolithique final, la très forte hiérarchisation de la société se manifeste dans la région de Shanghai et au nord-est de Pékin par le grand nombre d'objets de jade, travaillés à la perfection et déposés dans les tombes. Le travail de la pierre polie appliqué au jade produit, comme en Europe ou ailleurs dans les sociétés néolithiques, des objets de luxe qui indiquent un monde qui se hiérarchise. Ces objets sont ici déposés en nombre sur les défunts, surtout dans la culture de Liangzhu, au Néolithique final, avec des formes énigmatiques, dont le disque bi et le tube cong. Deux motifs doubles taillés ou gravés dans le jade, « le cochon-dragon » et « l'homme-animal » distinguent les élites de la culture de Hongshan (4700-2900, au nord-est de Pékin) de ceux de la culture de Liangzhu (3300-2000, vers Shanghai). Par ailleurs, à l'extrême ouest, à l'entrée du corridor du Hexi, la culture de Qijia bénéficie de contacts avec les pasteurs nomades d’Eurasie : la culture d'Andronovo. Ceux-ci apportent de nouvelles céréales : le blé et l'orge d'Asie centrale. Ils apportent aussi la technologie du bronze (outils et ornements) à la Chine qui l'ignore[131]. Inversement l'usage du jade pour les élites transite par le peuple Qijia jusqu'à Tianshanbeilu, à l'Est du Xinjiang. C'est un peuple de passeurs que le petit vase à deux pieds pourrait évoquer.

Corée

La néolithisation en Corée correspond à un processus au cours de la période de la céramique Jeulmun. L'état actuel (en 2025) des recherches sur le Néolithique de la Corée, montre que l'agriculture n'y a joué, jusqu'à la fin de la période, qu'un rôle très secondaire. Mais elle est bien apparue au cours de cette période. La néolithisation de la Corée s'est poursuivie au cours de la période de la céramique Mumun : au Mumun ancien et classique, avant l'âge du bronze du Mumun récent. Aucune hiérarchie ne fragmentait initialement cette société. La céramique existait déjà au Mésolithique, d'ailleurs apparue en Corée même, sans apport extérieur : la poterie de type Kosan-ni ou archaïque et sans décor. Au Néolithique c’est encore une poterie montée au colombin[132].

Un Cri : Coquille St-Jacques percée grossièrement de deux trous: les yeux ; un grand trou très irrégulier: la bouche.
Coquille St-Jacques retouchée, L.10,7 cm. Amas coquillier de Dongsam-dong, néolithique, niveau 3
vers 5000 AEC.
Musée national de Corée.

Dans cet univers, souvent de bord de mer ou de cours d'eau où une agriculture est peu visible, et sur des amas coquillier sans rivalité hiérarchique, les ornements du corps sont d'une grande simplicité : une très grosse patelle dont on n'aura gardé que la base circulaire sur deux centimètres fera ainsi office de bracelet, une petite pierre polie et percée peut devenir un pendentif élégant, une coquille Saint-Jacques percée de trois trous devient un personnage qui crie, un petit masque.

Paroi rocheuse couverte de gravures.
Les pétroglyphes de Bangudae, à Ulsan (entre 7000 et 3500). H. 5 m x L. 8 m. Source : Ulsan Petroglyph Museum (réplique)[133]

Les pétroglyphes de Bangudae se trouvent dans la vallée du Tae-hwa qui coule vers la Mer de l'Est, dans la région d'Ulsan. Ces 200 figures, ont été gravées dans le grès depuis le Mésolithique, vers 7000 avant l'ère commune, jusqu'à l'époque des Trois royaumes de Corée, vers 300-400 de l'ère commune. Au Néolithique ce sont des multitudes d'animaux : baleines et baleineaux, d'autres animaux marins, poissons et tortues, divers animaux terrestres aussi, comme des cervidés et des carnivores, dont un tigre, et enfin des êtres humains, presque toujours représentés de profil. Quatre styles se sont superposés ; le style B qui a gravé les cétacés, mais aussi des filets et des scènes de chasse à la baleine couvre 65% de l'ensemble[134],[135]. Les graveurs de l'époque ont pratiqué divers types de piquetages, dont certains à cupules irrégulières définissant un espace qui est ensuite martelé, et produisant un effet d'aplat, tandis que d'autres, à cupules très serrées produisent un trait de contour net. Les gravures rupestres de l'âge du bronze, ailleurs en Corée, toujours dans le sud et le sud-est, présentent un aspect moins naturaliste et des signes plus ou moins non figuratifs, voire géométriques, en forme d'écus, de spirales, de grilles, serpentiformes, etc.

La période de la céramique Mumun est clairement néolihique avec des cultures intensives, elle ne présente les premiers objets de bronze qu'en fin de période. La céramique Mumun témoigne d'un effort technologique net qui produit une céramique plus résistante et moins poreuse. Le décor est aussi plus simple mais parfois d'une maîtrise remarquable, comme pour cette grande jarre du Mumun moyen où de simples bandes se distinguent par leur seule couleur sur une forme - non tournée - parfaitement lisse et polie. La céramique Mumun apparaît sous des formes plus standadisées qu'auparavant et avec des caractères régionaux plus marqués[136]. Les décors, comme les formes des poteries varient d'une région à l'autre et au fil du temps mais restent simples avec des décors d'une grande économie de moyens. Au fil du temps on rencontre trois types de décor. Au Néolithique ancien, vers 5000-4000 et surtout sur la côte sud-est, vers Busan, ce sont des décors en reliefs appliqués : sur la poterie lissée des bandes étant appliquées et collées au doigt, et, sur les côtes sud, par impression des doigts. Vers 5000, on rencontre vers Osan-ri, là aussi, une ou deux lignes de points près de la lèvre, au poinçon, et par incision et poinçon une forme géométrique sur la panse. Enfin, au Néolithique récent, vers 4000-3000, ce sont des décors gravés, ou au peigne dans la région de Séoul[137].

Japon

Statuette trapue, gros yeux grains de café, nez retroussé. Ornements: grosse tête et corps sauf bras et jambes.
Dogū à lunettes de neige [138], préfecture de Miyagi. Jōmon Final (1000-400), Musée national de Tokyo, Ueno, Tokyo.

La statuette du Dogū à lunettes de neige est l'un des derniers témoins d'une énigmatique pratique, à l'époque Jōmon, qui disparaît ensuite, au Yayoi Ancien. Les figurines Dogū - en terre cuite et approximativement entre 15 et 20 cm. de haut (quelques-unes jusqu'à 45 cm.) - sont majoritairement féminines, mais très curieusement stylisées, et pour certaines ne possèdent pas d'indice de genre ou de sexe, en l'état actuel de nos connaissances. Ces figurines ont presque toujours été brisées (rituellement (?) puis enterrées, parfois au centre du village, parfois à l'intérieur des habitations et à proximité d'un lieu identifié comme un "autel". Elles ont été - sauf dans les îles du sud-ouest, l'archipel Okinawa - modelées dans tout le Japon, et au début de l'époque Jōmon, surtout depuis le centre (Chūbu) et au nord ainsi qu'à l'est de Honshu. Peu nombreuses au début de l'époque Jōmon elles ont surtout été produites au Jomon Moyen mais restaient encore présentes au Jomon tardif, sous des formes encore plus singulières s'il était possible, comme le Dogū de Kamegaoka, aux "lunettes de neige". Les Dogū restent une énigme.

C'est à cette extrême fin de la période Jōmon - aux Xe – IXe siècles (dans la région de Itazuke, Kyushu) - qu'apparaissent les premières formes d'agriculture : des rizières inondées. Cette pratique agricole est clairement importée depuis la Corée, par des Coréens de la période Mumun immigrés. Puis c'est le tour du premier quart sud-ouest des grandes îles (Shikoku et Honshu) aux VIIIe – VIIe siècles, ensuite la moitié de Honsu connaît cette agriculture, jusqu'à Asahu, aux VIIe – VIe siècles, enfin la culture du riz touche la totalité de Honshu aux IVe – IIe siècles[139]. La Néolithisation s'accompagne de nouvelles pratiques artistiques : les Dogū disparaissent donc, la poterie qui avait beaucoup régressé fusionne la tradition coréenne avec certaines traditions Jōmon.

