Chronologie du conflit du M23
La chronologie du conflit du M23 détaille le déroulement des évènements liés à l'insurrection armée débutée en par le Mouvement du (M23) dans l'est de la république démocratique du Congo (RDC).
C'est la phase actuelle des conflits qui déstabilisent la région du Kivu depuis 2004. Cette mutinerie fait suite à la première rébellion du M23, défaite en 2013 par les troupes gouvernementales et les soldats de la MONUSCO.
Reprise des armes du M23 ( - )
En , le Mouvement du 23 mars (M23) lance plusieurs offensives mineures contre les positions des Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et des membres de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) près de la frontière entre la république démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et l'Ouganda[1],[2],[3]. Ces attaques donnent peu de résultats, le M23 ne bénéficiant plus de soutien international significatif. L'Ouganda et la RDC ont grandement amélioré leurs relations, coopérant contre un ennemi commun, les Forces démocratiques alliées (ADF), lors de l'opération Shujaa. Début 2022, un nombre croissant de combattants du M23 commencent à quitter leurs camps, et à retourner en RDC[4]. Le mouvement rebelle lance d'autres attaques entre et , lesquelles sont repoussées[2],[5].
Un rapport d'experts mandaté par l'ONU indique que le commandement militaire général de ces attaques est assuré par Sultani Makenga, tandis que le colonel Yusuf Mboneza supervise les opérations sur le terrain, Bertrand Bisimwa, contraint par les autorités ougandaises de quitter Kampala le , demeure le dirigeant politique du M23[5].
Les dirigeants du M23 ont fait valoir que certaines parties de leur mouvement avaient repris l'insurrection, car les conditions de l'accord de paix de 2013 n'étaient pas respectées par le gouvernement congolais[4],[1]. Les rebelles ont également fait valoir qu'ils tentaient de défendre la minorité tutsi du Kivu contre les attaques de combattants hutus tels que ceux des forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR)[6].
En 2022, le M23 n'était que l'un des 120 groupes armés qui opèrent dans l'est de la RDC[7]. Avant , le gouvernement congolais a tenté de renforcer sa position face à la résurgence du M23 en envoyant davantage de soldats. Cependant, cela a affaibli sa présence dans d'autres zones, dont celles touchées par l'insurrection des ADF[5].
Premières attaques significatives des rebelles ( - )
Dans la nuit du , les rebelles du M23 lancent une nouvelle offensive au Nord-Kivu[8], attaquant d'abord les villages de Tshanzu et Runyoni dans le territoire de Rutshuru[9] depuis leurs fiefs des collines environnantes[1]. Les deux villages avaient été des bastions importants du mouvement M23 pendant la rébellion de 2012-2013[9]. L'attaque rebelle est menée par Sultani Makenga[2]. Le gouvernement de la RDC affirme que le Rwanda soutient l'opération, une affirmation démentie par le gouvernement rwandais[4] et les rebelles[1]. Onesphore Sematumba, chercheur à l'International Crisis Group, soutient que les allégations d'aide rwandaise sont crédibles. Il suggère que la résurgence du M23 est probablement influencée par la volonté du Rwanda d'arrêter un projet d'infrastructure qui relierait la RDC et l'Ouganda[1].
Le , les FARDC repoussent une attaque rebelle contre la ville frontalière de Bunagana, mais le M23 capture plusieurs villages, dont Mugingo, Gasiza, Chengerero, Rugamba, Kibote, Baseke et Kabindi[8]. De plus, un hélicoptère de l'ONU s'écrase à Tshanzu, tuant huit Casques bleus de la MONUSCO (six Pakistanais, un Russe et un Serbe). Les FARDC accusent les rebelles du M23 de l'avoir abattu[4],[10]. À Bunagana, les FARDC reçoivent le soutien de l'armée ougandaise, dont les forces terrestres traversent la frontière, tandis que des avions ougandais bombardent les rebelles[2],[11]. Au 1er avril, les affrontements dans le Rutshuru ont déplacé 46 000 habitants selon le HCR[12]. Les combattants du M23 se retirent dans leurs bases en montagne, leurs premières attaques étant considérées comme un échec[2], et proclament un cessez-le-feu unilatéral[10],[13].
Échec des pourparlers de paix et reprise des combats ( - )
Le , les FARDC refusent toute négociation avec les forces du M23 basées en RDC et lancent une contre-attaque[10]. Quatre jours plus tard, le M23 annonce qu'il va retirer ses troupes de tous les villages qu'il a capturés[13]. Cependant, les FARDC perdent de plus en plus de terrain au profit des insurgés[10]. Fin avril, le gouvernement de la RDC et certains groupes rebelles tiennent des pourparlers de paix à Nairobi[14], mais la faction Bisimwa du M23 quitte les négociations[15] ou en est expulsée en raison des affrontements en cours au Nord-Kivu[14],[6].
Les forces du M23, dirigées par Makenga[14] avec la faction Bisimwa[15], reprennent leur offensive en mai[14]. Cette opération serait appuyée par au moins 1 000 soldats rwandais[16]. Selon une source locale, le M23 envahit Kibumba le [17]. Le 19 mai, des rebelles du M23 attaquent des Casques bleus de la MONUSCO à Shangi, dans le territoire de Rutshuru, alors que ces derniers rejoignaient des opérations de contre-insurrection des FARDC. Les dirigeants rebelles déclarent que l'attaque est une réponse à une précédente opération conjointe FARDC-FDLR[6]. À partir du , les rebelles tentent de marcher sur la capitale provinciale du Nord-Kivu, Goma[14], déplaçant 70 000 personnes[18]. Du 22 au , une bataille fait rage à Kibumba, tandis que les insurgés s'emparent temporairement de Rumangabo avant qu'elle ne soit reprise par les FARDC. Selon des chercheurs indépendants, les insurgés ont été soutenus par des militaires rwandais lors de la bataille de Rumangabo[16].
Le , le M23 atteint la périphérie de Goma[14], mais est repoussé par la MONUSCO, les FARDC[18] et les FDLR[16] à l'issue de violents combats. Les insurgés se retirent et les combats s'interrompent le reste du mois[18]. Les FARDC accusent l'armée rwandaise de combattre directement aux côtés des rebelles, affirmant que des miliciens locaux ont capturé deux soldats rwandais. De l'autre côté, le Rwanda affirme que la RDC a tiré des roquettes sur son territoire, a été aidée par les FDLR[14], et a enlevé les deux soldats[19]. Les combats attisent également les tensions ethniques locales : le commissaire divisionnaire adjoint de la police nationale du Nord-Kivu, François-Xavier Aba van Ang, diffuse une vidéo exhortant les civils à s'organiser en milice pour mener une « guerre populaire » au M23[20]. Bien que cet appel soit désavoué par les autorités, les FARDC arment également les milices locales existantes afin qu'elles puissent participer à la campagne contre le M23[16].
Prise de Bunagana, nouvelles avancées rebelles et contre-attaques loyalistes ( au )
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Début juin, des affrontements ont de nouveau lieu à Bunagana[21],[18]. Le , le M23 attaque la MONUSCO à Muhati, dans le territoire de Rutshuru[19]. Le , les FARDC repoussent une autre attaque du M23 sur Bunagana. Contrairement à la précédente attaque contre Bunagana, les forces de sécurité ougandaises de l'autre côté de la frontière n'interviennent pas et se retirent des collines surplombant la ville[11]. Le M23 capture Bunagana le lendemain, après l'avoir encerclé, et ainsi forcé la garnison locale[22] de 137 soldats et 37 policiers à battre en retraite à Kisoro (en) en Ouganda[7],[23], où elle se rend aux forces de sécurité ougandaises. De nombreux civils fuient également de l'autre côté de la frontière[7]. Le gouverneur militaire du Nord-Kivu, Constant Ndima Kongba, nie d'abord la chute de la ville[22], mais le porte-parole des FARDC Sylvain Ekenge déclare plus tard qu'elle ne constitue « rien de moins qu'une invasion » par le Rwanda[24]. La RDC suspend « tous les accords » avec le Rwanda[25]. À ce stade, deux sources de sécurité congolaises[22] et des députés congolais accusent aussi l'Ouganda de soutenir l'offensive rebelle. Les parlementaires affirment que la retraite ougandaise avait facilité la prise de la ville, accusant Muhoozi Kainerugaba, le chef des troupes ougandaises impliquées dans l'opération Shujaa, de soutenir le M23. La RDC met fin à la coopération militaire avec l'Ouganda[11]. Le gouvernement ougandais interrompt l'opération Shujaa, et l'armée ougandaise affirme que les dernières attaques du M23 ne constituaient pas une menace pour les citoyens et l'équipement ougandais, rendant inutile son intervention[25]. La MONUSCO réfute les affirmations d'un soutien ougandais au M23 et appelle au calme et à la coopération[26].
Le président kényan Uhuru Kenyatta réagit à la chute de Bunagana et aux tensions régionales croissantes en appelant la Communauté d'Afrique de l'Est à organiser « immédiatement » une nouvelle mission de maintien de la paix de la paix appelée Force régionale de l'Afrique de l'Est pour rétablir la sécurité dans l'Est de la RDC[27]. Pendant ce temps, la MONUSCO commence à se préparer à aider les forces de sécurité congolaises à reprendre la ville[28]. Les troupes des FARDC du secteur d'opérations Sokola 2 attaquent depuis Kabindi le [29] et affirment plus tard avoir repris Bunagana[30]. Cependant, la ville est toujours aux mains des rebelles le lendemain et de violents combats se déroulent à l'ouest de celle-ci[11],[31]. Le M23 contre-attaque, capturant la ville de Tshengerero[32] et les villages de Bugusa, Kabindi et Rangira. Les insurgés avancent sur Rutshuru, et abattent un hélicoptère des FARDC[33]. Les combats s'étendent au parc national des Virunga et des écologistes signalent que cela y menace la survie des gorilles des montagnes[34].
Les avancées renouvelées du M23 auraient fait partie d'un plan de Sultani Makenga visant à isoler et finalement capturer Goma, dans l'espoir d'arracher ainsi des concessions politiques au gouvernement congolais[35]. Du 18 au , la ligne de front se stabilise le long de l'axe Rutshuru-Bunagana. Les forces combinées des FARDC et de la MONUSCO tiennent toujours des hameaux du voisinage immédiat de Tshengerero, tels que Ntamugenga et Rwanguba où se situe un important pont[36],[37]. Les combats se déplacent vers l'axe Runyoni-Rumangabo, où des affrontements sont signalés dans les villages de Kavumu et de Bikenge[37]. Parallèlement, une réunion de la Communauté d'Afrique de l'Est est organisée à Nairobi pour discuter des tensions diplomatiques entre la RDC, le Rwanda et l'Ouganda ainsi que du déploiement d'une nouvelle force de maintien de la paix en réaction aux attaques du M23. Le gouvernement de la RDC déclare qu'il accueillerait favorablement une mission de maintien de la paix sous l'égide de la Communauté, mais uniquement à condition que le Rwanda n'y participe pas[38],[39]. L'organisation appelle ensuite le M23 à se retirer de Bunagana[40] comme condition préalable à un cessez-le-feu, mais les insurgés en font fi[41]. Au contraire, le M23 rouvre le poste-frontière de Bunagana sous sa propre administration[42], après quoi le gouvernement du Nord-Kivu interdit l'importation et l'exportation de marchandises à travers le territoire tenu par les rebelles[43].
Reprise de territoire par les forces progouvernementales et impasse ( - )

Du 19 au , les affrontements se poursuivent dans le territoire de Rutshuru, alors que le M23 tente de percer les défenses des FARDC. Au début, les rebelles attaquent des villages le long de l'axe sud, mais sont repoussés à Karambi, Kitagoma, Kitovu, Bweza et Busanza. Ils se concentrent ensuite sur Bikenge, Ruvumu, Shangi et Bukima, envahissant les villages avant que les FARDC n'organisent une contre-attaque. L'armée reprend la plupart de ces hameaux, bien que Ruvumu, Buharo et Rutokara restent aux mains des rebelles. Dans l'ensemble, les forces pro-gouvernementales tiennent leurs positions, mais les assauts rebelles menacent de plus en plus l'axe Matebe-Rwanguba[44],[45]. Human Rights Watch rapporte que 17 civils, dont deux enfants, ont été sommairement exécutés le par le M23 pour collaboration présumée avec les FARDC[46]. Selon le journal Eco News, les FARDC auraient infligé une défaite au M23 sur la ligne de front de Runyoni approximativement à ce moment-là, blessant Sultani Makenga et tuant un autre commandant rebelle, le colonel Yusuf Mboneza[47]. Après une accalmie du 24 au [48], les combats reprennent le , lorsque les rebelles attaquent les FARDC à Bushandaba, Ruseke et sur la colline stratégique de Bikona[49]. Les forces pro-gouvernementales, composées de militaires et de policiers, contre-attaquent et reprennent les villages de Nkokwe, Ruvumu, Rugarama, Rutakara, Ntamugenga et Rutsiro dans le territoire de Rutshuru[50]. Le 29 juin, les FARDC poursuivent leur avancée, capturant Kabindi et Chengerero, bien que le M23 réplique en attaquant Rutsiro[51].
