Ata-Malik Juvayni

| Wali of Baghdad | |
|---|---|
| - | |
Guo Kan (en) |
| Naissance | Azadvar (en) |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom dans la langue maternelle |
عطاءالله بن مُحمَّد جوینی |
| Surnoms |
علاء الدين, أبو المُنظِّر, عطاملک |
| Activités |
Historien, homme politique, poète, scribe, katib |
| Famille |
Juvayni family (en) |
| Père |
Baha' al-Din Juvayni (d) |
| Fratrie |
Tarikh-i Jahangushay-i Juvaini (d) |

Ata-Malek Juvayni est un historien persan né en 1226 à Djovayn (une ville du Khorasan, au nord-est de l’Iran) et mort à en 1283 à Mughan ou Arran en Azerbaïdjan. Il a grandi dans une noble et ancienne famille qui s’est ralliée aux Mongols. Lui-même proche des ilkhans mongols, il a écrit une histoire de l'Empire mongol intitulée Ta'rikh-i Jahan-Gusha (« Histoire du Conquérant du monde »).
Son père est ministre d'Arghoun Agha, gouverneur du Khorasan et de l’Irak. Juvayni l’accompagne quand, aux côtés d’Arghoun, il se rend à la cour de Mongka. Juvayni séjourne à Karakorum de à . Là, il entreprend la rédaction de l'Histoire du Conquérant du monde.
Juvayni devient un fonctionnaire important de l'empire mongol. Il accompagne l'Ilkhan Hulagu en 1256 lors de la prise d'Alamut et en 1258 lors du sac de Bagdad. L'année suivante il est nommé gouverneur de Bagdad, de la Basse-Mésopotamie, et du Khouzistan.
Vers 1282, un an avant sa mort, Juvayni assiste à une quriltai, ou assemblée mongole, qui se tient dans les pâturages d'Ala-Taq, au nord-est du lac Van.
La position de Juvayni à la cour et ses relations familiales lui ont permis d'obtenir des informations auxquelles les autres historiens n'avaient pas accès.
L'œuvre de Juvayni est publiée sous le titre « Ta’rikh-i Jahan-Gusha », éd. Mirza Muhammad Qazwini, 3 vol, Gibb Memorial Series 16 (Leyde et Londres, 1912-1937). Une traduction en anglais par John Andrew Boyle (en) de L'histoire du Conquérant du monde est publiée en 1958.
Pour des raisons inconnues (probablement en lien avec les charges qu'il devait avoir en lien avec sa position à la cour), l'histoire de Juvayni se termine en 1260, plus de vingt ans avant sa mort.
Biographie
Ce que nous connaissons de ‛Ala' al-Din Ata-Malik al-Juvayni nous vient de son œuvre[1]. Il est né en 1226 à Azadvar dans le comté de Djuwayn, dans le Khorasan[2],[3].
Famille
Les Juvayni au service des Mongols (1236-1253)
Le retour de la mission coïncide avec la mort de Chin Temür, et Korgüz est convoqué en Mongolie pour rendre compte de la situation. C'était un homme intelligent et ambitieux, et il décida de profiter de cette occasion pour faire avancer sa propre cause. « La fortune, dit-il au père de Juvain, avec qui il était manifestement en bons termes, est comme un oiseau. Personne ne sait sur quelle branche elle se posera. Je vais m'efforcer de découvrir ce qui a été préétabli et ce qui est requis par la révolution des cieux. » Il réussira tellement bien sa mission qu'il partira de Qara-Qorum comme le gouverneur virtuel de ses terres de l'Ouest.violation du droit d'auteur.
En 1239, il est de nouveau en Mongolie pour répondre à certaines accusations portées contre lui ; et pendant son absence, Baha-ad-Din agit comme son adjoint. Il revint de nouveau en triomphe et Baha-ad-Din prépara un grand festin pour l'accueillir.violation du droit d'auteur.
En 1241, ayant entrepris un troisième voyage vers Qara-Qorum, il fut accueilli en route par la nouvelle de la mort du Grand Khan et retourna au Khorasan. Mais ayant au cours de son voyage contrarié l'un des fonctionnaires de la Maison de Chaghatai, il fut peu après arrêté et emmené à Almaligh près de Kulja dans l'actuel Sinkiang, la résidence de Qara-Hülegü, le petit-fils et successeur de Chaghataï, sur les ordres duquel il fut brutalement mis à mort.