La population Jōmon, qui faisait déjà ses stocks et était déjà fortement sédentarisée reçoit donc, d’abord au nord de Kyushu et entre 900-500, à la période Yayoi, un apport extérieur que l'archéologie et la génétique dit provenir de Corée. Un refroidissement en serait la cause. Ces nouveaux venus apportent la riziculture qui se généralise rapidement depuis Kyushu. La société se hiérarchise, les villages grossissent. La céramique se transforme radicalement, en particulier dans la préfecture de Saga sur l'île de Kyushu, face à la Corée, et dans la Région du Kansai (ou Kinki) voisine. C'est manifestement une culture néolithique typique. Les poteries, qu'elles soient utilitaires ou déposées dans les tombes montrent la persistance de formes importées de la Corée de l'époque Mumun initiale ou moyenne et de leur interprétation éventuelle locale.
Une petite amulette ou perle en forme de croc, le Magatama, une forme survivante de la fin de l'époque Jōmon, et un collier de perles en verre, bleu, d'importation[140], et en jaspe bleu-vert, sont des indices de la présence de nouvelles élites locales, qui se distinguent des simples agriculteurs à cette époque. Avec ces produits on trouve aussi les premières armes en bronze, d'importation. Ces îles entrent dans leur âge du Bronze et même dans un âge du Fer au Yayoi final, dont les outils agricoles en fer du site de Yoshinogari du Yayoi Moyen témoignent déjà[141]. Cette époque sera suivie de la période Kofun avec la construction de l'État.

Pour l'essentiel des phases archaïques et anciennes cette période continue de se passer de métal. Celui-ci semble avair été importé après les Ve – IVe siècles en petites quantités et façonné sur place, pour l'outillage agricole en fer et pour quelques objets en bronze - comme les cloches rituelles dotaku - ou des objets de prestige, plus tardifs, au tout début de l'âge du Bronze au Japon[142].

Taïwan, Asie du Sud-Est et Pacifique

Plat peint en rouge sur blanc (sous-couche grise). Motifs en S: groupes de lignes: 2 yeux dans les boucles.
Plat à décor peint curvilinéaire en "S". Ban Non Wat. Thaïlande[143]
Vase: ventre court et haut col en cône. Décor de haut en bas: bandes: 1 lisse, 2 à points creux; puis points au tube.
Taïwan. Céramique grise, décor estampé. Site: Niumatou, culture: Yingpu, Néolithique final. 2500-1500. National Chung Hsing University (en)

L'explosion démographique, produite par les cultures du riz et du millet en Chine, rencontre une vague de froid : vers 3200-3000 cet épisode froid et sec touche la Chine et repousse la mousson sur Taïwan. Cela entraine deux mouvements. Des peuples néolithiques quittent le continent pour Taïwan. D'autres vont longer la côte ou suivre les cours d'eau qui se dirigent vers le sud et l'Asie du Sud-Est.

Ce dernier mouvement est visible sur le site de Mán Bąc, au nord du Vietnam. Il prouve que, selon la génétique, ces cultivateurs de langues austronésiennes sont reliés aux sites de Weidun et Songze chinois, et sans liens avec les chasseurs cueilleurs locaux. L'art de la céramique les a accompagnés[144]. Un plat du site de Ban Non Wat (en) (Thaïlande centrale. 1700 AEC- ) est singulièrement décoré de trois groupes de lignes en spirale sans reproduction du même motif : elles convergent vers trois centres, et si l'un d'eux évoque clairement un œil on pourrait interpréter ce dessin comme l'évocation d'un visage. On rencontre aussi des motifs dérivés de la spirale sur les vases de Tha Kae[145]. Les céramiques peintes à Khok Phanom Di (2000-1500) [146] témoignent d'un soin et d'une maîtrise manifestes par leurs formes et le tracé de décors épurés, précis. Ces vases ont été enterrés avec leurs galets à polir et leurs tampons à imprimer des formes décoratives (pour l'estampage)[147].

L'étude comparée des formes et des décors de la poterie néolithique rencontrée sur la côte depuis le Vietnam, la Thaïlande et les Philippines montre de nombreuses similitudes qui indiquent des réseaux de communication dans toute cette région[148]. Parallèlement, les cultures du millet et du riz ont atteint le Myanmar depuis le Yunnan et Sichuan : des objets présentent des affinités stylistiques avec ceux de la culture de Majiayao, à l’est du Gansu[149].

Par ailleurs, depuis Taïwan, au moment de l'expansion de la culture de Dapenkeng (3050-2350 AEC) dans l'île, la migration des Néolithiques taïwanais hors de leur île entraînera la dispersion des langues austronésiennes. Ce mouvement de population a favorisé la dispersion de la technologie de la céramique et la domestication du porc, du chien et du poulet : tous phénomènes que l'on a pu constater dans l'archipel Bismarck (au N-E de la Nouvelle-Guinée) avec la culture Lapita. Les premiers austronésiens à quitter le sud de Taïwan atteignent d'abord le nord des Philippines autour de 2000 AEC[150]. Dans la culture de Dapenkeng d'avant le Néolithique on pratique d'abord une céramique grossière à décor cordé, vers 4500. Après 3550 la culture du riz et d'autres plantes s'accompagne d'une céramique à décor estampé sur des objets de valeur, déposés dans les tombes. Le principe de l'estampage de la céramique continuera à accompagner les austronésiens dans leurs migrations. Par contre, la culture du riz sera abandonnée en cours de route car inadaptée aux nouveaux climats.

Le premier Néolithique du Pacifique depuis Taïwan de l'Est (vers 3500-3300) n'est visible qu'en Nouvelle Guinée avec la domestication du taro et de la banane: c'est la culture Lapita renommée pour ses poteries décorées sur une céramique à engobe rouge[151]. Les traces du Néolithique d'Asie du Sud-Est insulaire n'étant antérieures que de quelques siècles à celles de Lapita, la migration depuis Taïwan jusqu'en Nouvelle Guinée s'est effectuée en quelques siècles seulement[152]. Cependant le monde Lapita est complexe, influencé par des origines diverses et des apports nombreux ; c'est ce que révèlent les différentes formes de céramique Lapita.

La céramique Lapita présente deux grands types. Sans décor, elle apparaît comme strictement utilitaire : ce sont des pots et des jarres. Mais on la rencontre aussi avec un décor estampé, en grande partie pointillé - par des outils à dents[153] - sur des bols, des tasses, des supports de vases et aussi parfois sur des jarres de grandes dimensions. Cette technique, « pointillée », bien qu'elle soit très complexe a permis une infinité de décors différents à ces artistes néolithiques. On remarque aussi que la poterie utilitaire était arrivée avec les populations austronésiennes depuis l'Asie du Sud-Est. Mais il n'existe pas de céramique à décor ainsi estampé en Asie du Sud-Est à cette époque. Or il existe bien des poteries pointillée antérieures, mais elles proviennent de sites aux Philippines et aux Îles Mariannes[154]. Ce qui a conduit des archéologues à envisager que des liens se seraient ainsi établis entre les habitants des Philippines - qui pratiquaient le décor pointillé avant l'arrivée des colons - et les Lapita, en passant par les îles Mariannes. L'usage du pointillé et ses décors élaborés joua un rôle majeur dans les rituels qui forgeaient l'identité du groupe. L'intégration des nouveaux venus aurait été associée aux prestigieuses langues de la famille austronésienne et à des objets de grande valeur, symboliques (les objets en coquillage étant considérés comme précieux[155]). Les rituels favorisant l'unification de très nombreux groupes dispersés, d'origines géographiques et génétiques diverses[156],[157]. Quant aux objets taillés dans les coquillages beaucoup plus variés que ceux en pierre, avec des techniques dissemblables et des formes différentes. Les Lapita semblent avoir accordé une valeur particulière à ce matériau[158].

Encore une fois les objets auxquels on attachait une valeur certaine permettent de nous représenter les circuits d'échanges entre les cultures néolithiques, souvent très éloignées les unes des autres. Ces Néolithiques n'étaient pas seulement des éleveurs et des agriculteurs, ils étaient aussi des voyageurs, à pied ou en bateau, sans aucune route. Les austronésiens ont poursuivi leur progression vers l'Est dans le Pacifique.

Amériques

L'Amérique, depuis les premiers développements de l'agriculture jusqu'au premier contact avec les européens, est restée une partie du monde où les humains ont continué à chasser et faisaient des cueillettes, des collectes des coquillages lorsque c’était possible mais avec les contraintes de la sédentarité ou de la semi-sédentarité et de l'urbanisme parfois[163]. Ces cultures manifestent, ensuite, une hiérarchisation puis l'apparition de caciques, mais elles n'ont connu ni le bronze ni le fer ni la roue. Cependant des formes d'architecture urbaine ont pu apparaître très tôt au Pérou. Certaines de ces cultures ont ainsi perduré jusqu'à la colonisation d'autres évoluant vers des formes d'États. Et ces formes de sociétés complexes[164], urbanisées, ne sont pas considérées comme de culture néolithique.