Le , les FARDC affirment avoir remporté une victoire majeure sur le M23 et les troupes rwandaises alliées après de violents combats à Rutsiro, Ntamugenga et Nyabikona[52], expulsant complètement les insurgés du groupement Bweza à Rutshuru[53]. Les affrontements se poursuivent à Bikenge et Ruseke le , les FARDC repoussant les assauts du M23[54]. Le 6 juillet, les FARDC réorganisent le commandement militaire pour améliorer leur efficacité[55]. Le même jour, les présidents rwandais Paul Kagame et congolais Félix Tshisekedi se rencontrent et, selon la partie congolaise, s'entendent sur un cessez-le-feu et le retrait du M23 du sol congolais. Mais, le lendemain, le M23 attaque Kanyabusoro et Rwanguba[56] et, les jours suivants, il tente de reprendre du terrain : les affrontements se poursuivent dans plusieurs villages des groupements de Bweza et de Jomba[57],[58]. Cependant, en parallèle, les combats cessent ailleurs sur la ligne de front[59].
Dans les jours suivants, les combats cessent en grande partie dans les groupements de Bweza et de Jomba, d'autres éclatent dans le groupement de Kisigari et sur deux collines importantes près de Rumangabo[60]. De violents combats ont également lieu dans le groupement de Bashali Mukoto dans le territoire de Masisi, où deux factions Nyatura s'affrontent. L'aile dissidente du chef de guerre Jean-Marie Nyatura, considéré comme proche du M23, tente de capturer plusieurs villages avant d'être expulsée de la plupart d'entre eux par ses rivaux locaux[61]. Par la suite, il y a une nouvelle accalmie dans les combats[62]. Les négociations se poursuivent entre le Rwanda et la RDC sous médiation internationale, bien que peu de progrès soient réalisés[63]. Le , le président ougandais Yoweri Museveni tente une nouvelle fois de rallier le M23 et le gouvernement congolais à un cessez-le-feu[64]. Pendant ce temps, la MONUSCO et les FARDC annoncent qu'elles regroupent des forces d'autres zones pour préparer une opération et repousser complètement le M23[65]. Le , le porte-parole du gouvernement congolais Patrick Muyaya Katembwe réitère que toute négociation avec les rebelles dépend du retrait préalable du M23 de son territoire occupé[66].

Fin juillet, le M23 a installé ses propres responsables dans les territoires occupés et y perçoit une taxe[67]. Des manifestations violentes éclatent à Goma et dans d'autres villes de l'est du Congo, des civils attaquant du personnel et des bâtiments de la MONUSCO qu'ils accusent d'inaction face aux rébellions régionales en cours. Des manifestants, des Casques bleus et des passants sont tués lors des affrontements[68]. Le North Africa Post prétend que les rebelles ont utilisé les manifestations comme couverture pour des attaques et ont été impliqués dans une attaque contre des Casques bleus marocains à Nyamilima[69]. Un soldat de la MONUSCO est tué dans un affrontement direct avec le M23 à Bunagana[70]. Le , les combats entre le M23 et les FARDC reprennent à Kabingo (territoire de Rutshuru), alors que les rebelles tentaient de récolter les cultures plantées par les habitants[71]. Le , les rebelles et les FARDC se combattent dans cinq villages du Rutshuru[72]. Dans les semaines suivantes, cependant, une trêve est observée le long de la ligne de front. Elle est réprouvée par de nombreux civils locaux qui font valoir que cela permet aux rebelles de consolider leurs gains territoriaux[73].
Le 15 août, le premier contingent de maintien de la paix de la Communauté d'Afrique de l'Est, composé de soldats burundais, arrive au Kivu[74]. L'arrivée des soldats burundais inspire des réactions mitigées aux groupes civils locaux : certains les accueillent favorablement, d'autres les considèrent comme des étrangers exploiteurs et d'autres enfin choisissent la neutralité[75]. Des affrontements sporadiques reprennent le 16 août, lorsque des rebelles, prétendument soutenus par les troupes rwandaises, attaquent Rwanguba, Rangira et Muhibira dans le Rutshuru[76],[77]. Le M23 affirme que ces opérations constituent une réponse à l'agression des FARDC et déclare souhaiter un dialogue avec le gouvernement[78]. Le , le M23 bombarde les positions des FARDC à Jomba, Bweza et Busanza[79].
Nouvelle offensive ( - )

Les combats reprennent le après que, selon les FARDC, le M23 ait attaqué un poste militaire. Le 23 octobre, le M23 capture la ville de Ntamugenga, tuant cinq soldats. Les combats s'étendent rapidement à la route nationale 2, un axe stratégique. Ils entraînent la mort de quatre civils et 40 blessés. Le , plus de 23 000 personnes ont été poussées à fuir leur foyer[80],[81]. L'offensive se poursuit le long de la route nationale 2 et le M23 capture Rubare, Kalengera et Kako[82]. Le , les rebelles prennent le contrôle de Rutshuru et de Kiwanja[83]. En réponse à l'offensive, le gouvernement congolais ordonne à l'ambassadeur du Rwanda Vincent Karega de quitter le pays sous 48 heures[84].
Des manifestations anti-rwandaises éclatent le à Goma, exigeant que la RDC quitte la Communauté d'Afrique de l'Est et que la Russie intervienne dans le conflit. Le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya déclare que la RDC ne négociera pas avec le M23[85]. Le , la MONUSCO annonce son « retrait stratégique et tactique » de la base militaire de Rumangabo. Des émeutes éclatent à Goma après des rumeurs selon lesquelles l'ONU transportait des éléments du M23, et plusieurs véhicules de l'ONU sont incendiés[86]. Le , le Kenya annonce qu'il enverra 900 soldats pour lutter contre le M23[87]. Le , l'armée congolaise déclare former 3 000 nouvelles recrues pour combattre le M23[88].
Le , le M23 combat aux abords des villes de Rugari et Tongo et est repoussé de Kibumba[89]. Le , le M23 affirme avoir capturé les villes de Kibumba, Ruhunda, Buhumba, Kabuhanga, Tongo et Mulimbi au forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) qu'il accuse de collaborer avec l'armée congolaise[90]. L'armée ougandaise déclare qu'elle participera à la lutte contre le M23, rejoignant les troupes kényanes[91].
Le , un sommet de chefs d'État de la région des Grands Lacs s'entendent sur un cessez-le-feu censé s'appliquer au M23 sous les 48 heures et agite la menace de l'imposition de la paix par la force est-africaine[92]. Mais les 29 et 30 novembre, le M23 commet le plus important massacre depuis sa fondation en tuant au moins 171 civils à Kishishe, en représailles, selon un rapport de l'ONU, à des pertes importantes qu'il a subi face au FDLR aux abords de cette localité quelques jours auparavant[93]. Le 28 décembre, le Soudan du Sud annonce qu'il envoie 750 militaires rejoindre la force régionale de la Communauté de l'Afrique de l'Est[94].
Intensification du conflit dans le Nord-Kivu ( - )
Début 2024, le M23, soutenu par le Rwanda, lance une offensive dans les territoires de Nyiragongo et du Masisi, à proximité de la ville de Goma. Les combats opposent les combattants du M23 à des groupes armés se disant patriotes congolais, les wazalendo, et provoquent d'importants déplacements de population. Des affrontements se produisent aussi aux environs de Sake, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Goma, entre le M23 et les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC). Ils risquent de couper la route nationale 2, considérée comme stratégique et empruntée par 150 000 civils en fuite entre le 2 et 9 février. Les forces congolaises, appuyées par les forces de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC, de l'anglais), commencent à faire mouvement vers Sake[95].
La MONUSCO affirme que l'armée rwandaise, pour soutenir le M23, utilise du matériel d'attaque sophistiqué. En effet, un de ses drones d'observation a été attaqué par un missile sol-air, tiré depuis une zone contrôlée par le M23. Des renseignements provenant de la France indiquent que ce missile a été lancé depuis un véhicule WZ551, que seul parmi les alliés du M23 le Rwanda est capable de mettre en œuvre. Elle affirme aussi que l'armée rwandaise utilise sur le théâtre d'opération des MANPADS, un système anti-aérien capable de mettre en danger tout appareil volant au-dessus de la zone[96]. Des témoignages indiquent aussi que les véhicules de l'ONU subissent des jets de pierres de la part de jeunes de la région, qui les accusent d'inefficacité et de collusion avec l'ennemi. La MONUSCO subit un rejet d'ensemble de la société congolaise, et le gouvernement a demandé son départ rapide[96].
Au matin du , les troupes du M23, soutenues par les Forces rwandaises de défense (FRD) lancent une nouvelle offensive contre Sake, dans le but d'encercler et isoler Goma, dont le ravitaillement est déjà affaibli : les trois principaux axes routiers de Sake, qui permettent d'approvisionner Goma, ont été bloqués par le M23 dans les semaines précédentes[97], mais échouent dans leur tentative de prendre le contrôle de la ville. Les forces congolaises, la SADC, la MONUSCO et les groupes d'autodéfense wazalendo opposent une forte résistance. Mais le M23 et ses alliés accusent les forces gouvernementales congolaise de vouloir massacrer ses propres populations[98].

Le , après deux jours de combats contre les FARDC et les milices wazalendo, le M23 prend le contrôle de Nyanzale (en), ainsi que de plusieurs villages de la chefferie de Bwito dans le territoire de Rutshuru[99],[100],[101]. Les combats vident ces agglomérations de la quasi-totalité de leurs occupants[102],[103], ce sont plus de 100 000 personnes qui prennent la fuite en direction de Goma[104],[105]. Le nombre de victimes civils s'élèverait à au moins 15 personnes, certaines tuées par des tirs d'obus de mortiers tirés sur le camp d'identification de déplacé de Kihondo. Selon un rapport interne de la MONUSCO[104] consulté par l'AFP, le M23 serait l'auteur de ces tirs, ainsi que d'autres tirs sur une base onusienne. Dans les jours qui suivent, la rébellion du M23 continue sa progression en territoire du Rutshuru. Entre le 10 et ce sont les localités de Vitshumbi et Rwindi, situées dans le parc national des Virunga, qui passent sous contrôle du M23, sans que les forces rebelles aient rencontrés de résistance, les FARDC ont quitté Rwindi avant l'arrivée des rebelles selon Jean-Claude Mbabaze, le président de la société civile du Rutshuru[106],[107].
Simultanément, le M23 mènent une offensive dans le territoire de Masisi. Le , les localités de Kashuga et Misinga passent sous contrôle de la rébellion après des combats avec l'armée congolaise[108].
En une semaine, avec l'occupation de Kirima, Kikuku, Kihondo, Mutanda, Somikivu, Bwalanda, Kashalira, Kibingu et Kabanda, ce sont plus de 10 localités qui sont passées sous le contrôle de la rébellion du M23[109],[110],[111]. Selon Richard Moncrieff, directeur de la région des Grands Lacs du groupe de recherche International Crisis Group, le M23 contrôlerai environ la moitié de la province du Nord-Kivu[105],[112].
Prise de la cité minière de Rubaya
Dans la nuit du au , le M23 s'empare de la cité minière de Rubaya, située dans le territoire de Masisi[113],[114],[115]. Rubaya, située à environ quarante kilomètres au nord-ouest de Goma, est au cœur d'une zone minière majeure, notamment pour le coltan, essentiel dans la fabrication des téléphones mobiles[114]. Le groupe rebelle, après plusieurs jours de combats contre les Forces armées de la république démocratique du Congo et des milices alliées, prend le contrôle de la ville et encourage les populations à reprendre leurs activités[113]. Le M23 poursuit sa route vers les localités alentours, et le s'empare des agglomérations de Kasake et Ngungu[116], se rapprochant à quelques kilomètres de la ville de Masisi[113]. Cette avancée provoque le déplacement de nombreux civils, suscitant des inquiétudes humanitaires quant à leur approvisionnement, les rebelles contrôlant désormais les principales voies de circulation de la région[116],[113].