La position de Baha-ad-Din n'a pas été affectée par la chute de son protecteur. Il fut confirmé dans ses fonctions par le successeur de Korgüz, l'émir Arghun, qui, par un décret du régent de l'Empire, la princesse Toregene, veuve d'Ögedeï, fut nommé souverain d'une région qui s'étendait de l'Oxus au Fars et comprenait non seulement le Khorasan et le Mazandaran mais aussi la Géorgie, l'Arménie et une partie de l'Asie Mineure et de la Haute Mésopotamie.
Au cours d'une tournée d'inspection, Arghun avait atteint Tabriz en Azerbaïdjan, lorsqu'il reçut une convocation pour assister au quriltai ou assemblée des princes au cours de laquelle Güyük, le fils d'Ogedeï, fut élu son successeur en tant que Grand Khan (1246) ; et pendant son absence, le père de Juvayni, le Sabib-divan a agi comme son adjoint sur tous ces territoires.
A son retour, chargé d'honneurs par le nouveau Khan, Baha-ad-Din s'avança à sa rencontre jusqu'à Amul dans le Mazandaran, où il prépara un splendide banquet pour saluer son retour, tout comme il l'avait fait pour son prédécesseur Korgüz en une occasion similaire quelque sept ans auparavant.
Avant qu'Arghun ne puisse poursuivre son voyage vers l'Azerbaïdjan, il reçut des nouvelles d'intrigues contre lui dans la capitale mongole, et il décida d'y retourner sans délai. Au cours de ce voyage, il fut accompagné non seulement par Baha-ad-Din mais aussi, à sa demande expresse, par Juvayni lui-même, qui avait alors environ vingt-deux ans. Le groupe avait atteint Taks, l'actuel Jambul au Kazakhstan, lorsqu'ils apprirent la nouvelle de la mort de Güyük, et sur les conseils du général mongol Eljigltei Arghun, ils retournèrent au Khorasan pour organiser l'approvisionnement en nourriture.
Arghun ne reste pas longtemps en Perse. En août ou , il part à nouveau pour l'Orient afin d'être présent au grand quriltaï qui s'était réuni pour élire le nouveau Khan. Dans ce voyage aussi, il est accompagné de Juvayni. Il n'avait pas dépassé Talas lorsqu'il reçut la nouvelle que Möngke avait déjà été élu. C'est le milieu de l'hiver et les grandes quantités de neige rendent le voyage presque impossible. Il continue néanmoins à avancer et atteint finalement Besh-Baligh, l'ancienne capitale ouïgoure, qui correspond à l'actuelle Jimsa, un peu au nord-ouest de Guchen dans le Sinkiang. De là, Arghun envoya un message pour informer le nouveau Khan de son approche, mais le groupe ne parvint à la cour mongole que le , c'est-à-dire près d'un an après l'accession de Möngke.
Arghun rendit compte au Khan de la situation économique des terres occidentales et, à la suite des discussions qui suivirent, Möngke institua un certain nombre de réformes dans le système d'imposition. Ces délibérations durent si longtemps que ce n'est qu'en août ou qu'Arghun prend finalement congé.
C'est au cours de ce long séjour dans la capitale mongole que Juvayni fut persuadé par des amis de commencer à travailler sur une histoire des conquêtes mongoles. Lorsque le groupe prit le chemin du retour, Möngke lui remit un yarligb et une païza confirmant son père dans sa fonction de sahib-divan.
La fin de carrière et de vie de son père Baha-ad-Din
Baha-ad-Din était maintenant dans sa soixantième année et après quelque vingt ans au service des Mongols, il souhaitait se retirer dans la vie privée, mais cela ne devait pas se faire. Les réformes fiscales étaient mises en pratique et Baha-ad-Din, accompagné d'un Mongol appelé Naimatai, fut envoyé pour prendre le contrôle de l'Irak perse, c'est-à-dire la Perse centrale, et de Yazd. Il avait atteint le district d'Ispahan lorsqu'il tomba malade et mourut.