Mésoamérique

Vers 6750 AEC des chasseurs-cueilleurs semi-nomades ont commencé à faire de la reproduction sélective de plants de téosinte (maïs sauvage) dans la vallée de Tehuacán et l'ont consommé après broyage[165]. D'autres plantes ont été domestiquées, comme la courge qui peut servir de gourde, ou de flotteur pour les filets de pêche - et servir aussi de modèle pour les premiers bols en terre cuite, laquelle n'apparait qu'à la fin du Néolithique. Ces plantes cultivées n'ont jamais occupé la place que les céréales ont occupé au Proche-Orient néolithique. Leur impact ne s'est fait sentir qu'après des milliers d'années, qu'après 2000 avec la céramique[166]. La céramique apparaissant tardivement, les formes d'art de la Mésoamérique néolithique sont tardives, mais nombreuses dans les tout derniers temps.

C'est dans le Bassin de Mexico qu'apparaît la plus ancienne figurine de Mésoamérique, et c'est encore une figure féminine. Dans ce bassin, des communautés s'étaient fixées, et vers 2500 elles avaient pris la forme de véritables et nombreux villages d'agriculteurs. La figurine de Zohapilco (Tlapacoya) est en terre cuite, mesure 5 cm. de haut et est datée de 2300 AEC. Très stylisée, verticale, elle représente une femme enceinte. Le sculpteur a fait cinq petits trous dans l'argile fraîche, un pour son nombril et quatre pour deux paires d'yeux[167]. Cette figurine de terre cuite est à peu près contemporaine des premières céramiques utilitaires, qui peuvent prendre l'aspect de la calebasse et que l'on appelle alors tecomates.

En Mésoamérique les archéologues sont confrontés à l’existence d’une quantité quasi inépuisable de figurines qui ressemblent à des êtres humains, de toutes les époques, et dont les significations restent difficiles à établir. Les figurines de danseurs, acrobates et chamans supposent néanmoins qu'il y avait des fêtes ou des cérémonies collectives au sein de ces sociétés[169]. Sur le haut plateau central et le centre nord du Mexique, dans la culture Chupícuaro (entre 800 AEC et le début de notre ère) ces figurines sont trouvées en majorité fragmentées dans des contextes domestiques. Les corps féminins y sont, d'abord, toujours nus, les corps d'hommes portant au moins un cache-sexe. Toujours dans cette région - à Tlatilco, par exemple - les vêtements n'apparaissent que sur certaines statuettes d'homme porteurs de "masques" ou en train de se transformer au cours d'un processus chamanique. Ensuite, vers le début de notre ère, les femmes et les hommes cacheront le bas de leur corps par des jupes ou des cache-sexe. Les statuettes féminines porteront alors de nombreuses parures. Dans ce contexte une étude de Brigitte Faugère tente de trouver des liens entre la conception que l'on se faisait de la femme et la représentation de son corps, à cette époque charnière : au moment où les élites manifestent leur pouvoir dans la construction de cités monumentales[170].

Dans les des basses-terres du Tabasco, le site des tout débuts de la culture olmèque, à El Manatí, dont le niveau Manatí A (1600-1500) révèle une culture de chasseurs-pêcheurs-jardiniers sédentarisés mais non cultivateurs au sens strict[N 36] aux rituels tournés vers l'eau : de nombreux récipients en céramique avaient été brisés dans le lit d'une source. Dans ce contexte écologique l'eau était particulièrement abondante et faisait la richesse du site. Ces premiers Olmèques y ont jeté des haches de jadéite polie et des perles de jade, mais aussi des balles de caoutchouc qui laissent supposer la pratique du jeu de balle à cette époque ancienne. La présence de jade poli indique aussi que cette société de chasseurs-pêcheurs-jardiniers était déjà une société complexe, avec ses élites[171]. Cette culture de villages est passée sans transition à la culture des cités Olmèque (1500-300).

Les tecomates se rencontrent aussi en milieu Olmèque : c'est un bol comme celui du Metropolitan Museum of Art, daté 1250–800, provenant de San Lorenzo ou La Venta. Ce bol est un objet exceptionnel, il a été monté sans tour dans une argile similaire au kaolin, fini avec une couche de couleur claire, et poli[173]. À cette époque, Tlatilco, au bord du lac Texcoco et entre 1250 et 800, a été l'un des premiers grands villages agricoles du Mexique précolombien. L'émergence d'élites, capables de mobiliser la main-d'œuvre nécessaire à des travaux importants semble évidente en pays Olmèque à San Lorenzo (Veracruz) pour l'aménagement du site, occupé dès 1500. Les célèbres tête colossales sont sculptées entre 1250 et 1150 ; ces mégalithes ont été réalisés par la première société des Amériques aussi hiérarchisée.

Amérique du Sud

En Amérique du Sud, la poterie est d'abord une invention de chasseurs-cueilleurs amazoniens, vers 5600-5000 AEC, en Amazonie inférieure, à la confluence de l'Amazone avec le Tapajós[176]. Avant que la céramique n'apparaisse ailleurs en Amérique du Sud, la culture néolithique de Valdivia sur la côte de l'Équateur produisit des figurines sculptées, incisées vers 3300-3000. Ensuite les premières figurines en argile crue ont été modelées sur le site néolithique de Caral, dans une vallée proche de la côte, au centre du Pérou[N 37], et dans les autres sites de cette culture comme Áspero, autour de 2600-2000. La petite agglomération de Caral est occupée aussi entre 2600 et 2000. Elle possède alors des pyramides en pierre et en terre, et un amphithéâtre ou place circulaire : le plus ancien phénomène urbain des Amériques et l'un des plus anciens du monde[177],[N 38]. Cette société, jusqu'à l'Océan, pratiquait déjà une culture irriguée[178]. Les sites cérémoniels monumentaux de Sechin - à 90 m d'altitude sur la côte Pacifique - présentent, vers 1800[179], une architecture complexe[180]ornée des grands bas-reliefs incisés et même de reliefs en stuc, polychromes. L'un de ces murs extérieurs est couvert, sur chaque pierre soigneusement aplanie travaillée - avec les moyens du sculpteur sur granit néolithique, en pierre - d'une multitude de têtes, membres et viscères coupés. Une seule sculpture montre un visage de cette souffrance terrible. Cette accumulation sinistre n'est interrompue que par des exécuteurs vus de profil, visiblement armés de haches en pierre polie. Ces formes architecturales et graphiques offrent des similitudes évidentes avec celles de la culture de Chavin, 1 000 ans plus tard et 3 000 m plus haut, quasiment à la verticale au-dessus[179].

Dans ces vallées côtières du Pérou, avec leurs oasis de verdure soigneusement irriguées par des canaux, la céramique se manifeste entre 2000 et 1000[N 40]. Peu après, la culture de Cupisnique, sur la côte au nord a produit un très grand nombre de vases remarquables. L'aridité de la côte est surtout due au courant de Humbolt et à l'effet des cordillères, ce qui crée un contraste extrême avec le climat de l'Amazonie. Les relations entre ces deux extrêmes ont favorisé le développement de la culture de Chavin (optimum 900-500), située au point optimal de passage entre les deux espaces, à plus de 3 000 mètres d'altitude. À Chavin de Huantar, au cœur de l'ancien temple, le Lanzón, un monolithe de plus de 4 m de haut, est couvert de lignes gravées qui évoquent, entre autres choses, la figure menaçante d'un jaguar. La transformation du chaman en jaguar, ou une figure de thérianthrope énigmatique apparaît souvent dans le monde centre-américain et andin (comme sur un certain vase à étrier de Cupisnique). La forme générale du monolithe Lanzón évoque, par ailleurs, celle de la bêche utilisée dans ces terrains d'altitude, dans les Andes, et indiquerait un culte agraire. Aucun signe de hiérarchie sociale n'y est apparent.

La plus célèbre statue en céramique de la culture Tumaco-La Tolita (500 AEC - 300 EC), à la frontière de la Colombie et de l'Équateur, dite "Picasso précolombien", semblerait évoquer le rite des têtes coupées[183] ; un rituel aussi répandu dans les Andes qu'en Amérique-centrale. Des liens forts entre ces deux régions sont manifestes aussi par la diffusion des arts de l'orfèvrerie d'or et du tumbaga, originaire de Colombie dans une société déjà hiérarchisée et qui s'est répandue au sein de sociétés de même type : le long de la mer des Caraïbes et du Pacifique des réseaux de communications ont ainsi favorisé les échanges de bijoux et des techniques de l'orfèvrerie.