Prise de Kanyabayonga
À partir de fin , de violents combats ont lieu dans le territoire de Lubero aux alentours de la cité de Kanyabayonga. Ils opposent les combattants du M23 aux troupes de l'armée régulière, les FARDC, assisté de milices armées regroupé sous l'appellation wazalendo. Les forces en présence se disputent le contrôle de la localité, un lieu stratégique donnant accès au nord de la province du Nord-Kivu, dont la voie principale permet de rejoindre les villes de Lubero, Butembo et Béni au nord de la région, mais aussi Goma vers le sud[117],[118].
Le , après un mois de combat, les troupes du M23 prennent le contrôle de Kanyabayonga. L'appui des forces de défense du Rwanda (FRD) aurait été déterminant dans la victoire contre les FARDC, qui jusqu'à présent, épaulé par les wazalendo, faisaient déjoué les tentatives des rebelles[117]. Les affrontements se déplacent vers Kaseghe, localité située à environ 20 km au Nord de Kirumba, qui tombent elles aussi aux mains du M23[119],[120].
Entrée en vigueur de l'accord de cessez le-feu
Le , alors que l'accord de cessez-le-feu négocié dans le cadre du processus de Luanda entre Kinshasa et Kigali, par l'entremise de l'Angola[121] entre en vigueur[122], le M23 s'empare sans combattre d’Ishasha, une localité frontalière de l’Ouganda, après avoir pris le contrôle la veille de Nyamilima, une agglomération voisine, là aussi sans rencontrer d'opposition[123]. Lors de la chute d'Ishasha, deuxième poste frontalier à passer aux mains du M23 après Bunagana le [28],[124], près de cent officiers de la police nationale congolaise sont repoussés par le M23, et traversent la frontière pour se réfugier en Ouganda, des centaines de civils fuient eux aussi la ville en direction de l'Ouganda, où ils sont pris en charge par les autorités locales et le haut commissariat aux réfugiés (HCR)[125],[126].
Période d'accalmie, échec des négociations et intensification des combats dans le Nord-Kivu ( - )
Période d'accalmie et reprise des combats
Après la signature du cessez-le-feu négocié en , une période de relative accalmie est constatée, mais les affrontements reprennent en octobre dans le territoire de Lubero[127].
Sommet de Luanda annulé pour cause de désaccord entre le Rwanda et la RDC
Après plusieurs réunions entre les diplomaties du Rwanda et de la république démocratique du Congo (RDC), dans le cadre du processus de Luanda, une réunion tripartite entre Félix Tshisekedi, Paul Kagame et João Lourenço est prévue pour le , mais le jour du sommet, Kagame ne fait pas le déplacement à Luanda, estimant selon Kigali, que le sommet n'était « plus pertinent », après que les négociations tenus la veille entre les ministres des affaires étrangères des deux pays se soient terminés par un échec[128],[129].
Après l’annulation du sommet, les affrontements entre les belligérants redoublent d’intensité pour le contrôle de diverses localités dans la province du Nord-Kivu.
Avancée du M23 dans territoire de Lubero
Dans le territoire de Lubero, où selon l'ONU, 100 000 personnes ont déjà fui les combats depuis le [130], le M23 continue son avancée, gagnant du terrain dans la région.
Le , après dix jours de violents affrontements entre les rebelles du M23 et les FARDC appuyée par les wazalendo[131], la ville de Matembe (en), verrou stratégique pour la défense de Lubero-centre, chef-lieu du territoire, située à environ soixante kilomètres, est conquise par le M23, qui, équipé de chars de combat et faisant usage d’armes lourdes, force les FARDC à se retirer dans les environs. Le lendemain la localité d'Alimbongo tombe elle aussi, et passe sous le contrôle du M23[132],[133]. Fin décembre, la ligne de front se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Lubero[130], instaurant un climat de peur dans la population civile, qui craint l'arrivée du M23 mais aussi subit les pillages des troupes de l'armée régulière, censée les protéger[130].
Bataille de Masisi-Centre
À partir du , de violents combats prennent place dans le territoire de Masisi, aux environs de Katale, une localité située à une vingtaine de kilomètres au sud-est de la ville de Masisi[134], qui est convoité par les rebelles du M23, selon plusieurs sources concordantes[134]. Le , le M23 prend le contrôle de Katale, dernier verrou avant Masisi[135], et le , après trois jours de combats dans la région, les rebelles s'emparent de Masisi, à l'issue d'intenses combats opposant les troupes du M23 aux Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), et aux milices locales wazalendo. À la suite de cette conquête, de nombreux habitants fuient la ville[129],[136]. Selon l'ONU, les affrontements auraient entraîné le déplacement de plus de 100 000 personnes. Dans les jours qui suivent la prise de Masisi-Centre, la communauté internationale condamne l’offensive et appelle la rébellion à respecter le cessez-le-feu conclu en [137]. De son côté le Rwanda, affirme que de nombreuses parties de la localité étaient sous la coupe des FDLR, et regrette le langage « biaisé et simpliste » de la communauté internationale, qui selon lui ne condamne pas « la violation permanente de l'intégrité des terres congolaises appartenant aux communautés congolaises, y compris les Tutsi congolais. »[137].
Le , alors que la veille les offensives des forces loyalistes ont permis de récupérer les collines « des trois antennes », de Kihuli et la vallée de Kimoka autour de la ville de Sake, ainsi que l'agglomération de Ngungu dans le territoire de Masisi[138], l'armée congolaise qui s'est regroupé et réorganisé à la suite de leur retraite du de Masisi-Centre[139], lance une offensive contre les positions de la rébellion dans Masisi. Quelques heures après le début de l'assaut, la cité est reconquise par les FARDC et leurs supplétifs wazalendo, et plus tard dans la journée, l'agglomération voisine de Lushebere est elle aussi reprise[139],[138]. Médecins sans frontières (MSF), indique qu'environ 10 000 personnes auraient trouvés refuges dans l'hôpital général de Masisi ainsi que dans la base de MSF à la suite des affrontements. La majorité des personnes cherchant protection étant des femmes et des enfants. Cet afflux de déplacés laisse craindre à MSF une crise alimentaire et sanitaire si la situation venait à perdurer[140].
Le , le M23 lance une nouvelle attaque en début de matinée, et après de nouveaux affrontements qui les opposent à l'armée régulière et aux wazalendo, Masisi-Centre repasse sous le contrôle de la rébellion[141].
Lancement de l'Opération Caterpillar II par les FARDC
A la suite de la reconquête de Ngungu par les forces congolaises, les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), pour répondre aux violations de cessez-le-feu du M23 et à leur progression dans le territoire de Masisi, mettent en place l’opération « Caterpillar II »[142],[143]. Cette opération est coordonnée par les commandants des provinces du Nord et Sud-Kivu, et a comme objectif de reprendre les territoires conquis par la rébellion et endiguer leur progression[143].
Prise de Goma, et expansion territoriale du M23 dans les Kivus ( - )
À partir du , dans la province du Nord-Kivu, plusieurs lignes de fronts voient le jour dans les territoires de Nyiragongo, de Masisi, de Rutshuru ainsi que dans le sud du territoire de Lubero[144],[145], où de violents combats opposent les FARDC et leur supplétifs wazalendo à la coalition des troupes du M23 et des Forces rwandaises de défense (FRD) pour le contrôle des zones territoriales. Les troupes loyalistes délogent les forces rebelles de plusieurs localités du territoire de Masisi[146],[147],[143], et un nouvelle offensive lancée par le M23 pour récupérer l'agglomération de Ngungu et ces environs[148], entraine de nouveaux déplacements de la population qui cherchent à fuir les combats[149]. Selon l’UNHCR, plus de 230 000 personnes ont été déplacées depuis le début de l'année à la suite de l’intensification des combats dans la région, portant à 4,6 millions le nombre de personnes déplacés internes dans les provinces du Nord et Sud-Kivu[note 1],[150].
Dans le même temps, le M23 intensifie ses efforts pour percer dans la province du Sud-Kivu, et continuer son expansion territoriale. Le , la rébellion s'empare de la cité minière de Lumbishi dans le territoire de Kalehe[152], qu'elle avait perdu quelques jours plus tôt[153], et dans les jours qui suivent lancent un double assaut sur Minova (en) et Bweremana, deux localités voisines, mais situées respectivement dans les territoires du Sud et du Nord-Kivu. le , après de longs et violents combats dans les chefferies des collines alentour[154], les deux localités passent elles aussi au mains du M23[155],[156], coupant une importante voie d'approvisionnement vers la capitale provinciale de Goma, qui se trouve de plus en plus isolé et encerclée par les combats[155],[157], qui se tiennent maintenant dans les collines surplombant Sake, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Goma[155].
Bataille de Goma
Dans les jours qui suivent la prise de Minova, de violents affrontements ont lieu dans les environs de Sake. Les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés y affrontent le Mouvement du 23 mars (M23), soutenus par les Forces rwandaises de défense (FRD) qui cherchent à prendre le contrôle de Sake, une localité stratégique considérée comme le dernier verrou sécuritaire à l'ouest de Goma.
Durant les affrontements, les belligérants font usage d'armes légères et lourdes, les forces armées congolaises se trouvent sous le feu des M23/FRD, qui bombardent leur position dans Sake[158], auquel les forces régulières disent riposter avec des lance-roquettes[159], et des hélicoptères de combat sont utilisés par les FARDC, en appui des troupes congolaises au sol, pour tenter de stopper l'avancée des rebelles[158],[160]. Des armes technologiques tel que la manipulations de signaux GPS pour perturber les communications des forces loyalistes seraient utilisés par le Rwanda, dont l’usage a déjà été reproché plusieurs fois à kigali par les États-Unis et des experts de l'ONU[160]. Lors des affrontements, des obus de mortier, provenant d'une zone contrôlée par le M23, touchent une position de la MONUSCO à Sake, et blessent légèrement trois casques bleus[160], le gouverneur du Nord-Kivu, le général Peter Cirimwami, décéde à la suite d'une blessure subit le près d'une ligne de front[161],[162], et les combats provoquent le déplacements de nombreux civils qui cherchent à fuir les combats et se dirigent vers Goma[162].
Le , un nouveau front est ouvert par le M23 à Kibumba, situé à une vingtaine de kilomètre au nord de Goma[161], tandis qu'à Sake, des RDF auraient pris position la veille dans la ville[163], et que les militaires congolais et leur supplétifs wazalendo sont rejoints au front par les forces de la Mission de la Communauté de développement d’Afrique australe en république démocratique du Congo (SAMIDRC), la MONUSCO, qui a activé et renforcé l’opération Springbok[note 2],[160],[162], ainsi que des combattants roumains d’une société de sécurité privée[163]. Durant les combats treize soldats étrangers, sont tués : trois casques bleus, et dix soldats de la SAMIDRC[165].

Au , la situation de Sake reste confuse, Le M23 a annoncé avoir pris le contrôle de la ville[166], ce que confirme des sources officielles dont l'ONU et le Royaume-Uni[167], ainsi que des sources locales, qui indiquent qu'une grande partie de la localité serait contrôlée par le M23[168],[169], mais la prise de la ville n'est pas confirmé par les autorités congolaises, qui déclarent avoir repoussé l'attaque du M23 sur Sake lors d'une contre-offensive[166],[167],[169].
Le , les combats se poursuivent à une dizaine de kilomètres de Goma[170], tandis que sur le plan diplomatique, les appels internationaux à un cessez-le-feu se multiplient. L’Union africaine réclame « la stricte observation du cessez-le-feu convenu entre les parties », l'Union européenne appelle le M23 à « arrêter son avancée » et le Rwanda à « se retirer immédiatement »[170]. António Guterres, le secrétaire général de l'ONU, appel pour la première fois depuis la résurgence de la rébellion les forces rwandaises à « cesser de soutenir le M23 et à se retirer du territoire de la RDC »[note 3],[170], et les événements poussent le Conseil de sécurité des Nations unies à se réunir en urgence[170],[171]. Dans les jours précédents les autorités congolaises ont rompu les liens diplomatiques avec le gouvernement rwandais[172],[173], demandant à ce dernier de quitter le territoire : le , le Rwanda rappelle ses derniers diplomates présents à Kinshasa[165],[170], de son côté la RDC rappelle le personnel diplomatique du pays le [172].