C'est peut-être à des administrateurs comme Baha-ad-Din que la Perse doit sa survie à travers tant d'époques troublées. Les dynasties pouvaient s'élever et s'effondrer, mais il y avait toujours des fonctionnaires qui, en coopérant avec le nouveau régime, maintenaient une sorte de continuité dans le gouvernement du pays et le sauvaient de la chute. Les traditions de ses ancêtres sous les Khorazm-Shahs, sous les Seldjoukides avant eux et peut-être aussi sous des dynasties antérieures ont été maintenues par Baha-ad-Din dans une période de transition et, après sa mort, ont été poursuivies par ses fils sous une nouvelle dynastie, celle des Il-Khans mongols de Perse.
Ata-Malik Juvayni sous les Ilkhanides (1255-1283)

Le fondateur de cette dynastie, le prince Hülegü, un frère cadet du Grand Khan, avançait maintenant vers l'ouest à la tête d'une immense armée, son premier objectif étant la destruction des Ismaéliens ou Assassins d'Alamut. À Kish, au sud de Samarqand, célèbre par la suite comme le lieu de naissance de Tamerlan, Juvayni rencontre Arghun en .
Arghun avait de nouveau été victime d'intrigues à la Cour et, avec les encouragements d'Hülegü, il se rendit à Qara-Qorum pour se défendre contre ses accusateurs. Il confie l'administration des terres occidentales, sous Hülegü, à son fils Kerei Malik, à un certain Emir Ahmad et à Juvayni. À partir de là, Juvayni restera au service d'Hülegü et de ses descendants jusqu'à sa mort.

Un incident s'était déjà produit qui montrait l'estime dans laquelle il était tenu par le conquérant mongol. Un certain Jamal-ad-Din, qui était partie prenante de l'intrigue contre Arghun, avait remis à Hülegü une liste des fonctionnaires qu'il se proposait d'accuser devant le Grand Khan. Hülegü répondit aussitôt que ces questions relevaient de la compétence d'Arghun. Puis, tombant sur le nom de Juvayni dans la liste, il ajouta : « S'il y a une accusation contre lui, qu'elle soit énoncée en ma présence afin que l'affaire soit examinée ici et maintenant et qu'une décision soit rendue », sur quoi Jamal-ad-Din retira son accusation et se retira dans la confusion.
La grande armée avait maintenant traversé l'Oxus et marchait à travers le Khorasan, où elle passa par la ville de Khabushan (l'actuelle Quchan), « qui était restée abandonnée et en ruines depuis la première incursion de l'armée mongole jusqu'à cette année-là, ses bâtiments étaient désolés et les qanats sans eau, et aucun mur n'était encore debout, sauf ceux de la mosquée du vendredi ». « Ayant observé l'intérêt et le plaisir du Roi à restaurer les ruines », Juvaini attira son attention sur le cas de Khabushan : « Il écouta mes paroles et publia un yarligb pour la réparation des qanats, l'édification de bâtiments, l'établissement d'un bazar, l'allègement du sort des gens et leur rassemblement dans la ville. Toutes les dépenses de reconstruction furent financées par le trésor public, de sorte qu'aucune charge ne fut imposée au peuple ».
La destruction d'Alamut et la conquête de Bagdad (1256-1258)
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A la fin de l'automne 1256, les Mongols convergeaient de toutes parts vers les bastions des Assassins à Alamut, « le Nid d'Aigle », au nord-est de Qazvin. Rukn-ad-Din, le dernier successeur du redoutable Hasan-i-Sabbah, avait joué la montre dans l'espoir que les neiges de l'hiver viendraient à son secours et rendraient un siège impraticable ; mais le temps est resté anormalement doux et, à la mi-novembre, il a décidé de se rendre.
À cette fin, il demande un yarligb lui accordant un sauf-conduit et celui-ci est rédigé par Juvayni, qui doit également avoir pris part aux négociations. C'est également Juvayni qui a composé le fat-nama ou proclamation de victoire annonçant la défaite finale et l'extirpation des Assassins. Il raconte également comment, avec la permission d'Hülegü, il a examiné la célèbre bibliothèque d'Alamut, dans laquelle il a choisi plusieurs « livres de choix » tout en confiant aux flammes ceux « qui se rapportaient à leur hérésie et à leur erreur et qui n'étaient ni fondés sur tradition ni soutenus par la raison ». De ces derniers ouvrages, cependant, il a heureusement conservé une autobiographie de Hasan-i-Sabbah, dont il cite de larges extraits dans le troisième volume de son histoire.