Sur la côte sud du Pérou, dans un des déserts les plus arides du monde les cultures à chefferies Paracas (700 AEC-100 EC) et Nazca (100 AEC-600 EC) se sont développées successivement sur le même territoire (d'environ 50 × 60 km), nécessitant un subtil contrôle de l'irrigation. Cette aridité a permis la conservation des tissus dont les techniques de fabrication sont particulièrement complexes et parfaitement maîtrisées : tissés ou brodés de vives couleurs et de motifs figuratifs souvent anthropo-zoomorphes complexes. Ces textiles servaient à envelopper les momies de personnages importants. Ces tissus sont de deux types : manto et fardo ; le premier enveloppe la momie, le second recouvre le premier avec divers objets qui accompagnent le défunt[184]. Les centres Paracas et Nazca - construits en adobe, blocs d'argile et remblais à strates de végétaux - concentraient, inextricablement, le politique, la religion et l'économie. Ces centres assuraient, en fait, la cohésion d'étages écologiques[N 41] différents à laquelle les géoglyphes participent : ils relient ainsi les lieux sacrés aux monuments principaux, comme ceux de Cahuachi, pôles de pouvoir séparés par des étendues de sable et de roche[185]. Dans ce climat hyper sec les défunts ont été transformés en entités vénérées sous forme d'un paquet surdimensionné, en grande partie constitué de tissus aux motifs tissés et brodés, voire tricotés. Les mantos en coton ou fibre de camélidé couverts de figures humaines et non-humaines, animaux, plantes et autres éléments, enveloppaient le corps replié en position fœtale[186],[187].

La puissance des chefs Taironas de la Colombie s'affichait par le port de bijoux en or, rutilants (H. env. 10 cm) : souvent avec le motif du rapace d'abord à une seule tête avant l'an 1000, puis bicéphale et tricéphale. Ce savoir-faire a pu circuler le long des côtes caraïbes jusqu'au Costa Rica puis en pays Maya et au-delà. La stabilisation des pentes des terrains agricoles en terrasses circulaires, de routes et sentiers s'est faite au moyen de terrassements considérables en pierres sèches comme à Ciudad Perdida (1100-1200) mais aussi dans 250 villages des pentes de la Sierra Nevada de Santa Marta, habitées par les Taironas depuis le Ve siècle[188]. Autre indice du pouvoir, le récipient de type poporo en or (H. 23,5 cm.) des Quimbayas (celui-ci daté 500 AEC-700 EC et provenant du moyen Río Cauca). Ce chef-d'œuvre est conservé au Musée de l'or de Bogota[189]. Le poporo étant un vase qui rappelle la calebasse, probablement utilisé lors de rituels. Les orfèvres y manifestent une maîtrise absolue dans la réalisation de sphères parfaites.

L'Amazonie a été occupée par des populations nombreuses maîtrisant la céramique (comme au site de Taperinha) et pratiquant la culture de tubercules, dont le manioc dès 6000 AEC[190],[191]. Près de l'embouchure de l'Amazone, la culture tropicale Marajoara, après 400 EC, utilisait des objets de céramique peinte qui fonctionnaient comme des signes de distinction sociale et culturelle entre élites émergentes, avec des caciques à leur tête. Elles ont été découvertes exclusivement dans des tumuli cérémoniels à urnes, réservés à l'élite. Les motifs abstraits se mêlent souvent à des motifs naturalistes très stylisés. L'analyse de ces témoins archéologiques offre la possibilité d'une étude sur ces élites inhumées en fonction de leur genre et de leur âge. Ainsi, pour un enfant de l'élite, des perles en pierre de valeur provenaient d'échanges éloignés. Par ailleurs, la plus grande richesse décorative de certaines urnes, avec une diversité de symboles évoquant des thèmes tels que la mort, la fertilité, la maternité et la renaissance, ceci avec des pagnes/cache-sexes et des ossements féminins, suggère l'importance des femmes ou des principes féminins dans les relations avec le surnaturel et les ancêtres. Ces pagnes/cache-sexes peuvent ne présenter aucun décor, juste un engobe rouge vif et sont polis, mais d'autres présentent des peintures complexes en rouge et noir sur engobe blanc. L'étude prouve que les non décorés, « simples », témoignent d’un statut social élevé et non le contraire[192].

Amérique centrale, Colombie

L'Amérique centrale précolombienne (ou aire intermédiaire) - Honduras, Salvador, Nicaragua, Costa Rica et Panama - est au contact de la Mésoamérique sur une petite partie. L'aire culturelle Maya puis Aztèque a pu recouvrir, en effet, la partie ouest du Honduras ainsi que la côte pacifique, depuis le Salvador jusqu'au nord du Costa Rica. Si l'on met à part cet ensemble, le reste de l'Amérique centrale - moitié est du Honduras, Nicaragua, Costa Rica et Panama et les Caraïbes précolombiennes - a été occupé par des Chibchas (de langue chibchane) depuis la Colombie et le Vénézuéla[193]. Des régions culturelles précolombiennes ont été dénommées autour de certains repères géographiques, comme la péninsule de Nicoya : Grande Nicoya, et ainsi Grande Chiriqui, Grande Cocléetc.[N 42].

La néolithisation, au Panama (7600-4400), c'est sur le plan agricole : la culture du maïs, venu du Mexique, et du manioc venu d'Amazonie, du cacao venu du Pérou et d'autres plantes avec outillage adapté à l'agriculture[194]. Ces peuples sont des sociétés tribales partiellement sédentaires ; des caciques occupaient le pouvoir à l'arrivée des Espagnols[195].

La céramique fait son apparition vers 2500[196]. Se trouvant entre la Mésoamérique et l'Amérique du Sud, l'Amérique centrale et les Caraïbes reçoivent des deux côtés et transmettent. À propos de la céramique, les premières céramiques apparaissent en Colombie du nord, sur la façade Atlantique, sur le site de San Jacinto (3900-3300) et ensuite au Panama, sur le site de Monagrillo (en) (céramique datée 2880-2460)[197]. Les styles et types de poteries reflètent la diversité des groupes dans le temps. Pour se limiter à l'aire sous influence mésoaméricaine, le Museo Nacional de Nicaragua conserve ainsi plus d'une soixantaine de types de décors différents[N 43]. L'influence Maya se manifeste dans la céramique de type Papagayo (golfe de Nicoya, au nord du Costa Rica, autour du IXe siècle) dans un style qui évoque bien le « langage » graphique maya.

Les Olmèques et les Mayas ont travaillé le jade et des pierres vertes depuis 1000 AEC. Des objets olmèques et épi-olmèques ont ainsi voyagé jusqu'au Costa Rica. Ils ont été ensuite réutilisés et retravaillés après 500 AEC : on leur a donné la forme très stylisée d'« oiseaux » ou « oiseaux-haches ». Un de ces pendentifs, daté vers 500 AEC, a été découvert associé à une inhumation secondaire accompagnée de présents (site de La Regla, golfe de Nicoya, extrémité sud de l'aire culturelle mésoaméricaine). Or son style très épuré est semblable à un objet de même type découvert dans la tombe d'un chef Maya (daté vers 300 AEC) à Tak'alik Ab'aj, au Guatemala, à des centaines de kilomètres de là[198].

Statues : Au Nicaragua central, sur la "zone frontière" de l'ère d'influence mésoaméricaine, on compte de nombreuses sculptures en bas-relief sur des pierres dressées, une partie enfouie dans le sol, en général entre 1,50 m et 2,50 m. de haut. Le basalte extrait des orgues volcaniques, très dur à travailler, et l'andésite présentent de faibles reliefs anthropomorphes ; le basalte est souvent laissé comme il se présente, des colonnes à cinq ou six pans. Celles sculptées, de style Chontales à El Gavilán (vers 800 EC[203]), hautes et étroites, étaient disposées autour ou sur des plateformes. Au Nicaragua central - mais de manière plus visible en raison d’un travail plus en relief sur le lac Nicaragua, dans l'île Zapatera (800-1350) - ces statues mettent souvent en scène un groupe de deux figures, un humain (homme ou femme) portant ou se transformant en un animal : reptile, singe ou félin, mais sur l’île de Zapatera ce sont des humains-oiseaux de proie ou humains-crocodiles. Ces sculptures de styles Zapatera et Chontales sont interprétés comme signes de liens entre l’humain et l’animal, souvent montré comme un processus en cours, ce qui est généralement supposé représenter une pratique chamanique[204]. Or ce motif du porteur et du porté, à nouveau sous forme de grandes statues, se retrouve aussi à Barriles (en), au Panama. Par ailleurs, en Amérique centrale, le metate - à l'origine une meule dormante (partie plate d'une meule à grains): une table de broyage - est devenu un objet rituel. À Barriles cet objet est porté par quatre personnages à mi-corps[205]. Sur le ‘’metate‘’ du Met ce sont des félins qui sont associés aux supports. Dans toute l'Amérique centrale et en Colombie on rencontre souvent le motifs du mi-humain/mi-animal.