Lors de la session d’urgence du Conseil de sécurité, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, dénonce une « agression frontale » menaçant la souveraineté de la RDC. Elle demande l’imposition de sanctions contre les autorités rwandaises ainsi qu’un embargo sur les exportations de minerais en provenance du Rwanda[174]. La représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies et cheffe de la MONUSCO, Bintou Keita, confirme que le M23 bénéficie de renforts en provenance du Rwanda au environ de Goma, à proximité de la base MONUSCO de Munigi[174]. Lors de cette même session, l’ambassadeur du Royaume-Uni souligne que les attaques ciblant la MONUSCO peuvent constituer des crimes de guerre passibles de sanctions[174]. L’ambassadrice des États-Unis condamne fermement les hostilités menées par le Rwanda et le M23 dans les localités de Goma et Sake. Elle appelle à un cessez-le-feu immédiat et exhorte les dirigeants congolais, rwandais et du M23 à donner des instructions claires pour éviter que les civils ne soient pris pour cible[174]. Le Rwanda, sommé par l’ONU de se retirer de cette région, annonce pour sa part adopter une « posture défensive durable ». Il justifie cette décision en invoquant des combats constituant, selon ses déclarations, une menace à sa sécurité et à son intégrité territoriale[174].
Dans la nuit du 26 au , le M23 et l'armée rwandaise entrent dans Goma. L’Alliance du fleuve Congo, une coalition anti-gouvernementale qui regroupe des groupes armés et des partis politiques, dont le M23, revendique sa capture et indique avoir ordonné aux militaires congolais de se rendre et de déposer les armes[175].
Avancée vers Bukavu
À la suite de la prise de Goma, le M23 continue son avancée en république démocratique du Congo (RDC), son nouvel objectif semble être la ville de Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu, une région dont la MONUSCO s’est retiré en . Lors de la progression de l’insurrection vers le sud, des affrontements opposent les rebelles et les forces rwandaises aux Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés, des soldats burundais et des groupes armés wazalendo, regroupés dans la zone de Nyabibwe, à environ 80 kilomètres de Bukavu[176].
Le , selon l’ONU, les troupes de la rébellion se trouvent à environ 60 kilomètres au nord de Bukavu, à quelques kilomètres seulement de l’aéroport de Kavumu[177]. Cette rapide avancée dans le Sud-Kivu, accroit les crainte de l’ONU concernant une escalade régionale du conflit[177].
Le , L'Alliance fleuve Congo (AFC), dont fait partie le M23, annonce un cessez-le-feu unilatéral pour raison humanitaire, avec entrée en vigueur le , et déclare n'avoir « aucune intention de prendre le contrôle de Bukavu ou d’autres localités »[178].
Le , les troupes du M23 et les Forces rwandaises de défense (FRD) reprennent les combats au Sud-Kivu et s'emparent rapidement de la cité minière de Nyabibwe[179].
Démantèlement des camps de réfugiés de Goma
À Goma, L'AFC/M23 pousse les populations à quitter les camps de réfugiés installés aux portes de la ville à rentrer chez elles[180]. Le , les rebelles donnent un ultimatum de 72 h, aux déplacés pour quitter les camps autour de Goma et retourner dans leurs villages d'origine[181]. Les camps de Bushagara et Kanyaruchinya sont démantelés juste après la prise de Goma par le M23. Certains habitants du camp de Kanyaruchinya indiquent avoir subi des pressions pour partir. Mais la plupart assurent avoir préféré rentrer d'eux-mêmes, avant d'être forcés à le faire[182]. Le , le camp de Bulengo, situé à l'ouest de Goma, était presque vide[183],[184]. Cependant, les conditions de sécurité ne sont pas réunies, et les déplacés craignent de retourner dans des zones toujours dangereuses. Ce retour forcé se fait sans soutien logistique adéquat, aggravant la situation des personnes vulnérables[181]. Selon Human Rights Watch, Le groupe rebelle M23 organise un démantèlement illégal des camps de réfugiés. Le droit international interdisant le déplacement forcé de civils, sauf pour leur sécurité ou des raisons militaires, ces actions pourraient constituer un crime de guerre[185].
Sommet SADC-EAC et appelle à un cessez-le-feu ()
Le , un sommet régional extraordinaire se tient à Dar es Salam, en Tanzanie, il réunit les membres de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) et de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) pour aborder la situation sécuritaire dans l'est de la république démocratique du Congo (RDC)[186],[187]. A l'issue du sommet, les dirigeants appellent à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel[186].
Reprise des combats dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ( - )
Front du Nord-Kivu : Offensives dans les territoires de Lubero, Masisi et Walikale
Dans le Nord-Kivu, après plusieurs semaines d’accalmie dans le territoire de Lubero[188], les troupes du Mouvement du 23 mars (M23) et des Forces rwandaises de défense (FRD), qui selon la société civile de Lubero se sont renforcés après la chute de Goma[189], lancent une nouvelle offensive dans le territoire.
Le , les affrontements reprennent, malgré l'appel au cessez-le-feu lancé la veille lors du sommet SADC-EAC. Selon le gouvernement congolais, les troupes du M23/FRD, bombardent les positions des FARDC à Ndoluma, dans la chefferie des Bamate, territoire de Lubero. L'attaque fait quatorze morts, dont des civils, et plusieurs blessés. Le gouvernement signale également des attaques similaires en début de semaine dans les localités de Kanyambi, Ndolama et Tshulo, dans le même territoire[190]. Le , de violents affrontements éclatent entre les rebelles du M23, soutenus par l'armée rwandaise, et les FARDC, appuyées par les wazalendo, sur la ligne de front de Lubero. Les rebelles larguent des bombes sur des positions de l'armée congolaise à Kivisire, à 15 km de Mambasa, où des tirs à l'arme lourde sont entendus[191],[188]. Les combats se poursuivent les jours suivants, notamment le 13 février, où des détonations d'armes lourdes sont de nouveau entendues à Kivisire[192],[193].
Le , les forces du M23/FRD, contournent les positions militaires congolaises à Mutongo et Kanyambi, et prennent le contrôle de Ndoluma après des combats intenses avec les forces armées congolaises, qui se replient dans le village de Kitsombiro[194]. Le lendemain les rebelles s'emparent de Kitsombiro, à 30 km de Lubero-centre, après des affrontements avec les FARDC, qui se replient à Katondi[195].
Le , les rebelles tentent de progresser dans les environs, les affrontements se concentrent entre les villages de Kitsombiro et Katondi, où l'armée congolaise est installée. Elle repousse les rebelles dans la périphérie de Kitsombiro sans les déloger de l’agglomération[196].
L'offensive du mouvement rebelle dans cette zone provoque la fuite des habitants des villages environnants vers Lubero-centre et Butembo[188], suscitant l'inquiétude des résidents locaux face à l'afflux de déplacés[195]. La fermeture de centaines d'écoles dans la zone, privent de nombreux enfants d'accès à l'éducation et exacerbe les tensions causées par les mouvements rebelles. Les combats se rapprochant de Lubero-centre, plusieurs centaines de familles se réfugient à Butembo[197].
Déploiement de troupes ougandaises en Ituri
Parallèlement, à l’avancée du M23 et de militaires rwandais vers le nord de la province du Nord-Kivu[198], des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) sont envoyées pour sécuriser la ville de Bunia dans la province de l'Ituri. Selon les gouvernements congolais et ougandais, l'envoi de troupes est effectué dans le cadre de l'opération Shujaa qui a pour but de combattre les ADF[199]. Mais cet apport de troupe amplifie la crainte de certains analystes d'une implication régionale dans le conflit[198], qui conduirait à une répétition de la situation de 1998, lorsque l'Ouganda et le Rwanda ont soutenu des groupes rebelles dans la région durant la deuxième guerre du Congo[199], et où des affrontements entre les armées rwandaises et ougandaises lors de la guerre des 6 jours à Kisangani, ont causé plus de 1 000 morts et plusieurs centaines de blessés parmi les civils.
Traque de soldats loyalistes dans les hôpitaux de Goma
Début mars à Goma, les hôpitaux Heal Africa et CBCA Ndosho sont pris d'assaut par des combattants du M23. Un total d’environ 130 patients, accusés d'être des soldats ou des miliciens pro gouvernementaux wazalendo sont emmenés de force dans un lieu inconnu[note 4],[200],[201]. L'ONU condamne ces actions et demande le retour immédiat des prisonniers, rappelant que les hôpitaux doivent être protégés en toutes circonstances en vertu du droit international humanitaire[201],[202].
Remises de combattants du FDLR au Rwanda
Le , vingt combattants présumés des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)[note 5] vêtus d'uniformes portant le drapeau de la RDC, sont remis par le M23 aux autorités rwandaises. La remise s'effectue au poste-frontière entre Goma (RDC) et Gisenyi (Rwanda). Parmi les prisonniers figure le général Ezéchiel Gakwerere, accusé d'avoir participé au génocide des Tusti de 1994 au Rwanda, et le commandant Gilbert Ndayambaje, condamné en 2018 à la perpétuité pour crimes contre l'humanité en RDC. Le M23 déclare poursuivre la traque d'autres membres des FDLR à Goma. Le colonel Joseph Mweisire des Forces rwandaises de défense (FRD) affirme que cette arrestation contribuera à la pacification de la région et que les rebelles seront poursuivis en justice[203].
Avancée du M23 dans les territoires de Masisi et Lubero, et allégeance des FPP-AP au M23
Le , les rebelles du M23 prennent le contrôle de Kasugho, une localité située à 45 km à l'ouest de Lubero-centre, après des combats contre les forces armées congolaises et les wazalendo. Les rebelles, venus d'Alimbongo via Bingi, ont provoqué la fuite de nombreux habitants vers Lubero-centre et les environs. Les observateurs s'interrogent sur les intentions des rebelles, qui pourraient viser à contrôler l'axe d'évacuation des minerais ou à contourner les barrages sécuritaires ougandais, qui empêche les rebelles de progresser sur l'axe Kipese. La prise de Kasugho marque une avancée significative pour les rebelles du M23, après une semaine d'impasse dans une zone sous influence ougandaise. Depuis plusieurs semaines, l'Ouganda a déployé ses militaires à Lubero et le long des axes Kipese, Masereka et Kasugho, rassurant les habitants que les rebelles ne progresseront plus au Grand-Nord. Cette région, frontalière avec l'Ouganda, est stratégique pour les échanges commerciaux avec les commerçants Nande et pour la lutte conjointe contre les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), affiliés à l'État islamique[204].
Dans la nuit du 5 au , une attaque menée par des milices wazalendo cause la mort d'au moins 35 personnes à Tambi, un village du territoire de Masisi, contrôlé par le M23. Les habitants du village attaqué, étaient récemment revenus après avoir fui les combats entre le M23 et l'armée congolaise et les milices loyalistes[205].
Le , après cinq jours d'occupation, les rebelles du M23, se retirent de Kasugho, commettant des pillages avant de quitter la ville. Ils se dirigent vers Bunyatenge, une région minière d'or. Les wazalendo, informés du retrait de la rébellion, reviennent dans la localité et abattent un homme armé en état d'ivresse, présumé être un rebelle du M23[206]. Le fonctionnaire délégué de l'État à Kasugho, Paluku Kuliumbwa, confirme les pillages et précise que Kasugho est désormais contrôlé par les miliciens wazalendo, bien que des sources de la société civile mentionnent la présence de militaires ougandais de l'UPDF à proximité[206]. Le mobile du retrait des rebelles du M23 de Kasugho reste inconnu[note 6]. Certaines sources suggèrent qu'ils laissent place à l'armée ougandaise, dont le chef d'État-major, le général Muhoozi Kainerugaba, a déclaré sur le réseau social X que les rebelles devraient reculer de 20 km au sud de leurs positions actuelles dans le territoire de Lubero pour libérer les zones sous influence ougandaise[206]. Le même jour, le général autoproclamé Kabido, chef milicien du Front de patriotes pour la paix-armée du Peuple (FPP-AP) et alliés jusqu'à présent du gouvernement congolais, fait allégeance au M23. Cette alliance est officialisée à Mbwavinywa, près de Bunyatenge, où les rebelles du M23 se dirigent après avoir quitté Kasugho. Le porte-parole du FPP-AP, Augustin Darwin, justifie cette décision par l'affairisme des militaires congolais, le retrait inexpliqué des troupes au front, et le manque de soutien logistique aux groupes d'autodéfense. Le FPP-AP, l'un des groupes armés les mieux structurés du Nord-Kivu, contrôle plusieurs villages et perçoit des taxes locales. Plusieurs autres groupes wazalendo condamnent cette décision, craignant que le M23 ne gagne ainsi un contrôle accru sur la région[207].
Le , la cité de Nyabiondo, située dans le territoire de Masisi, passe sous le contrôle des rebelles du M23, après des combats intenses contre les FARDC et les miliciens de l'Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS)[208]. Les affrontements provoquent un déplacement massif de civils, notamment vers Kashebere, Kibua et Walowa Yungu[209]. La situation reste tendue malgré un calme apparent, et l'aide humanitaire est quasi inexistante dans la région, à l'exception de Médecins sans frontière à Nyabiondo[209]. Le lendemain, les troupes du M23 progressent sans combats jusqu'à Kaanja, situé à 6 km de Nyabiondo[209], continuant de se rapprocher du territoire de Walikale, une région riche en minerais[208].