La destruction d'Alamut accomplie, Hülegü se tourne vers son second objectif, la conquête de Bagdad et le renversement du califat abbasside en 1258. Comment Alau, « le grand seigneur des Tartares/ a capturé la ville de Baudac et a fait mourir de faim le calife dans une tour, toute pleine d'or, d'argent et d'autres trésors » peut être lu dans les pages de Marco Polo. En fait, le calife a probablement été enveloppé dans un tapis et battu à mort à coups de massue, comme le faisaient les Mongols dans l'exécution de leurs propres princes. Cependant, la version de Marco Polo de l'entrevue préliminaire entre Hülegü et le calife est très proche du récit donné par le célèbre philosophe perse Nasir-ad-Din Tusi, qui avait été au service des Assassins et qui accompagnait désormais Hülegü à Bagdad.
Juvayni avait lui aussi accompagné le conquérant et en 1259, celui-ci le nomma gouverneur de tous les territoires qui avaient été directement détenus par les califes, c'est-à-dire Bagdad même, l'Irak arabe ou la Basse Mésopotamie et le Khouzistan.
La mort d'Hülegü et les carrières des Juvayni
Hülegü mourut en 1265 mais, sous son fils Abaqa, Juvayni conserva son poste, bien qu'il fût nominalement adjoint au Mongol Sughunchaq. Pendant plus de vingt ans, il continua à administrer cette grande province et, durant cette période, il fit beaucoup pour améliorer le sort de la paysannerie.
Il fit creuser un canal depuis Anbar sur l'Euphrate jusqu'à Kufa et la ville sainte de Najaf et fonda 150 villages sur ses rives ; on disait, avec une certaine exagération, qu'il avait rendu au pays une plus grande prospérité que celle dont il avait bénéficié sous les califes. Ni Juvayni lui-même, ni son frère Shams-ad-Din, qui réunissait en sa personne les postes de Grand Vizir et de sahib-divan, ne furent sans ennemis, et pendant leur long mandat, il y eut plusieurs tentatives pour entériner leur ruine.
Les intrigues contre les Juvayni
Cependant, les intrigues de ce genre avaient laissé les frères relativement indemnes jusqu'aux dernières années du règne d'Abaqa lorsqu'un certain Majd-al Mulk, à l'origine un protégé des Juvayni, réussit à gagner l'oreille, d'abord d'Arghun, le fils d'Abaqa, puis d'Abaqa lui-même et porta contre Shams-ad-Din les accusations habituelles d'être de mèche avec les ennemis les plus redoutables des Mongols, les sultans mamelouks d'Égypte, et d'avoir détourné d'importantes sommes du Trésor.
Shams-ad-Din réussit à apaiser les soupçons de l'Il-Khan, et se trouvant à l'abri de toute attaque, Majd-al-Mulk tourna son attention vers son frère. Il persuade Abaqa que Juvayni, pendant son règne à Bagdad, a mal utilisé les fonds du Trésor et ce serait approprié l'énorme somme de 2.500.000 dinars, cet argent étant enterré dans sa maison[4].
Deux intrigues particulièrement lourdes de conséquences pour Ata-Malik-Juvayni (1281-1282)
(1) En , Abaqa était en expédition de chasse en Haute Mésopotamie avec l'intention de rejoindre ses quartiers d'hiver à Bagdad ; et Juvayni fut envoyé à l'avance pour organiser le logement et l'intendance. A peine était-il hors de vue que le Majd-al~Mulk répéta l'ancienne accusation, et que l'Ilkhan envoya aussitôt certains de ses émirs pour suivre Juvayni et enquêter sur la question. Ils le rattrapèrent à Takrit et l'informèrent des ordres d'Abaqa.
« J'ai compris », dit Juvaini, « que l'affaire était sérieuse, que les déclarations de personnes préjugées avaient produit une profonde impression sur l'esprit du roi, et que la demande de ces "résidus" n'était qu'un prétexte pour obtenir l'argent qu'ils avaient l'intention de me prendre, argent avec lequel, comme ils le croyaient en vain, les réservoirs d'eau de ma maison étaient remplis. Pour être bref, j'ai accompagné les commissaires de Takrit à Bagdad, où je leur ai remis tout ce qui se trouvait dans ma maison et mon trésor, or et argent, les pierres précieuses Il a ensuite fait une déclaration écrite selon laquelle si, par la suite, on trouvait en sa possession ne serait-ce qu'un dirbam, il s'engageait à respecter les règles de la loi, serait tenu pour responsable et puni ».