Sphères in situ. Musée de Finca 6. Palmar Sur, Péninsule d'Osa[208]

Au centre de l'Amérique centrale, la présence insolite de centaines de sphères taillées dans la pierre, reste une totale énigme. Une étude poussée de l'archéologie régionale tente de comprendre la présence de ces sphères, de toutes dimensions - jusqu'à 2 m de diamètre - et disposées sur une vaste zone, dans la région du Diquis dans la zone culturelle de Grande Chiriqui, au sud du Costa Rica, face au Pacifique.

Colombie et Équateur - Amérique centrale : La métallurgie de l'or, du platine et du tumbaga (alliage d'or et de cuivre), consiste longtemps en un simple simple martelage[209]. Elle est originaire de sociétés à chefferies déjà très structurées, à gros villages, en Colombie-Équateur (côte Pacifique à La Tolita Tumaco (v. 350 AEC - 350 EC)[210]). Il a existé manifestement des liens à longue distance entre Colombie et Équateur et Amérique centrale : des procédés et des motifs ont aussi été transmis depuis les Quimbayas au nord de la Colombie jusqu'au Costa Rica : ainsi ce pendentif en or de type quimbaya découvert sur la côte caribéenne centrale du Costa Rica. Les premiers bijoux en or, obtenus par moulage à la cire perdue, sont apparus au Panama en 130 EC puis au Costa Rica vers 400 - à Guápiles sur la façade caraïbe - avant d'atteindre, vers 1300 le site Maya de Naco - nord-ouest Honduras - puis le Mexique[211].

Caraïbes

Amazonie - Caraïbes : De premiers groupes de chasseurs-cueilleurs ont été décelés à Cuba et Hispaniola, datés vers 4000. Ces premiers habitants sont restés dans les îles. Sur le continent, vers 6000 AEC des peuples de chasseurs-cueilleurs des bassins de l'Amazone et de l'Orénoque ont commencé à manipuler et domestiquer des plantes. Vers 2600-2000 des sociétés paysannes et qui pratiquaient la céramique, vivaient sur le moyen Orénoque. Puis, au début de notre ère, des peuples que l'on appelle Barrancas se répandent jusqu'à l'Océan Atlantique. Enfin, vers 500 EC, une population encore plus nombreuse, Arauqui, s'y installe : ce sont des horticulteurs-terrassiers expérimentés ; ils cultivent intensément sur champs surélevés. Les Saladero s'installent aux Antilles au cours des derniers siècles avant notre ère. Ils cultivent le manioc et la patate douce, d'autres tubercules et du maïs ; leur céramique est souvent peinte en blanc et incisée sur fond rouge avec des figures modelées sur les bords : des adornos. Coquillages et coraux leur servent d'outils et de parures. Entre 300 et 500 ce sont des Barrancas qui atteignent les Petites Antilles, avec des décors modelés et incisés complexes. À Porto Rico et dans le nord des Petites Antilles le style Huesca, avec des adornos zoomorphes, présente des affinités avec le Costa Rica de cette époque : cela pose bien des questions aux archéologues[215]. Les autochtones des Antilles se peignaient régulièrement le corps comme leurs voisins d'Amazonie. Ils utilisaient des graines de roucouyer pour le rouge et de génipayer pour le noir, à l’aide de tampons en céramique aux signes non-figuratifs.

L'art de la céramique et des jardins atteint l'est de Cuba, la Jamaïque et les Bahamas aux VIIe – VIIIe siècles. La rencontre des Saladero et des premiers peuples autochtones se manifeste par de nouvelles céramiques, Ostiones, rouge et rose intense[219]. Ce moment correspond à un accroissement de la population qui occupe l'intérieur des grandes îles, depuis Hispaniola et Porto Rico puis Cuba Est, la Jamaïque et jusqu'aux Bahamas. Ces villages grossissent, prennent la forme de chefferies de cultivateurs qui pratiquent le jeu de balle, avec de fortes différences locales. Le terme « taïno » s'applique à ces communautés, « mais la définition, les caractéristiques et la répartition des dits Taïnos est largement remise en cause aujourd'hui »[220].

Amérique du Nord

Bien que les calebasses aient été peut-être cultivées vers 10 000, c'est vers 7500-1000 que les premiers indices de culture apparaissent à l'est et vers 2100-1000 au sud-ouest de l'Amérique du Nord. On élève alors de grands tumuli en Louisiane, au Missisipi et en Floride. Ces peuples de l'Est produisent leurs premières terre cuites vers 2500, avec des décors au poinçon vers 2000, au moment où, au sud-ouest de l'Amérique du Nord (Oasis America, dont une partie du nord-ouest du Mexique), on cuisait les premières céramiques dans des villages d'agriculteurs[221].

Période sylvicole, 1000 AEC-1000 EC, au nord-est des États-Unis
Biggs Site (en). Terrassement (Earthwork) concentrique
(D. 27 m) et tumulus. Adenas 500 AEC-100 EC (Woodland period initial 1000-200 AEC). Kentucky N-E des USA.
Pipe de forme humaine. H. 20 cm. Adenas, 800 AEC-1 EC.
Cleveland Museum of Art
Tumulus du Grand serpent. Culture de Fort Ancient, vers 1070[N 49]. Gravure, Harper's New Monthly Magazine, 1902

De grands terrassements ont marqué la Période sylvicole (Woodland period), 1000 AEC-1000 EC, au nord-est des États-Unis actuels au cours de la quelle on a pu passer d'une économie de chasse-cueillette-horticulture à une agriculture intensive (avec les peuples Hopewell (en), vers 500-1000 EC). Le Biggs Site a été édifié par le peuple Adena, 500 AEC-100 EC, en forme de tertre pointu (H. 2,4 ; D. 12 m.) entouré d'un fossé rempli d'eau, lequel était cerné par un remblai circulaire ; un passage permettait d'atteindre le tertre central. Les Adenas pratiquaient aussi la destruction rituelle d'objets de valeur, comme cette protection de gorge (gorgerin) sculptée dans l'ardoise[N 50] brisée rituellement en un lieu, au Maryland, très éloigné de leur territoire habituel, l'Ohio. Quant à la pipe Adena, c'est un objet unique, extrait d'un dépôt funéraire représentant un jeune homme au sommet de sa forme physique. Les proportions, comme souvent dans l'art néolithique, réduisent les jambes - ici repliées - et augmentent le volume de la tête. Fumer du tabac et utiliser la pipe sont alors intimement liés aux croyances religieuses et aux pratiques rituelles essentielles des Amérindiens. Le tabac sacré était ici brûlé dans un bol placé entre les pieds du personnage, la fumée circulant dans un tube à l'intérieur du corps jusqu'à l'embout buccal situé au sommet de sa tête[222].

Si la forme étrange du tumulus du Grand serpent (Woodland Period) reste une énigme peut-ête en fonction de représentations mythologiques ou religieuses, sa relation à des phénomènes astronomiques semble probable ; il aurait pu être aussi un observatoire. En effet deux évènements invitent à penser que son édification, en 1070, aurait été une réaction à deux évènements astronomiques exceptionnels. D'une part, la lumière de la supernova qui a produit la nébuleuse du Crabe a d'abord atteint la Terre en 1054 et est restée visible, même pendant la journée, pendant deux semaines ; d'autre part, l'apparence la plus brillante jamais enregistrée de la comète de Halley a été enregistrée par les astronomes chinois en 1066. Enfin, des études indiquent que deux points de Serpent Mound sont alignées avec le coucher de soleil du solstice d'été : en regardant à travers les mâchoires ouvertes du serpent et à travers l'ovale, en forme d'œuf de serpent[223]. Ensuite, vers 1400 les grandes chefferies disparaissent. Les peuples reviennent alors à une organisation tribale jusqu'à l'arrivée des colons européens[224].

Sud-ouest des États-Unis, ou « Oasisamérique »
Panier. Vannerie, armure croisée[225]. Culture des Basketmakers (en) (1500 AEC-750 EC), Pueblo ancestraux (Anasazis), 450-750. Colorado. Mesa Verde Museum
Grand pot de stockage peint. Hohokams, 900-1100, Sud-ouest de l'Arizona.
Cleveland Museum of Art[N 51]
Jarre à eau, décor noir/blanc. H 38 cm. 1050-1100. Indiens Pueblo, Pueblo ancestraux. Met[226].

Au sud-ouest des États-Unis, dans « l'Oasisamérique », plusieurs peuples se sont accommodés de ces terres semi-désertiques. Les Hohokams pratiquaient une irrigation et ont cultivé le maïs ; ils produisaient aussi des céramiques peintes. Comme en Europe la céramique offre des espaces très contraignants aux peintres qui composent des ensembles de formes complexes qui relèvent d'un art abstrait géométrique parfaitement maîtrisé. Certaines structures peuvent évoquer des motifs dont l'art de la vannerie offrait tout un répertoire. Ces Hohocams faisaient aussi des parures avec des coquillages provenant de la côte Pacifique du Mexique[227].