Offensive dans le territoire de Walikale
En , le Mouvement du 23 mars (M23) lance une offensive dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu. Dès le , les rebelles s’emparent de Kashebere et progressent vers Kibati[210], puis Kibua, avant d’atteindre Mpofi le et Mutakato le , à 25 kilomètres de Walikale, chef-lieu du territoire[211],. La population fuit massivement vers Kisangani par la route nationale 3 (RN3), aggravant une crise humanitaire déjà critique[212]. Le , après des combats intenses, le M23 prend le contrôle de Walikale, forçant les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés wazalendo à se retirer[213]. Cette avancée permet aux rebelles de contrôler la RN3, un axe stratégique reliant plusieurs provinces de l’est du pays, et marque leur progression la plus occidentale depuis 2012[214],[213].
Une tentative de contre-offensive des FARDC le , soutenue par des frappes aériennes, échoue à reprendre la ville, tandis que des pillages et des violences attribués à des groupes armés exacerbent la situation[215],[216],[217]. Le , le M23 annonce son intention de se retirer pour favoriser un dialogue de paix[218],[219], sous réserve de l’arrêt des attaques gouvernementales[220]. Malgré cette annonce, des affrontements persistent aux alentours, impliquant les FARDC, les milices wazalendo et le M23[221],[222],[223], avec des accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu[224],[225]. Le , le M23 se retire de Walikale[226],[227], bien que des tensions et des pillages persistent[228].
La situation humanitaire reste dramatique : 80 % de la population est déplacée, les structures sanitaires et scolaires sont saturées, et l’accès à l’eau potable et aux soins est fortement limité[229],[230]. Après le retrait des rebelles, des corps en décomposition sont découverts, et de nombreux habitants retrouvent leurs habitations pillées ou détruites[231],[232].
Front du Sud-Kivu : prise de Bukavu, avancée dans le sud de la province
À la suite du cessez-le-feu décrété lors du sommet SADC-EAC le , une accalmie de courte durée est constaté dans le Sud-Kivu, mais les combats reprennent le . Les forces des M23/FRD attaquent des positions de l'armée congolaise près d'Ihusi, à 70 km de Bukavu, et les rebelles tentent de prendre le contrôle des hauts plateaux afin de couper les voies d'approvisionnement des FARDC. Mais l'offensive est contenue par les militaires burundais[233].
Dans son rapport mensuel, l'OCHA indique que depuis le , au moins 30 000 personnes provenant des villages situés sur le littoral de Minova (en) se sont déplacées vers le territoire d'Idjwi, ainsi que vers Kalehe-centre, Katana, Kavumu, Mudaka et Bukavu. D'autres déplacés se dirigent vers Bunyakiri à l'ouest de Kalehe, et Kalungu, au nord[234],[235].
Le , les troupes M23/FRD prennent le contrôle de Kalehe-centre et Ihusi, forçant les militaires congolais à se replier. La coalition occupe la partie littorale du territoire de Kalehe, tandis que les forces gouvernementales conservent le contrôle du haut plateau où se trouve la chefferie de Buloho[234]. Les rebelles progressent jusqu'à Kasheke, les militaires congolais se repliant à Kabamba[234]. Le gouvernement congolais condamne la violation du cessez-le-feu par le Rwanda et le M23, et appelle à une réunion urgente des chefs d’État-major décidé lors du sommet SADC-EAC[190].
Le , le M23 prend le contrôle de Kaziba, dans le territoire de Walungu, et des villages environnants après de violents combats contre les milices wazalendo et l'armée burundaise[236]. Une vingtaine de soldats burundais seraient morts au combat avant que ceux-ci ne finissent par battre en retraite[237]. Le , les wazalendo reprennent le contrôle de Kiziba sans combat. Le M23 n'y était que de passage, la colonne armée a quitté les lieux en direction du sud où ils ont rejoint les Twirwaneho[238].
Chute de Bukavu
Le , le M23 et les forces rwandaises avancent sur la route nationale 2 en direction de Bukavu, et prennent le contrôle de Kabare, Kabamba, Katana[239],[240] et l'aéroport de Kavumu, un site stratégique qui permet le ravitaillement et le transport des troupes de l’armée congolaise, ainsi que le dernier verrou avant Bukavu[241]. Les rebelles continuent leur avancée et pénètrent dans les faubourgs nord-ouest de Bukavu, rencontrant très peu de résistance, les forces armées congolaises et burundaises s'étant repliées vers le sud-est en direction de la frontière avec le Burundi[242],[243]. Le lendemain, l'insécurité s'accroît dans Bukavu où des pillages généralisés ont lieu. Des groupes de jeunes, se présentant comme des wazalendo et des civils armés participent à ces exactions. Les habitants craignant une escalade de la violence se réfugient chez eux ou tentent de fuir la ville[244],[245].
Le 16 février, le M23 entre finalement dans le centre de Bukavu, sous les applaudissements d'une partie de la population[246]. Le groupe prend le contrôle de plusieurs quartiers et lieux clés, dont la résidence du gouverneur et le poste frontière de Ruzizi 1 avec le Rwanda[247]. Après la prise de Goma fin janvier, cette avancée permet au M23 et à son allié rwandais de contrôler les deux côtés de la frontière du lac Kivu et les ravitaillements par voie aérienne[246],[248]. La dernière fois que la république démocratique du Congo a perdu simultanément le contrôle des deux capitales du Kivu remonte à 1998, durant la deuxième guerre du Congo[248].
Avancée dans le sud de la province
Après la prise de Bukavu, le M23 continue son expansion territoriale dans le Sud-Kivu. Ils progressent vers le sud de la province, en direction d'Uvira. Dans la soirée du , après de violents affrontements avec les militaires burundais, l'armée congolaise et des wazalendo, la rébellion prend le contrôle de la cité de Kamanyola, située dans le territoire de Walungu à 45 km de Bukavu. Défait les forces burundaises se replient vers la plaine de la Ruzizi, alors que l'armée congolaise a déjà battu en retraite à Uvira[249],[250]. Kamanyola est une zone stratégique, poste frontière avec le Rwanda et le Burundi, positionné sur la route nationale 5 (RN5). La capture de la ville permet au M23 de poursuivre sa progression vers Uvira, située à environ 75 kilomètres au sud, et à quelques kilomètres de la frontière avec le Burundi. Luvungi tombe elle aussi aux mains du M23[251].
Face à l'avancée des combattants du M23 et de leurs alliés rwandais, le Burundi retire discrètement des troupes de l'est de la RDC, avant qu'elle ne soient pris au piège par l'arrivée du M23 à Uvira[252]. Bien que des démentis officiels soient émis, des sources officielles et militaires confirment ce retrait[252],[253]. Elles font mention de soldats burundais qui rentrent à pied au Burundi, traversant la rivière Rusizi à Sange, affamés et sans munitions[253].
Le , des colonnes de combattants du M23 continuent leur avancé le long de la RN5 et prennent le contrôle de Sange[254], situé à 35 kilomètres d’Uvira sans déclencher de combats, la population s'étant réfugiés dans les montagnes environnantes[255]. Dans le même temps à Uvira, des affrontements entre les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et les miliciens wazalendo causent la mort d'au moins 17 personnes. Les miliciens s'opposent au départ des militaires vers Kalemie, avec leur armes de guerre, exigeant que ces équipements restent à Uvira, et exécutant sommairement ceux qui désobéissent à cet ordre[256]. Ces violences entraînent des pillages et des exactions perpétrés par les soldats à l'encontre de la population locale, poussant la majorité des habitants à fuir vers le Burundi, Kalemie ou Moba[256]. Les habitants restant vivent dans la peur, confinés chez eux[257]. Le , des colonnes de militaires congolais provenant de la plaine de Ruzizi traversent la ville pour rejoindre le port de Kalundu, espérant embarquer vers Kalemie. Plusieurs quartiers sont sous le contrôle des miliciens wazalendo, et les stations de radio locales ont cessé d'émettre. La population s'informe principalement via des médias internationaux et des radios burundaises[257].
Le , L'armée congolaise lance une attaque contre les rebelles Twirwaneho, un groupe armé aligné sur le M23, autour de la ville de Minembwe au Sud-Kivu dans le but de la reprendre, et affirme avoir tué quatre commandants rebelles dans une frappe de drone[258].
Explosions lors d'un rassemblement du M23 à Bukavu
Le , lors d'un rassemblement public organisé par le M23 sur la place de l'Indépendance à Bukavu, deux explosions causent la mort d'au moins 11 personnes et blessent plus de 70 autres. Les explosions ont déclenché une panique générale parmi les milliers de participants. Les circonstances exactes de l'attaque restent floues : Le M23 accuse le gouvernement congolais d'être derrière cet acte, le président Félix Tshisekedi qualifie ces actes de terroriste et accuse le M23 et le Rwanda sans les nommer directement[259].
Avancée dans les territoires de Mwenga, Walungu et d'Idjwi
Le , après des combats intenses contre les miliciens wazalendo, les troupes du M23 pénètrent dans le territoire de Mwenga. Ils atteignent plusieurs villages, dont Tibimbi. Les rebelles continuent leur avancée vers le village de Mufa et traversent la rivière Kadubo pénètrant dans le territoire de Walungu, où des combats prennent place notamment dans les groupements de Walungu et Kaniola (en)[260]. Dans la nuit du , après une journée de combats contre les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et les miliciens wazalendo, les troupes du M23 ont pris le contrôle de Kaziba (en), une chefferie du territoire de Walungu, située à plus de 50 kilomètres de Bukavu[261].
Le , les rebelles atteignent par bateaux le territoire insulaire d'Idjwi, une zone jusque-là épargnée par les groupes armés[262]. Dans les hauts plateaux d'Uvira, les troupes du M23 prennent le contrôle des villages de Rurambo et Kigarama, à la suite de l'allégeance du groupe wazalendo Rushaba à leur rébellion[263]. Une alliance couplée à celle des miliciens Twirwaneho permet de faciliter la progression du M23[263]. Le 13 mars, les affrontements se poursuivent à Kigarama, tandis que plusieurs villages restent sous le contrôle de la coalition gouvernementale[263].
L’AFC/M23, grâce à l'allégeance du groupe Twirweneho qui opére dans les territoires de Mwenga et Fizi[264], sont présents dans sept territoires du Sud-Kivu : Mwenga, Walungu, Kalehe, Kabare, Uvira, Fizi, et Idjwi, seul le territoire de Shabunda n'est pas impacté par l’offensive du M23 dans la province[262].
Négociations diplomatiques, poursuite de l'expansion du M23 et opération de rapatriement ( - )
Processus de Doha : négociations inaugurales
Le , des négociations s’ouvrent à Doha entre entre l'Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) et le gouvernement de la république démocratique du Congo (RDC), sous la médiation du Qatar. Cette rencontre, issue d’un échange préalable entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame[265],[266], marque le début d’un cycle de discussions qui sera rétrospectivement désigné comme le « processus de Doha ». Ces pourparlers visent à résoudre le conflit dans l'est de la RDC[265], dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur le terrain : des accrochages éclatent notamment dans le Sud-Kivu, où les forces soutenant les FARDC et le M23, notamment dans les territoires de Kalehe et Kabare, où des villages ont été repris par les wazalendo[267]. Le , un une déclaration conjointe des deux parties exprime leur intention de travailler vers une trêve[268].
Négociation de Washington : déclaration de principes
Le , les ministres des Affaires étrangères de la république démocratique du Congo et du Rwanda signent à Washington une « déclaration de principes » sous l'égide des États-Unis, réaffirmant le respect de l'intégrité territoriale, sans mentionner la présence de l'armée rwandaise en RDC[269]. Le texte encourage une coopération entre les deux pays pour la gestion des parcs nationaux transfrontaliers et des ressources minières[269].
Poursuite de l'expansion du M23
Malgré les appels internationaux à un cessez-le-feu et les efforts de médiation des États-unis et du Qatar, le M23 poursuit son avancée dans l'est de la RDC. Dans la province du Sud-Kivu, les rebelles s'emparent, le , de la localité de Kaziba, située à environ 30 kilomètres de Bukavu[270]. Kaziba, qui compte environ 60 000 habitants, constitue un nœud routier stratégique permettant notamment d'accéder aux plateaux dominant la ville d'Uvira, toujours controlé par les forces armées régulières[270]. Selon Josaphat Musamba, chercheur au Groupe d'études sur le conflit et la sécurité Humaine (GEC-SH) de l'Institut supérieur pédagogique de Bukavu, cette avancée permettrait au M23 de progresser vers ces hauts plateaux pour y opérer une jonction avec le groupe Twirwaneho[270].