Apprenant sa situation difficile, son frère Shams-ad-Din, qui était au service de l'IlKhan, se rendit immédiatement à Bagdad, recueillit dans ses maisons et celles de ses enfants tout l'or et l'argenterie qu'il pouvait trouver, emprunta ce qu'il pouvait à l'époque des personnes importantes et offrit toutes ces richesses à Abaqa, qui approchait maintenant de Bagdad, dans l'espoir de l'apaiser. Tout cela n'a servi à rien : Juvayni a été enfermé dans sa maison pendant que les fonctionnaires mongols cherchaient l'argent qu'il était censé avoir enterré, torturant ses serviteurs et déterrant les tombes de ses enfants et de ses proches.
Ne trouvant rien, ils transfèrent Juvayni au Qasr Musanna pour qu'il y languisse comme prisonnier pendant qu'ils retournent faire leur rapport à Abaqa. Cependant, certains princes et princesses mongols, dont l'épouse préférée d'Abaqa, interviennent en faveur de Juvayni, et finalement, le , l'IlKhan est persuadé d'ordonner sa libération.
(2) Cette tentative ayant échoué, le Majd-al-Mulk fait accuser Juvayni d'entretenir une correspondance avec les Mamelouks d'Egypte, et en , il part de Bagdad pour Hamadan, en compagnie des commissaires de l'Il-Khan, afin de répondre à cette accusation devant ses accusateurs. Le , alors que le groupe vient de franchir le col d'Asadabad, près de Hamadan, il est accueilli par certains courtisans d'Abaqa qui lui annoncent que le Il-Khan, enfin convaincu de l'innocence de Juvayni, l'a rétabli dans ses droits et a libéré ses agents.
En arrivant à Hamadan, cependant, Juvayni apprit qu'Abaqa venait de mourir ; dans ces nouvelles circonstances, il fut décidé de le garder en détention. Cette réclusion ne dura pas longtemps, car on apprit bientôt que Tegüder, le frère d'Abaqa, converti à l'Islam et connu sous le nom musulman d'Ahmad (c'est l'Acomat Soldan de Marco Polo), avait succédé au trône et que l'un de ses premiers actes avait été d'ordonner la libération de Juvayni.
Le nouveau souverain se trouvait alors en Arménie. Juvayni le rejoint et l'accompagne ensuite au quriltaï qui se tient dans les pâturages d'Ala-Taq, au nord-est du lac de Van, près de la source de l'Euphrate oriental. Les nouveaux gouverneurs y sont nommés dans leurs différentes provinces et Juvayni récupère son ancien poste de gouverneur de Bagdad. Tegüder, informé des activités de Majd-al-Mulk et de ses associés, ordonne une enquête. Majd-al-Mulk est reconnu coupable et condamné à mort, mais avant que la sentence ne soit exécutée, il fut saisi et lynché par un groupe de musulmans et de mongols qui « se jetèrent sur lui, se blessant même les uns les autres dans leur lutte pour l'atteindre, le déchirèrent et le découpèrent en morceaux, et même rôti et mangé des morceaux de sa chair ».
Fin de carrière et de vie
Ce récit de son propre triomphe et de la déconfiture de son ennemi conclut le deuxième des deux traités dans lesquels Juvayni a décrit les diverses intrigues contre lui et son frère. Sa propre fin était maintenant proche. Il y avait une hostilité ouverte entre le nouveau souverain et son neveu Arghun ; et parce que les Juvayni avaient la faveur de son oncle et aussi parce qu'il partageait la croyance répandue que Shams-ad-Din avait empoisonné son père Abaqa, Arghun était déterminé à provoquer leur ruine. Il se rendit à Bagdad pour relancer la vieille accusation de détournement de fonds contre Juvayni et commença à arrêter ses agents et à les soumettre à la torture.
Un de ces hommes étant mort récemment, il fit exhumer son corps et le jeta sur la route. En recevant la nouvelle de cette barbarie, Juvayni, selon un récit, fut saisi d'un violent mal de tête dont il mourut peu après. Selon Dhahabi, cependant, sa mort était due à une chute de son cheval.