Sur le plateau du Colorado, très peu arrosé, les Indiens Pueblo ancestraux (autrefois « Anasazis »[228]) ont obtenu maïs, haricots et courge grâce à l'irrigation. Ils pratiquaient aussi la vannerie avec art. Ils ont d'ailleurs eu la chance d'avoir certaines de leurs vanneries très bien conservées dans ce milieu sec. Il semble qu'ils aient transposé ces motifs, complètement repensés, en peignant leurs céramiques[229]. Ils ont occupé leurs villages jusqu'en jusqu'en 1300 - dont ceux de Mesa Verde (212 km2)?. Ce sont des pueblos composés de maisons en pierre, avec des appartements, des étuves et des magasins. Dans les falaises de Mesa Verde ils édifièrent leurs cliff dwellings, habitations troglodytiques ainsi qu'au Canyon de Chelly contre d'éventuels agresseurs, les futurs occupants Navahos, en raison « d'une concurrence accrue dans un contexte de changements climatiques rapides »[230]. Leurs poteries présentent des compositions géométriques décoratives, et vers 1000-1300 elles sont particulièrement complexes, faites de formes semblables et utilisant, au trait et aplats noirs, la dynamique des courbes propres à chaque objet.

Bol. Dessin noir hachuré, de style Chaco
D. 20 cm. Pueblo II ancestraux, 1000-1100. Met[231]

Parler d'« art néolithique » : une histoire

Concernant les cultures étudiées principalement par l'archéologie, la seule ressource dont on dispose est les objets qu'ils ont réalisé et en particulier ceux que des archéologues préfèrent nommer « objets non utilitaires » qui rassemblent "objets d'art et de parure"[232]. Toutes ces productions - et pas seulement les plus spectaculaires - dont on ne peut se représenter l'usage avec certitude avaient des fonctions, transmettaient des valeurs, étaient des signes dans ces sociétés ; l'architecture en fait partie.

L'étude comparée des plus anciennes formes envisagées comme artistiques devient systématique à la fin du XIXe siècle. Certaines publications sont ainsi significatives : comme celles de l'historien d'art Aloïs Riegl, et ses « Stilfragen » (Questions de style) de 1893 qui abordait son propos par la Préhistoire et un style géométrique sur céramique[233]. Les découvertes archéologiques commencent, alors, à intégrer dans le domaine de l'art ces formes nouvelles au public : ainsi une certaine « Antiquité curieuse » [néolithique], selon son découvreur en 1888 - la future Dame de Saint-Sernin - est reconnue comme « statue-menhir » en 1900 et présentée à cette Exposition universelle, puis déposée au Musée de Sculpture comparée du Trocadero[234]. En 1927 l'anthropologue Franz Boas, avec « Primitive Art » (L'art primitif), portait sa réflexion sur la notion de « culture » où il intégrait à son étude des objets archéologiques, dont ceux des Amériques et néolithiques comme ceux des Pueblos anciens. Il fait ainsi remarquer que « les jugements sur la perfection technique d'une forme sont essentiellement des jugements esthétiques. Il n'est guère possible de dire objectivement où passe la frontière entre formes artistiques et formes pré-artistiques, parce qu'il est impossible de déterminer avec précision où commencent les attitudes esthétiques »[235].

Il a fallu, ensuite, la convergence d'archéologues et d'ethnologues avec des artistes - dont les surréalistes - et des éditeurs, aidés de photographes qui leur étaient proches, pour que l'on puisse parler d'art : qu'il s'agisse de formes paléolithiques et néolithiques ou d'autres arts, sans nuire à leur valeur documentaire et ainsi pouvoir se représenter ces cultures précisément. La distinction entre objet et objet d’art, document et œuvre d'art est au centre de nombreuses réflexions depuis les années 1919-39, l’époque où les archéologues, tout comme les ethnologues, ont redonné toute leur place aux objets du quotidien, considérés comme aussi importants que des objets de rituels[236]. Parallèlement et en relation avec eux, les artistes occidentaux modernes - vers 1905-vers 1960 - étaient attentifs aux solutions trouvées par les sociétés non occidentales ou anciennes, depuis le Néolithique et le Paléolithique, et les revues d'art de l'époque s'en sont fait rapidement l'écho[237]. Ainsi, l'éditeur de la revue Cahiers d'art, Christian Zervos, consacra une partie de plusieurs ouvrages novateurs aux arts du Néolithique du bassin méditerranéen au cours des années 1930 à 1960. Même s'ils étaient très éloignés des connaissances scientifiques disponibles, ses ouvrages, très illustrés, ont pris une part certaine à la révision des valeurs esthétiques au XXe siècle[238].

Depuis cette époque les chercheurs de trésors convoitent de « beaux » objets, spectaculaires, témoignant d'un savoir-faire surprenant, composés de matières prestigieuses. Ces objets apparaissent alors sur le marché de l'art, définitivement détachés de leur contexte. La recherche de « beaux » objets contrecarre ici toute tentative de connaissance qui s'appuie sur tous les documents disponibles, y compris des objets d'art bien plus modestes[239]. De son côté, la recherche actuelle en archéologie se porte sur des sujets artistiques et sociaux, comme « La femme des origines : Images de la femme dans la préhistoire occidentale » de Claudine Cohen, en 2003[240], ou « Naissance de la figure : L'art du Paléolithique à l'Âge du fer » de Jean-Paul Demoule, en 2007[241]. Et vus comme documents ils sont interrogés parmi d'autres documents comme dans « Une préhistoire des femmes » de Anne Augereau, en 2026[242].