Au Nord-Kivu, c'est Lunyasenge, une localité située sur la côte ouest du lac Édouard, dans le territoire de Lubero, qui passe le , sous le contrôle du M23[271]. Les affrontements avec les militaires congolais auraient causé des pertes humaines importantes chez les troupes rebelles et les forces régulières[271].
Opération de rapatriement des soldats FARDC de Goma
Du au , le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) organise le rapatriement de 1 359 personnes désarmées des forces gouvernementales de la république démocratique du Congo (RDC), et leurs familles[272],[273]. Ces individus, qui avaient trouvé refuge dans les installations de la MONUSCO pendant plusieurs mois en raison de la prise de contrôle de Goma par les rebelles du M23[272],[273], traversent une ligne de front, et parcourent près de 2 000 kilomètres pour se rendre de Goma à Kinshasa[272],[273]. Cette opération, complexe et nécessitant d'importants moyens humains et logistiques, inclut plusieurs convois routiers ainsi que des transports aériens assurés par la MONUSCO et les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC)[272],[273].
Accord de paix entre la RDC et le Rwanda ()
Le , la république démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda paraphent le texte d'un accord de paix qui prévoit « le respect de l'intégrité territoriale et l'arrêt des hostilités » dans l'est de la RDC, obtenu avec la médiation des États-Unis et du Qatar[274]. Le , l'accord de paix est signé à Washington par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, supervisé par le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Un sommet inter-États est prévu fin juillet avec les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame à la Maison-Blanche[275]. L'accord de Washington ne lie pas directement le M23, la résolution du conflit opposant la rébellion au gouvernement congolais a été spécifiquement désignée pour être traitée dans le cadre du processus de Doha[276].
Nouveau cycle de pourparlers à Doha et déclaration de principes ()
Nouveau cycle de pourparlers entre l'AFC/M23 et la RDC
Le , un nouveau cycle de pourparlers s'ouvre à Doha entre le gouvernement de Kinshasa et l'Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC/M23)[277]. Malgré cette initiative, et la pression exercée par États-Unis pour parvenir à un accord avant la rencontre prévue fin juillet à la Maison-Blanche avec les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, le risque d'une confrontation entre les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et la rébellion de l'AFC/M23, est toujours présent[277],[278]. Les deux parties s'accusent mutuellement de renforcer leurs positions militaires en vue d'une prochaine offensive, notamment sur l'axe stratégique d'Uvira dans le Sud-Kivu, ville frontalière du Burundi[277],[278]. Le ministre de la défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita, indique que la situation est marquée par des mouvements incessants de troupes et de matériel le long des lignes de front dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, où un renforcement significatif des troupes rwandaises est noté, avec pour objectif, selon le ministre, de s'emparer de territoires sous contrôle des FARDC, notamment celui d'Uvira[278]. Tandis que l'AFC/M23 accuse la RDC de se renforcer sur l'ensemble du front, de braquer « délibérément » avec ses alliés, dont les Forces armées du Burundi, « leurs armes lourdes vers des zones densément peuplée », et de saboter les négociations[278].
Déclaration de principes
Le , une déclaration de principes est signée à Doha entre l'AFC/M23 et le gouvernement congolais, sous la médiation du Qatar[279]. Cette déclaration établit un cadre pour la mise en place d'un cessez-le-feu[279], dont l'entrée en vigueur est prévu pour le . Cependant, les signataires s’engagent à appliquer immédiatement les termes de l’accord[279].
Persistance des combats dans le Nord et le Sud-Kivu ( - )
Bien que la déclaration de principes signée à Doha ait permis d'empêcher toute offensive majeure depuis sa signature et de geler les lignes de front, les combats ne cessent pas pour autant[280]. Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu des affrontements continuent d'opposer le M23 à divers groupes wazalendo, alliés des autorités congolaises[281].
Front du Nord-Kivu
Dans le territoire de Masisi, le M23 prend le contrôle de plusieurs localités[282],[283],[284],[285] et attaque les positions de groupes armés que la rébellion accuse de complicité ou d’appartenance aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)[286],[287]. Ces combats entraînent le déplacement de civils, qui cherchent refuge dans le territoire de Walikale[288],[289].
Le territoire de Walikale est également le théâtre de combats entre le Mouvement du 23 mars et les milices loyalistes. Le M23 cherche entre autres objectifs, à avancer vers l'agglomération de Pinga[290],[291], tandis que les wazalendo, en plus de défendre Pinga et ses environs, lancent des attaques contre les positions du mouvement insurgé[292],[293]. Le , plusieurs bacheliers de Buleusa sont enrôlés de force par le M23 pour transporter des munitions peu après avoir terminé leurs examens nationaux. Les élèves, ont été contraints de transporter des armes de Buleusa à Rusamambu[294].
Les affrontements persistent aussi dans le territoire de Rutshuru, où les combattants du M23 traquent les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans les localités de la région[295],[296]. Cette situation entraîne une tension sécuritaire et humanitaire, résultant en l'exode de nombreux habitants[295],[297]. Les combattants du M23 sont accusés par le Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme d'avoir tués au moins 319 civils durant ces raids, entre le 9 et [298],[299]. Ces accusations sont fermement démenties par le coordonnateur adjoint de l’AFC[300].
La situation sécuritaire dans les territoires de Walikale et Masisi reste volatile malgré une accalmie précaire observée à partir du . Les affrontements entre l'AFC/M23 et les milices wazalendo, ont cessé temporairement[301]. Plusieurs localités dans les secteurs d'Osso Banyungu et de Katoy (territoire de Masisi), connaissent une trêve. Une situation similaire prévaut dans le territoire de Walikale, notamment dans les zones de Mpety, Buhimba, Chanjikiro et Rusamambu, où les derniers échanges de tirs remontent à la dernière semaine de juillet[301].
À partir du , les belligérants maintiennent leurs positions initiales, mais une tension palpable persiste[301]. Les habitants signalent un renforcement des dispositifs sécuritaires des deux côtés[301]. Le , les combats reprennent ; des affrontements entre des combattants wazalendo et ceux du M23 sont constatés dans le groupement de Waloa Yungu (territoire de Walikale), suscitant des craintes au sein de la société civile quant à une éventuelle tentative de conquête de Pinga par le M23[302].
Le , l'AFC/M23 exécute six civils à Katobo, les accusant de collaborer avec les Wazalendo, avant d’ordonner l’évacuation forcée de la population locale sous les mêmes prétextes[303]. Selon des sources d’Actualite.cd, ce déplacement forcé viserai à faciliter des opérations de ratissage dans une zone devenue un théâtre d’affrontements[303]. Le , la destruction des infrastructures de captage d’eau à Buleusa, causée par les combats, prive plus de 14 000 personnes d’eau potable, aggravant une crise sanitaire déjà marquée par des pénuries de médicaments[304].
Parallèlement, l’AFC/M23 renforce ses positions dans plusieurs localités (Mpety, Ihula, Rusamambu, Bukumbirwa)[305], s’installe sur le mont Machumbi, situé à la frontière des groupements Waloa Yungu et Luberike[306]. La rébellion restreint les déplacements de la population de la localité de Kashebere vers les zones contrôlées par l’armée régulière, accusant la population de collaborer avec les FARDC et les milices Wazalendo[307].
Le , les troupes de l'AFC/M23 lancent une attaque contre les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) à Buhimba, avant d’être repoussée[308]. Le , les FARDC repoussent deux attaques de la rébellion sur les collines Itea et Itange[309] , confirmant une volonté présumée de d’étendre son influence vers la cité stratégique de Pinga[305],[309].
Le même jour l’AFC/M23 installe une nouvelle position sur le mont Bueni situé entre des groupements Waloa Yungu et Luberike, après l’occupation, une semaine plus tôt, du mont Machumbi[310]. Ce mont domine les localités de Ngenge, Kangati et Buhimba, où se sont réfugiés de nombreux déplacés en raison des violences attribuées au M23 dans le territoire voisin de Masisi[310]. Des sources locales indiquent que les rebelles y déploient des armes d’appui et pourraient viser ces agglomérations[310].
Le , de violents combats sont signalés dans le territoire de Masisi, où l’AFC/M23 affronte les wazalendo du groupe APCLS, dans des localités de la chefferie d'Osso Banyungu[311],[312].
Front du Sud-Kivu
Parallèlement dans la province du Sud-Kivu, la situation est tout aussi tendue. Dès le , des affrontements opposent les combattants du M23 aux milices wazalendo dans le territoire de Walungu[313]. Dans le territoire de Mwenga, de violents combats opposent les miliciens wazalendo et le groupe armé Twirwaneho, affilié au M23 et composé majoritairement de combattants de la communauté Banyamulenge[314]. Ces affrontements se concentrent autour de localités stratégiques dans le secteur d’Itombwe, où les wazalendo, appuyés par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), lancent des offensives contre les positions tenues par le Twirwaneho[314].
Le , l'AFC/M23 prend le contrôle de plusieurs localités dans le groupement de Mulamba, selon des sources locales[302]. Cette zone, où la ligne de front était restée stable depuis , devient le théâtre d’une reprise des hostilités[315]. Le gouvernement provincial du Sud-Kivu confirme cette avancée et accuse le M23 de violer le cessez-le-feu. Il déclare que des localités telles que Kanyola, Muzinzi, Ciruko et une partie de Mulamba sont occupées par les rebelles. Cependant, l’armée congolaise dément ces informations[302].
Des affrontements sont également signalés dans le territoire de Fizi, à Kipupu et Mikenge, selon des sources sanitaires et locales[302].
Le même jour, Bertrand Bisimwa, coordinateur adjoint de l’AFC/M23, déclare que les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés ont attaqué les positions du M23. Il affirme que ces alliés incluent les FDLR et des troupes burundaises. Bisimwa qualifie ces attaques de violation du cessez-le-feu et met en garde contre les risques qu’elles font peser sur le processus de paix de Doha et la stabilité régionale[316].
La troisième zone de défense des FARDC, basée à Kisangani, publie un communiqué condamnant les exactions attribuées à la coalition AFC/M23 dans la province du Sud-Kivu, dénonçant en particulier des assassinats ciblés de civils et le recrutement forcé de mineurs[317],[note 7].
Dès le , les deux parties envoient des renforts vers Mulamba. Les combats se poursuivent le , avec l'utilisation des armes lourdes et des bombardements indiscriminés, selon un habitant contacté par l’AFP. Le M23 accuse Kinshasa de préparer une escalade militaire, tandis que le porte-parole de l'armée congolaise, Sylvain Ekenge, qualifie ces attaques de « violation intentionnelle » de l’accord de paix signé à Washington entre la RDC et le Rwanda en [315]. Aucun bilan humain n’est communiqué par les belligérants[315].
Le , des combats intenses opposent l’AFC/M23 aux forces congolaises et aux milices wazalendo dans le territoire de Mwenga, entraînant des déplacements massifs de populations. Les affrontements touchent plusieurs villages du secteur d’Itombwe, ainsi que la région de Katasomwa , dans le territoire de Kalehe[312].
Le , les hostilités reprennent dans plusieurs localités de Mwenga, notamment dans les zones stratégiques de Kadjoka et Lubumba, à 80 km d’Uvira[312].
Intensification des combats, tensions entre FARDC et wazalendo et impasse diplomatique ()
Le , la société civile du territoire de Walikale (Nord-Kivu) alerte sur un renforcement des troupes du Mouvement du 23 mars (M23) dans le sud de la région, notamment à Bukumbirwa, Buleusa, Mpeti, Kashebere et Kibati. Ces mouvements, observés depuis plusieurs jours, provoquent la fuite de nombreux habitants vers le chef-lieu Walikale, craignant une reprise des affrontements. La situation se dégrade également dans la plaine de la Ruzizi (Sud-Kivu), où la ville d’Uvira est placée en alerte face à la présence croissante des rebelles[318].
Le , des tensions éclatent à Uvira, dans le Sud-Kivu, entre l’armée congolaise et les milices wazalendo, qui accusent le général Olivier Gasita Mukunda un officier Banyamulenge[note 8],[320],[321], des Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) de collusion avec le Mouvement du 23 mars (M23)[320],[321]. La ville est paralysée par des journées villes mortes, des fermetures de commerces et des manifestations. Un enfant de 8 ans est tué lors d’échanges de tirs, poussant des habitants à fuir vers le Burundi ou les territoires voisins[320],[322],[323]. Le porte-parole des FARDC appelle au calme, mais la méfiance persiste envers les officiers suspectés par les wazalendo de complicité avec les rebelles[320].