Quelle qu'en soit la cause, il mourut à Mughan ou Arran le , âgé d'environ cinquante-sept ans, et fut enterré à Tabriz. Sa mort ne se serait en tout cas pas fait attendre. L'année suivante, Arghun détrôna son oncle et lui succéda ; il ordonna l'exécution de Shams-ad-Din et de ses quatre fils et bientôt la famille Juvayni fut pratiquement anéantie.
Œuvre : « L'Histoire du conquérant du monde »
L'Histoire du conquérant du monde a été commencée à Qara-Qorum en 1252 ou 1253. Juvayni y travaillait encore en 1260, alors qu'il venait d'être nommé gouverneur de Bagdad. Vers cette époque, il dut renoncer à poursuivre son histoire car il n'y a aucune référence à des événements postérieurs à cette date alors qu'il venait d'être nommé gouverneur de Bagdad.
Juvayni témoigne directement des conditions dans lesquelles une grande partie de son œuvre a été écrite. Ces conditions ont laissé des traces dans l'histoire (les dates sont parfois omises ou mal indiquées, et l'auteur se contredit parfois). De telles fautes sont compréhensibles dans un ouvrage non révisé ; elles sont encore plus compréhensibles dans un ouvrage dont il est prouvé qu'il n'a jamais été achevé.
Commentant la conquête du Khorasan par les Mongols, il s'exprime dans les termes suivants : "Et quand bien même il y aurait un homme libre de préoccupations qui pourrait consacrer toute sa vie à l'étude et à la recherche et toute son attention à l'enregistrement des événements, il ne pourrait pas dans une longue période de temps s'acquitter du récit d'un seul district. Combien plus cela dépasse-t-il les pouvoirs de l'écrivain actuel qui, malgré son inclination, n'a pas un seul moment pour l'étude, sauf quand, au cours de voyages lointains, il glisse une heure ou deux, quand la caravane s'arrête, et écrit ces histoires !". (I, 118 ; i, 152)
Son travail, pour citer Barthold, « n'a pas encore été évalué à ses déserts »[C'est-à-dire ?], et en Occident, au moins, Juvayni a été éclipsé par le dernier Rashid-ad-Din, dont des parties considérables de l'énorme compilation/encyclopédie historique, telle qu'aucun peuple, ni en Asie ni en Europe ne possédait au Moyen Âge, sont depuis longtemps disponibles dans des traductions européennes. Rashid-ad-Din a pu puiser dans des sources mongoles inaccessibles à Juvayni ; son récit des débuts de la vie de Chingiz-Khan, qui a été publié en anglais, est infiniment plus complet et plus détaillé que celui de l'historien précédent.
D'autre part, Juvayni a vécu beaucoup plus près des événements qu'il décrit, et une grande partie de son récit de l'invasion doit être basé sur les rapports de témoins oculaires. Pour l'histoire de la Perse l'invasion et l'expédition de Hülegü, il a pu s'appuyer sur les souvenirs de son père et sur ses propres souvenirs ; et à la fin, il est devenu, comme nous l'avons vu, un participant lui-même aux événements. Il est important de noter que Rashid-ad-Din, en traitant de l'histoire de cette période, se contente généralement de suivre son prédécesseur presque mot pour mot.
La plupart de ses informations concernant les Turcs et les Mongols ont dû être recueillies à la cour des princes mongols et au cours de ses voyages sur place, et l'exactitude de ses données peut être vérifiée par comparaison non seulement avec Rashid-ad-Din mais également avec les travaux de voyageurs occidentaux tels que Jean de Plan Carpin, Rubruck et Marco Polo, ainsi qu'avec les données chinoises et les sources mongoles autochtones.
L'histoire du conquérant du monde est immédiatement devenu la grande autorité sur les invasions mongoles et a été librement utilisée par les historiens contemporains et ultérieurs, arabes et persans. Dans la traduction latine de Barhebraeus par Pococke (Oxford,1663), des parties de Juvayni sont devenues accessibles, de seconde main, aux érudits occidentaux. Son œuvre a été publiée au XIXe siècle par le baron d'Ohsson sous le titres Histoire des Mongols depuis Tctinguis-Kban jusqu'à Timour Bey ou Tamerlan (1re édition 1824, 2e édition 1834-5), ouvrage qui fournit encore la meilleure source, et certainement la plus lisible, de toute la période mongole, quoique D'Ohsson fut malheureusement obligé de travailler sur un manuscrit indifférent, l'unique manuscrit alors en possession de la Bibliothèque Royale (aujourd'hui la Bibliothèque nationale).