Notes et références

Notes

  1. L’ensemble de ces opérations correspond à la chaîne opératoire de l'objet.
  2. Sur les parures du Néolithique de Champagne, collier et pectoral, voir la partie concernant la parure, aux repères 66 et 130 de l'édition en ligne de Erick Tappret et Alain Villes, « Contribution de la Champagne à l’étude du Néolithique ancien », dans Pascal Duhamel, ed., La Bourgogne entre les bassins rhénan, rhodanien et parisien : carrefour ou frontière ?, ARTEHIS Éditions, 1996 (mis en ligne 2020) (ISBN 978-2-9510239-0-1, SUDOC 046447970, lire en ligne).
  3. Une élite féminine existe à côté des élites masculines mais on ne sait pas s’il s’agit d’épouses, de sœurs ou de mères. Leur statut les place à côté des hommes. Anne Augereau, 2026, p. 290.
  4. Réseaux d'échange à grande distance : une pratique très ancienne puisque des littorines percées, aux couleurs vives, se trouvaient déjà dans un atelier de premiers Homo sapiens, au contact des derniers Néandertaliens en Charente Maritime et à 100 km de la côte d'alors. Il s'agissait, alors, de réaliser des bijoux en coquillages de la taille des bigorneaux, au Paléolithique du châtelperronien à Saint-Césaire. Référence Isabelle Crevecoeur, « Parures en coquillage : la bijouterie préhistorique », sur France Culture, (consulté le ). Voir aussi : le Paléosite [1]
  5. Au Néolithique, la richesse en herminettes est un signe de pouvoir. Cet outil polyvalent, efficace, est valorisé esthétiquement : Anne Augereau, 2026, p. 290
  6. Tertres géants : comme le Tumulus du Mané er Hroëck et le Tumulus de Tumiac.
  7. Anne Augereau, 2026, p. 264-265. Cette archéologue précise que "ce n’est pas avant la fin du Néolithique - vers 4500 - que l'industrie du textile tissé se serait développée grâce à l'introduction probable de la laine dans cet artisanat." Auparavant on employait le liber des arbres, le cuir et la peau animale. (p. 263)
  8. Claudine Cohen transmet une proposition de l'archéologue (en) Peter Ucko, « The Interpretation of Prehistoric Anthropomorphic Figurines », The Journal of the Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, no 1,‎ , p. 35-54 (DOI 10.2307/2844320) cité dans Claudine Cohen, Femmes de la Préhistoire, Belin, (ISBN 9782701195230, SUDOC 259844918), p. 180 .
  9. Couple de Gumelniţa : « Le bras gauche de la statuette féminine est enroulé autour de la taille de la statuette masculine, tandis que le bras droit de ce dernier repose sur le dos de la femme, l'enlaçant par les épaules ». Exposition (ro) Mircea Carp, « O poveste de dragoste de acum 6000 de aniꓽ Îndrăgostiții de la Gumelnița », sur Musée National d'Histoire de la Roumanie,‎ (consulté le ). Culture de Gumelnitsa, entre 4500 et 4 200 ans avant l'ère commune.
  10. Anne Augereau (ISBN numérique : 9782348080661), Une préhistoire des femmes, La Découverte, , 416 p., 24 cm (ISBN 9782348080654), qui traite pour le Néolithique des travaux de femmes et d’hommes (p. 206-216), des signes de richesse oû les parures sont un peu plus nombreuses mais de mêmes types que celles des hommes... enfin, d'éventuelles femmes artistes, ce qu'aucune donnée ne permet d'affirmer (p. 277-287).
  11. Représentations du site néolithique et de ses habitants : Çatalhöyük : The site sur catalhoyuk.com. Voir aussi l'illustration de l'article signé Ian Hodder sur Pour la science du 01 février 2004 [2]
  12. Femme trônant accoudée sur des fauves : terre cuite ; largeur 11 cm environ [Mellaart indique 16,5 cm pour la hauteur, mais est-ce avec ou sans la tête ajoutée par la restauration (Mellaart, 1971)]. Ces figurines mesurent de 5 à 15 cm (selon le Musée des civilisations anatoliennes : ÇATALHÖYÜK ÖRENYERİ ; voir aussi : James Mellaart (trad. Louis Frédéric), Çatal Hüyük : une des premières cités du monde, Jardin des arts : Tallandier, (SUDOC 002137380), p. 203, photos avant restauration: 67-68.
  13. Face « Chèvres en train de brouter » peinte au noir de bitume sur des gravures espacées de 5 mm. L'autre face est couverte de motifs hachurés en noir entrecoupés de trainées rouges. (en) Abu B. Siddiq, Vecihi Özkaya and Feridun Suha Şahin, « Local trend of symbolism at the dawn of the Neolithic: The painted bone plaquettes from PPNA Körtiktepe, Southeast Turkey », Archaeological Research in Asia,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  14. Plâtre de gypse lissé à la spatule et au doigt sur armature en roseaux et ficelle. Paupières et pupilles, en bitume. Enterrées en groupe dans des fosses, dans le sol d'habitations abandonnées : « Les statues d’Ain Ghazal, ou la naissance d’une pensée collective »; Laura Battini, 2022. CNRS Hypothèses. [3]
  15. Présentation d'un objet similaire : Agnès Benoit (2e éd. revue et mise à jour), Art et archéologie : Les civilisations du Proche-Orient ancien, Réunion des Musées nationaux : École du Louvre, (SUDOC 129700177), p. 180-181.
  16. Collier : « Il est considéré comme provenant du dolmen 1 de Douéjouls (ou de Peyrolevado d’E. Cartailhac), à Lestrade-et-Thouels (Aveyron). » Citation tirée de : Hélène Vergély, Jean Vaquer et Gérard Sauzade (Catalogue d'exposition), « Les objets de parure en stéatite et en jayet dans le Sud de la France », dans Antoine Chancerel, Jean Vaquer et Jean-Jacques Cleyet-Merle (commissaires), Signes de richesse : Inégalités au Néolithique, Réunion des musées nationaux - Grand Palais, , 125 p., 28 cm (ISBN 978-2-7118-6296-2, SUDOC 187421560, lire en ligne), p. 69, 70-76.
  17. Céramique rubanée : « Ces poteries étaient durcies dans des fours à charbon ouverts ou cuits à l'air libre dans des conditions de feu contrôlées. Des vestiges de peinture, d'incrustations de couleurs et de revêtements suggèrent que la poterie était autrefois beaucoup plus colorée qu'elle ne l'est aujourd'hui. » : traduction de la notice du musée de Halle.
  18. L’aspect de la surface de ce bélier n’est pas exceptionnel. Comme on peut le constater sur les céramique de la période Jōmon, au Japon, mais aussi ailleurs, l’argile se prête à l’impression de cordes avant cuisson.
  19. Les bateaux présentent parfois des éléments qui en éclairent la fonction : « Barque funéraire sur un vase du IVe millénaire » dans Damien Agut et Juan Carlos Moreno-García, « Monarchies, monarchie : naissance du royaume des deux terres (6000-3150) », dans L'Égypte des pharaons, Belin, (réimpr. 2018) (ISBN 978-2-7011-6491-5), p. 73
  20. Vase peint, Nagada II, : Bateau à deux personnages : un homme et une "Femme-oiseau" : p. 217 sur An overview of the Predynastic Pottery of Ancient Egypt, une céramique du Medelshavsmuseet, Stockholm, voire une statuette de ce musée.
  21. L'hippopotame est connu pour son agressivité, et en particulier la femelle lorsqu'elle protège son petit. L'amazonite est l'une des plus anciennes pierres fines utilisées, et bien plus tard, au cours de l'Égypte antique.
  22. « lorsque cet oued coule parfois à notre époque le mufle du bovidé inférieur baigne dans l'eau [...] ».Jean-Dominique Lajoux, Murs d'images : art rupestre de la Tassili-n-Ajjer, Errances, , 314 p. (ISBN 978-2-87772-446-3, SUDOC 158312376), p. 104.
  23. Photographie
  24. Bétyles : Mais ils furent mentionnées par Oberlin en 1932 et par G.-B.-M. Flamand et E. Laquière, qui en ont publié une description détaillée, sous le nom d'« idoles sahariennes à tète de chouette », indiquant que leur hauteur variait de 25 à 50 centimètres : Pierres roulées à tête de chouette du Sahara central G. B. M. Flamand - 1909 Bull, et Mém. de la Soc. d'Anthrop. de Paris, Sème série, 10, : 1 80- 1 97
  25. Carte du Tassili, du Tadrart Acucas et du Messak : File:Carte topographique du Tassili n'Ajjer et les alentours-fr.jpg. Carte du Sud-Ouest de la Libye : (en) Giuma Anag et al., « Environment, Archaeology, and Oil: The MessakSettafet Rescue Operation (Libyan Sahara) », P1: GDX/LCT P2: GCR/GCY QC:African Archaeological Review [aar] pp480-aarr-373029 May 1, 2002 10:19 Style file version Nov. 19th, 1999African Archaeological Review,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  26. En France, l'Association des Amis de l'art rupestre saharien ou AARS a été créée en 1991 : elle publie chaque année une lettre et un bulletin : AARS, Association des Amis de l'Art Rupestre Saharien blog
  27. Principaux sites de peintures et gravures rupestres du Sahara : liste plus complète que celle proposée par la palette « Art rupestre du Sahara » :
    Algérie : Tassili des Ajjer: Tin Hanakaten, Assali-n-Trakfine (voir :Iddir AMARA, « Assali-n-Trakfine : la « Grande Dalle » gravée de Youf Eheket (oued Ti-n-Tarabine, Tassili wa-n-Ahaggar, Algérie) », sur MNHN, (consulté le )), peintures rupestres d'Eheren et Tahilahi au plateau de Tadjelaine, (école dite « Eheren-Tahilahi »), Sefar, Tamrit, Jabbaren, Tin Abanhar, Timedassaousset, Tan Toudouft, Tan Barsola : en tout une cinquantaine de sites;
    Libye : (voir : Jan Jelinek (166 figures nb ; 560 photos nb), Histoire de l'art rupestre libyen : découvertes et analyses, Jérôme Millon, , 560 p., 26 cm (ISBN 2-84137-149-2, SUDOC 084678232)) : Oued Aramat, Messak (voir : Jean-Loïc Le Quellec, Art rupestre et préhistoire du Sahara : le Messak libyen, Payot & Rivages, , 616 p., 23 cm (ISBN 2-228-89190-8, SUDOC 004507908)), Akakus (ou Acacus): Teleyen, Tadrart Acacus; Plateau du Messak)
    Égypte : Peintures rupestres de la Grotte des Bêtes;
    Niger : Massif de l'Aïr;
    Tchad : Telimorou (Fada, Ennedi).
  28. Voir la présentation faite par Le Quellec lors de sa conférence Le Quellec, 2023 au repère 1:06:43 / 1:33:07 . Voir aussi Le Quellec, 2013 et François Soleilhavoup, « Patine », Encyclopédie berbère, no 37,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  29. À cette conférence l'auteur présente le schéma de 2013 légèrement modifié : Jean-Loïc Le Quellec, « Périodisation et chronologie des images rupestres du Sahara central », Préhistoires méditerranéennes, no 4,‎ (doi.org/10.4000/pm.715, consulté le ).
  30. Site de Terarart ou Tegharghart. « [...] lorsque cet oued coule parfois à notre époque le mufle du bovidé inférieur baigne dans l'eau [...] » : Lajoux, 2012, p. 104.
  31. Grande bouteille à fond plat en forme d'amphore à deux anses. Cette amphore devait être plongée dans l'eau, puis hissée par une corde en trois brins. Deux d'entre eux étaient noués aux anses et le troisième s'enroulait autour du col. Une description de ce type de bouteille, mais à fond pointu, en forme d'amphore dans la culture de Shijia, sur le même territoire géographique que la culture de Banpo, dans : (en) Li Zhiyan, Virginia L. Bower et He Li (dir.), Chinese Ceramics : From the Paleolithic Period to the Qing Dynasty, Cambridge et New York, Yale University and Foreign Langage Press, , 687 p., 31 cm. (ISBN 978-0-300-11278-8), p. 54-55, (croquis explicite p. 55).
  32. En 2012 (Liu and Chen, 2012, p. 178) le site de Niuheliang, l'un des quelques centres cérémoniels Hongshan présente 16 sites rituels répartis sur 50 km2 dans les forêts ; c'est le plus vaste ensemble de structures monumentales ou de plateformes dédiées aux rituels datant de la Préhistoire en Chine. Le site principal avec temple est actuellement protégé [4], sur Ecns.cn, d'après China Daily, Auteur:Li Yan, le 2025-04-09.
  33. La cuisson en réduction se produit lorsque l'on ferme les ventaux d'aération du four, la fumée ne peux s'évacuer et entre en réaction avec les constituants des poteries qui prennent une tout autre couleur, ici d'un noir profond, la terre, à pâte fine et montée au tour rapide, ayant été soigneusement polie auparavant. Référence : Collection Grandidier : Les modes de cuisson : réduction et oxydation.
  34. Les figures visibles au centre des faces, sont interprétées comme l'image d'un être mythique, mi-homme mi-animal. Les cong comme les disques bi sont souvent découverts en contexte funéraire, associés à d'auttres objets en jade. : Li Liu in Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia, Alain Schnapp (dir.) et al., Une histoire des civilisations : Comment l'archéologie bouleverse nos connaissances, La Découverte, INRAP, (ISBN 978-2-7071-8878-6 et 978-2-348-06993-2, SUDOC 231399235), p. 205 et numérisé (SUDOC 231024843)
  35. Sur la « chaux éteinte » (lime wash) référence : (en) Patrick Nunn (University of the Sunshine Coast, Australia), « Fiji’s earliest human settlement – Bourewa » (consulté le ). Voir aussi :(en) Mike T. Carson (University of Guam), « Studying Ancient Pottery: The Mariana Islands at 1500 BC (repère 11:05 et suivantes) », sur YouTube : Archaeology Studio 115, (consulté le ).
  36. Dans les cultures sédentaires pré-Olmèques des basses-terres du Tabasco du maïs est néanmoins daté 2250-1500, près de ce qui sera La Venta (cité Olmèque de 1000 à 600/400). Ce maïs a pu être longtemps cultivé à petite échelle.
  37. Statuettes. Argile crue, modelée, incisée et peinte. Site de Caral, v. 2600 : Ces statuettes ont été retrouvées brisées, on peut néanmoins en déduire les vêtements, la parure et la coiffure des habitants de Caral : (en) Dr. Ruth Shady Solís, « The social and cultural values of Caral-Supe, the oldest civilization of Peru and the Americas, and their role in integrated sustainable development », sur Zona Caral gob. Peru, (consulté le ) : "Human Figurines and Garments".
  38. À proximité de Caral, à El Molino - période formative (2200-1500 av. J.-C.) - on a découvert en 2017 une maquette (1 × 1,2 × 0,20 m) démontrant la présence d'une réflexion sur un projet urbain, sa planification [5]. Cette société, hiérarchisée, avait une économie de subsistance mixte, agriculture et pêche, renforcée par l'échange de coton. ((en) Ruth Shady Solis, « America's First City The Case of Late Archaic Caral », dans Isbell, W. H. & Silverman, H. (eds.), Andean archaeology III : North and South, Springer, (ISBN 9780387289397, lire en ligne)).
  39. Statuette dite « Picasso-précolombien » : Voir sur le site du musée Casa del Alabado, la collection [6] : jeune home en mouvement de la culture de La Tolita.
  40. Villes de vallées sur la côte Pacifique entre 2000 et 1000, comme Ica, qui possèdent des pyramides et des places en forme de « U » et reprennent des éléments visibles à Caral comme la place surbaissée et la plateforme, surélevée: Bernand, 2023, p. 156
  41. « Étagement », sur Géoconfluences, (consulté le ).
  42. Voir la Carte des aires culturelles de l'Amérique centrale précolombienne
  43. Museo Nacional de Nicaragua :[7]
  44. Un vase similaire de la côte pacifique du Guatemala est daté du Préclassique récent (400 AEC-100 EC) sur ‘’Maya : de l’aube au crépuscule. Collections nationales du Guatemala’’, Musée du quai Branly 2011 (SUDOC 153020865), p 98.
  45. Le décor représente un être anthropomorphe se détachant en "négatif", dans une posture hiératique le nez modelé en relief. Motif répété deux fois. Décor noir sur l'engobe blanc qui recouvre toute la poterie.
  46. (es) Ifigenia Quintanilla, « Compañeros de viaje de las esferas: la escultura precolombina de la Gran Chiriquí (Compagnons de voyage des sphères : la sculpture précolombienne de Grande Chiriquí) », sur Esferas de piedra y arqueologia de Costa Rica, (consulté le )
  47. Représentation (gravure) d'après Lothrop 1937 [Coclé: An Archaeological Study of Central Panama, Part I: Historical Background, Excavations at the Sitio Conte, Artifacts and Ornaments] (SUDOC 046378715), p. 104, fig. 71. Grande Coclé, Sitio Conte. Panama. Tranchée 1, tombe 5, couche 2, squelette XV, objet 137. Référence complémentaire / à une grenouille en or datée 550-850 ; The Metropolitan Museum of Art : [8] avec une description précise des phases techniques de la fonte à cire perdue, dans ce cas.
  48. « Dans le rituel de la cohoba la substance hallucinogène est placée dans le pot et elle est aspirée par les deux tubes directement dans le nez du behique (chaman). La transe qui suit lui permet d'entrer en communication avec les Cémis, intercesseurs, pour demander conseil ou guérir les malades. » : cartel du musée Edgar Clerc. Guadeloupe.
  49. Les indigènes de la civilisation de Fort Ancient auraient introduit la culture du maïs dans l'Ohio. (en) Bradley T. Lepper, Ohio Archaeology:An Illustrated Chronicle of Ohio's Ancient American Indian Cultures, Orange Frazer Press, , 198–203 p. (ISBN 978-1-882203-39-0)
  50. Gorgerin en ardoise, sur : Répertoire du patrimoine culturel du Québec [9]
  51. Notice du musée [10].