Le , Bintou Keita, cheffe de la MONUSCO, déclare devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU que les violatiosn des droits humains et du droit international humanitaire dans l’est de la RDC sapent les efforts de paix. Malgré son rôle dans la protection des civils à Goma et dans l’Ituri, « Dans les zones sous contrôle de l'AFC-M23, la Monusco continue d'abriter des civils dans ses bases à Goma et d’appuyer la protection des centaines de défenseurs des droits de l'homme, des activistes de la société civile et des journalistes. »[324], la mission onusienne est vivement critiquée par la société civile du Nord-Kivu, qui lui reproche son inefficacité face aux massacres perpétrés par les Forces démocratiques alliées (ADF) et le M23[324].
Le , le M23 organise une cérémonie à Rumangabo (Nord-Kivu) pour exhiber un nouveau contingent de 7 000 combattants, principalement d’anciens soldats des FARDC et des miliciens wazalendo[325],[326],[327]. Corneille Nangaa, appelle de nouveau à la « libération » du Congo jusqu’à Kinshasa et annonce le recrutement prochain de 12 000 autres combattants[326]. Cette démonstration de force intervient alors que les négociations à Doha progressent difficilement[326],[327].
Le , le gouvernement congolais et l'AFC/M23 s’accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu. Kinshasa dénonce des attaques du M23 à Chanzikiro, Nkambi (Walikale, Nord-Kivu) et Sisa (Kalehe, Sud-Kivu), tandis que les rebelles accusent l’armée d’avoir bombardé Bibwe, Chytso et Hembe (Walikale) à l’aide de drones et d’avions Sukhoï-25[325],[328]. Les pourparlers de Doha, censés conclure un accord de paix, restent bloqués sur la libération de prisonniers et la reconnaissance des territoires contrôlés par le M23[325].
Le , le M23 s’empare de la cité minière de Nzibira (Sud-Kivu), riche en or et cassitérite, après des combats intenses contre les wazalendo. Cette prise stratégique, située à 80 km de Bukavu, suscite des craintes d’une offensive vers Uvira, ville clé pour le contrôle du Sud-Kivu et de la frontière avec le Burundi. Les FARDC, soutenues par des frappes aériennes, ripostent dans les territoires de Masisi et Walikale (Nord-Kivu), où les rebelles utilisent des civils comme boucliers humains. Des milliers de personnes fuient les zones de combat, aggravant la crise humanitaire [329],[330].
Du au , les combats s’étendent au Nord-Kivu, où le M23 renforce ses positions à Walikale, Lubero et Masisi. Neuf villages sont vidés de leurs habitants en 24 heures, les rebelles accusant les populations de collaborer avec les wazalendo. À Lubero, des renforts en hommes et matériel sont signalés sur l’axe Kirumba-Katondi, préparant une possible offensive vers Butembo[331]. Les FARDC, soutenues par des sociétés militaires privées comme Agemira, déploient des drones et du matériel supplémentaire autour d’Uvira[325], tandis que le Burundi renforce sa présence à la frontière[332],[331].
Processus de Doha : Impasse des négociations
Le , le 5ième round de négociations à Doha entre l'AFC/M23 et le gouvernement congolais s’achève sans avancée majeure, malgré la signature d’un mécanisme d’échange de prisonniers. Les désaccords persistent sur les listes de détenus à libérer, Kinshasa refusant d’inclure des individus soupçonnés de crimes de guerre[333],[334]. Le M23, fort de ses gains territoriaux, exige une cogestion des zones sous son contrôle, une demande rejetée par le gouvernement congolais. Les médiations qatarie et américaine peinent à relancer le dialogue, tandis que la situation sur le terrain continue de se dégrader[335],[333].
Poursuite des combats et mécanisme de vérification du cessez-le-feu ()
En , le conflit entre les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et l’Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) s’articule autour d’une stratégie de verrouillage territorial et d’une guerre d’usure[336]. Les FARDC ciblent les infrastructures clé du M23, comme la mine d’or de Twangiza au Sud-Kivu et les positions de Walikale et Masisi dans le Nord-Kivu, pour limiter son expansion vers des zones stratégiques (Uvira, Kisangani)[336]. Kinshasa combine frappes aériennes, renforcement militaire et diplomatie accélérée avec le Rwanda et les États-Unis[336], tandis que le M23, sceptique sur les négociations, mise sur le recrutement et la provocation des violations du cessez-le-feu[336]. Selon le quotidien Africa Intelligence, les deux camps exploitent la médiation à Doha pour préparer une reprise des combats, révélant une logique de confrontation plutôt que de résolution pacifique[336]. Sultani Makenga, le commandant militaire de l'AFC/M23, réaffirme la détermination de la rébellion à renverser le gouvernement de Félix Tshisekedi lors d'une cérémonie de fin de formation le , où plus de 700 personnes auraient achevé leur formation, insistant sur la « libération du pays » comme leur mission[337],[338].
Processus de Doha : Signature du mécanisme de cessez-le-feu ()
En , les pourparlers entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 reprennent à Doha, initialement prévus pour la semaine du , le sixième round des négociations est reporté à la semaine du afin de finaliser les mesures de confiance et le cessez-le-feu[339]. Le , les deux parties signent un mécanisme conjoint de surveillance et de vérification du cessez-le-feu[340],[341].
Frappes aériennes des FARDC
Au cours du mois d', les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), dont une partie des drones de reconnaissance sont installés à Bujumbura au Burundi[336], mènent une campagne de frappes aériennes ciblées sur les positions et les infrastructures de l'AFC/ M23[336],[342], souvent en dépit de la signature récente d'un mécanisme conjoint de surveillance et de vérification du cessez-le-feu à Doha le 14 octobre[340],[336],[342].
Le , un drone des FARDC bombarde les positions de l'AFC/M23 à Buleusa dans le territoire de Walikale (Nord-Kivu). Le , au lendemain de la signature du cessez-le-feu à Doha[336],[342], l'armée congolaise mènent des frappes par drones contre la mine d’or de Twangiza (Sud-Kivu), située dans le territoire de Mwenga et occupée par l’AFC/M23 depuis [336],[342]. Le , l'aviation frappe pour la troisième fois le pont Minjenje, à la limite des territoires de Walikale et Masisi (Nord-Kivu), que l'AFC/M23 tentait de reconstruire pour acheminer du matériel lourd vers Pinga[343],[344].
Le 18 octobre, les positions rebelles à Mpety et Buhaya (Walikale) sont bombardées[336],[345]. Dans la nuit du 20 au , des frappes ciblent des positions près de Kalembe (Masisi) et Ihula (Walikale)[346],[347]. Les FARDC bombardent également la position de Busika (Walikale) dans la nuit du 22 au , causant des morts et des blessés parmi les rebelles[348]. Le 28 octobre, une nouvelle frappe vise les positions de l'AFC/M23 près de Kashebere[349].
Offensives militaires terrestres des forces loyalistes
Les wazalendo, souvent en coordination ou en soutien aux Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), mènent plusieurs tentatives pour reprendre des positions clés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu[350],[351],[352].
Au Nord-Kivu, dans les territoires de Masisi et Walikale, ils réussissent à repousser des offensives de l'AFC/M23 visant à atteindre la cité stratégique de Pinga[353]. Cependant, la rébellion parvient à maintenir ou à prendre le contrôle de plusieurs localités stratégiques dans ces territoires, dont Luke et Mulema, après des affrontements intenses survenus le , contraignant les wazalendo à se replier vers Ngululu[354],[355]. Le , elle s’empare également de Ndete, chassant les wazalendo de l’ensemble de leurs positions et causant la mort de sept de leurs combattant[356].
Dans le territoire de Walikale (Nord-Kivu), les wazalendo parviennent à déloger brièvement l'AFC/M23 de Kabalangiriro[357] et à s'emparer de quatre des cinq positions rebelles à Kibati le , occadsionnant la mort de 16 combattants du coté rebelle[358]. Cependant, après une brève occupation, les wazalendo se retirent de Kibati, laissant le M23 reprendre le contrôle de l’agglomération[359], qu'ils occupent depuis [360]. Par ailleurs, les offensives menées à Ihula par les forces gouvernementales, soutenues par les wazalendo, échouent également, laissant la zone sous le contrôle des rebelles[351],[361].
Au Sud-Kivu, des affrontements ont également éclaté. Dans le territoire de Kabare, le , de violents combats entre l’AFC/M23 et les wazalendo ont perturbé la circulation sur l’axe Miti-Kafurumaye-Tshivanga de la route nationale 3, laissant planer une incertitude quant au contrôle de la localité de Tshivanga[362]. Dans le territoire de Walungu, des engagements récurrents ont opposé les deux groupes pendant deux jours, autour du , dans le groupement de Karhongo Nyangezi, une zone stratégique reliant Bukavu à Uvira[363].
Poursuite des hostilités malgré la signature d'un accord-cadre entre les belligérants ()
En , malgré la signature le à Doha de l’accord-cadre global pour la paix entre le gouvernement congolais et l’Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), les affrontements se poursuivent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu[364],[365]. Le cessez-le-feu conclu en octobre est régulièrement violé, chaque camp rejetant la responsabilité sur l’autre[366] : le général-major Sylvain Ekenge, porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dénonce la violation des engagements par l'AFC/M23, citant des attaques à Kasopo et Kajinga (Masisi) et la tentative d'occupation du mont Irimwi (Lubero)[367],[368], tandis que l'AFC/M23 dénonce notamment des attaques des FARDC par drones visant des civils à Luki (Masisi)[368].
Situation au Nord-Kivu
Dans le Nord-Kivu, les combats se déroule majoritairement dans les territoires de Masisi, Walikale et Rutshuru, et opposent les FARDC, et leur alliés wazalendo aux troupes de l’AFC/M23[367]. De nombreux villages changent de contrôle à plusieurs reprises.
Le , des villages de la chefferie d'Osso Banyungu (Masisi) — Ndete, Mulema, Luke et Kishonja — qui étaient sous le contrôle de la rébellion depuis environ un mois, repassent aux mains des forces gouvernementales après des bombardements et des combats terrestres[369]. Le même jour, le village de Kazinga (Masisi) est repris par l'AFC/M23, alors qu'il avait été reconquit par les forces loyalistes en début de semaine[370].
Le , les wazalendo s'emparent de Kashanje et Nyampanika, près de Mweso (Masisi)[371]. Le , l'AFC/M23 prend le contrôle de Kasheke et Bituna (Masisi), obligeant les wazalendo à se replier vers Kautu[371],[372]. Le , le centre de Katoyi (Masisi) passe sous contrôle de l'AFC/M23[373],[374]. Le même jour des renforts de l'AFC/M23 arrivent à Mpety (Walikale), un des bastions de la rébellion dans la zone de Pinga[375].
Entre le 21 et le , plusieurs villages du groupement Waloa Yungu (Walikale), notamment Kaliki[376] et Buhimba[377], passent sous contrôle de l’AFC/M23, après de violents affrontements contre les forces loyalistes. Ces combats entraînent des déplacements massifs de population, dont une partie de déplacés internes qui avait trouvé refuge dans le groupement Waloa Yungu, après avoir fuit les combats de leur région d'origine[378].
Le , les forces gouvernementales et les wazalendo reviennent à la charge et délogent les rebelles, reprenant le contrôle de Buhimba[379]. Les rebelles se sont repliés vers Kasopo et Mahanga[379].
Parallèlement, plusieurs redditions et rapatriements de combattants et militaires sont signalés, notamment au début du mois de novembre, à Walikale[380], Beni[381] et Goma[382].
Situation au Sud-Kivu
Les affrontements dans la province du Sud-Kivu ont principalement lieu sur les hauts plateaux, dans les territoires de Fizi et de Mwenga, impliquant des milices locales et des forces régionales, ainsi que des incidents de sécurité civile liés aux milices Wazalendo à Uvira.
Du 4 au , des affrontements opposent les FARDC, l'armée burundaise et les wazalendo au groupe Twirwaneho, dans les territoires de Fizi et Mwenga[383]. Le , les Twirwaneho prennent le contrôle de plusieurs villages, dont Tuwetuwe, Bilalo Mbili et Ngezi[383]. Le , des affrontements ont lieu dans les villages de Civanga, Mbayu, Cirharhangwa, Bitale et Miti entre l'AFC/M23 et les milices Wazalendo[364].
Des tensions se font de nouveau ressentir entre les forces loyalistes à Uvira, où des affrontements entre l'armée congolaise et les milices wazalendo font au moins sept morts, dont des civils, entre le 23 et le [384],[385],[386]. Ces incidents sont imputés à un climat de méfiance et à des rivalités internes[386].