Après d'Ohsson, Barthold est le seul historien qui, dans son Turkestan, a fait un large usage de l'œuvre de Juvayni dans sa version originale, mais ne s'intéressant qu'aux événements qui ont abouti à l'invasion proprement dite. Il n'aborde pas l'histoire de l'empire mongole sous Chingiz-Khan et ses successeurs. Dans l'édition anglaise de son ouvrage, il a pu consulter les deux premiers volumes de l'édition monumentale du texte persan de Qazvini, mais ce n'est qu'après la publication du tome III en 1937 que l'ensemble du Juvayni est devenu accessible aux orientalistes. Il est maintenant présenté, dans une traduction anglaise, à un cercle plus large de lecteurs.
Beaucoup de choses sont inévitablement perdue dans la traduction. Contrairement au dernier Rashid-ad-Din, dont le langage est clair et simple à l'extrême, Juvayni était un maître de ce qui était déjà le style traditionnel de la prose persane. Le texte est entrecoupé de citations de poètes arabes et persans, de vers de l'auteur et de passages du Coran.
Les chapitres commencent et se terminent ou sont interrompus en plein milieu par des réflexions sur des sujets tels que la vanité des désirs humains ou l'inexorabilité du destin. Cependant, Juvayni était un homme de goût ; il maîtrisait sa rhétorique et pouvait, dans une certaine mesure, faire preuve d'un grand talent lorsque l'occasion l'exigeait, comme pour raconter son histoire dans le langage le plus simple et le plus direct.
En cela, il différait de son admirateur et continuateur Wassaf, qui a été décrit comme étant « d'un style si orné que l'on ne voit pas la forêt pour les arbres ». Dans Juvayni, d'autre part, il y a souvent un point dissimulé même dans ce qui semble être un simple ornement. En citant, par exemple, de la Shanama ou « Livre des Rois », l'épopée nationale, il a pu exprimer des sentiments qu'il aurait été impossible d'exprimer ouvertement[5].
Bibliographie
- Rajabzadeh, Hashem (2009). "JOVAYNI FAMILY". Encyclopaedia Iranica, Vol. XV, Fasc. 1. pp. 61–63.
- Biran, Michal (2009). "JOVAYNI, ṢĀḤEB DIVĀN". Encyclopaedia Iranica, Vol. XV, Fasc. 1. pp. 71–74.
- Ashraf, Ahmad (2006). "Iranian identity iii. Medieval Islamic period" Encyclopaedia Iranica, Vol. XIII, Fasc. 5. pp. 507–522.
- Ata Malik Juvaini History of the World Conqueror, traduit par John Andrew Boyle, Harvard University Press 1958, sur Internet Archive
- Constantin d'Ohsson, Histoire des Mongols depuis Tctinguis-Kban jusqu'à Timour Bey ou Tamerlan (lire en ligne).
Notes et références
- ↑ (en) W. Barthold, DJUWAYNI, ‛Ala' Al-Din ‛Ata-Malik b. Muhammad in Encyclopedia of Islam, Brill, (lire en ligne), p. 606-607
- ↑ Michèle ÉPINETTE, « Biographie de DJOVAYNĪ (1226-1283) »
, sur Encyclopædia Universalis, s. d. (consulté le )
- ↑ (tr) Orhan Bilgin, « CÜVEYNÎ, Atâ Melik », sur TDV İslâm Ansiklopedisi, (consulté le )
- ↑ (en) Ala-ad-Din 'Ata-Malik, Ala-ad-Din 'Ata-Malik, The History of the world conqueror., Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, , 424 p., p. XV-XXIX
- ↑ (en) Ala-ad-Din 'Ata-Malik JUVAINI Translated from the text of Mirza Muhammad QAZVINI by JOHN ANDREW BOYLE, Ph.D., THE HISTORY OF THE WORLD-CONQUEROR, HARVARD UNIVERSITY PRESS CAMBRIDGE, MASSACHUSETTS, , 424 p. (lire en ligne)
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
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