Références

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  6. Le baudier et le poinçon, attributs masculins, sont mentionnés par Demoule, 2012, p. 123. Voir aussi « La statue-menhir », sur Ministère de la Culture : Musée d'archéologie nationale, n.d. (consulté le )
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  8. Jean-Paul Demoule, Les dix millénaires oubliés qui ont fait l'histoire, Fayard, (ISBN 978-2-213-67757-6, SUDOC 219828105), p. 160. Nouvelle éd. 1019 (SUDOC 34208457).
  9. Jean-Luc Piel-Desruisseaux (7e édition [actualisée]), Outils préhistoriques : de l’éclat à la flèche, Dunod, (ISBN 978-2-10-075138-9, SUDOC 193932253), p. 286.
  10. Anne-Marie et Pierre Pétrequin et al., Objets de pouvoir en Nouvelle-Guinée : approche ethnoarchéologique d'un système de signes sociaux, RMN, Musée d'Archéologie nationale, (ISBN 978-2-7118-4572-9, SUDOC 109933435), p. 238.
  11. Anne Lehoërff, Préhistoires d'Europe : de Néandertal à Vercingétorix : 40 000-52 avant notre ère, Belin, (ISBN 978-2-7011-5983-6, SUDOC 192382918), p. 214.
  12. Jean-Paul Demoule, Les dix millénaires oubliés qui ont fait l'histoire : Quand on inventa l'agriculture, la guerre et les chefs, Librarie Arthème/Fayard, (1re éd. 2017) (ISBN 978-2-818-50582-3, SUDOC 234208457), p. 119.
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  14. Voir aussi : « Statuette féminine en terre cuite, salle 6 : Un modèle stylisé », sur Musée de Préhistoire d'Île-de-France, n.d. (consulté le ), également : Christine Vève, « Comment la femme était-elle figurée au Néolithique ? : Quel sens donner aux représentations féminines de cette période ? », sur Grand Palais, RMN, (consulté le )
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  18. Statuette hermaphrodite, culture de Karanovo vers 5000 : Demoule, 2017, p. 95.
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  75. Laurent Le Bon, Yves Le Fur et Jean de Loisy, Une autre histoire de l'art : chefs-d'oeuvre (re)découverts au XXe siècle, La Martinière, (ISBN 978-2-7324-4583-0, SUDOC 174479352), p. 42-43. Voir aussi le rapport d'Anish Kapoor aux couleurs pigmentaires d'usage traditionnel en Inde.
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Voir aussi

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Articles connexes

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