Le , l'AFC/M23 conquiert Kilungutwe (Mwenga), forçant les FARDC à se replier vers Kasika et Mwenga centre, et l'armée burundaise à se retirer[387].
Conséquences humanitaires
Durant le mois de novembre les affrontements provoquent d’importants déplacements de population, notamment dans les territoires de Masisi[373],[388], Walikale[389], Fizi[383],[390] et Mwenga,[390].
Plusieurs milliers de personnes abandonnent leur domicile, et trouvent refuge dans la forêt, la brousse ou dans des localités voisines au sein de familles d'accueil, dans des églises et des écoles, et sont soumis à des conditions humanitaires précaires[387],[390],[391].
Des localités comme Kivuye et Ngezi sont totalement vidées de leurs habitants ou détruites[390],[391]. Les infrastructures de santé subissent également d’importantes dégradations[390], comme celle du centre de Mahanga, qui est dépouillée de ses médicaments[392]. Selon des sources contactées par Radio Okapi, des habitants de villages réfugiés dans la localité de Masisi sont forcés par l'AFC/M23 à retourner dans leurs habitations, bien que ces zones soient toujours instables[393].
Intensification du conflit et prise d'Uvira (-)
Situation au Nord-Kivu
Entre et , le Nord-Kivu connaît une escalade militaire intense opposant les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et les milices wazalendo au mouvement rebelle de l'Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Les affrontements, centrés principalement sur les territoires de Masisi, Walikale et Rutshuru[394], se caractérisent par la généralisation d'attaque par drones[395],[396], de luttes pour des positions stratégiques[397], et d'une crise humanitaire qui continue à s'aggraver[398],[394].
Territoire de Masisi
Le territoire de Masisi concentre les combats les plus intenses, autour de Nyabiondo et de l'axe vers Pinga. Dès le , l'AFC/M23 renforce leurs positions à Lukweti pour contrer l'avancée loyaliste[397]. Les combats se concentrent autour de Kinyumba, position stratégique reprise par les wazalendo fin , ou les rebelles procèdent à plusieurs assauts infructueux entre le 2 et le [397],[399],[394]. Durant cette période, les FARDC multiplient les frappes de drones sur les positions de l'AFC/M23, dans les environs de Nyabiondo, Masisi-centre, Bukombo, Katale et Burora[400],[401],[394]. Le , une frappe de drone attribuée à l'armée congolaise tue entre 4 et 22 civils à Masisi-centre, les bureaux de l'ONG War Child (en) sont également endommagés[402],[403],[404]. Le , une attaque de wazalendo contre les positions rebelles aux environs de Kazinga provoque la fuite des habitants de villages environnants vers Walikale[405]. La cité de Kalembe, situé à la limite du territoire de Walikale, subit plusieurs attaques des wazalendo qui cherchent à déloger l'AFC/M23[406]. Malgré ces tentatives répétées, les rebelles réussissent à maintenir leurs positions[406],[407].
Territoire de Walikale
Entre le 9 et le , les wazalendo lancent plusieurs attaques contre les positions rebelles à Ihula et Ibuga. Bien qu'ils parviennent à pénétrer dans les villages, ils opérent des replis tactiques vers Katobo et Buhimba, laissant les localités sous occupation rebelle[408]. Lors de leur repli, ils enlèvent des personnes qu'ils accusent de collusion avec les rebelles[409]. Le un ultimatum de trois jours est imposé par l'AFC/M23 aux habitants de Kateku pour évacuer le village, afin de transformer la zone en couloir de surveillance vide[410],[394]. Le même jour, de violents combats éclatent à Minjenje (secteur des Wanianga) entre les wazalendo et l'AFC/M23[411].
Entre le 13 et le , la rébellion lance des attaques simultanées sur Buma, Mpombi et Iteya, des villages, considérés comme les derniers verrous avant Pinga[412],[413], une localité présenté par des sources locales comme un objectif de l'AFC/M23 dans le territoire de Walikale[414],[415],[416],[417]. Le , une offensive des troupes de l'AFC/M23 est repoussée par les FARDC après d'intenses combats à l'arme lourde[413]. Le , une nouvelle offensive de la rébelllion sur Chanjikiro est repoussée par la coalition loyaliste (FARDC, wazalendo, Réserve armée de la défense)[418]. Durant cette période l'armée congolaise multiplie les frappes par drones contre les positions rebelles et sur leurs bases logistiques de Mpety et Mindjendje[419],[420],[421].
Territoire de Rutshuru
Entre le et le , des affrontements éclatent dans la chefferie de Bwito, opposant les wazalendo du groupe CMC-FDP aux combattants de l’AFC/M23. Les combats font au moins un mort, plusieurs blessés et entraînent l’incendie de plusieurs dizaines maisons[422]. Le , entre 28 et 42 femmes (le nombre varie selon les sources), sont enlevés par l'AFC/M23 à Bukombo, qui les accuse d'être les épouses de combattants wazalendo et de leur communiquer des informations. A la fin du mois de janvier, trois d'entre elles sont encore détenues au camp de Rubona[423],[424]. Le , un drone de l'armée congolaise détruit un position rebelle près du bureau administratif de la chefferie de Bwito à Kikuku[425].
Situation au Sud-Kivu
Prise d'Uvira
Le , à la suite d'une offensive rapide et intense des troupes de l’AFC/M23 dans la province du Sud-Kivu, la rébellion se retrouve aux portes d’Uvira, après avoir pris le contrôle des localités de Kamanyola, Luvungi, Sange et Luberizi les jours précédents[426],[427],[428]. La progression des forces rebelles vers Uvira entraîne la fuite d'au moins 20 000 habitants dans la journée du , qui traversent la frontière burundaise pour trouver réfuge à Bujumbura[429]. Depuis le début du mois de décembre, l'avancé rebelle a entraîné le déplacement d'environ 200 000 personnes[430].
Le , l’AFC/M23 prend le contrôle de la ville d'Uvira[431], avant d’annoncer un retrait sous pression internationale[432]. Après un premier désengagement jugé partiel par le gouvernement congolais[433],[434], l'AFC/M23 quitte finalement la ville le [435]. Les FARDC et les milices wazalendo reprennent le contrôle les 18–, mais la transition s’accompagne de pillages et d’un exode de civils de la communauté Banyamulenge par crainte de représailles[436],[437]. Les rebelles demeurent ensuite retranchés sur les hauteurs entourant Uvira[438].
Février 2026
Situation au Nord-Kivu
En , le Nord-Kivu connaît une intense activité militaire entre l’AFC/M23, les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et les milices locales wazalendo, avec l’intervention ponctuelle de forces rwandaises selon le site d'information Actualite.cd [439], ainsi que l'usage accru de frappe par drones[440],[441], le mois de février enregistrant le nombre de frappes aériennes mensuel le plus élevé jamais constaté en RDC[442]. Le mois commence par l'annonce par les FARDC de la redition volontaire en janvier de 265 combattants de l’AFC/M23[443]. Entre le et , des attaques se succèdent à Walikale et Rutshuru, repoussés par les troupes de la rébellion[444],[445], ou les forces loyalistes[446],[447],[448]. Des incidents humanitaires sont aussi reportés, dont l’enlèvement par des combattants wazalendo de civils à Muteresi le [449], et une embuscade par des civils armés contre un convoi médical à Mayi ya Moto, le [450].
À partir du , la situation s’intensifie avec des attaques simultanées des forces rebelles et rwandaises contre les FARDC[439], ainsi que des opérations de bouclage et d’arrestations effectuées par la rébellion dans les localités de Kalembe et Kalonge[451]. Entre le et le , les contre-offensives des wazalendo et des FARDC reprennent plusieurs villages dans les territoires de Masisi et Walikale[452],[453]. L'usage de drones par les FARDC se généralise dans ces territoires[440],[441], tuant le porte-parole militaire du M23, Willy Ngoma, le , près de la cité minière de Rubaya[454],[455].
Le , dans le territoire de Masisi, l’AFC/M23 reprend certains positions perdues, dont les villages de Kasenyi, Luke, Chugi et Katobo[456],[457]. Le une offensive gouvernementale est lancé contre Kibati, une agglomération du territoire de Walikale, controlé depuis presque un an par l'AFC/M23[458], tandis que les rebelles lancent une offensive sur Kinyumba, une agglomération de Masisi tenue par forces loyalistes[459].
Notes et références
- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Conflit du M23 » (voir la liste des auteurs).
Notes
- ↑ Début , selon l'UNHCR, le nombre de déplacés internes s’élève à 4,6 millions de personnes dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu[150]. Ce chiffre représente le nombre de déplacés engendré par les différents conflits qui touchent la région du Kivu, dont l'insurrection du M23, mais aussi les actions des différentes milices opérant dans la région : ADF, CODECO qui comptent parmi les milices les plus actives des 120 groupes armées identifiés dans la région[151].
- ↑ L'opération Springbok est une initiative de la MONUSCO mise en place en , qui vise à soutenir l’armée congolaise dans la protection des civils et la défense de position dans les régions de Goma et Sake, afin d’empêcher leur prise par les rebelles du M23[164].
- ↑ Jusqu'au les troupes rwandaises n'ont jamais été explicitement appelé à se retirer de RDC et de cesser leur soutien au M23 par le secrétaire général des Nations unies. António Guterres s'était limité à faire référence aux conclusions d’un rapport de référence d’experts de l’ONU mettant en lumière le rôle de Kigali aux côtés du M23
- ↑ Dans la nuit du au , l'hôpital Heal Africa est pris d’assaut, quinze personnes accusées d'être des soldats ou des miliciens wazalendo y sont arrêtés. Puis dans la nuit du au , à l’hôpital CBCA Ndosho, ce sont cent seize personnes supposées être des combattants loyalistes qui sont raflées[200]. Selon une source travaillant dans cet hôpital, cinq civils arrêtés lors de la rafle ont regagné l’hôpital après avoir été relâchés par le M23[201].
- ↑ Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont un groupe armé Hutu, avec pour objectif la reconquête du pouvoir au Rwanda, et dont certains membres auraient participé au génocide des Tutsi en 1994.
Le gouvernement rwandais considère les FDLR comme une menace pour la sécurité du Rwanda.
Durant les différents conflits, les FARDC, tour à tour, combattent ou s'allient aux FDLR, un reproche récurrent de Kigali aux différents gouvernements congolais. - ↑ Bunyatenge, située près de Mbwavinywa, est une zone complexe abritant d'importantes mines d'or et proche du quartier général du Front des patriotes pour la paix/armée du peuple (FPP/AP), dirigée par le général autoproclamé Kabidon, l'un des groupes wazalendo les mieux structurés du Nord-Kivu et soutien de Kinshasa jusqu'au 7 mars 2025, où il prette allégeance à l'AFC/M23[207]. Cette région offre également un accès stratégique à Kirumba et Kayna via Luofu, menant à Kanyabayonga, à la frontière entre les territoires de Lubero et Rutshuru.
- ↑ Selon les Forces armées de la république démocratique du Congo, le , six civils, dont deux mineurs, ont été exécutés à Lumbishi par le Mouvement du 23 mars (M23), accusés à tort de refuser de transporter des armes et des munitions. Et le , plus de 80 civils ont été abattus par le M23 au village Nyamarongo, dans la chefferie de Boavo, territoire de Kalehe[317].
- ↑ Olivier Gasita Mukunda est un officier issu de la communauté Banyamulenge, une minorité de la république démocratique du Congo (RDC) dont la défense des droits est l’une des revendications centrales du Mouvement du 23 mars (M23). Ce groupe rebelle affirme que les Banyamulenge, sous-groupe Tutsi concentré dans le Sud-Kivu, subissent une discrimination systémique, allant jusqu’à évoquer un « génocide silencieux »[319]. Ces allégations s’inscrivent dans un contexte historique complexe : des rapports des Nations unies et des organisations de défense des droits humains documentent depuis des décennies des violences, des discriminations et des privations de nationalité ciblant les communautés tutsies et banyamulenge en RDC, notamment sous le régime de Mobutu et lors de conflits ultérieurs [319]. Cependant, le gouvernement congolais, tout en reconnaissant l’existence de tensions intercommunautaires, conteste l’ampleur de ces persécutions et accuse le M23 d’exploiter ces revendications pour justifier son insurrection, notamment en instrumentalisant les richesses minières de la région[319]. Par ailleurs, des voix au sein même des communautés banyamulenge et tutsies rejettent les méthodes du M23, craignant que son action ne renforce les stéréotypes et les violences à leur encontre[319].
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Voir aussi
Articles connexes
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